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DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Hermann doit être reconnu pour le premier qui ait indiqué la véritable source de la gomme-gutte. A partir de ce moment, il semble que presque chaque essai qui ait été fait pour rendre, sur ce sujet, notre instruction plus correcte et plus précise, ait eu un résultat contraire. Ainsi Linné, publiant, en 1747 (I), une liste des plantes de Ceylan, commit l’étrange erreur de confondre sous le même nom spécifique ( Cambogia gutta) les deux arbres si bien distingués par le botaniste hollandais ; et cette confusion a duré jusqu’à Gærtner, qui, d’un côté, réunissant en un seul genre Mangostana les deux genres Garcinia et Cambogia de Linné, et distinguant, de l’autre, comme Hermann, les deux carcapulli d’Acosta et de Lynschotcn, nominale premier Mangostana cambogia et le second Mangostana morella (2). Enfin Desrousseaux, préférant le nom générique Garcinia , nomma le carcapulli d’Acosta Garcinia cambogia et le carcapulli de Lynschcten Garcinia morella ; telle est la synonymie de ces deux végétaux.
Mais, dans l’intervalle de Linné à Gærtner, un fait assez singulier s’était passé. Des deux végétaux confondus par Linné, un seul ayant été figuré par Rhecde, sous le nom de Coddam-pulli , ce fut lui seul, bientôt, qui fut cité comme synonyme du Cambogia gutta , et l’autre fut complètement oublié. De sorte que Kœnig crut faire une découverte, en écrivant à llelz, le 16 octobre 1782 :
« La vraie gomme-gutte ne provient pas du Cambogia gutta; elle est produite par un autre arbre polygame, à fruit cérasiforme, mangeable, que je décrirai une autre fois. »
La description promise fut envoyée à Banks et se trouve rapportée par Murray (3). L’arbre avait reçu de Kœnig le nom de Guttœfera vera; Murray lui imposa plus tard celui de Stalagmitis cambogioides (4), et les botanistes en ont fait une espèce et un genre séparés du Garcinia morella ; mais les propres paroles de Kœnig, si semblables à celles d’Hermann, et la patrie semblable,
dernière, de Colombo, me dit : « Ici sont les feuilles et les fleurs de Varbor indica « quœ gurnrni gotlœ fundit, fructu acido, sulcato, aureo, mali magnitudine,
« carcapulli Acostæ, ghoraka Cingnlensibus dicta. Je joins à ces objets les feuilles « et les fleurs de l’autre espèce, qui est Varbor indica quœ gummi gottœ fundit ,
•( fructu dulci, rotundo, cerasi magnitudine, carcapulli Linschotii. Bauhin, dans « son Pinax , confond à tort ces deux arbres en une seule espèce, à savoir le car- « capulti d’Acosta et le carcapulli de Lynschoten. Ils diffèrent entre eux par la •< fleur et le fruit, mais se ressemblent dans le reste. Le dernier est nommé par « les Cingalais kanna ghoraka , c’est-à-dire ghoraka doux. Le tronc de ces deux « arbres, étant incisé, laisse découler de la gomme-gutte; mais celle du kanna « ghoraka l’emporte sur l’autre. »
(1) Linné, Flora zeylanica.
(2) Gærtner, Fruct ., tab. CV.
(3) Murray, Apparatus medicamxnum, t. IV, p. C54.
(4) Murray, Comm. Soc. Gotting., 1 78S, vol. IX, p. 1G9.
GUTTIFÈRES. — GOMME-GUTTE. 005
uc permettent pas de douter que le Stalagmitis gambogioides et le Garcinia morella ne forment qu:une seule et même espèce.
Il est vrai de dire, cependant, que la description du Stalagmitis cambogioides, donnée par Murray en 1788, paraissant avoir été faite sur des échantillons de parties provenant de plusieurs plantes, et quelques-uns des caractères donnés par Murray au Stalagmitis cambogioides ne semblent pas lui appartenir, et que la similitude des deux espèces résulte plutôt de la propre description de Kœnig, insérée dans VAparafus medicaminum.
Enfin, un caractère déjà faiblement indiqué par Kœnig ( Stamina clavata , subquadrangularia) , mais bien déterminé par M. R. Graham, professeur de botanique à l’Université d’Edimbourg, a conduit ce savant à former de cet arbre un genre particulier auquel il donne le nom cVhebradendron , fondé sur ce que les anthères sont terminales, operculées, et s’ouvrent par une fissure circulaire que l’auteur compare à une sorte de circoncision. Voici donc, en définitive, la synonymie et la description de cette espèce.
