‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 146 sur 176 · GUTTIFÈRES. — ÉCORCE DE WINTER · texte numérisé non relu

GUTTIFÈRES. — ÉCORCE DE WINTER

à 1 mètre de longueur, de 15 à 40 millimètres de diamètre et de 2 à 5 millimètres d’épaisseur. Quelquefois aussi on en trouve des morceaux provenant du tronc, qui sont plus larges, plus épais et recouverts d’un épiderme fongueux, rougeâtre, crevassé, souvent d’un blanc de craie à l’extérieur.

L’écorce ordinaire est raclée, d’un jaune orangé pâle et comme cendré à l’extérieur ; sa cassure est grenue, blanchâtre, comme marbrée ; sa surface intérieure paraît revêtue d’une pellicule beaucoup plus blanche que tout le reste; elle a une saveur amère, aromatique et piquante ; une odeur très-agréable, approchant de celle du girofle mêlé de muscade ; sa poudre est blanche; elle donne une huile volatile â la distillation.

Écorce de ^Vinter du commerce.

Cette écorce est en morceaux roulés, durs, compactes et pesants, longs de 30 à 60 centimètres, ayant de 20 à 55 milimètres de diamètre et de 2 à 7 millimètres d’épaisseur. Quelques morceaux présentent un reste de périderme blanchâtre, peu épais, spongieux, crevassé, tendre et facile à détruire ; de sorte que, soit que cette partie ait disparu par le frottement réciproque des écorces, soit qu’elle ait été enlevée à dessein, la presque totalité des morceaux en est privée. Alors l’écorce présente une surface presque unie, grise ou d’un gris rougeâtre sale ; de plus, elle offre çà et là de petites taches rouges elliptiques, qui sont ou un vestige de l’insertion des pétioles, ou celui de tubercules qui, dans l’état naturel, s’élevaient au-dessus de l’épiderme. La surface interne de l’écorce est très-unie dans les jeunes écorces, un peu moins unie et marquée de quelques arêtes proéminentes dans les grosses ; d’une couleur rougeâtre comme l’écorce, ou d’une teinte noirâtre développée pendant la dessiccation. La cassure transversale présente, à la simple vue, deux couches concentriques différemment colorées : la couche extérieure est très-mince et blanchâtre ; la couche intérieure est rougeâtre. Cette même cassure est grenue, ou présente de petites lignes proéminentes, concentriques et très-serrées. La coupe transversale polie présente, au contraire, à la loupe de petites lignes rayonnantes ondulées et blanchâtres, sur un fond brun. L’écorce possède une odeur trèsforte et très-agréable de basilic et de poivre mêlés. Sa saveur est âcre et brûlante ; sa poudre a la couleur de celle du quinquina gris.

[Elle diffère beaucoup par sa compacité et par son odeur des écorces produites par les Drymis et se rapproche de la cannelle blanche. Aussi est-ce par une plante voisine des Cannella qu’elle

DICOTYLEDONES TI1ALAM1FLORES.

est produite. M.Hanbury (I), après une comparaison attentive d’échantillons authentiques du Cinnamomum corticosum, Miers, avec l’écorce de Winter du commerce, n’hésite pas à identifier ces deux produits. Les Cinnamodendron forment un genre voisin des Cannella, mais qui en diffèrent à première vue parce que leurs fleurs sont axillaires et non terminales.] Il est caractérisé par sa corolle à 5 pétales, accompagnée d’un nombre égal d 'écailles obovées et ciliées ; par son tube staminal court et portant 10 anthères sessiles, dressées, contiguës, ovées et biloculaires. Les pédoncules floraux sont axillaires et triflores.

L’écorce de Winter entre dans le vin diurétique amer de la Charité. Elle est rare dans le commerce et on lui substitue souvent la cannelle blanche. Celle-ci s’en distingue par sa couleur extérieure jaune cendré, sa cassure grenue cl marbrée, sa surface intérieure très-blanche, son odeur d’œillet, sa saveur piquante et amère.

I ] cor ce à odeur de muscade «le Cayenne. — Je trouve dans mon droguier, sous le nom d’ écorce de giroflier de Cayenne , une écorce qui présente une grande analogie avec la cannelle blanche et qui doit être produite par un arbre très -voisin. Cette écorce est épaisse de 5 millimètres et formée de deux couches distinctes. La couche extérieure (périderme), qui est plus mince que l’autre, est assez dense, d’un gris rougeâtre, et parsemée de nombreux tubercules ronds et aplatis ; la partie intérieure est encore plus dense, d’un gris blanchâtre, offrant une surface interne unie et d’une couleur plus blanche que le reste. Cette écorce est pourvue d’une odeur de muscade mélangée d’acore, aussi forte que celle de la noix-muscade et très-agréable. Elle présente une saveur très-aromatique semblable, jointe à une grande âcreté.

