DICOTYLÉDONES THALAM1FL0RES
luleuse se trouve la baie proprement dite, qui est formée de plusieurs carpelles ou de plusieurs loges verticillces (de 7 à 12), pourvues chacune d’une enveloppe propre, très-mince, séparable sans déchirement. L’intérieur de chaque loge est rempli de vésicules pulpeuses et très-succulentes, disposées perpendiculairement à l’axe; enfin, vers le milieu de l’angle interne de chaque loge, se trouvent fixées un peiit nombre de semences horizontales, munies d’un test membraneux.
Les citres sont des arbres peu élevés ou des arbrisseaux armés d’épines axillaires, et dont les feuilles sont réduites à la foliole terminale, articulée sur le pétiole, qui est souvent ailé. Ceux qui sont cultivés en Europe avaient été partagés, par Linné, en
deux espèces seulement, sous les noms de Citrus medica et de Citrus aurantium ; mais Gallesio, de Savone, ayant scindé chacune de ces espèces en deux, en a formé quatre espèces, sous les noms de citronnier, limonier , oranger et bigaradier (1). Je suivrai cette division, moyennant que je donnerai à la première espèce le nom plus significatif de cédratier. Risso (2) a formé, sous le nom de limettier , une cinquième espèce qui n’est pas généralement admise.
I. Cédratier, Citrus cedra, Gall., Ferrari (3). — Arbre de 4 à
(1) Gallesio, Traité du citrus. Paris, 1811.
(2) Risso, Annales du Muséum d'histoire naturelle. Paris, 1813, t. XX, p. 1G9.
(3) Ferrari, Hespérides , tab. 59, 61, 03.
Fig. 738. — Oranger
AURANTIACÉES. — LIMONIER.
5 mètres, à branches courtes et roides, dont les jeunes rameaux sont anguleux et violets, avant de devenir arrondis et verdâtres.
[Les feuilles sont ovales-oblongues, trois fois plus longues que larges, et, d’après Gallesio, continues avec le pétiole, qui est court et non ailé. Les fleurs sont blanches en dedans, violettes en dehors, portées sur de courts pédicelles, réunis plusieurs ensemble sur un pédoncule quelquefois axillaire, mais le plus souvent terminal. Les étamines sont au nombre de 30 à 40; le pistil manque souvent, de sorte que l’espèce est polygame. Les fruits sont volumineux, oblongs, mamelonnés à l’extrémité, à surface raboteuse et souvent tuberculeuse, d’un rouge violet dans leur jeunesse, d’un beau jaune à maturité. La partie jaune extérieure, qui porte le nom de zeste, fournit par expression, ou par distillation, une essence d’une odeur très-suave ; l’écorce intérieure est très-épaisse, blanche, tendre, charnue, et forme la partie la plus considérable du fruit. On en fait une contilure qui est délicieuse. La baie est très-petite, â 9 ou 10 loges, contenant un suc acide, non usité ; les semences sont oblongues, à pellicule rougeâtre.
ILe cédratier est originaire de Perse et de Médie et a été connu en Europe après les guerres d’Alexandre. Théophraste, le premier auteur qui en ait parlé, nomme le cédrat pomme de Perse ou de Médie , et Virgile, pomme de Médie , ce qui donne l’origine du nom linné en Citrus medica , que quelques personnes traduisent à tort par citronnier médicinal. Le cédratier a été nommé aussi citronnier des Juifs, parce que, dès que les Juifs l’ont connu et jusqu’à nos jours, ils l’ont consacré à la fête des Tabernacles, afin de se conformer à la loi de Moïse, qui leur prescrit de présenter au Seigneur, le premier jour de cette solennité, leur plus beau fruit, des feuilles de palmier et des rameaux de myrte et de saule.
Les cédrats acquièrent souvent un poids considérable. Suivant Ferrari, ceux de Calabre pèsent de 6 à 9 livres et vont quelquefois jusqu’à 30 livres, ce qui est le poids connu du cédrat de Gènes. Le cédrat de Salo pèse de 1 à 16 livres, et, s’il faut en croire quelques-uns, jusqu’à 40 livres. Ceux de Home pèsent ordinairement 20 livres (I).
II. Limonier, Citrus limon, Gall. (2). — Arbre plus élevé que le cédratier, à branches longues et flexibles, qui se prêtent de préférence à l’espalier. Ses jeunes pousses sont anguleuses et violettes;
(I) Je présume qu’il s’agit ici de la livre romaine de 321*r,24> suivant laquelle G livres = lk", 927 gram. ; 9 livres = 2k‘‘, 891 gram. ; 30 livres = 9k“,G37 gram ; 40 livres = 12k“,849 gram.
