‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 158 sur 176 · CI SUN É ES . — LADANUM · texte numérisé non relu

CI SUN É ES . — LADANUM

l’on a lournés en spirales, ce qui lui a fait donner le nom d eLadanum in tords. Du reste, il est impossible de lui assigner des propriétés, parce que chaque fabricant a sa recette. J’en ai vu deux sortes venant de Hollande: l’une est encore un peu résineuse, mais ne contient pas un atome de ladanum, et n’est qu’un mélange de résine ordinaire et de cendres ou de sable; l’autre, dans laquelle l’odeur indique une petite quantité de ladanum, est tellement chargée de terre, qu’elle se réduit en poudre sous les doigts, fume à peine sur les charbons, et qu’on ne conçoit même pas comment on a pu la malaxer ci l’aide de la chaleur : il faut avoir une conscience bien cuirassée pour donner à de pareilles préparations le nom de Ladanum.

Pelletier a publié une analyse de ladanum, que voici (1).

Résine . 20

Gomme contenant un peu de malate de chaux 3,60

Acide malique 0,60

Cire 1 ,90

Sable ferrugineux 72

Huile volatile et perte , 1,90

11 est évident qu’il a opéré sur un ladanum très-impur. J’ai traité 100 grains de celui que j’ai décrit d’abord, par l’alcool à 40 degrés, bouillant, l.e liquide filtré s’est presque pris en masse par le refroidissement. Étendu d’alcool et filtré de nouveau, il m’est resté 7 grains de cire sur le filtre. La dissolution alcoolique a laissé, par son évaporation, 86 grains d’une résine rouge, transparente, molle, très-odorante, donnant de l’huile volatile par sa distillation avec l'eau. La portion de ladanum insoluble dans l’alcool n’a cédé à l’eau qu’un grain d’une substance dont le soluté ne rougissait pas le tournesol, ne précipitait pas par l’alcool, se troublait à peine par l’oxalate d’ammoniaque, et ne précipitait le sous-acétate de plomb qu’au bout d’un certain temps. Ces divers résultats n’indiquent que peu ou pas de gomme, d’acide malique et de malate de chaux.

Le résidu insoluble dans l’eau n’était composé, à ce qu’il m’a semblé, que de terre et de poils. 11 pesait 6 grains. Cet essai d’analyse donne, pour la composition du ladanum:

Résine et huile volatile 86

Cire 7

Extrait aqueux t

Matière terreuse et poils 6

La présence de la cire dans le ladanum est sans doute une suite de la manière dont il est récolté. Beaucoup de végétaux, indépendamment dessucs propres contenus à l’intérieur, et qui souvent, en raison de leur surabondance, transsudent au dehors, présentent à leur surtace un grand nombre d’ulrieules remplies de cire. Le ciste de Crète est proba-

(t ) Pelletier, Bull, de pharm., t. IV, p. 503.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Ijlemen! dans ce cas; alors les lanières de cuir que l’on promène sur ses rameaux et sur ses feuilles doivent déchirer ces utricules, dont le suc se mêle à celui fourni par les vaisseaux résineux.

Le ladanum n’est plus usité en médecine, quoiqu’il paraisse doué de propriétés assez actives. Pourquoi faut-il aussi qu’on l’ait presque toujours falsifié ? g?

FAMILLE DES BIXACÉES.

Cette petite famille, réunie aujourd’hui aux Flacourliacées de Richard, forme un petit groupe de végétaux à placentation pariétale, qui a été séparé, pour ce caractère, desTiliacées auxquelles il avait été joint d’abord, afin de le rapprocher des autres familles de dicotylédones po- 1 y pé laies hypogynes à placentation pariétale, telles que les Tumariscinées, les Droséracées, les Viulariées , les Cistinées, les Résédacées, les Capparidées, etc. Ce sont des végétaux ligneux, indigènes aux contrées chaudes de l’Amérique et aux îles Maurice, et dont un seul produit, connu sous le nom de Rocou, est usité en Europe comme matière tinctoriale; ce sera le seul aussi dont nous parlerons.

- Bocouier et Rocou,

Bixa orellana, L. ( fuj . 751). Le rocouier est un élégant arbuste de 4ào mètres d’élévation, dont la tige est droite, divisée

par le haut en branches qui forment une cime touffue. Les feTiilles sont alternes, pétiolées, cordiformes par le bas, acuminées, entières et glabres, Les fleurs sont disposées en panicules terminales. Le calice est entouré à sa base de 5 tubercules et se compose de 5 folioles orbiculaires , colorées en rose, caduques. La corolle est formée de 5 pétales oblongs, blancs, lavés de rose ; les étamines sont trèsnombreuses, insérées sur le réceptacle. L’ovaire est supère, surmonté d’un style filiforme et d'un stigmate à 2 lobes. Le fruit est une capsule assez volumineuse, d’un rouge pourpre, hérissée d’aiguillons mous, un peu creusée en cœur par le bas, pointue à l’extrémité, s’ouvrant en deux valves dont chacune porte un trophosperme linéaire. Les semences sont nombreuses, moins grosses qu’un pois, entourées d’une matière gluante, d’un rouge vif, qui colore fortement les mains, et qui constitue le rocou. L’embryon est droit,

B1XACEES. — ROUCOU.

dans l’axe d’un endosperme charnu ; les cotylédons sont foliacés; la radicule supère, placée près de l’ombilic.

