FAMILLE DES CARYOPUYLLÉES , DC
Plantes herbacées, à tiges noueuses et articulées, à feuilles simples, opposées ou verticillécs, privées de stipules. Fleurs terminales ou axillaires; calice à 4 ou 5 sépales distincts ou soudés entre eux; corolle à 5 pétales onguiculés, manquant rarement. Étamines en nombre égal à celui des pétales, ou double. La corolle et les étamines sont insérées sur un torus plus ou moins élevé qui porte l’ovaire; ovaire ovoïde ou oblong, présentant de 2 à 5 loges el surmonté d’autant de styles libres, couverts intérieurement de papilles sligmatiques. Ovules nombreux attachés à l’angle interne de chaque loge. Le fruit est une capsule le plus souvent uniloculaire (2), à 2-5 valves qui s’ouvrent le plus souvent seulement par le sommet, sous forme de dents; d’autres fois complètement de haut en bas. Les semences sont plus ou moins nombreuses, portées sur un Irophosperme central, tantôt planes et membraneuses, tantôt arrondies; elles contiennent un embryon périphérique, roulé autour d’un endosperme farineux.
La famille des caryophyllées peut se diviser en deux tribus dont voici les caractères, les genres et quelques-unes des espèces principales.
I. Alsinées. Calice à sépales libres ; pétales courts ou sans onglet.
Céraiste des champs
Morgeline ou mouron des oiseaux.
Ceraslium arvense.
Slellaria media , Smith.
Alsine media, L.
IL Silénées. Calice gamosépale, tubuleux, à 5 dents; pétales longuement onguiculés.
Lychnide visqueuse..
Croix de Jérusalem..
Nielle des blés
Behen nostras
Siléné visqueux
Cornillet baccifère. . .
Saponaire officinale .
— d’Espagne
— d’Orient
Œillet de poëte. . . .
— mignardise
— giroflée
— rouge ou à ratafia
Lychnis viscosa, L.
— chalcedonica, L.
— Githago , Lam. c Silene in/lata , Smith, t Cucubalus Behe», L.
Silene viscosa , Pers Cucubalus bacciferus, L.
Saponaria officina/is, L.
Gypsophylla Strulhium , L.
Dianthus barbalus, L.
— plumurius, L.
— caryophyllus , L.
ruber.
Œillet rouge.
Dianthus caryophyllus , L. — Les œillets sont caractérisés par un calice tubuleux à 5 dents, entouré à la base de 2 ou de plusieurs
(1) Vauquelin, Ann. de Chim., LXXX, 314.
(2) Très-rarement une baie.
CARYOPII YLLEES. — SAPONAIRE OFFICINALE.
bractées imbriquées. Les 5 pétales sont longuement onguiculés, crénelés ou incisés au sommet; les étamines sont au nombre de 10; l’ovaire est surmonté de 2 styles ; la capsule est uniloculaire; les semences sont comprimées, peltées, convexes d’un côté, concaves de l’autre; l’embryon est à peine courbé. L'œillet rouge ( Dianthus caryophyllus ruber) croît naturellement dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Sa racine, qui est ligneuse et fibreuse, produit plusieurs tiges étalées à la base, ensuite redressées, lisses, cylindriques, noueuses d’espace en espace, rameuses à leur partie supérieure, hautes de 40 à 65 centimètres, d’un vert glauque ainsi que les feuilles et les calices. Les feuilles naissent à chaque nœud de la tige, opposées, sessiles, linéaires, lancéolées, canaliculées, très-aiguës au sommet. Les fleurs sont pédonculées, solitaires à l’extrémité de chaque rameau, entourées à la base du calice par des écailles ovales et trèscourtes; elles ont une odeur très-suave, analogue à celle du girofle, une couleur pourpre foncé, dans la plante sauvage ou non altérée par la culture; mais elles sont doublées, nuancées et panachées d’une infinité de manières, dans les variétés produites dans les jardins. Pour l’usage des pharmaciens et des liquoristes, on cueille les œillets rouges lorsqu’ils viennent de s’épanouir, et l’on en prend uniquement les pétales, dont on a soin encore d’enlever l’onglet. Alors on les fait sécher rapidement dans une étuve, ou bien on les emploie récents à la confection du sirop d’œillet, lequel forme un médicament cordial fort agréable. (
' Saponaire officinale.