(2) Ferrari, tab. 189, 193.
DICOTYLEDONES THALAMIFLORES.
ses feuilles sont ovales, deux fois plus longues que larges, pointues, articulées sur un pétiole nu ou très-faiblement ailé. Ses tleurs sont un peu moins grandes que celles du cédratier, et un peu plus grandes que celles de l’oranger. Elles sont en partie hermaphrodites et en partie privées de pistil, rouges en dehors, blanches en dedans, à 30 ou 40 étamines polyadelphes.
Le fruit est ovoïde et terminé par un mamelon; l’écorce extérieure ou le zeste est mince, et pourvue d’une arôme pénétrant; l’écorce intérieure est mince, blanche, coriace, et très-adhérente à la baie, qui est volumineuse, à 9, 10 ou 11 loges remplies d’un suc abondant, fortement acide; les semences sont jaunâtres et très-amères.
Le limonier paraît être originaire de l’Inde, ainsi que le bigaradier. Les croisés les ont trouvés cultivés en Palestine et les ont fait connaître à l’Europe; mais déjà les Arabes les avaient naturalisés en Afrique et dans le midi de l’Espagne, d’où ils ont pu également se répandre dans le midi de la France et en Italie.
L’espèce du limonier est riche en variétés et plus encore en hybrides. Elle a pour type un fruit oblong, à écorce très-odorante, mince et très-adhérente à la baie, et on en trouve des variétés qui renchérissent encore sur le type par la finesse et l’odeur de l’écorce et l’abondance du jus acide, jointes à la forme arrondie du fruit : telles sont le Lustrato de Rome, le Bugnetta de Gênes et le Balotin d'Espagne: mais on en connaît beaucoup d’autres dans lesquelles l’écorce s’épaissit et rapproche le fruit du cédrat. Gallesie n’admet pas cependant que ces variétés soient des hybrides du cédrat : tel est principalement le limonier ordinaire de Gênes (1), qui est cultivé presque sur toute la côte de la Ligurie, depuis la Spezzia jusqu’à Bières. C’est la variété qui fournit le plus de fruits au commerce, parce que l’écorce étant plus épaisse et plus charnue, ils résistent davantage dans les envois qu’on en fait pour le Nord. Ce sont ces fruits qui sont connus à Paris sous le nom de citrons. Quant aux variétés qui sont des hybrides du cédrat et qui sont nommées communément Poncires ou poncines, on en trouve un grand nombre figurées par Ferrari (2).
-V Le suc acide des citrons sert à faire le sirop de limo)is. Ce môme suc, saturé par de la craie, sur les lieux mêmes de sa production, donne naissance à du citrate de chaux, d’où on extrait l’acide citrique par l’intermède de l’acide sulfurique. Le zeste jaune des citrons, récent, fait partie de l’alcoolat de mélisse composé et de l’alcoolat ammoniacal aromatique de Sylvius. Ce même zeste fournit par expression ou dislillatation, V huile volatile ou essence de citrons. Celle par expression est jaune
(1) Galtesio, n° 8; Ferrari, tab. 199.
(•i j Ferrari, tab. 219, 249, 255, 301, 303, 307, 337, etc.
AURANTIACEES. — LIMONS.
fluide, d’une pesanteur spécifique de O,8o, d’une odeur très-suave; mais elle est légèrement louche, à cause d’un peu d’eau et de mucilage qu’elle contient, et elle s’altère plus promptement que l’autre. L’essence obtenue par distillation est incolore, très-fluide, d’une odeur moins suave et moins estimée pour la parfumerie; mais elle est préférable pour détacher les étoffes. Ces deux huiles sont sujettes à être falsifiées avec de l’alcool. On peut, reconnaître la fraude, soit en les agitant avec de petits morceaux de chlorure de calcium sec, qui s’unit à l’alcool et forme une couche liquide que surnage l’essence; soit en les agitant avec de l’eau qui devient et reste laiteuse, dans le cas de la présence de l’alcool, et diminue le volume de l’essence; tandis qu’elle redevient limpide en très-peu de temps, lorsque l’essence est pure, et sans en diminuer le volume. A cet effet, l’essai doit en être fait dans un tube gradué.