Garcinia morella , Uesrousseaux (1).
Il ebradendron cam bog ioides,
G rail. (2).
Stalagmitis cambogioides ,
Murr. (3), Moon (4).
Mangostana morella. Gærtner. (3) ; Guttœfera vera, Kœnig Mss. ; Kannaghoroko , Herm. ;
Carcapulli de Lynschoten, etc.
Arbre de médiocre grandeur, à feuilles opposées, pétiolées, obovées-elliptiques , coriaces, lisses, brillantes.
Fleurs unisexuelles, monoïques ou polygames. Fleurs mâles (fi g. 734 ), ramassées dans les aisselles des feuilles et portées sur de courts pédoncules uniflores ; calice à 4 sépales, dont les deux extérieurs un peu plus. petits. Corolle à 4 pétales coriaces, deux fois plus longs que le calice, caducs. Étamines réunies en colonne
(1) Dict. encijcl., t. III, p. 701.
(2) Grah. Cornp. to the liotan. mat/., n° 19, p. 193.
(3) Murray, App. med., t. IV, p. Gf>4.
(4) Moon’s catalogue of plants in , Ceylan part. I, p. 73.
(5) Gærtner, tab. CV.
Fig. 734. — Guttifere.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
par le bas, divisées pins haut en 4 faisceaux; libres par la partie supérieure. Filets courts, claviformes; anthère terminale en forme de tête arrondie, s’ouvrant par la circoncision d’un couvercle plat et ombiliqué (a). Pollen elliptique ; ovaire nul. Fleurs femelles (Kœnig), hermaphrodites (Murray), ramassées dans l’aisselle des feuilles : calice, corolle et étamines semblables. Ovaire globuleux ; style court; stigmate à 4 lobes ouverts et persistants. Baie globuleuse, glabre, deux fois grosse comme une cerise, couronnée par les lobes du stigmate; 4 loges monospermes; semences réniformes-elliptiques, comprimées latéralement, couvertes d’un tégument brunâtre, aisément séparable en deux parties ; cotylédons épais; radicule centrale filiforme, légèrement courbée.
Le Garcinia morella croît abondamment dans l’île de Geylan et fournit par incision un suc jaune qui jouit de presque toutes les propriétés de la gomme-gutte. Cependant comme ce suc n’est arrivé jusqu’ici en Europe que comme objet de recherche ou de curiosité ; que toute la gomme-gutte du commerce paraît provenir de Camboge et de Siam, par la voie de Chine et de Singapore, et que la contrée qui la produit n’a pas encore été explorée par les botanistes, on voit que, en réalité, personne ne peut affirmer que nous connaissions l’arbre qui produit cette substance, quoique tout porte à croire qu’il doive peu différer de celui cultivé à Ceylan.
[Depuis, on a envoyé de Singapore l’arbre qui y produit la gomme-gutte, et on a pu s’assurer que ce n’est en effet qu’une variété du Garcinia morella , ne différant du type que par ses fleurs mâles pédicellées. C'est le Garcinia morella , Desr.; pedicellata (1).J
La gomme-gutte de Ceylan, suivant la description qu’en a donnée M. Christison (2), paraît avoirété mise sous la forme d’une masse arrondie et aplatie, du poids de 400 grammes environ, non homogène et formée de larmes très-irrégulières et celluleuses, laissant entre elles des intervalles où la surface des larmes est couverte d’une matière pulvérulente, obscure et d’apparence terreuse. Cette substance n’a d’ailleurs été soumise à aucune purification ni préparation analogues à celles subies par la gommegutte de Siam, et elle pourrait difficilement être appliquée à la peinture, dans l’état où elle se présente. Elle est d’un jaune orangé foncé, assez semblable à celui de la gomme-gutte de Siam ; mais, ainsi que l’a remarqué Duncan, elle ne forme pas aussi facilement une émulsion avec l’eau, et cette émulsion me paraît être d’un jaune moins pur, moins brillant et tirant un peu sur la
(1) Voir Christison, On the Cambogn iree of Siam ( Pharm . Journ., X, 235) et Hanbury, On the bolanical origine of Camboge (Pharm. Journ ., 2e série, VI, 349).
(2) Christison, Communion to the Bot. mag., n° 20, p. 233.
GUTTIFÈRES.