Saponaria officinalis, L. {fig. 747).
Cette plante a la tige noueuseetles feuilles opposées et entières descaryophyllées, et ne diffère guère des œillets que par l’absence des bractées à la base du calice. Elle croît en France, près des haies et des ruisseaux, et se cultive aussi dans les jardins. Ses tiges sont droites,
Fig. 747. — Saponaire officinale.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
hautes de 50 à 65 centimètres, garnies de feuilles ovales-lancéolées presque sessiles, glabres comme toute la plante, d’un vert un peu jaunâtre, marquées de trois nervures longitudinales. Ses fleurs, qui paraissent en juillet et août, sontdisposées en faisceaux corymbiformes, à la partie supérieure de la tige; elles sont d’un rose très-pâle et d’une odeur douce et agréable. Les feuilles de saponaire ont une saveur un peu amère et salée. Elles communiquent à l’eau la propriété de mousser comme l’eau de savon et celle de nettoyer les étoffes, ce qui a valu à la plante son nom officinal et celui plus vulgaire de savonniïre ; mais les racines sont préférables pour cet usage. Elles sont longues, menues, noueuses comme la tige, d’un gris brunâtre au dehors, jaunâtres en dedans. Dans la racine sèche l’épiderme est ridé longitudinalement; l’écorce est mince, grise, presque transparente, en partie isolée du bois; elle a une saveur mucilagineuse d’abord et nauséeuse, qui finit par devenir très-âcre à la gorge. Le bois est d’un jaune serin, poreux, spongieux sous la dent, d’une saveur douceâtre. Toutes les parties de la plante sont employées en médecine, comme fondantes et dépura tives.
On trouve mentionnée, par Berzclius, une analyse de la racine de saponaire, faite par Bucholz, de laquelle il résulte que cette racine ne contient pas d’amidon et qu’elle est formée, sur 100 parties, de :
Résine brune et molle 0,25
Matière mousseuse, soluble dans l’eau et dans l’alcool
(saponine impure) 34,00
Gomme soluble dans l’eau 33,00
Fibre ligneuse 22,25
Apothème d’extrait 0,25
Eau 13,00
Racine «le Saponaire d’Orienl.
Cette racine se trouve dans le commerce en morceaux longs de 12 à 50 centimètres, et épais de 25 à 40 millimètres; elle est cylindrique, assez droite, et couverte d’un épiderme jaunâtre, interrompu par quelques lignes transversales blanches. La partie corticale qui se trouve sous l’épiderme est blanche, d’une saveur fade et mucilagineuse, qui devient ensuite âcre et persistante. La partie centrale est jaunâtre, dure, compacte, d’une structure rayonnée. La poudre de la racine est blanche ; elle fait éternuer, même à distance; la teinture d’iode ne la colore pas (la racine de saponaire officinale se comporte de même); elle devient gluante par la macération dans l’eau, et le liquide filtré, qui est presque incolore, mousse très-fortement par l’agitation.
POLYGÀLÉES.
La racine qui nous occupe paraît être le St?mthion de Dioscoride, qui, déjà de son temps, était employé au dégraissage des laines. Cet usage, qui s’est perpétué dans l’Orient et dans quelques parties de l’Europe, paraissait cependant ignoré, lorsque, il y a une trentaine d’années, on commença à nous rapporter cette substance, d’abord pulvérisée, puis entière. Elle fut prise d’abord pour la racine du Bnjonia abyssinica , Lamk. ; mais M. Théodore Martius a rencontré plus juste en l’attribuant à une gypsopliylle, genre de plantes très-rapprochées des saponaires, soit le Gypsophylla struthium, L. , connu sous le nom de Saponaire d’ Espagne, soit quelqu’autre espèce orientale (G. paniculata , altissima, etc.). Depuis un savant a prétendu, contre toute espèce de raison, que la saponaire d’Orient était produite parle Leontice leonto-petalum L. , de la famille des Berbéridées. Or la racine de cette plante est figurée et décrite partout comme un tubercule noirâtre, en forme de pain orbiculaire aplati , semblable à celui du Cyclamen europœum, mais plus volumineux. Quel rapport le savant en question pouvait-il trouver entre un semblable tubercule et la racine blanchâtre, pivotante, longue de plus de 60 centimètres, qui forme la saponaire d’Orient?