L’essence de citrons ou de limons et celle de cédrat sont composées de carbone et d’hydrogène, sans oxygène, et leur formule est C10H8 pour 4 volumes. Cette composition est la même que celle de l’essence île térébenthine, mais avec une condensation moitié moindre des éléments. Ces huiles exercent d’ailleurs une action bien différente sur la lumière polarisée ; car, tandis que l’essence de térébenthine faitéprouver au rayon lumineux une déviation à gauche de 43 degrés, l’essence de citron détermine une déviation à droite de 80 degrés. Ces mêmes huiles, en se combinant au chloridehydrique, volume à volume, donnent naissance à un camphre artificiel , qui diffère, par conséquent, de celui de l’essence de térébenthine, parce qu’il contient moitié moins d’hydrogène et de carbone. Ces mêmes essences, exposées à l’air, en absorbent l’oxygène, s’épaississent et forment différents produits, tels que de l’eau, de l’acide acétique, une résine cristallisable, etc.
J’ai fait connaître précédemment (page 290) les raisons qui portent aujourd’hui les savants à penser que les célèbres pommes d’or des Hespérides n’étaient ni des oranges, ni même des citrons ou des cédrats, fruits inconnus en Europe au temps d’Hercule.
Je ferai l’observation pareillement, que les bois de Citrus d’Afrique, dont on faisait, du temps de Cicéron à Pline, des tables d’un prix si considérable, n’étaient pas du bois de citronnier, comme beaucoup de traducteurs l’ont pensé. Ces tables étaient si follement recherchées que le prix en dépassait souvent 100000 francs de notre monnaie ; et cependant, la plus grande de toutes, qui appartenait à Tibère, n’avait que 4 pieds 2 pouces de diamètre (lm,226). Mais cette dimension est considérable, si l’on fait attention que la table était ordinairement formée d’une seule racine ou d’un seul nœud de racine. Cette grande dimension, jointe à une couleur de vin miellé, montre bien que l’arbre ne pouvait être un citronnier. D’ailleurs le nom même citrus, qui est peut-être employé ici par erreur, en place de cedtrus , sa correspondance avec le nom grec thya ou tliyon , la grande ressemblance de l’arbre avec le cyprès mentionnée par Pline, etc., tout indique que le citrus d’Afrique était un arbre conifère du genre des genvériers, des thuyas ou des cyprès.
Donnons, pour terminer, les caractères des bois de nos citres actuels; je ne connais pas le bois du cédratier, mais je le suppose peu différent de celui du citronnier-limonier. Celui-ci est inodore, très-dense, d’un
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
jaune serin, veiné, susceptible d’un beau poli, et peut être employé sur le tour, aux mêmes usages que le buis; mais il est moins beau. Le bois de bigaradier est dur, d'un blanc grisâtre fort peu agréable; enfin, le bois d’oranger est blanc, quelquefois lavé de rouge au centre, sans veines apparentes, sans rien qui le rende utile ou remarquable. Tous ces bois sont inodores,
III. J’ai dit que Risso a établi sous le nom de limettier ( Citrus limetta) une espèce de citre dont le type paraît être le limonier à fruits doux on la lime douce de Gallesio (1 ), qui se trouvait assez embarrassé sur sa classification, cet arbre se rapprochant des hybrides de l’oranger, dont il n’offre cependant aucune trace dans sa feuille, dans sa fleur (sauf la couleur), ni dans son fruit. Risso lui donne, comme caractères distinctifs, des pétioles ailés, une corolle très-blanche, 30 étamines réunies 3 par 3, un fruit globuleux, d’un jaune pâle et verdâtre, couronné d’un mamelon obtus; une écorce de fruit ferme, assez épaisse, insipide; une baie à 9 loges, à suc doux et fade. Il y comprend comme variétés : le limettier limoniforme (2); le limettier à fruit étoilé (3), que Gallesio met au nombre des hybrides de bigaradier, et le limettier bergamottier que Gallesio regarde aussi comme un hybride, mais qui offre les caractères propres aux limettiers. Le bergamottier a les rameaux épineux, et les feuilles grandes, ovalesarrondies, portées sur de longs pétioles ailés. Les fleurs sont blanches, pourvues de 20 à 26 étamines; les fruits sont petits, arrondis, pyriformes, un peu mamelonnés au sommet; l’écorce en est mince, d’un jaune doré, unie, remplie d’une essence suave et piquante, dont l’odeur particulière fait tout le mérite; car sa pulpe aigre et amère n’est d’aucun usage. L’écorce était très-usitée autrefois pour faire de jolies bonbonnières qui portaient aussi le nom de bergamottes.
L’essence de bergamotte n’est guère obtenue que par l’expression des zestes; elle est jaune et d’une densité plus considérable que celle de citrons, car elle pèse 0,880. Elle s’altère aussi beaucoup plus vite dans les flacons où on la conserve, et y forme un dépôt plus ou moins marqué. D’aprèsles expériences deM. Olme et celles de MM. Soubeiran et Capitaine, elle aurait une composition différente et contiendrait une certaine quantité d’oxygène; ou, tout au moins, elle serait le résultat d’une hydratation de l’essence G10Ii8 (4).
