TILI ÂGÉES
Les feuilles de cet arbrisseau, telles qu’on les trouve dans le commerce, sont toujours brisées et même presque pulvérisées, afin d’en déguiser la nature. Ces feuilles ont une odeur assez prononcée et une saveur un peu astringente; on les emploie en infusion comme le thé.
Dans l’Amérique septentrionale on fait usage des feuilles de Vllex vomitoria, sous le nom de thé des Apalaches. Au Pérou, on fait un commerce fort considérable des feuilles de coca, Erythroxylum coca, de la petite famille des Érythroxylées. Ces feuilles, qui n’ont qu’une saveur faiblement aromatique et amère, jouissent d’une propriété excitante qui peut aller jusqu’à causer l’ivresse. Les Indiens et les mineurs, surtout, en mâchent continuellement et paraissent trouver dans cet usage un puissant remède contre la fatigue. On a donné aussi le nom de thé du Mexique au Chenopodium ambrosioides , et celui de thé d'Europe à la véronique et à la sauge. Cette dernière plante a même pendant quelque temps été envoyée en Asie en échange du thé de la Chine; mais l’usage en a été passager, tandis que ce dernier est devenu un objet de nécessité en Europe. ^
FAMILLE DES TILIACÉES .
Arbres, arbrisseaux, très-rarement plantes herbacées, à feuilles alternes, accompagnées de deux stipules le plus souvent caduques. Fleurs complètes, pourvues d’un calice à 4 ou o sépales libres ou plus ou moins soudés; corolle à 4 ou 5 pétales insérés à la base d’une glande ou d’une squamule, entiers ou lacérés au sommet, rarement nuis. Étamines le plus souvent indéfinies, insérées sur le torus ; à filaments filiformes, libres ou légèrement souci és’à la base. Anthères biloculaires, s’ouvrant par une fente longitudinale ou par un pore terminal. L’ovaire présente de 2 à 10 loges, contenant chacune un ou plusieurs ovules attachés à leur angle interne. Le style est simple, terminé par un stigmate lobé. Le fruit est une capsule à plusieurs loges et polysperme, ou un drupe monosperme par avortement. Les graines contiennent un embryon droit ou un peu recourbé, dans un endosperme charnu.
Les Tiliacées forment deux sous-familles, les Tiliées et les Elœocarpées : les premières ont les pétales entiers ou rarement nuis, et les anthères à déhiscence longitudinale ; les secondes ont les pétales incisés et les anthères s’ouvrant au sommet par une valvule transversale. Les unes et les autres se recommandent à différents titres dans les contrées qui les produisent; mais je n’en citerai que deux espèces appartenant aux Tiliées. L’une est la corelte potagère, OU mélocliie ( CordlOVUS olltloriUS, L.),
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plante égyptienne cultivée dans plusieurs parties de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, à cause de ses feuilles que l’on mange cuites et assaisonnées. L’autre espèce, qu’il nous importe davantage de connaître, est notre tilleul d’Europe.
Tilleul d’Europe.
ïilia curopœa, L. — Les tilleuls sont des arbres élevés, à feuilles alternes, simples, cordiformes, dentées, et dont les fleurs sont
disposées en corymbes sur un pédoncule commun qui sort du milieu d’une bractée longue et linéaire. Le calice est à 5 divisions caduques ; la corolle est à 5 pétales oblongs, alternes avec les sépales, nus intérieurement ou accompagnés à la base d’une ligule staminifère. Les étamines sont nombreuses, libres et insérées sur le réceptacle, ou partagées en cinq groupes portés par les ligules; l’ovaire est libre, globuleux , velu , terminé par un style et par un stigmate en tête, à 5 lobes. L’ovaire est divisé intérieurement en 5 loges dispermes. Le fruit est un carcérule globuleux, coriace ou ligneux, h 5 loges monospermes, dont quatre avortent ordinairement. L’embryon est droit, formé de deux cotylédons foliacés, dans l’axe d’un endosperme cartilagineux.