M. Bussy a retiré de la saponaire d’Orienl, par le moyen de l’alcool, une substance blanche, pulvérulente, douée d’une saveur âcre, très-soluble dans l’eau, à laquelle elle communique, même en dissolution très-étendue, la propriété de mousser fortement par l’agitation. Cette substance, à laquelle la saponaire d’Orient doit évidemment ses propriétés, a reçu le nom de saponine. Elle est neutre, non volatile, et formée seulement de carbone, d’hydrogène et d’oxygène (1). [Elle se dédouble en glucose et en sapogénine. Elle appartient donc au groupe des glucosides.]
FAMILLE DES POLYGÀLÉES.
Petit groupe très-naturel, mais d’affinités douteuses ; compris d’abord dans les Pédiculaires de Jussieu, puis comparé aux Papillonacées dont il diffère beaucoup, il présente plus de rapports avec les Droséracées, les Violariées et les Fumariacées.
Herbes ou arbrisseaux à feuilles éparses, simples, entières, sans stipules. Fleurs complètes irrégulières; calice ordinairement à 5 sépales, dont 3 extérieurs petits et égaux, et 2 intérieurs latéraux, beaucoup plus grands et pélaloïdes, mais persistants. I.a corolle est à 3 ou 5 pétales insérés sur le réceptacle, alternes avec les folioles du calice, soudés par la base avec le tube des étamines; 2 pétales postérieurs sont rapprochés et répondent à l’étendard des Papillonacées; le pétale op-
(1) Voy. , pour plus de détails, le Journal de pharmacie , t. XIX, p. 1.
GoG
DICOTYLÉDONES TllALAMIFLORES.
posé ou l’antérieur (carène) est plus grand, concave, unilobé et pourvu d’appendices au sommet, ou Irilobé et nu ; il renferme les organes sexuels. Les deux pétales latéraux sont très-petits, squamilormes ou tout à fait nuis (genre Polygala). Les étamines sont au nombre de S, divisées en deux groupes égaux, et portées sur un tube fendu, formé par la soudure des filets. Chaque partie du tube porte donc 4 anthères, lesquelles sont droites, uniloculaires et s’ouvrent par un pore terminal ou par une petite fente courte. L’ovaire est libre, comprimé, biloculaire ; le style est terminal, simple, courbé, terminé par un stigmate creux, irrégulier. Le fruit est une capsule comprimée, biloculaire, s’ouvrant par la marge des loges (souvent uniloculaire par avortement), contenant dans chaque loge une semence pendante, souvent accompagnée d’une sorte d’arille ou de caroncule; endosperme charnu, peu développé ou nul. Embryon homotrope, droit, axile, de la longueur del’endosperme.
Le genre Polygala, qui est le plus nombreux et le plus important de cette petite famille, renferme des espèces très-nombreuses répandues par toute la terre, et principalement dans les contrées tempérées de l’hémisphère boréal. Ce sont des plantes à suc laiteux, très-actives, abandonnées aujourd’hui comme la
plupart des médicaments ; mais que leur action émétho-cathartique, diurétique, sudorifique et fortement stimulante, devrait pouvoir rendre utiles dans plusieurs maladies graves dont on sait fort bien suivre et constater les progrès sans tenter souvent beaucoup d’efforts pour les arrêter.
**» B'olygala de Virginie.
Polygala senega, L. (fig. 748). — Cette plante croît dans l’Amérique septentrionale. Sa racine est vivace, formée de grosses fibres tortueuses ; elle produit plusieurs tiges un peu couchées à la base, puis dressées, hautes de 30 à 40 centimètres, pubescentes, garnies de feuilles alternes, lancéolées, sessiles, glabres.
Les fleurs sont blanchâtres, tachetées d’un peu de rouge, disposées en grappes lâches à l’extrémité des rameaux; leur pétale inférieur (carène) n’est pas frangé.