IV. Bigaradier (Citrus bigaradia, Nouv.Duham. ; Citrus vulgaris ,
(1) Gallesio, p. 112.
(2) Ferrari, tab. 230.
(3; Ferrari, tab. 315.
(i) Journ. Pharm.,X. XXVI, p. 510.
AURANTIACEES. — BIGARADIER.
Risso; Aurantiumvulgare acre, Ferrari (1). Cet arbre (fig. 738) s’élève jusqu’à 8 mètres et porte une tête arrondie et touü'ue. Ses jeunes pousses sont anguleuses, épineuses et d’un vert très-clair ; ses feuilles sont ovales-lancéolées, une fois plus longues que larges, articulées sur un pétiole fortement ailé. Les fleurs sont entièrement blanches, très-odorantes, à 20 étamines. Les fruits sont globuleux, recouverts d’un zeste jaune rougeâtre, raboteux et pourvu ' d’un arôme très-pénétrant; l’écorce interne est peu épaisse, blanche et très-amère; la baie est composée de 8 à 12 loges contenant chacune deux graines ou plus, et remplies d’un suc acide et très-amer. Cette espèce, de même que les précédentes, a formé un assez grand nombre de variétés et d’hybrides. Parmi les premières, je citerai le bigaradier à fleurs semi-doubles (Ferr., 391), Xemidti flore, ditaussi bouquetier ou riche-dépouille (F err., 389), Y oranger nain ou petit chinois (Ferr., 433), le bigaradier à feuilles de myrte , le bigaradier cornu (Ferr., 409, 413) ; parmi les hybrides, il faut distinguer ceux qui participent du limon ou du cédrat, tels que ceux représentés par Ferrari, tab. 311, 313, 313, 321, 423, dont plusieurs portent les noms de lumie, de pomme d'Adam , de pompoleon, et ceux qui participent de l’oranger, qui sont le bigaradier à fruit doux (Ferr., 374) et le bigaradier à écorce douce (Ferr., fig. 433, 433).
Le bigaradier est une des espèces les plus utiles du genre et celle dont la médecine fait le plus d’usage. Il est vrai que l’amertume de sa baie empêche qu’on ne la mange comme fruit d’agré- I ment; mais on s’en sert comme d’assaisonnement sur les tables 1 et on en fait des confitures très-estimées ; enfin c’est cet arbre, et non l’oranger vrai, qui fournit à la pharmacie les feuilles d’oranger les fleurs d’oranger qui servent à faire Veau de fleur d’oranger et
3 Y essence de néroli, les orangettes et Y écorce d’orange amère ; parce que toutes ces parties sont, chez lui, plus sapides et pourvues d’une odeur plus vive et plus pénétrante que dans l’oranger vrai. C’est pour cette raison que le bigaradier est presque le seul cultivé dans les serres des climats froids ou tempérés, sous le nom d ’ oranger.
Feuilles «l’oranger. — Il faut les choisir entières, d’une belle couleur verte, fermes, très-aromatiques et d’une saveur amère.
Petit grain ou orangettes. — On nomme petit grain , les petits fruits tombés de l’arbre, peu après la floraison. On en retire par la distillation une huile volatile qui porte le même nom. Il est vrai que, suivant M. Risso et d’autres, l’essence de petit grain est obtenue, en toutou en partie, par la distillation des feuilles du
(I) Ferrari, tab. 377, f. I .
Gumouivr, Drogues, 6e édition.
DICOTYLÉDONES TI1ALAMIFLORES.
bigaradier; mais c’est par une substitution semblable à celle qui fait remplacer souvent les fleurs par les feuilles, dans la préparation de l’eau de fleur d’oranger du commerce. Le nom d’essence de petit grain suffit d’ailleurs pour indiquer que cette essence doit être préparée avec le jeune fruit. On donne le nom d ’orangettes aux fruits recueillis avant qu’ils aient atteint le volume d’une cerise. On en prépare une teinture amère qui est très-stomachique ; mais leur plus grand usage est pour la fabrication des pois d'oranges pour les cautères. Car ces pois, qui sont bruns et aromatiques, sont faits avec les orangettes dont on retrouve la structure dans leur intérieur, et non avec le bois de l’arbre, qui est fort dur, blanc et inodore.
Écorce d’orange amère. — L’écorce d 'orange amère la plus estimée vient de la Barbade et de Curaçao, et porte le nom de curaçao des îles ou de Hollande. Le premier, provenant de fruits non mûrs, est en petits quartiers verts à l’extérieur, épais, durs, compactes, d’une odeur forte et persistante, d’une saveur amère très-parfumée; le second, provenant de fruits mûrs et ayant été mondé en Hollande de sa pulpe blanche interne, est sous forme d’écorces très-minces, presque réduites à leur zeste, d’un jaune rougeâtre, chagriné à l’extérieur et très-aromatique.