Pour obtenir le rocou on détache et l’on rejette la première enveloppe du fruit. On écrase les graines dans des auges de bois et on les délaye dans l’eau chaude. On jette le tout sur un tamis peu serré. L’eau passe, entraînant avec elle la matière colorante

Iet ses débris. On la laisse fermenter sur son marc, ce qui atténue ' et divise davantage la matière colorante ; on la décante et l’on fait sécher la matière â l’ombre. Lorsqu’elle a acquis la consistance d’une pâte solide, on en forme des pains de I à 2 kilogrammes, que l’on enveloppe dans des feuilles de balisier (I).

On doit choisir le rocou d’un beau rouge de colcotar. Dans le commerce, on entretient sa mollesse en le malaxant de temps en temps avec de l’urine. 11 offre alors, comme l’orseille, des points blancs et brillants dus à l’efflorescence d’un sel ammoniacal. 11 serait préférable de faire sécher complètement la pâte de rocou et de la conserver à l’état sec. On a proposé également de livrer au commerce les semences de rocou simplement séchées à l’air. Il est certain qu’elles fournissent alors â la teinture une magnifique matière colorante ; mais elles ont l’inconvénient de se décolorer à la lumière et de noircir à l’humidité, et demandent par conséquent à être abritées de ces deux agents destructeurs. Le même inconvénient n’a pas lieu pour la pâte d'orseille préparée et desséchée. Le rocou paraît être de nature résineuse. Il se ramollit au feu, s’enflamme et brûle avec beaucoup de fumée, en

Î laissant un charbon léger et brillant. Il est à peine soluble dans l’eau, qu’il colore seulement en jaune pâle; mais il est facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther, qu’il colore d’une belle couleur orangée. Les alcalis caustiques ou carbonatés le dissolvent en très-grandes proportions et forment des solutés d’un rouge foncé, d’où les acides le précipitent sous forme de flocons trèsdivisés. En traitant ainsi le rocou par une dissolution alcaline et en le précipitant sur la soie non alunée par le moyen de l’acide acétique, on en obtient une teinture d’un jaune doré magnifique, qui, à cause de son éclat, ne peut être remplacée par aucune autre ; mais elle est malheureusement très-fugace.

[Le rocou ainsi obtenu contient une quantité d’eau variable entre 07 à 71 p. 100, et beaucoup de matières étrangères à la substance colorante. M. du Montel a proposé un mode de préparation, qui a pour but d’enlever la matière colorante à la graine en lavant cette dernière sans la broyer, l’arson procédé, il obtient ce qu’il appelle la bixine, qui contient la matière colorante pure en

(I) Sur la culture du Dixa orellana et la préparation du rocou, voir Pharmaceut . Journal, 2e série, I, 185.

DICOTYLÉDONES THALAM1FLORES.

très-grandes proportions, non altérée par la fermentation et débarrassée de la plupart des matières étrangères (1).]

On se sert du rocou pour colorer le beurre et la cire. On l’a aussi quelquefois employé en médecine comme purgatif. Les anciens Caraïbes s’en servaient pour se peindre le corps, surtout lorsqu’ils allaient en guerre. -

FAMILLE DES RÉSÉDACÈES.

Les Résédacées ont les feuilles allernes, simples, entières, trifides ou pinnatifides. Les fleurs forment des épis simples et terminaux; elles sont pourvues d’un calice à 4 ou 6 sépales persistants, et d’une corolle à un même nombre de pétales, généralement composés de deux parties : la partie inférieure est entière, et la supérieure divisée en un nombre variable de lanières. La corolle manque quelquefois. Les étamines sont nombreuses, libres, hypogynes, entourées à la base, entre les filets et les pétales, par un anneau glanduleux, plus élevé du côté supérieur. Le pistil, légèrement stipité à la base, paraît composé de trois carpelles soudés bord à bord, dans les deux tiers de leur hauteur, et se continuant sous la forme de trois cornes qui portent chacune un stigmate à leur sommet. Le fruit est ordinairement une capsule un peu allongée, ouverte au sommet, uniloculaire et contenant des graines réniformes, fixées à trois trophospermes pariétaux. L’embryon est recourbé en forme de fer à cheval, nu ou entouré d’un endosperme très-mince.