La racine de polygala de Virginie, telle que le commerce
POLYGALÉES. — POLYGALA DE VIRGINIE. (jo7
nous la présente, varie depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du petit doigt. Elle est toute contournée, remplie d’éminences calleuses, et terminée supérieurement par une tubérosisé difforme. On y remarque une côte saillante qui, suivant toutes les sinuosités de la racine, va du sommet à l’extrémité. L’écorce en est grise, épaisse, comme résineuse; le méditullium ligneux est ] blanc. La saveur de la racine, d’abord fade et mucilagineuse, devient âcre, piquante, excite la toux et la salivation ; son odeur est nauséeuse, sa poussière très-irritante. La racine de polygala, récente est employée en Amérique contre la morsure des serpents venimeux; telle que nous l’avons, c’est encore un médi-
icament très-actif, qui a été reconnu utile contre l’hydrothorax, le catarrhe pulmonaire, le croup, l’ophthalmie purulente, le rhumatisme aigu, etc. On peut l’administrer en poudre à la dose de
1 quelques décigrammes à t gramme, ou en décoction aqueuse, à celle de 4 à 8 grammes. Il est émétique et purgatif à la dose de 8 à 16 grammes.
D’après une analyse de Gelilen, faite en 1804 et rapportée par Berzelius, la racine de polygala senega contient, sur 100 parlies :
Résine molle 7,60
Principe âcre nommé sénégine 0,15
Matière extractive douceâtre et âcre 26,85
Gomme mêlée d'un peu d’albumine 9,50
Matière ligneuse. 40
Perte 4
Pour procéder à cette analyse, on épuise la racine pulvérisée par de l’alcool rectifié et l’on distille l’alcool jusqu’à siccité. On trai;e le résidu pulvérisé par l’éther, jusqu’à ce que celui-ci ne dissolve plus rien. L’éther dissout la résine molle, qui est d’un rouge brun, onctueuse, trèsfusible, odorante, amère, dénaturé complexe et contenant un acide qui rougit le tournesol. La partie de l’extrait alcoolique non dissoute par l’éther est traitée par l’eau froide, qui dissout la matière extractive douceâtre et un peu âcre. Le nouveau résidu est la sénégine que Gelilen aurait dû purifier par une nouvelle solution alcoolique, et alors on ne peut guère douter qu’il ne l’eût obtenue tout à fait semblable à Yacide polygalique de M. Quevenne (I), que l’on doit considérer comme le principe âcre du polygala amené à l’état de pureté. Cet acide polygalique est blanc, pulvérulent, inodore, d’abord peu sapide, mais devenant bientôt d’une âcreté strangulante. Sa poudre irrite fortement le nez et la gorge et excite l’éternument. 11 est peu soluble dans l’eau fioide, mais facilement soluble dans l’eau tiède, soluble dans l’alcool, plus à chaud qu’à froid, et s’en précipite en partie par le refroidissement. Il est complètement insoluble dans l’éther et dans les huiles fixe? et volatiles.
(1) Quevenne, Journ. pharm. , t. XXII, p. 460.
Guiüoiht, Drogues, 6e édition.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Sa dissolution aqueuse mousse fortement par l’agitation, et il est évident que ce corps est de même na! ure que la salseparine et la saponine. Ses propriétés acides sont peu énergiques: il ne déplace pas l’acide carbonique de ses combinaisons.
[L 'acide polygalique a donné à M. Bolley, sous l’influence de l’acide chlorhydrique, un dédoublement en glucose et en sapogénine • ce qui lui a permis de réunir très-élroilement ces deux produits, qui ont la même formule chimique (t).]
Polygala vulgaire.