On apporte d’Italie et de Provence des écorces semblables, ou petites et verdâtres, ou plus âgées et jaunâtres, mais non mondées de leur partie blanche interne. Les unes et les autres, mais principalement le curaçao de Hollande mondé, servent à faire une liqueur de table très-estimée, une teinture alcoolique et un sirop, qui sont d’excellents stomachiques et vermifuges.
Essence de bigarade. — Cette essence est d’une odeur vive et pénétrante, et pèse 0,855. Elle a la même composition moléculaire que les essences de citron et de cédrat ; mais elle agit beaucoup plus fortement sur la lumière polarisée, qu’elle fait dévier de 120 degrés vers la droite.
Essence denéroli. — Cette essence est moins fluide que les précédentes, d’une couleur jaune qui brunit à l’air, et d’une pesanteur spécifique de 0,888. D’après MM. Soubeiran et Capitaine, elle se compose de deux huiles dont l’une est d’une odeur trèsagréable et se dissout en grande quantité dans l’eau de fleur d’oranger, tandis que l’autre est presque insoluble dans l’eau et ne se rencontre que dans l’essence. La première rougit par l’acide sulfurique et communique cette propriété à l’eau distillée .
V. Oranger vrai, Citrusaurantium,l\\sso. — L’oranger de Portugal s’élève à la hauteurde6à7 mètres et porte une large tête ronde sur un tronedroit et cylindrique. Ses feuilles sont ovales oblongues, aiguës, lisses, luisantes, légèrement crénelées, d’un vert foncé,
TERNSTRŒMIACEES.
portées sur un pétiole moyennement ailé. Les Heurs sont axillaires, d’un beau blanc, à pédicule court, et réunies deux à six ensemble, sur un pédoncule commun; elles ont de 20 à 22étamines et sont toutes hermaphrodites et fertiles.
Les fruits sont globuleux, quelquefois un peu déprimés, revêtus d’un zeste lisse ou peu rugueux, d’un jaune safrané, recouvrant une pulpe mince, blanche, filamenteuse, d’un goût fade, peu adhérente à la baie. Celle-ci, qui forme la presque totalité du fruit, est à 8 ou 10 loges occupées par des vésicules oblongucs, pleines d’un suc jaunâtre, doux, sucré, et d’un goût fort agréable. Les graines sont blanches, oblongues, arrondies, volumineuses.
On distingue parmi les variétésde l’oranger celui dit de Portugal, qui est le plus commun ; celui de Chine (Ferrari, tab. 427) ; l’oranger à suc rouge, Yoranger à écorce douce , celui à écorce épaisse (Ferrari, 379), Yoranger à fruit nain , l’oranger à fleurs doui blés , dont les fruits en renferment souvent un second dans r leur intérieur, Y oranger pompelmous d’Amboine (Citrus aurantium decumanurn) qui est peut-être une espèce distincte, remarquable par la grandeur de toutes ses parties, etc. Parmi les hybrides, on compte Yoranger à figure de limon ou lime orangée (Ferra ri, tab. 385), Yoranger à fruit panaché de blanc (Ferrari, 399), Yoranger à fruit strié (Ferrari, 401), etc.
Ainsi que je l’ai dit précédemment, l’oranger à fruit doux se recommande par son fruit, qui est un des plus beaux et des plus agréables que l’on connaisse; mais il le cède, pour toutes ses autres parties, au bigaradier, ses feuilles et ses fleurs étant pourvues d’une saveur et d’une odeur beaucoup plus faibles, et l’écorce de son fruit, que l’on vend quelquefois comme écorce d’orange amère, s’en distinguant par sa nature spongieuse et par son goût fade ou faiblement amer. L’essence retirée du zeste est la plus légère de celles des aurantiacées : elle pèse 0,844 non distillée, et 0,835 lorsqu’elle est bien rectifiée. C’est aussi cellequi agit le plus sur la lumière polarisée, qu’elle dévie de 127 degrés vers la droite. Elle porte dans le commerce le nom d’essence de Portugal.
FAMILLE DES TERNSTRŒMIACÉES.