Écorce de Paratuilo aromatique.

Ainsi que je l’ai dit précédemment (t. II, p. 570) le nom paratudo , qui signifie propre à tout , a été donné au Brésil à plusieurs substances auxquelles on attribue de grandes propriétés médicales : telles sont la racine du Gomphrena of/îcinalis, plante de la famille des Amarantacées, et deux écorces très-amères, dont une, au moins, paraît appartenir à la famille des Apocynacées. Quant à l’écorce de para tu do aromatique, dont il est ici question, elle est due au Cannella axillaris de Martius, dont Endlicher a formé le nouveau genre Cinnamodendron.

L’écorce de paratudo aromatique, telle que je l’ai reçue anciennement de Rodolphe Brandes, est épaisse de 5 à 7 millimètres,

(1) Voir Pharm. Journ., XVIII, 503.

I1YPÉRICINÉES. — MILLEPERTUIS. C 17

formée d’un périderine gris foncé, profondément crevassé, et d’un liber jaunâtre, très-uni intérieurement, très- compacte et à cassure grenue. 11 est un peu huileux sous la scie, et peut acquérir le poli et l’apparence d’un bois dense et d’un tissu très-fin. Cette écorce possède une odeur grasse, un peu analogue à celle du poivre, et une saveur amère tellement âcre et brûlante que le poivre et la pyrètre n’en approchent pas.

-^•FAMILLE DES HYPÉRICINÉES.

Arbres, arbrisseaux ou plantes herbacées, souvent résineux, à feuilles opposées, entières, très-souvent parsemées de glandes transparentes, immergées dans l’épaisseur du limbe ; privées de stipules. Fleurs complètes, régulières, souvent terminales et disposées en cymes nues ou bractéolées; le plus souvent jaunes, rarement rouges ou blanches. Calice libre, persistant, à 5 divisions profondes et inégales, rarement à 4 parties. Corolle à 5 ou 4 pétales contournés en spirale avant leur évolution. Étamines très-nombreuses, réunies en 3 ou 5 faisceaux par la base des filets, très-rarement libres ou monadelphes. Ovaire libre, surmonté de plusieurs styles ; quelquefois plus ou moins soudés. 11 offre autant de loges polysperines que de styles ; très- rarement les loges ne contiennent qu’un ovule. Le fruit est une capsule ou une baie à plusieurs loges polyspermes, très-rarement monospermes; les graines contiennent un embryon homotrope, sans endosperme.

Cette petite famille diffère de celle des Guttifères, dont elle se rapproche beaucoup, par ses fleurs presque toujours pentamères, par ses styles séparés, par ses semences très-souvent indéfinies et privées d’arille, et par ses feuilles qui sont comme percées à j our par des points transparents. Plusieurs espèces arborescentes des pays chauds fournissent, par incision de l’écorce, un suc résineux jaune, analogue à celui des guttifères; tel est surtout le caopia de Pison et Maregrafr ( Vismia guianensis , Pers.; Hypericum guianense, Aubl.; Hypericum bacciferum, L. f.), dont le suc desséché, jaune rougeâtre, assez semblable à la gommegutte, purge à la dose de 7 à 8 grains. En Europe, on employait autrefois comme vulnéraire, résolutive et vermifuge, une plante nommée Androsème ou Toute saine ( Hypericum Androsœmum , L.; Androsœmum officinale, Ail.), qui diffère des millepertuis par son fruit en forme de baie arrondie, noirâtre et uniloculaire. La seule plante qui soit encore aujourd’hui usitée en médecine est le millepertuis vulgaire dont voici la figure et la description.

Millepertuis vulgaire, Hypericum perforatum, L. (fig. 737). Cette plante, haute de 50 à 60 centimètres, est commune dans les lieux découverts des bois, sa tige est droite, très-rameuse, lé-

018 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

gèrement anguleuse et marquée de petits points noirs, glanduleux, que l’on retrouve sur toutes ses parties vertes. Les feuilles sont sessiles, elliptiques-obiongues, obtuses, parsemées sur le disque d’une infinité de petites glandes transparentes, qui ont valu à la plante le nom de millepertuis, et sur le bord d’une

rangée de points noirs, également glanduleux. Les fleurs sont très - nombreuses , d’un jaune éclatant, rapprochées en corymbe au sommet de la tige et des rameaux. Elles présentent un calice persistant, à 5 divisions profondes et lancéolées ; une corolle à 5 pétales étalés, plus grands que le calice; des étamines nombreuses, dont les anthères sont noirâtres et dont les filets capillaires sont réunis en 3 faisceaux. L’ovaire est supère , surmonté de 3 styles , d’un rouge foncé, divergents, terminés par un petit stigmate globuleux. Le fruit est une capsule ovale, empreinte d’un suc rouge, à 3 lobes arrondis et â 3 valves ; les bords rentrants des valves, prolongés jusqu’au centre, divisent la capsule en 3 loges et portent de nombreuses semences brunes, très-menues, d’une odeur et d'une saveur résineuses. La racine est dure, ligneuse et vivace.