Polygala vulgaris, L. Cette plante est commune en France, dans les lieux herbeux, montagneux, non cultivés. Ses tiges sont grêles, simples, étalées à leur base, un peu redressées à leur partie supérieure, longues de 16 à 27 centimètres, garnies de feuilles lancéolées-linéaires. Ses fleurs sont petites, ordinairementbleues, quelcpiefois rougcâlres ou blanches disposées en une grappe serrée dans la moitié supérieure des tiges. A la première vue, la plante ressemble à une véronique. Le commerce nous offre sa racine et sa tige non séparées et séchées. La tige est menue, cylindrique et d’une couleur verte ; la racine est longue de 25 à 30 millimètres, de 2 à 3 millimètres de diamètre, figurée comme le polygala de Virginie, mais moins contournée, plus unie et n’offrant pas la côte saillante qui distingue l’autre espèce : sa couleur est plus foncée à l’extérieur, et son intérieur, presque entièrementligneux, a une saveur très-faiblement aromatique, puis un peu âcre, sans amertume bien sensible ; elle a une odeur faible, non désagréable. Cette racine est très-peu usitée.
Racine «le polygala amer, Polygala amara , L. Cette espèce ne diffère guère de la précédente que parce qu’elle est plus petite dans toutes ses parties et que ses feuilles radicales sont obovées et plusgrandes que celles de la tige. Elle s’en distingue aussi par sa saveur amère très-marquée: on lui attribue également plus de propriétés médicales, mais il est rare de trouver le polygala amer dans le commerce, et ce qu’on donne sous ce nom n’est ordinairement que du polygala vulgaire.
Racine (le Ralanliia.
Krameria triandra , R. P. (fig. 749). Les Krameria sont mis à la suite des Polygalées dont iis ne peuvent être séparés ; mais ils en diffèrent assez cependant pour qu’on doive au moins en former une tribu distincte. Ces plantes ont un calice à 4 divisions, rarement à 5, soyeuses en dessus, colorées en dedans ; les pétales sont
(I) Voir Procter, On Tohygalic acid [Pharm. Journ., 2e série, I, p. 570).
PULYGALEES.
RATANIllA.
au nombre de 5, dont 2 postérieurs orbiculaires, sessiles, un peu épais, et 3 antérieurs, séparés des premiers, allongés, soudés par leurs onglets. Les étamines sont au nombre de 3 ou 4, sousmonadelphes à la base, à anthères terminales, biloculaires, s’ouvrant par un double pore. Le fruit est globuleux, indéhiscent, couvert de poils terminés en aiguillon ; il ne présente à l’intérieur qu’une loge et une semence inverse, à lest membraneux et à ombilic nu. L’embryon est dépourvu d’endosperme, et formé de 2 cotylédons bi-auriculés à la base, embrassant une radicule supère. L’espèce qui nous fournit la racine de ratanhia croît au Pérou. Ses tleurs sont pourvues de 4 sépales d’un rouge foncé à l’intérieur, et n’ont que 3 étamines.
La racine de rathania est ligneuse, et divisée en plusieurs radicules cylindriques, longues, ayant depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du pouce; elle est composée d’une écorce rouge brun, un peu fibreuse, ayant une saveur très-astringente, non amère, et d’un cœur entièrement ligneux, très-dur, d’un rouge pâle et jaunâtre. Comme ce cœur a moins de saveur et de propriétés médicales que l’écorce, il convient de choisir les racines les plus petites, ou au moins les moyennes, parce qu’elles contiennent proportionnellement plus de cette écorce que les grandes.
[A côté de ce Ratanhia officinal il faut citer quelques espèces, qui s’introduisent de plus en plus dans le commerce et tendent à y prendre chaque jour de l’importance. Ces sortes commerciales ont été bien étudiées par M. Colton(t), dont nous extrayons les renseignements suivants.
Pendant longtemps on n’a connu comme espèce commerciale que le ratanhia du Pérou, et si quelques auteurs ont mentionné
(l)Colton, Etude comparée sur le genre Krameria elles racines qu’il fournit à la médecine (Thèses de i’école de pharmacie de Paris, 18G8 . Le résumé qui suit est extrait en grande partie de notre Rapport sur le concours pour le prix des thèses de la Société de pharmacie de Paris (Journal de Pharm. et de Chim ., 4e série, V 111, L8).
