CRUCIFÈRES. — RAIFORT
Feuilles radicales pétiolées, cordées, celles de la tige ovées-anguleuses.
Le cochléaria est une plante annuelle qui vient naturellement dans les lieux humides, sur les bords de la mer, et près des ruisseaux dans les montagnes. Sa tige est haute de 20 à 30 centimètres, tendre, faible, quelquefois inclinée. Les feuilles radicales sont nombreuses, arrondies, cordiformesà la base, lisses, vertes, épaisses, succulentes, un peu concaves ou creusées en cuiller, et portées sur de longs pétioles; celles de la tige sont sessiles, oblongues, sinuées et anguleuses; les supérieures sont embrassantes. Les fleurs sont blanches et disposées en bouquet terminal peu étalé. Les silicules sont grosses et globuleuses.
Cette plante est dans sa plus grande vigueur au commencement de sa floraison alors ses feuilles sont remplies d’un suc âcre et piquant, et elles exhalent, lorsqu’on les écrase, des parties volatiles très-irritantes.
Elle est éminemment antiscorbutique : elle contient une huile âcre, soufrée, qui est un oxysulfure d’allyle C6II5SO (i), ; elle s’emploie presque toujours simultanément avec le Raifort.
Fig. 753. — Cochléaria officinal.
Raifort sauvage.
Cran «le Bretagne, Cochléaria armoracia , L. (fig. 754). Cette plante diffère totalement de la précédente par la forme et par la grandeur de sa racine et de ses feuilles. Elle est vivace et croît dans les lieux humides et monlueux. Sa racine est longue de 35 à 70 centimètres, grosse comme le pouce, cylindrique, blanche, charnue, d’un goût très-âcre et brûlant. Ses feuilles radicales sont très-grandes, longuement pétiolées , oblongues, sous-cordiformes par le bas, crénelées sur le bord; celles de la tige sont également très-grandes d’abord, longuement pétiolées, lancéolées-aiguës, dentées en scie, assez semblables à celles de
(i) Geiseler, Arckiv der Phar/n., CXVII, 130.
DICOTYLÉDONES TI1ALAMIFLORES.
certaines patiences, mais reconnaissables à leur âcreté. Les feuilles supérieures sont petites , presque sessiles, lancéolées, incisées. La tige est haute de 70 centimètres, droite, ferme, cannelée, ramifiée supérieurement. Les fleurs sont blanches, nombreuses, disposées en panicules à l’extrémité de la tige et des
rameaux; le style est court et filiforme, terminé par un stigmate en tête et presque discoïde. La silicule est elliptique.
La racine de raifort sauvage est un des plus puissants excitants et antiscorbutiques que nous ayons. Jointe au cocbléaria, elle forme la base de l’alcoolat de cocbléaria; réunie au cocbléaria, au cresson et à d’autres substances toniques ou excitantes, elle concourt puissamment aussi aux propriétés du sirop et du vin antiscorbutique. Elle est complètement inodore lorsqu’elle est entière, et présente peu d’odeur lorsqu’on l’ouvre longitudinalement ou lorsqu’on la coupe immergée dans de l’alcool rectifié. Mais par la section transversale ou par la contusion opérées à l’air, elle développe un principe volatil ayant tous les caractères de l’essence de moutarde, d’une telle âcreté que les yeux ne peuvent le supporter. Celte circonstance indique que ce principe âcre, volatil, n’est pas tout formé dans la racine et qu’il ne prend naissance que lorsque, par la rupture des vaisseaux et par l’intermédiaire de l’eau, des principes différents, isolés dans des
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vaisseaux particuliers, viennent à se mêler et à réagir les uns sur les autres. Eiuhoff a fait anciennement l’analyse de la racine de raifort et en a retiré l 'huile volatile produite par la réaction précédente, de X albumine, de l 'amidon, de la gomme , du sucre, une résine amère, de l 'acétate et du sulfate de chaux, du ligneux. L’huile volatile est liquide, épaisse, d’un jaune clair, pins pesante que l’eau, d’une odeur insupportable et qui provoque la sécrétion des larmes. Cette huile est âcre, caustique, un peu soluble dans l’eau, â laquelle elle communique la propriété de rubéfier la peau; elle est soluble dans l’alcool; ses dissolutions sont neutres et précipitent en noir les sels de plomb et d’argent; elle contient du soufre au nombre de ses éléments. C’est à la présence de ce corps que le raifort doit la propriété de noircir les vaisseaux de métal dans lesquels on le distille, et Baumé a vu des cristaux de soufre se former dans un esprit de cocliléaria très-chargé, qu’il avait préparé à ce dessein.
«lérose hygrométrique.