Arbres ou arbrisseaux à feuilles alternes, sans stipules, souvent coriaces et persistantes. Calice à 5 sépales concaves, inégaux et imbriqués ; corolle à 5 pétales ou plus, imbriqués et contournés, quelquefois soudés à la base; étamines nombreuses, souvent réunies par la base de leurs fdets et soudées avec la corolle. Ovaire libre, placé sur un disque hypogyne, divisé en 2 à 5 loges contenant plusieurs ovules fixés à leur angle interne. Les styles sont en nombre égal à celui des loges,
DICOTYLÉDONES THALÀMIFLORES.
plus ou moins souciés ensemble, terminés chacun par un stigmate simple. Le fruit présente de 2 à 5 loges; il est tantôt coriace ou un peu charnu et indéhiscent ; d’autres fois sec, capsulaire, s’ouvrant en autant de valves qu’il y a de loges; l’embryon est nu ou pourvu d’endosperme.
Les ternstrœmiacées présentent d’assez grands rapports avec les guttifères. On les divise en six tribus dont une, qui a reçu le nom de camelliées ou de théacées, était d’abord comprise dans les aurantiacées, puis a formé une petite famille distincte, avant d’être réunie aux ternstrœmiacées. Une autre tribu, celle des Cochlospermées, plus rapprochée des malvacées, ne comprend que le seul genre Cochlospermum que je cite ici, parce que, une des deux espèces dont il se compose, le Cochlospermum gossypium ( Bombax gossypium , L.) , est indiqué par Endlieher dans son Enchiridion botanicum, ouvrage si concis et si plein de faits exacts et d’érudition, comme la source de la gomme butera ou ltuteera ( kulira ) de l’Inde, à laquelle j’ai conservé jusqu’ici, provisoirement, le nom de gomme de Bassora (page 452), mais qu’il faut définitivement appeler gomme kutira. Ce même arbre ( Cochlospermum gossypium ) porte, dans une capsule ovale, à 5 loges polyspermies et à 5 valves, de petites semences réniformes, couvertes d’un duvet blanc, que l’on peut employer aux mêmes usages que le coton. Les semences elles-mêmes, écrasées avant leur maturité, fournissent un suc qui a la couleur de la gomme-gutte. Je ne dirai rien des camellia , arbrisseaux si connus pour l’élégance de leur feuillage et la beauté de leurs fleurs , mais qui ne sont d’aucune utilité pour la médecine, et je me bornerai à parler du thé, dont l'importance commerciale est si grande et dont l’importation procure au fisc, dans plusieurs pa\s de l’Europe, une ressource considérable. ^
■4* Thé.
Le thé (fig. 739) se nomme tsja au Japon et tcha en Chine (1), ce qui ne forme probablement qu’un seul et même nom. C’est un arbrisseau rameux, toujours vert, qui croît jusqu’à la hauteur de 2 mètres environ. Il a les feuilles alternes, non stipulées, pétiolées, légèrement coriaces, ovales-obiongues, pointues, finement dentées. Ses fleurs sont axillaires, solitaires, pédonculées, munies d’un calice à 5 sépales imbriqués, dont les extérieurs sont plus petits ; tous sont un peu soudés par la base. Les étamines sont nombreuses, plurisériées, à filaments filiformes, portant une anthère appliquée, oblongue, biloculaire. L’ovaire est libre, triloculaire, surmonté d’un style trifide et de 3 stigmates aigus. Le fruit est une capsule formée de 3 coques arrondies, à déhiscence loculicide, ne contenant chacune ordinairement qu’une grosse semence ronde. Celle-ci est formée d’un embryon
(I) D’après Kæmpfer, cependant, le thé se nommerait thèh en chinois.
TERNSTRŒMIACÉES. — THÉ.
sans endosperme, à cotylédons charnus et oléagineux, et à radicule très-courte et centripète.
On trouve dans le commerce un grand nombre de sortes de thés que l’on rapporte toutes à deux arbustes de la Chine, qui ont été nommés par Linné Thea bohea et Tbeci viridis, le premier ayant les feuilles plus courtes et les (leurs hexapétales, et le second les feuilles plus longues et les (leurs à 9 pétales.
Mais d’après les observations de Lettsom, le nombre des pétales peut varier dans les deux arbustes de 3 à 9, de sorte qu’on ne les regarde plus que comme deux variétés d’une môme espèce nommée Thea chinensis. Il faut admettre alors que les différences remarquées entre les sortes de thé proviennent en partie de l’âge auquel on a cueilli les feuilles et du mode de leur dessiccation. On fait la récolte des feuilles plusieurs fois par an, et on les fait sécher sur des plaques de fer chaudes, où elles se crispent et se roulent comme on le voit dans le thé du commerce.
Les feuilles des thés de choix sont, en outre, roulées une à une dans la main. Enfin, je suis porté à croire que la différence qui existe entre les deux sortes principales de thés du commerce, désignées sous les noms de thé vert et de thé noir , est due â ce que ce dernier a subi une préparation particulière avant sa dessiccation.