CCO DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
les racines d’autres espèces de Krameria mêlées à la forme officinale, ils en ont méconnu l’origine et n’ont rien su de positif à leur égard. C’est en 1815 qu’arrive pour la première fois sur le marché de Londres un ratanhia d’aspect particulier, venant par Savanille, à l’embouchure du fleuve Magdalena. Cette sorte nouvelle se répand ; elle tend à remplacer la racine du Pérou, et dès lors de divers points de la mer des Antilles parlent de nouveaux produits qui ne ressemblent plus au vrai ratanhia de Savanille. Les droguistes continuent cependant à les désigner tous sous le même nom. De là une confusion que M. Cotton est heureusement venu débrouiller, en établissant d’une manière très-nette les divers types suivants :
1° Ratanhia du Pérou déjà décrit.
2° Ratanhia de la Nouvelle-Grenade ou Ratanhia de Savanille proprement dit , à racines courtes, tortueuses, grisâtres, à cassure nette, à écorce friable, adhérente au bois, à saveur astringente sans amertume. C’est l’espèce arrivée la première en assez grande abondance sur le marché deLondres, etdontonn’aconnu l’origine qu’en 1865 par les soins de M. Hanbury. Ce savant pharmacologiste, profitant d’une mission de M. Weir à la Nouvelle-Grenade, provoqua de la part de ce voyageur des recherches qui l’amenèrent à trouver sur le lieu même de l’exploitation la plante qui fournit le ratanhia de Savanille. M. Hanbury y reconnut sans peine un Krameria voisin de Vlxina. M. Triana, auquel il la montra ensuite, n’hésita pas à l’identifier avec la plante qu’il avait récoltée lui-même dans la Nouvelle-Grenade et qui a été décrite sous le nom de K. Ixina , B. granatensis , Triana et Planch. M. Cotton, examinant les échantillons types de M. Triana, croit devoir les rapporter au Krameria (omentosa , Saint-IIilaire.
Cette plante est sous-frutescente; la tige est cylindrique, couverte comme le reste de la plante d’un duvet fin, brun jaunâtre plus ou moins foncé; les feuilles sont alternes, ovales ou elliptiques, terminées par une pointe aiguë, coriaces, tomenteuses, souvent marquées de 3 nervures dorsales. Les fleurs sont rouges, dressées sur un pédoncule court, tomenteux, muni vers son milieu de deux bractées opposées: elles ont un calice à 4 sépales; une corolle à 5 pétales, dont les 3 supérieurs à limbe lancéolé, sont réunis à la base par les onglets ; les 2 inférieurs sent beaucoup plus courts, tronqués obliquement au sommet; les étamines sont au nombre de 4, charnues, presque égales, glabres ; le fruit est globuleux, garni d’aiguillons crochus, de couleur rosée, garnis eux-mêmes de petits aiguillons blancs, dirigés dehautenbas.
3° Ratanhia des Antilles. Ce ratanhia a longtemps servi à falsifier le ratanhia du Pérou, mais il n’est arrivé en quantités dans le
POLYGALÉES. — RATANHIA.
commerce qu’après le ratanhia de Savanille, qu’il tend maintenant à remplacer. Quoiqu’on l’ait souvent confondu avec ce dernier, il s’en distingue facilement à ses racines longues, droites et cylindriques; il présente du reste deux formes bien reconnaissables: d’une part des racines noirâtres, marquées de nombreuses fentes transversales, revêtues d’une écorce très-friable; de l’autre des racines de couleur fauve, à stries longitudinales, â écorce plus résistante. Ces variations correspondent probablement à des races botaniques distinctes. M. Cotton rapporte la première forme au K.Ixina; la seconde, avec doute, au A'. Spartioides ou à une espèce voisine.
4° Nous n’indiquerons que pour mémoire le Ratanhia du Texas , qui n’a comme sorte commerciale qu’une importance très-secondaire en Allemagne, nulle en France. 11 est produit par le K. lanceolata , et se présente sous forme de racines longues, cylindriques, recouvertes d’une écorce spongieuse, adhérant peu au bois, marbrée sur sa face interne.
D’après les recherches des chimistes Vogel, Gmelin, Peschier, Soubeiran, Trommsdorf, on peut indiquer dans la racine de ratanhia: du tannin, un principe extractif rouge peu soluble; une espèce de sucre ; ces tleux derniers corps proviennent probablement, d’après M. Cotton, du dédoublement du tannin; de la gomme ; de la fécule; une matière mucilagineuse ; quelques sels ; un acide mal déterminé.