Les sommités d’hypéricum entrent dans la thériaque, le baume du commandeur, l’huile d’hypéricum, etc. Elles contiennent deux principes colorants : l’un qui est jaune, soluble dans l’eau, et dont le siège est dans les pétales; l’autre qui est rouge, de nature résineuse, soluble dans l’alcool et dans l’huile, qui réside surtout dans les stigmates et dans le fruit, -j-

FAMILLE DES AURANTÏACÉES.

Arbres ou arbrisseaux assez souvent épineux, à feuilles alternes, ordinairement pinnées avec impaire, mais souvent réduites à la foliole terminale, qui est alors articulée directement sur un pétiole souvent pourvu de deux ailes foliacées. Les feuilles sont fermes, très-glabres, longtemps persistantes, et pourvues de glandes vésiculeuses transparen-

AUR ANTIÀCÉES. — CITRUS. 619

tes, remplies d’huile volatile. Ces vésicules se retrouvent sur toutes les parties du végétal, et principalement sur le calice, les pétales, les stigmates et le derme du fruit.

Les fleurs sont régulières et présentent un calice court, à 4 ou 5 divisions ; une corolle à 4 ou 5 pétales libres ou légèrement adhérents par le bas, insérés à la base d’un disque ou torus qui supporte l’ovaire. Les étamines sont insérées sous le disque, en nombre double ou multiple de celui des pétales ; elles sont libres ou polyadelpbes. L’ovaire est libre, à plusieurs loges, contenant ou un plusieurs ovules fixés à l’angle interne. Le style est simple, terminé par un stigmate en tête, indivis ou lobé. Le fruit est une baie sèche ou le plus souvent charnue, pluriloculaire, dont les loges renferment une ou plusieurs semences pendantes, à tégument cartilagineux, parcouru par un raphé saillant. L’embryon est droit, privé d’endosperme, formé de deux cotylédons charnus, souvent inégaux et aurieulés à la base; la radicule est trèscourte et supère, placée près du hile; la plumuleest manifeste (t).

Tous les arbres de la famille des Aurantiacées sont originaires des contrées intertropicales de l’Asie, où ils sont employés comme aliments ou médicaments. [VÆgle Marmelos donne à la médecine des Indes orientales l’écorce astringente de sa racine et de sa tige, le suc exprimé de ses feuilles, ses fruits à moitié mûrs : toutes ces parties sont utilisées comme astringents dans les cas de dyssenterie (2).] Le port élégant d’un certain nombre d’aurantiacées, l’arome agréable dont leurs différentes parties sont pourvues, le suc acide ou sucré de leurs fruits, les ont fait propager dans toutes les contrées chaudes du globe. Ceux du genre Citrus, particulièrement, sont depuis longtemps cultivés en Europe et jusque sous le climat de Paris, moyennant le soin qu’il faut avoir de les rentrer dans une serre, aussitôt que la température s’abaisse à 6 ou 7 degrés centigrades. Ce sont les seuls arbres de cette famille dont nous nous occuperons.

Les citres sont caractérisés par un calice persistant, urcéolé, à 3 ou 5 divisions (fîy. 738); une corolle ayant de 5 à 8 pétales elliptiques, concaves, ouverts; 20 à 00 étamines à filefs élargis, réunis à la base en plusieurs faisceaux et disposés circulairement en cylindre; un ovaire supère, arrondi, surmonté d’un style simple et d’un stigmate hémisphérique ; une baie pluriloculaire contenue dans une enveloppe celluleuse, plus ou moins épaisse, dont la substance intérieure est généralement blanche, charnue et peu sapidc, tandis que la couche extérieure est d’une belle couleur jaune et toute parsemée de vésicules pleines d’une essence dont l’odeur est très-agréable. Au-dessous de cette enveloppe cel-

(1) Voir Bâillon, De la famille des Aurantiacées. Thèses de la Faculté de Médecine. Paris, 1858.

(2) Voir On the JEgle Marmelos ( Pharmaceutical Journ ., t. X, p. ICO).

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