ÉRABLES
France, dans les bois des montagnes, et s’élève à la hauteur de 10 à 50 mètres. Scs feuilles sont larges, portées sur un pétiole creusé en gouttière, découpées en o lobes pointus et dentés, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous ; ses fleurs sont petites, d’une couleur herbacée, disposées en grappes longues, 1 rèsgarnies et pendantes. Son bois est estimé pour faire des planches, pour les ouvrages de tour et pour les montures d’armes à feu. 11 est excellent pour brûler et donne plus de chaleur que la plupart des autres bois indigènes. Son tronc renferme une sève sucrée dont on pefu t retirer par évaporation une quantité assez considérable de sucre cristallisé, ainsi qu’on le fait en Amérique, avec la sève de l’érable à sucre.
Érable plane, Acer platanoides , L. Cette espèce, connue sous les noms de plane et de faux sycomore, est un arbre élevé dont les feuilles sont glabres, d’un vert jaunâtre, portées sur des pétioles cylindriques, et découpées en 5 lobes pointus, bordés de dents longues. et étroites; ses fleurs sont jaunes, terminales et disposées en corymbe. Quelquefois les feuilles se couvrent, pendant les chaleurs, de petits grumeaux blancs et sucrés, dont les abeilles font une ample récolte. Cet arbre contient donc du sucre, comme plusieurs de ses congénères.
■•'râble champêtre, Acer cainpestre, L. Arbre peu élevé, trèsrameux, dont l’écorce est rude ou crevassée; ses feuilles sont pubescentes en dessous, à 3 ou 5 lobes obtus ; ses fleurs sont petites, d’un vert jaunâtre, disposées en grappes courtes et paniculées ; ses fruits sont pubesccnls, à ailes très- divergentes ; son bois est dur et propre pour les ouvrages du tour et pour ceux des arquebusiers .
Érable à sucre, Acer sacchcirinum, L. Arbre très-élevé, originaire du nord des États-Unis d’Amérique; ses feuilles sont longuement pétiolées, larges de 1-4 centimètres, partagées en 5 lobes entiers et aigus, lisses eL d’un vert clair en dessus, blanchâtres en dessous; ses fleurs sont petites, jaunâtres, disposées en corymbes peu garnis; ses fruits sont munis de deux ailes courtes, redressées et rapprochées.
Le bois de l’érable à sucre est blanc, très-serré, et prend, quand il est poli, une apparence lustrée et soyeuse. 11 est souvent parsemé d’une infinité de petits nœuds qui le font rechercher pour la confection des meubles de prix. Dans ce cas, on l’emploie en placage très-mince, à la manière de l’acajou.
Le sucre qu’on fabrique avec la sève de cet érable est d’une assez grande importance dans les parties centrales des États de l'Union américaine, et il est d’une grande ressource pour les habitants qui vivent à une grande distance des ports de mer,
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
dans des contrées où cet arbre abonde. Le procédé qn’on suit pour obtenir ce sucre est très-simple : dans les premiers jours de mars, on fait aux arbres, à l’aide d’une tarière de 2 centimètres de diamètre, et à un demi-mètre de terre, deux trous parallèles, obliques de bas en haut et à 12 ou 14 centimètres de distance l’un de l’autre. Il faut avoir l’attention que la tarière ne pénètre que de 15 millimètres dans l’aubier. Le suc qui coule par ces deux ouvertures est conduit, au moyen de tuyaux en sureau, dans des augets placés au pied de l’arbre, d’où on le transporte directement dans les chaudières où se fait l’évaporation. Celle-ci se fait sur un feu très-actif; on écume avec soin la liqueur, et, lorsqu’elle est arrivée en consistance sirupeuse, on la passe à travers une étoffe de laine ; on verse le sirop dans une autre chaudière, où on le concentre an point nécessaire pour le faire cristalliser.
Le sucre d’érable est employé le plus souvent à l’état brut; mais on peut le purifier et l’amener à l’état de sucre en pains aussi blanc et aussi bon que celui qui sort des raffineries de l’Europe. Lorsque le temps est beau et sec, un arbre donne facilement de 8 à 12 litres de sève sucrée en vingt-quatre heures, et le temps de son écoulement dure environ six semaines. On estime que trois personnes suffisent à l’exploitation de 250 pieds d’arbres, qui donnent environ 500 kilogrammes de sucre. Les mêmes arbres peuvent être travaillés pendant trente années de suite, et donner des récoltes annuelles semblables, sans diminuer de vigueur; parce que, comme on évite de perforer le tronc aux mêmes endroits, il se forme un nouvel aubier aux places qui ont été entamées, et les couches ligneuses qu’ils acquièrent successivement mettent les arbres dans le même état que ceux qui n’ont pas encore été soumis à celte opération (1).
