‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 17 sur 176 · V. Cinchona lancifolia · texte numérisé non relu

V. Cinchona lancifolia

(Mutis, Periodico de Santa-Fe, 1793, III ; DC., Prod , IV, 352. — C. angustifolia, Ruiz et Pavon, Supplément à la Quinol., 14, cum. tab. — C. Condaminea S lancifolia, Wedd., Hist. nat. Quinq., 38, tab. V.)

C. à feuilles lancéolées, aiguës, atténuées à la base, souvent scrobiculées; capsules lancéolées.

D’après les échantillons de l’herbier Triana que j’ai sous les yeux, cette espèce paraît présenter des formes diverses. Les auteurs décrivent les feuilles comme privées de scrobicules ; la plupart des échantillons de l’herbier Triana en ont de bien marquées; en outre, l’aspect et les dimensions des feuilles varient passablement : tantôt elles sont coriaces et très-brillantes à la face supérieure, tantôt presque membraneuses; quelquefois très-étroitement lancéolées {C. angustifolia, Ruiz et Pavon), d’autres fois beaucoup plus larges. Toutes paraissent cependant se rapporter au même type spécifique. Les échantillons à feuilles étroites sont marqués Tunita de Bogota, d’autres à feuilles plus grandes et plus larges, Tuna de Fusagasuga.

Quinquinas lancifolia (2). — « Ces écorces se récoltent sur le versant occidental de la Cordillère orientale, au S. -S. -O. de Bogota, dans une étendue de 2 à 3 degrés de latitude.

(1) La Cascantla lampigna iLaub., Bull, pharm.. Il, 297). — Cascaril/a lampino (Ruiz, Quinol., art. IV, pag. 64). — Vulgo Cascaril/a boba amarilla, ou Quino bobo amarillo.

(2) Quina naranjada ou Quina primitiva de Mutis. — Cascarilla naranjada de Santa-Fe (Lanb., Bull, pharm.. Il, 314). — Quinquina de Carthagène spongieux ou Quinquina orangé de Mutis (Guib., loc. eit., 142). — Quinquina jaune orangé

RUBIACÉES. — CINCHONÀ LANCIFOLIA.

oo

« Cette espèce offre de nombreuses variétés, sinon botaniques, au moins commerciales et pharmaceutiques.

« Suivant la latitude, la température, la localité, la nature du sol, sa hauteur, son exposition, le rendement peut varier de 10 à 35 grammes de quinine par kilogramme d’écorce, et ce rendement est loin d’être le même dans les diverses parties d’un même arbre. Ces considérations s’appliquent du reste à toutes les espèces de quinquina.

« Ces écorces varient en couleur, du jaune plus ou moins foncé à l’orangé plus ou moins vif, et en grosseur, depuis l’écorce plate, épaisse de 7 h 8 millimètres, jusqu’aux tuyaux roulés semblables à la cannelle. Leur surface externe présente aussi un aspect tout différent, suivant qu’elle a été grattée jusqu’aux vraies couches corticales, ou suivant qu’on lui a laissé tout ou partie de son épiderme micacé, souvent épais, ou même de ses lichens et de ses mousses. Aussi en a-t-on fait à tort beaucoup d’espèces dans les livres et dans la droguerie.

«Ce quinquina est, en général, tendre, friable, très-fibreux, à fibres plus ou moins longues, plus ou moins fines, peu chargé de tannin. Il est d’une élaboration très-facile; il donne un sulfate très-pur, très-blanc, très-léger, supérieur sous ces divers rapports au Calisaya lui-même; aussi est-il fort recherché par les fabricants, qui payent les variétés riches 6 à 8 fr. le kilogramme. On réserve à ces dernières le nom de Colombia , tandis qu’on donne le nom très-impropre de Carthagène aux variétés d’un plus faible rendement (l). »

Dans le commerce, on distingue les espèces suivantes qui ont toutes les caractères ci-dessus indiqués :

A. Calisaya de Santa-Fe de Bogota^ 2). — Écorces très-menues de 4 millimètres et moins d’épaisseur, à surface externe celluleuse, d’un jaune tirant sur le rouge. Fibres courtes se détachant facilement sous le doigt. Ce quinquina vient probablement du côté de Popayan. Il donne de 30 à 32 grammes de sulfate de quinine et 3 ou 4 grammes de sulfate de cinchonine.