Le tilleul d’Europe a les pétales dépourvus de ligules et les étamines libres, par conséquent. Il présente un assez grand nombre de variétés dont plusieurs ont été élevées au rang d’espèces : tels Sont le tilleul à larges feuilles, dit tilleul tle Hollande {Tl ha platljphylla , Scop.) ; le tilleul ai petites feuilles OU àfcuilles «l’orme, nomme aussi tilleul sauvage ou tillot {J ilia microp h y lia, Vent.),-; tilleul rouge {TU ia rubra , DG.), dont lesjeunesbranches flexibles sont colorées en rouge, etc. Quant au tilleul argenté de Hongrie qui se trouve représenté figure 740, il se distingue des précédents par ses feuilles glabres et d’un vert foncé en dessus, revêtues en dessous d’un duvet court et serré ; et par ses fleurs
Fig. 740. — Tilleul argenté.
TILIACÉES. — TILLEUL. 635
d’une odeur analogue à celle de la jonquille, et dont les pétales sont pourvus d’une ligule slaminifère, comme les tilleuls de l’Amérique septentrionale, ce qui avait fait supposer d’abord qu’il était originaire de cette partie du monde.
Le bois de tilleul est blanc, assez léger, facile à travailler. 11 est employé par les menuisiers, les boisseliers, les tourneurs, les sculpteurs et les sabotiers. La seconde écorce de tilleul (ou le liber) est très-fibreuse, difficile à rompre et sert à faire les cordes à puits. Les feuilles de tilleul se couvrent, pendant l’été, d’une exsudation mielleuse et sucrée, récoltée par les abeilles, et la sève de l’arbre, obtenue par incision du tronc, peut fournir du sucre cristallisé, ou, mise à fermenter, elle produit une liqueur vineuse assez agréable au goût.
Les fleurs de tilleul sont pourvues d’une odeur douce et agréable, qui parfume l’air vers la fin de juin; elles attirent les abeilles qui viennent y puiser un miel abondant. On en fait un fréquent usage en médecine, comme antispasmodiques, étant employées sècbes en infusion théiforme. Cette boisson, qui est très-agréable, peut aussi, jusqu’à un certain point, remplacer le thé. Les fleurs récentes, distillées avec de l’eau, fournissent une essence liquide et incolore qui est peu connue. L’hydrolat préparé avec les fleurs sèches est très-usité comme antispasmodique dans les potions.
Diptérocarpées. — Petite famille très-voisine des tiliacées, composée d’arbres de la première grandeur, habitant l’Inde et les îles de l’archipel indien, et pourvus de sucs huileux ou résineux, d’une grande utilité pour les pays qui les produisent; mais ils arrivent peu jusqu’à nous. Au nombre de ces arbres se trouve d’abord le Dryobalcmops eamphora { fig . 741), nommé aussi camphrier «le iSornéo ou de Sumatra, dont j’ai décrit le camphre naturel (1). Plusieurs Dipterocarpus, arbustes très-voisins des Dryobalanops, fournissent une résine balsamique utilisée comme poix navale, comme encens dans les temples, ou comme médicament vulnéraire et cicatrisant.
Le premier de tous est le Dipterocarpus trinervis de Java, arbre immense dont la résine fait partie d’onguents employés contre les ulcères invétérés, et remplace le copahu dans tous ses usages, lorsqu’elle est dissoute dans l’alcool. Le Dipterocarpus lœvis, arbre de l’Inde, étant incisé à la hache et approché d’un feu doux, fournit une grande quantité d’une huile balsanique, dite Wood oil ou baume de Gurgun (2), très-usitée comme vulnéraire et en place de vernis. Le Shorea robusta de l’Inde produit égale-
(1) T. Il, p. 412.
(2) Voir page 467.
C3G DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
ment une résine qui passe pour une espèce de dammar, et le \ atena indica a été regardé, pendant un certain temps, comme la source de la résine animé orientale ou copal dure, lorsqu'on s’imaginait que cette résine provenait de l’Inde (page 4oo).