Le tannin a été étudié avec soin par M. Cotton, qui l’a obtenu dans un état de plus grande pureté que les chimistes qui l’avaient précédé. Ce tannin se présente sous la forme d 'écailles luisantes, légèrement verdâtres. 11 est susceptible, sous l’influence des acides, de se dédoubler en glucose et en rouge kramérique. Cette même transformation se reproduit sous l’influence de la chaleur : le rouge qui se forme dans cette circonstance s’oxyde au contact de l’air et prend alors une teinte noirâtre .
Les caractères chimiques permettent de distinguer les diverses espèces de ratanhia. Par la manière dont il se conduit sous l’action des dissolvants, le ratanhia du Pérou se sépare nettement de tous les autres. Son tannin est moins altérable; le rouge qu’il fournit est d’une teinte plus claire, enfin ses solutions aqueuses présentent une série de réactions caractéristiques, dont nous n’indiquerons qu’une seule. La potasse et la soude colorent la liqueur, mais sans former de précipité, tandis que, dans les mêmes conditions, elles troublent abondamment la solution préparée avec le ratanhia des Antilles et de la Nouvelle-Grenade. Ces deux derniers présentent des rapports bien plus infimes; leurs tannins se conduisent de la même manière, et pour distin-
662 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
"lier l’une de l’autre leurs solutions aqueuses, M. Cotton n’a trouvé qu’un procédé délicat et qu’il faut employer avec beaucoup de précautions pour réussir. Traitée d’abord par dubichlorure de mercure et un excès d’ammoniaque, mise ensuite à refroidir, la décoction deratanhia de la Nouvelle-Grenade se colore, sous l’action du protochlorure d’étain, en un beau rouge qui ne se produit point dans la décoction du ratanhia des Antilles.]
Le commerce nous fournit quelquefois l’extrait de ratanhia tout préparé. Il est sec, cassant, à cassure vitreuse, presque noire, d’une saveur très-astringente, donnant une poudre d’une couleur de sang. Ces propriétés le rapprochent beaucoup du kino, dont il est assez difficile de le distinguer, même à l’aide des réactifs chimiques (voy. page 437)'.
Le ratanhia et son extrait sont employés comme astringents cl toniques, dans les hémorrhagies, les écoulements vénériens, etc. 4-
FAMILLE DES VIOLARIÉES.
Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes (Irès-rarement opposées) et stipulées. Fleurs axillaires, pédonculées, irrégulières ou régulières; calice à S sépales libres ou légèrement soudés; corolle à 5 pétales irréguliers ou réguliers, dont le pétale inférieur se prolonge à sa base, dans le premier cas, en un éperon plus ou moins allongé. Les étamines, au nombre de 5, sont presque sessiles, à anthères biloculaires contiguës latéralement ; les 2 étamines correspondantes au pétale inférieur sont souvent pourvues d’un appendice lamelliforme recourbé, qui s’enfonce dans l’éperon. L’ovaire est globuleux, uniloculaire, contenant un grand nombre d’ovules attachés à 3 trophospermes pariétaux. Le style est simple, coudé à sa base, renflé à sa partie supérieure qui se termine par un stigmate couvert de glandes et percé latéralement. Le fruit est une capsule uniloculaire, s’ouvrant en 3 valves, portant chacune un trophosperme chargé de graines, pourvues à la base d’une petite caroncule charnue. L’embryon est droit, placé dans l’axe d’un cndosperme charnu.
Les Violariées passent pour être plus ou moins vomitives. Celte propriété est surtout manifeste dans les racines de plusieurs violettes d’Amérique, dont on a formé le genre Ionidium, et qui sont usitées comme succédanées de l’ipécacuanha. Les ayant mentionnées à la suite de cette dernière racine, pages 97 à 98 de ce volume, je crois inutile d’y revenir. Parmi les espèces d’Europe, il n’y en a guère que deux qui soient usitées en médecine.
Violette odorante.
Viota odorata, L. (fig. 730). Car. yen.: calice à 5 divisions presque égales, prolongées au-dessous du point d’insertion, dressées
Y10LARIEES.