[Cette supposition se trouve confirmée par les renseignements recueillis depuis, et particulièrement par ceux de MM. Grundherr et Ilertel (1), desquels il résulte que le thé noir subit, avant d’être soumis au feu, une sorte de fermentation, tandis que les feuilles qui doivent donner le thé ver, sont directement torréfiées.]
On distingue ensuite un grand nombre de variétés de thés verts et noirs. On compte parmi les premiers ceux dits thé vert ou
Fi". 739. — Thé.
tonkai, thé songlo, thé kayswen-skin , thé hayswen ou hyson , thé perlé ou impérial , thé poudre à eanon , thé chulan , etc. On désigne au nombre des seconds, le thé bouy, le congou, le campoui,
(1) Voir dans Neues Jurbuch der Pharmacie, XXVIII, 201 ; d’après 1 eJahresbcricht de Wiggers pour 1SG7.
DICOTYLEDONES THALAMIFLORES.
le souchong ou saotchon, le pekao , le thé en boules , etc. ; je n’en décrirai que six variétés.
Le thé hayswen est en feuilles roulées longitudinalement, d’un vert sombre un peu noirâtre et bleuâtre, d’une odeur agréable et d’une saveur astringente. Lorsqu’on le fait infuser dans l’eau, les feuilles se développent, acquièrent de 30 à 50 millimètres de longueur, de 15 à 20 millimètres de largeur, et une teinte plus verte. Ces feuilles sont ovées-lancéolées, glabres d’un côté, légèrement pubescentes de l’autre, dentées de petites dents aiguës sur leurs bords ; plusieurs feuilles sont brisées. La liqueur est jaune, transparente, a une saveur amère, rougit le tournesol, ne précipite ni le nitrate de baryte ni l’oxalate d’ammoniaque ; forme, avec le nitrate de plomb, un précipité blanchâtre ; avec le nitrate d’argent, un précipité noir, ou blanc passant au noir, par la réduction de l’argent ; elle réduit de même la dissolution d’or et celle de protonitrate de mercure, ce qui indique dans ce thé un principe avide d’oxygène (le tannin).
Thé chulan. — Ce thé ressemble entièrement, par ses caractères physiques et par les propriétés de son infusion, au thé hayswen; sa seule différence consiste en une odeur infiniment plus suave, qui passe également dans son infusion, et en rend l’usage très-agréable. Celte odeur n’est pas naturelle au thé ; elle lui est communiquée par la fleur de VOlea fragmns, L. ( Osmanthrus fragrans , Lour. ; Lanhoa des Chinois). Ce thé est un des plus recherchés.
D’autres sortes de thés paraissent devoir de même leur odeur particulière à d’autres substances aromatiques, telles que les fleurs du Camellia sesanqua, celles du Mongorium sambac de la famille des jasminées, etc.
Le tué perlé diffère extérieurement du thé hayswen, par sa forme ramassée, comme arrondie, et par sa couleur plus brune et néanmoins cendrée; son odeur est plus agréable. Lorsqu’on le fait infuser dans l’eau, il s’en pénètre et se développe plus difficilement. Alors on reconnaît que sa forme arrondie provient de ce que les feuilles de thé entières, après avoir été roulées longitudinalement, sont en outre repliées et tordues sur elles-mêmes ; opération qui a dû se faire à la main, et à laquelle ce thé doit d’être moins accessible à l’humidité, et de conserver plus longtemps son parfum et ses autres propriétés. Les feuilles de thé perlé développées sont entièrement semblables à celles du thé hayswen, seulement elles sont un peu plus petites. L’infusion est un peu plus foncée et légèrement trouble; du reste, elle jouit des mêmes propriétés.
Thé poudre à canon. — Ce thé paraît roulé encore plus fin que
TERNSTRŒMIACÉES. — THÉ. C3 1
le thé perlé ; cependant il provient de feuilles plus grandes et semblables à celles du thé hayswen ; mais ces feuilles ont toules été coupées transversalement en trois ou quatre parts avant d'être roulées, ce qui est la seule cause de la petitesse de son grain. Son infusion ressemble entièrement à celle du thé perlé.
Thé noir, thé bouy, thé gouchon<>'. — Ces sortes de tllés sont d’un brun noirâtre, d’une odeur agréable, d’une saveur moins astringente que le thé hayswen. Ils sont beaucoup plus légers, plus grêles, et, comme lui, seulement roulés dans leur longueur.