On exploite aussi l’érable noir, Acer nigrum , Mich., qui n’est peut-être qu’une variété du précédent, appartenant à une latitude un peu plus méridionale. On exploite également l’érable blanc, Acer eriocarpum , Mich., et l’érable rouge OU érable «le Virginie, Acer rubrum, L. ; mais il faut le double de sève de ces deu derniers arbres pour produire la même quantité de sucre.
FAMILLE DES GUTTIFÈRES (Jussieu).
Arbres ou arbrisseaux quelquefois parasites, à rameaux opposés, souvent tétragones el articulés. Les feuilles sont opposées en
(l) Voir Avequin, Sur l'érable à sucre des États-Unis ( Journal de Pharmacie et de chimie , 3e série, XXXII, 280).
I GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE. 601
croix, pétiolées, articulées sur les rameaux, dépourvues de sti- 1 pules ; elles sont simples, très-entières, coriaces, brillantes, pen- I ninervées, à nervures secondaires transversales, rapprochées. Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles par avortement, mu- I nies d’un calice coloré à 2, 4 ou 6 sépales imbriqués, quelquefois à 5 ou 6 parties. La corolle est insérée sur un torus charnu, formée de pétales en nombre égal ou plus rarement supérieur 1 aux divisions du calice, alternes ou opposés avec elles, non persistants. Les étamines sont nombreuses, libres ou réunies en anneaux ou en phalanges, plus rarement en tube. L’ovaire est libre, sessile, à 1,2, 5 ou un plus grand nombre de loges. Les ovules sont solitaires ou géminés dans chaque loge, quelquefois au nombre de quatre dans l’ovaire uniloculaire et dressés sur sa base, ou attachés en grand nombre à. l’axe central des loges. Le style est simple, souvent presque nul, portant un stigmate pelté et radié, ou à plusieurs lobes. Le fruit est tantôt capsulaire, tantôt charnu ou drupacé, s’ouvrant quelquefois en plusieurs valves dont les bords rentrants sont fixés à un placenta unique ou à plusieurs placentas épais. Les semences sont souvent pourvues d’un arille charnu; l’embryon est droit, formé tantôt d’une radicule très-grosse à cotylédons très-petits ou nuis, tantôt de 2 cotylédons épais, soudés en un corps charnu et d’une radicule trèspetite. Les arbres libres ou guttifères habitent les contrées intertropicales de l’Asie et de l’Amérique ; ils sont presque tous pourvus d’un suc résineux ou gommo-résineux, jaune ou vert, noircissant souvent à l’air, et qui sert à divers usages dans les pays qui les produisent. Plusieurs portent des fruits très-recherchés pour la table (I)./-
mme i d’Amérique OU abricotier de Saint-Domingue ,
Mammea Americana, L. Grand et bel arbre des Antilles, dont les fleurs sont blanches, odorantes, de 4 centimètres de diamètre; le calice est à 2 folioles caduques; les pétales sont au nombre de quatre, arrondis, concaves; les étamines sont nombreuses, trèscourtes, à anthères petites et oblongues ; l’ovaire est libre, arrondi, surmonté d’un style court et d’un stigmate en tète. Le fruit est un gros drupe charnu, tétragone, couvert d’une première enveloppe coriace et astringente, d’une seconde pellicule amère, et contenant un noyau cartilagineux, à 4 loges monospermes, souvent réduites à 3, 2 ou 1 loge, par avortement. Ce fruit a une saveur particulière, douce et très-agréable, moyennant la précaution qu’il faut avoir d’enlever soigneusement la seconde enve-
(1) Voir, pour les caractères des Guttifères et particulièrement pour la structure de leur embryon, J. E. Planclion et Triana : Mémoires sur les Guttifères {Ann. sc. nat., 4e série, XIII).
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
loppe amère. Les fleurs, distillées avec de l’alcool, fournissent une liqueur très-vantéc dans les Antilles sous le nom d'eau des créoles.
Mangoustan cultivé, Garcinia mangostana, L. — Car. gén. : calice persistant, tétraphylle, à folioles imbriquées; corolle à 4 pétales hypogynes, alternes avec les sépales. Fleurs mâles : étamines nombreuses, insérées sur un réceptacle charnu et quadrangulaire, libres ou réunies à la base; filaments filiformes, courts ; anthères introrses, biloculaires, dressées, à loges longitudinalement déhiscentes ; un rudiment d’ovaire. Fleurs femelles: étamines stériles, de 8 à 30, à filaments distincts, monadelphes ou tétradelphes; ovaire libre, offrant de 4 à 8 loges; ovules solitaires, dressés, anatropes ; style terminal très-court ou nul ; stigmate largement pelté, sous-lobé. Drupe charnu, portant à la base le calice persistant, couronné par le stigmate, enfermé dans une enveloppe solide, à 4-8 loges; semences solitaires, dressées, entourées d’une pulpe charnue, à test coriace.