B. Quinquina jaune orangé roulé { 3). — Venant souvent mêlé au quinquina orangé en grosses écorces. Écorces longues, minces,

de Mutis ; Quinquina jaune orangé roulé ; Calisaya de Santa-Fe ; Quinquina jaune de Mutis; Quinquina Carthagène ligneux (Delond. et Boucli., loc., cit., pag. 33-38, pl. XI, XIII, XIV, XVI). — China f lava fi h r osa ; China de Carthagène fibrosa (Gôbel et Kunze, pag. 59, tab. IX). — Orange coloured Cinchona bark; Coquetta ( Caquetta ?) bark of eng/ish commerce (Pereira, loc. cit., 1044). — Quinquina Colombia et Carthagène du commerce.

(1) Rampon, loc. cit.

12) Delond. et Boucli., loc. cit., p. 33, pl. XI, non Laubert.

(3) Delond et Bouch., pag. 3i, pl. XI.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

roulées comme la cannelle de Ceylan, dont elles ont la couleur. Cassure résineuse en dehors, fibreuse en dedans ; amertume franche. 38 grammes de sulfate de quinine, 4 à 5 grammes de sulfate de cinchonine.

C. Quinquina jaune orangé de Mutis (1). — Écorces légèrement cintrées, 'épaisses’de 2-8 mill., jaune orangé, plus ou moins rouge. Texture uniforme à fibres longues et flexibles ; surface extérieure plus foncée que l’intérieure, quelquefois recouverte de plaques micacées. Fracture transversale ligneuse en dedans, subéreuse sur une épaisseur d’un millimètre au plus. Amertume légèrement aromatique. Ces écorces produisent 13-16 grammes de sulfate de quinine. M. Rampon a envoyé à l’École de pharmacie de Montpellier des échantillons qui en donnent de 24 à 30 grammes par kilogramme.

D. Quinquina jaune de Mutis (2). — Ce quinquina diffère du précédent par la couleur de sa surface interne, qui est d’un jaune ocreux, sa texture moins unie, les sillons longitudinaux de la surface interne et les rides de la surface externe. MM. Delondre et Bouchardat lui attribuent 12-14 grammes de sulfate de quinine et 5 à 6 grammes de sulfate de cinchonine.

Un échantillon envoyé par M. Rampon, et qui se rapporte bien à cette espèce commerciale, est marqué comme donnant de 28 à 32 grammes de sulfate de quinine ; une écorce de la même espèce a été désignée par Howard : C. lancifolia var. ? rich in alcaloïds.

E. Quinquina Carthagène ligneux (3). — Cassure caractéristique à longues fibres, flexibles; surface externe jaune rougeâtre, avec quelques plaques micacées; surface interne jaune fauve; texture unie, montrant cependant les longues fibres de l’écorce. Amertume se développant facilement, sans astringence, et persistante.

D’après MM. Delondre et Bouchardat, cette écorce donne jusqu’à 20 grammes de sulfate de quinine sans cinchonine. M. Rampon attribue aux échantillons qu’il a envoyés, 16 à 18 grammes de sulfate de quinine par kilogramme.

Quinquina à quinidine du commerce (4). — Faut-il rattacher aux Quinquinas lancifolia une écorce que j’ai reçue de M. Rampon,

(1) Delond. et Bouch., pag. 35, pl. XIV. — Qumquina orangé de Mutis (Guib., toc. cit., 142). — Caquetta bark of english commerce { Pereira, toc. cit., 1644). — Quina naranjada et Quina primitiva, Mutis. — China flava fibrosa (Gôbel et Kunze, pag. 59, tab. IX). — Quinquina Colombia du commerce.

(2) Delond. et Bouch., loc cit. pag. 37, tab. XVI. — Calisaya de Santa-Fe ? (Laub., Bull, pharm., il, 303). — Quinquina Colombia du commerce.

(3) Delond. et Bouch , loc. cit., pag. 35, pl. XJII. — Quinquina Carthagène du commerce actuel.

(4) Quinquina rouge de Mutis [ Del. et Bouch., pag. 37, pl. XV), et Quinquina Carthagène rosé, ibid.