Le thé noir, infusé dans l’eau, se développe facilement ; ses feuilles sont elliptiques ou lancéolaires, dentées, brunes, plus épaisses que le thé hayswen. comme membraneuses et élastiques, mêlées de pétioles. L’infusion a une odeur agréable, une saveur moins amère que celle du thé hayswen, une couleur orangée brune. Cette infusion rougit le tournesol, ne précipite pas le nitrate de baryte, et réduit la dissolution d’or ; précipite en fauve le nitrate de plomb ; précipite de même sans les réduire les nitrates d’argent et de mercure, ce qui indique l’absence presque totale dix principe avide d’oxygène contenu dans les précédentes sortes.
Le thé pckao me paraît n’être que la sorte précédente plus choisie. Il a la même couleur brune, la même forme, la même saveur ; seulement son odeur est plus agréable, et il est mêlé de petits filets argentés, qui ne sont autre chose que les dernières feuilles de la branche non encore développées, et plus pubescentes que les autres : son infusion est entièrement semblable à celle du thé bouv.
Ce que je viens d’exposer sur ces six sortes de thés ne contredit en aucune façon l’opinion émise précédemment, qu'elles ne proviennent que d’une espèce végétale : en effet, le thé chulan n’est que du thé hayswen aromatisé artificiellement ; le thé poudre à canon n’est que du thé vert haché et roulé ; le thé perlé ne me semble différer du thé hayswen que parce que ses feuilles sont un peu plus petites, ce qui peut tenir â ce qu’on les a récoltées dans un âge moins avancé; enfin, l’infusion de ces quatre sortes exerce une même action réductivesur les dissolutions d’or, d’argent et de mercure.
Quant au thé bouy et au thé pekao, qui diffèrent des autres par leurcouleur brune, et par l’absence du principe avide d’oxygène, on pourrait les croire produits par une espèce distincte ; mais il est possible aussi que leur différence résulte de ce que les feuilles récoltées auraient été traitées par l’eau, ou par la vapeur d’eau, ou soumises à un commencement de fermentation avant leur dessiccation ; car l’une ou l’autre de ces opérations aurait en effet
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
pour résultats la coloration en brun des feuilles et l’altération du principe oxygénable : ce qui me semble appuyer celte opinion, c’est que le thé bouy n’est pas toujours entièrement privé de la propriété de réduire les dissolutions d’argent et de mercure.
[Parmi les substances qui entrent dans la composition chimique du thé, il faut signaler d’une manière particulière : 1° l’huile essentielle, qui est la cause de son arôme : elle est jaunâtre, épaisse, d’une odeur de thé très-forte et étourdissante ; 2° la théine découverte dans le thé par M. Oudry, en 1827 et qui a été reconnue par MM. Jobst et Mulder, identique avec la caféine ; 3° enfin un autre principe azoté, que M. Péligot a signalé et qu’il rapproche du caséum du lait (1).]
C’est en 1666 qu’on a commencé à faire usage du thé en Europe ; depuis il est devenu d’un usage si général, qu’on en importe annuellement plus de 20 millions de livres. C’est à l’occasion d’une taxe sur le thé que les États-Unis d’Amérique se sont' séparés de l’Angleterre. L’infusion de thé est stimulante, stomachique, très-bonne pour les indigestions et pour arrêter le vomissement.
[Cette plante précieuse a été introduite dans diverses régions. Il y a. une quinzaine d’années, on l’a transportée dans les Indes orientales dans les montagnes de Neilgherries, sur la côte de Malabar (2). Vers 1838, M. Fortune, chargé d’une mission spéciale, en apportait des échantillons de Chine aux États-Unis (3). Enfin le Brésil en cultive dans diverses provinces et, d’après le catalogue des produits de cette nationà l’Exposition universelle, la culture du thé donne de belles espérances fondées sur les qualités et le rapport abondant de cette plante (4).]
Succédanés du thé. — L’usage presque universel du thé est cause que dans plusieurs pays on en a donné le nom aux feuilles de diverses plantes susceptibles d’être prises en boisson théiforme. L’une d’elles a même acquis une grande importance commerciale dans l’Amérique méridionale : c’est le thé du Paraguay, dont la recherche a coûté pendant si longtemps la liberté à notre célèbre botaniste Bonpland. Cette plante est une espèce de houx, Ilexparagariensis, que M. Auguste Saint-Hilaire a trouvé au Brésil sous le nom de Arvore de mate ; de sorte que les nations qui en font usage pourront se soustraire au monopole du gouvernement du Paraguay en la tirant du Brésil.
(1) Houssaye, Monographie du thé. Paris, 1843, 08.
(2) Voir Pharmaceut. Journal, 2e série, I, 391.
(3) Pharmacput. Journal. 2e série, I, 429.
(4) L'empire du Brésil à l'Exposition universelle de 1 867 à Paris. Rio-dc-Janeiro, 1807, p. 189.