Kose de «Jéricho, Anastatica hierochuntina,X. Petite plante fort curieuse, haute de 8 à 11 centimètres, croissant dans les lieux sablonneux et maritimes de la Syrie, de l’Arabie et de la Barbarie. Elle pousse, d’une racine pivotante et ramifiée, une tige divisée dès sa base en plusieurs rameaux ouverts, subdivisés euxmêmes en rameaux plus petits, garnis de feuilles alternes, spathulées, légèrement dentées, parsemées de poils blancs fasciculés, de même que- les rameaux. Les fleurs sont blanches, petites, placées sur des épis sessiles, axillaires, courts et velus. Le fruit est unesilicule arrondie, surmontée du style persistant, recourbé en forme de crochet. Il s’ouvre en deux valves munies chacune d’un appendice dorsal arrondi, et pourvues à l’intérieur d’un diaphragme incomplet qui n’atteint pas la cloison. Les semences sont au nombre de deux dans chaque loge, séparées par le diaphragme, sous-orbiculaires, un peu aplaties.
Lorsque cette plante a terminé sa végétation annuelle, et que scs fruits ont mûri, toutes ses feuilles tombent; ses rameaux alors se dessèchent, se rapprochent, s’entrelacent, se courbent en dedans et se contractent en un peloton arrondi, moins gros que le poing, que les vents de l’automne arrachent de terre et portent sur les rivages de la mer. On la recueille en cet état et on l’apporte en Europe, comme un objet de curiosité, sous le nom très-impropre de rose de Jéricho. Placée dans un air humide, ses rameaux s’ouvrent et s’étendent; elle se resserre de nouveau et se remet en boule, à mesure qu’elle se dessèche. Des
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
charlatans profitaient autrefois de cette propriété pour prédire aux femmes enceintes un heureux accouchement, si, mettant cette rose tremper dans l’eau, pendant leurs douleurs, elles la voyaient s’épanouir : c’est ce qui avait presque toujours lieu.
Érysimum OU Vélar.
Nommé aussi torteile et herbe aux chantres, S isym b num officinale, DG,; Erysimum officinale , L. ( fig . 755). Tribu des Sisymbriées ou des notorhizées siliqueuses (O || ).
Caractères du genre Sisymbrium : calice à 4 sépales lâches, égaux par la base; corolle à 4 pétales onguiculés, indivis; étamines privées de dents; stigmate simple; silique bivalve, cylindrique, hexagone, à valves convexes, à 3 nervures; semences nombreuses, pendantes, unisériées, non marginées, lisses, à funicules filiformes. — Car. spécifiques : feuilles roncinées, velues; tige velue; siliques subulées, terminées en style très-court, appliquées contre la tige.
L’érysimum croît dans les lieux incultes, contre les murs et sur le bord des champs, dans toute l’Europe. Il est annuel et s’élève à la hauteur de 60 à 100 centimètres. -Ses tiges sont cylindriques, dures, rameuses, étalées. Ses fleurs sont jaunes et trèspetites ; ses siliques grêles et anguleuses, amincies en pointe de la base au sommet, et s’ouvrant en deux valves.
L'érysimum n’est ni âcre ni piquant, comme un grand nombre d’autres plantes crucifères; ses feuilles sont seulement acerbes et astringentes. On les emploie en infusion théiforme dans le catarrhe pulmonaire, et elles forment la base du sirop d’érysimum composé.
On emploie encore quelquefois en médecine deux autres plantes que Linné avait comprises dans le genre Erysimum, mais qui s’en trouvent aujourd’hui séparées. L’une est l’aliiaire ( Erysimum Alliaria, L. ; Alliciria officinalis , DC. ; Sùymbrium Alliaria, Endl.). Cette plante est vivace, croît le long des haies et s’élève à la hauteur de 50 à 60 centimètres. Sa racine est longue, blanche et menue, pourvue d’une odeur d'ail, ainsi que les feuilles. Les feuilles sont cordiformes. Les fleurs sont blanches, petites, ter-
CRUCIFERES. — THLASPI.
minales, pourvues d’un calice lâche. Les siliques sont grêles, prismatiques, plusieurs fois plus longues que le pédoncule et longues de 50 à 80 millimètres ; les semences sont sous-cylindriques. Toute la plante est diurétique et antiscorbutique.
L’autre plante porte le nom de barbarée OU d'herbe «le Sainte* Barbe ( Erysimum Barbarea , L.; Barbarea vulgaris , Brown); elle appartient à la tribu des Arabidées ou des Pleurorhizées siliqueuses. Elle croît en France, dans les prairies humides et sur le bord des ruisseaux. Sa racine est fusiforme, ligneuse, vivace. Sa tige est striée, glabre, rameuse à la partie supérieure, garnie de feuilles glabres, dont les inférieures sont pétiolées et lyrées, et les supérieures sessiles et irrégulièrement dentées. Les Heurs sont d’un jaune d’or, disposées en grappes serrées à l’extrémité de la tige et des rameaux. Les siliques sont courtes, redressées, terminées par le style persistant sous la forme d’une longue corne, marquées de quatre angles peu saillants et presque cylindriques.