Cette petite famille doit son nom au genre Réséda dont une espèce, originaire d’Égypte et nommée Réséda odor ata, est très-recherchée dans nos jardins pour l’odeur suave de ses fleurs. Une autre espèce, le Réséda luteola , est très-employée dans la teinture en jaune sous le nom de Ramie. Elle croît naturellement en France, dans les terrains incultes ; mais on la cultive aussi en grand pour l’usage des teinturiers. Elle produit une tige droite, effilée, haute de 50 centimètres à 1 mètre, et pouvant atteindre 2 mètres ; mais celle de hauteur moyenne parait plus riche en matière colorante. Ses feuilles sont linôaires-lancéolées, un peu obtuses, légèrement ondulées, glabres comme toute la plante. Les fleurs sont très-petites, verdâtres, courtement pédonculées, disposées en un long épi terminal. Le calice est quadrifide et la corolle à 4 pétales. On récolte la plante entière, dans les mois de juillet et d’août ; on la fait sécher et on la met sous forme de bottes qu’on livre au commerce. Le principe colorant de la gaude a été obtenu par M. Chevreul et par M. Preisser (2). Il a reçu le nom de lutcolinc.

(1) Voir Sur la Bixine , J. Girardin, Journal de pharm. et de cliirn., 3e série, XXI, p. 174.

(2) Preisser, Journ. pharm. et chim., t. Y', p. 254.

CAPPARIDEES. — CAPRIER.

FAMILLE DES CArPAllIDÉES.

Les capparidées sont des plantes herbacées ou des végétaux ligneux qui portent des feuilles alternes, simples ou digilées, accompagnées à leur base de 2 stipules foliacées ou transformées en aiguillons. Leurs fleurs sont solitaires ou disposées en grappes; leur calice est à 4 sépales caducs; la coiolle est formée de 4 pétales et manque rarement. Les étamines sont souvent au nombre de six ou de huit, quelquefois indéfinies, insérées à la base d’un disque irrégulier ; l’ovaire est simple, souvent élevé sur un support plus ou moins allongé, nommé podogyne , à lu base duquel se trouvent le disque, les étamines et les pétales. Il est uniloculaire et pourvu de plusieurs trophospei mes pariétaux. Le huit est sec ou charnu. Dans le premier cas, le fruit est une silique assez semblable à celle des Crucifères (tribu des Cléomées) ; dans le second Capparées), le fruit est une baie dont les semences, quoique pariétales, paraissent éparses dansla pulpe qui remplit le fruit. Les graines sontréniformes et renferment un embryon recourbé, dépourvu d’endo-sperme.

Les Capparidées présentent de très-grands rapports avec les Crucifères et s’en rapprochent également par un principe âcre et volatil qu’elles présentent dans plusieurs de leurs parties. Le Cleome giyantea, L., est employé vulgairement comme rubéfiant, dans les contrées intertropicales de l’Amérique. Les Gynandropsis pentaphylla et triphylla , DC., des mêmes contrées chaudes, jouissent des mêmes propriétés que les Lepidium et les Cochlearia , et leurs semences oléifères possèdent l’âcreté de la moutarde. Les Cleome heptaphylla et polygama , L., herbes américaines, sont pourvues d’une odeur balsamique et sont usitées comme vulnéraires et stomachiques; le Polamisia graveolens , Raf., de l’Amérique du Nord, présente au contraire une fétidité repoussante, et possède les propriétés de la vulvaire et de l’ansérine an thelmintique.

Parmi les capparidées baccifères , nous devons nommer d abord le câprier commun OU câprier épineux ( Copparis

spinosa , L.), arbrisseau que l’on suppose originaire d’Asie ou d’Égypte, mais qui est répandu et cultivé dans tous les pays qui entourent la Méditerranée. Cet arbuste a les feuilles alternes, pétiolées, accompagnées de 2 stipules épineuses que la culture peut faire disparaître. Ces feuilles sont arrondies, lisses, épaisses et très-entières ; les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées dans l’aisselle des feuilles. On les récolte lorsqu’elles sont encore en boutons fermés, et on les vend confites dans le vinaigre sous le nom de câpres ; elles servent d’assaisonnement dans les cuisines. Les fleurs développées sont grandes et d’un aspect très-agréable. Elles sont formées d’un calice à 4 sépales, d’une corolle à \ pétales, blancs et très-ouverts, d’un nombre considérable d’étamines dont les filets, très-longs, sont terminés

6~2 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

par des anthères de couleur violette. Le fruit est une baie ovoïde, amincie en pointe aux deux extrémités, portée sur un long podogyne.

L’écorce de racine de câprier a été usitée autrefois en médecine comme apéritive et désobstruante. On la trouve encore chez les droguistes en morceaux roulés, d’une teinte grise un peu vineuse à l’extérieur, blancs en dedans, d’une saveur amère et piquante, inodores.

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