Le mangoustan cultivé est un arbre originaire des îles Moluques, d’un très-beau port, pourvu de feuilles opposées, pétiolées, épaisses, fermes et lisses, ovales-aiguës et très-entières. Les fleurs sont terminales, solitaires, pédonculées, rouges et d’une grandeur médiocre. Les fruits, représentés par Gærtner (1), forment une baie sphérique, de la grosseur d’une orange, d’un vert jaunâtre au dehors, à épicarpe épais et fongueux, divisé intérieurement en 6 loges ou plus, remplies d’une pulpe blanche, succulente, à demi transparente et d’une saveur délicieuse. Ce fruit est un des meilleurs de l’Inde.
Le mangoustan du Malabar, Garcinia malabanca , Lam., est un arbre de l’Inde qui s’élève à pius de Tl mètres, sur un tronc de 5 mètres de circonférence; ses fruits sont assez semblables aux précédents, mais moins estimés. Son bois est blanc et très-dur.
Le Garcinia cornea des îles Moluqucs produit un bois d’une dureté considérable, d’une couleur roussâtre et ayant la demitransparence de la corne.
J, Ciomme-gulte.
La gomme-gutte est un suc gommo-résineux qui forme avec l’eau une émulsion d’une magnifique couleur jaune, et dont le principal usage, en raison de cette propriété, est de servir à la peinture à l’eau. Elle est aussi employée en médecine comme
(1) Gærtner, tab. CV.
GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE. 603
purgative et fait partie des pilules hydragogues de Bnntius.
La gomme-gutte a été mentionnée pour la première fois par Charles de l’Écluse, dit Clusius (!), qui la reçut en 1G03, alors qu’elle venait d’être apportée de Chine par l’amiral hollandais Van Neck. « C’est un suc très-pur, dit-il, plutôt qu’une résine, qui, pour peu qu’on le touche avec de l’eau ou de la salive, se colore fortement en jaune. Il est privé de toute amertume; mais il laisse, après quelques instants, une forte âcreté à la gorge. Ce suc se nomme ghitta jemou. Les naturels s’en servent, à la dose de 15 à 20 grains, pour évacuer l’eau des hydropiques, et sans aucun accident. »
Suivant Murray, la gomme-gutte fut bientôt connue dans la peinture; mais elle fut longtemps négligée dans la pratique médicale et n’obtint une place dans les pharmacopées européennes qu’après le commencement du siècle suivant. Ce fait n’est pas exact, car je trouve le ghitta jemou ou Gutta gamba mis au nombre des médicaments simples dans la petite Pharmacopée d’Amsterdam de 1639; dans celle de Zwelfcr, publiée en 1653, et dans celle de Toulouse, de 1695. 11 est vrai cependant que beaucoup de médecins voyaient alors dans la gomme-gutte un médicament très-dangereux, ce qui en restreignait beaucoup l’emploi. Aujourd’hui, quoiqu’on la regarde toujours comme une substance trèsactive et irritante, on reconnaît généralement qu’elle peut être, dans plusieurs cas, un purgatif salutaire.
L’origine de la gomme-gutte a longtemps été un sujet de doutes et de controverse. Clusius, d’après son odeur et son âcrcté, soupçonnait que ce pouvait être le suc d’une euphorbe. Bontius, qui exerçait la médecine à Batavia, au. commencement du xvne siècle, supposait aussi qu’elle était produite par une plante semblable à VEsula indica dont il a donné la figure et la description. Mais en 1677, Paul Hermann, dans une lettre à Syen (2), annonça que la gomme-gutte était produite par deux arbres appelés carcapulli, qui ont été nommés par les botanistes modernes Garcinia cambogia et Garcinia morella, et faisait l’observation que la gomme produite par ce dernier était plus estimée (3); de sorte que
fl) Clusius, Eccotic., p. 82.
(2) Paul Hermann, H or lus malabaricus.
(3) Voici la note de Syen ajoutée à l’article coddam-pulli de Rheede (t. I, p. 43): « Cet arbre [le coddam-pulli) est le môme que le fructus malo aurco œmulus
de G. Bauliin, ou carcapulli d’Acosta ; mais Bauliin confond h tort ce carcapulli d’Acosta avec celui de Lyusclioten, ce qui deviendra manifeste pour quiconque examinera la desciiption de chacun ; car Acosta dit que le fruit de son arbre ressemble à une orange, et Lynschoten décrit le sien comme ayant la grosseur d'une cerise. Afin que cette distinction devienne encore plus évidente, je transcrirai ici les propres paroles d’Hermann, qui, dans une lettre envoyée l’année