Cameline cultivée.
Camelina sativa, Crantz. Cette plante croît dans les champs et est cultivée dans le nord de la France pour retirer de ses semences, par expression, une huile propre à l’éclairage. Elle est annuelle, et pousse une tige ramifiée, haute de 30 centimètres, garnie de feuilles amplexicaules, auriculées par le bas, molles, un peu velues, à dentelure espacée. Les Heurs sont jaunes, disposées en grappes terminales paniculées. Ses siliques sont très-courtes, biloculaires, polyspermes, renflées supérieurement en forme de coin ou de poire, à 4 côtes, et terminées par le style persistant. Les semences sont très-petites et rougeâtres.
— Tblaspi officinal.
Lepidium campes tre, Br. Le nom de thluspi , comme tous les anciens noms grecs ou latins de plantes imparfaitement décrites, a été appliqué à un très-grand nombre de crucilères que l’on trouve aujourd’hui dispersées dans les différentes tribus de cette vaste famille; mais il a été principalement donné au plus grand nombre de celles qui forment les genres 7'hlaspi, Hutcidnsia, Iberis , Biscutella de la tribu des Tlaspidées ou Pleurorhizées à cloison rétrécie, et les genres Capsella et Lepidium de la tribu des Lépidinées ou Notorhizées â cloison étroite. Il était cependant intéressant de connaître à laquelle de ces plantes il faut rapporter la semence de thiaspi qui doit faire partie de la thériaque, semence que j'ai trouvée plusieurs fois chez les droguistes, où elle
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
se trouve probablement encore. Cette semence, d’abord, ne peut pas appartenir au thlaspi «les champs ( Thlaspi arvense, L.) dont la graine, bien représentée par Gærtner (tab. exu), est urbiculaire, un peu aplatie , brune , luisante , marquée , sur toute sa surface , d'une rayure fine et régulière, parallèle à son contour. Mais elle appartient au Lepidium campestre , Br. ( Thlaspi campestre , L.), qui est indiqué par les meilleurs auteurs comme la plante dont les semences doivent entrer dans la thériaque; Thlaspi veruni cujus semine in theriaeâ utimur , dit Camerarius (1). La racine de celte plante est annuelle, pivotante, peu divisée. Sa tige est droite, pubescente, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 22 à 27 centimètres. Ses feuilles radicales sont ovales ou en lyre, pétio lées, glabres ou presque glabres; celles de la tige sont lancéolées, pubescentes, plus ou moins dentées, sessiles et prolongées à la base en fer de llôche. Ses fleurs sont blanches, petites, d’abord resserrées en corymbe, ensuite allongées en grappes. Les si 1 i cilles sont ovales, entourées d’un rebord distinct, tronquées au sommet, planes d’un côté, convexes de l’autre, contenant dans chacune des deux loges une seule semence ovoïde, noirâtre, suspendue à la cloison par un funicule, et un peu terminée en pointe à l’extrémité supérieure. Examinée à la loupe, cette semence paraît toute couverte de petites aspérités rangées par lignes parallèles très-serrées, et elle offre comme un commencement de séparation à la partie supérieure, de sorte qu’elle présente d’une manière moins marquée, il est vrai, et sauf sa forme ovoïde, les memes caractères que celle du Thlaspi arvense. Elle possède une saveur âcre et piquante, analogue à celle de la moutarde. On l’apporte de la Provence et du Languedoc.
Pastel des teinturiers.
Guède ou vonède, Isatis tinctoria , L. (fig. 756). Tribu des Isatidées ou Notorbizées nucamentacées (O || ).
(1) Le Thlaspi arvense, L. et le Lcpitlium campestre , Br. ont été souvent confondus par les botanistes, et Decandolle lui-même, dans son St/stema naturale , a commis à leur sujet quelques erreurs de synonymie. On est tout d’abord étonné qu’il ait indiqué également, comme synonymes des deux plantes, le Thlaspi latifotium de Fuchsiuset le Thlaspi secundum&c Matthiole. Voici quelques-uns des synonymes les plus certains :
Thlaspi arvense , L.; Thlaspi or Treacle mustard de Blackwell (pl. 08) ; Thlaspi (Irahœfolio deLobel(obs. 108, fig. 1) ; Thlaspi cum siliquis latis, J. -B. [Hist. 11, p. 924) ; Thlaspi 11 de Matthiole (lib. Il, cap. cl).
Lepidium campestre, Br. ; Thlaspi campestre, L ; Thlaspi vulgare or Mithridale mustard, Blackw. (t. 402); Thlaspi vulyatissimurn vaccariœ folio, Lobel (obs. 108, fig. 2); Thlaspi vulyatius,. I.-B. (Hist. 11, p. 921) ; Thlaspi de Lemery et Thlaspi 1 des différentes éditions de Matthiole.