VIOLETTE
après l’anthère ; 5 pétales inégaux, dont le plus inférieur est prolongé à la base en un éperon creux; 5 étamines à anthères rapprochées, surmontées d’un appendice membraneux, les deux antérieures étant pourvues d’un appendice dorsal qui s’enfonce dans l’éperon.
La violette odorante croît dans les bois et se cultive dans les jardins. Sa racine est cylindrique, horizontale, munie de fibres menues. Elle donne naissance à des jets traçants, semblables à de petites tiges couchées, garnies à leur extrémité supérieure de plusieurs feuilles pétiolées, cordiformes, glabres, crénelées sur le bord , plutôt obtuses qu’aiguës. Les fleurs naissent immédiatement des rejets, portées sur des pédoncules aussi longs que les feuilles; les divisions du calice sont ovées-obtuses ; l’éperon est trèsobtus; le stigmate est crochu et nu ;
1 la capsule est renflée et velue ; les semences sont turbinées et blanchâtres ; les pétales sont d’un bleu pourpre, sauf l’onglet, qui est d’un blanc verdâtre. Une variété a les lleurs
blanches. Fig. 750. — Violette odorante.
Les fleurs de violettes paraissent au mois de mars et durent peu. 11 faut les récolter dans les premiers moments de leur épanouissement, parce qu’elles sont alors d’une plus belle couleur bleue, et que plus tard elles deviennent pourpres. Elles sont douées d’une odeur très-douce et trèsagréable; elles se doublent par la culture.
On a cru pendant longtemps, sur l’autorité de Lemery et de Baumé, que les violettes simples étaient préférables aux doubles, pour la couleur et l'odeur ; mais en 1810, M. Mouchon ayant annoncé que les pharmaciens de Lyon se servaient exclusivement de violettes doubles, dont ils avaient reconnu la supériorité, j’ai pris des renseignements sur les violettes que l’on peut se procurer à Paris, et j’ai appris qu’on en trouve de quatre sortes :
1° Une variété de Viola odoiata, nommée violette des quatre saisons, parce qu’elle fleurit plusieurs fois dans l’année; on la cultive sous châssis, pendant l’hiver; les fleurs paraissent à la fin de février, et sont les premières que l’on vende dans la ville, sous forme de petits bouquets.
2° La seconde variété est la violette simple cultivée [Viola odoiata),
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
qui donne vers le milieu de mars et vient principalement de Montreuil. Elle est bien odorante et d’une belle couleur bleue.
3° A la fin de mars arrive la violette «les bois que l’on attribue au Viola canina , L. (1), apportée par les gens de la campagne. Les pétales sont inodores et d’un pourpre un peu pâle et rougeâtre. Ces pétales se vendent à Paris moitié du prix des fleurs précédentes, ce qui engage beaucoup de personnes à les employer.
4° Enfin, dans le courant d’avril, paraissent les violettes cultivées doubles (variété du viola odorala), fournies par les jardiniers de Paris et des environs. Elles sont d’une belle couleur bleue, très odorantes, et l'essai que j’en ai fait m’a prouvé qu’elles sont préférables à la violette cultivée simple ; la plus inférieure est la violette des bois (2).
Quelques personnes recommandent, pour faire sécher la fleur de violette, de l’arroser préalablement d’eau chaude, afin d’enlever une matière mucilagineuse qui fermente pendant ou après la dessiccation, et détruit très-promptement la couleur ; mais cette méthode est défectueuse, car les pétales, mouillés et collés les uns contre les autres, sèchent moins promptement et s’altèrent plus que lorsqu'on ne leur a fait subir aucune préparation. On obtient de la fleur de violette fort belle en étendant simplement les pétales en couches mine s dans une étuve, et en la renfermant, lorsqu’elle est bien sèche, dans des bocaux de petite dimension et hermétiquement fermés (3).
Les pharmaciens jaloux de donner véritablement de la fleur de violette sèche à ceux qui le désirent doivent la faire sécher eux mûmes; car tout ce qu’on trouve dans le commerce comme fleur de violette n’est que de la fleur de pensée tricolore ( viola tricolor , L.) récoltée dans le Midi, et séchée avec son calice.
La racine de violette a quelquefois été employée comme émétique ou purgative. Elle est de la grosseur d’une plume, tortueuse, irrégulière, munie d’un grand nombre de radicules chevelues ; formée d’une écorce fongueuse facilement détruite par les insectes, et d’un médilullium dur et ligneux : elle est d’un jaune blanchâtre, d’une odeur faible, indéterminée, et d’une saveur peu sensible. Les semences de violette ont aussi quelquefois été prescrites comme purgatives, et font partie de l’électuaire de rhubarbe composé, dit catholicum double; elles ont à peu près le volume et l’apparence du millet, mais elles sont huileuses à l’intérieur. M. Boullay (4) a retiré des différentes parties de la violette (racines, feuilles, fleurs et semences) un principe alcalin, amer, âcre, vireux et mûrne vénéneux, auquel il a donné le nom de violiae.
(I) Viola canina, L. — Stigmate sous-réfléchi, couvert de papilles. Tige ascendaute, rameuse, glabre Feuilles cordées ; stipules acu minées, légèrement découpées en dents de peigne ; sépales subules ; pédoncules glabres. Capsule allongée, à valves acuminées ; semences piriformes, brunes.
C2) Journal de chimie médicale de 1842, p. 4G4.
(3/ Guibourt, Pharmacopée raisonnée, p. 746.
(4) Boullay, Recherches analytiques sur la violette ( Mémoires de l'Académie de médecine, 1828, t. 1, 4l7).