RUBIACÉES. — CINCHONA LANCIFOLIA. 157

sous le nom de Quinquina à quinidine et qui, d’après lui, répond au quinquina rouge de Mutis, Delond. et Bouch., et au quinquina Carthagène rosé des mômes auteurs? La môme écorce est marquée par M. Howard : Cinchona luncifolia red varie (y, et ses rapports avec les quinquinas du C. lancifolia paraissent, en effet, bien évidents. La structure anatomique du Carthagène rosé rapproche aussi cette écorce de celle du lancifolia, mais celle du quinquina rouge parait un peu différente, et M. Phœbus, qui a fait connaître la constitution de ce quinquina, ne serait pas éloigné de l’attribuer au C. Palton. Il me paraît cependant difficile d’assimiler le quinquina à quinidine au quinquina Palton que nous avons décrit, et il est, je crois, beaucoup plus conforme à l’observation de placer cette écorce à côté des précédentes.

En tout cas, voici sur ce point les renseignements que M. Rampon a bien voulu me transmettre.

« Quinquina à quinidine. Cinchona à spécifier botaniquement.

« On le récolte au nord de Bogota, à Velez, au Socorro, dans la province d’Ocana et de Pamplona.

« Son écorce a la môme texture que celle du lancifolia ; mais sa surface externe, lorsqu’elle est dépouillée de l’épiderme micacé, offre une teinte rosée ou rouge plus ou moins vive, tout à fait caractéristique pour un œil exercé.

« Elle imite assez bien dans ses grosses écorces l’aspect du quinquina rouge, mais elle en diffère essentiellement parla structure et la composition chimique.

« Nous n’avons pu étudier sa floraison, mais ses feuilles ont une dimension et une forme très-différentes de celles du C. lancifolia, dont l’éloignent aussi la teinte caractéristique de son écorce et l’alcaloïde qui prédomine en elle.

« Le rendement est de 15 à 22 grammes d’alcaloïdes par kilogramme. — Prix 3 à 4 francs le kilogramme. »

F. Il faut rapprocher de ce quinquina une écorce venant également de la collection de M. Howard, avec celte suscription : C. lancifolia car. from C hiquinquira. Ces échantillons sont enroulés quelquefois en double volute ; ils ont de 2 à 3 centimètres de diamètre; la surface externe est ridée longitudinalement et marquée de faibles rugosités transversales; la couleur est jaune fauve foncé, le derme revêtu çà et là de plaques micacées; la cassure, subéreuse à l’extérieur, est fibreuse à l’intérieur; les fibres sont longues et flexibles ; la face interne, de la couleur de l’externe, est finement sillonnée longitudinalement. L’amertume se développe assez vite avec peu d’astringence.

Examen microscopique des écorces du C. lancifolia. — Ces écorces présentent, en général : des fibres corticales disposées à la fois en

DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

séries rayonnantes et en couches concentriques. Cette dernière disposition est surtout prononcée dans les couches extérieures du liber. Les pores de ces fibres sont d’ordinaire très-marqués. L’écorce moyenne est plus ou moins développée et contient, ainsi que le liber, des cellules à résine ou à cristaux. Dans les jeunes écorces, on retrouve la disposition des éléments fibreux en couches concentriques. Beaucoup de cellules sont encore béantes et en voie de formation; çà et là quelques vaisseaux laticifères, et, dans les deux zones internes, des cellules à résine.

Toutes les écorces que nous avons décrites (même le quinquina rouge de Mutis) répondent assez bien à ces caractères; il n’y a réellement entre elles que des différences individuelles tenant à l’âge de la branche d’où elles proviennent, ou à des circonstances analogues (1).

TI. Cincliona Pitayensis.

(Weddell, Ann. sc. nat.)

[Cincliona Condaminea e Pituyensis , Wedd., Hist.nal. Quinq pag. 38.

— Cincliona lanceolata , Benlh. — Plant. Hartweg., non Ruiz et Pav., Cincliona Trianæ, Ivarst., in herb. Triana.)

C. à feuilles épaisses, glabres, lancéolées, acuminées, atténuées à la base ; dents du calice linéaires ; capsule ovoïde allongée.

Habile la Nouvelle-Grenade.

Quinquina pitayensis (2). — « Pitayo des indigènes et non pas pitayon ni pitaya, comme on l’a écrit dans les livres.

« On le récolte sur le versant occidental de la Cordillère moyenne, non pas dans la province d’Antioquia, où il n’y a que de faux quinquinas, mais plus au sud, dans la province du Cauca, depuis Sumbico jusqu’à Popayan, et spécialement dans les environs de Pitayo, village indien qui lui adonné son nom. L’espèce en est à peu près épuisée dans ces régions.

a II est fourni par le Cincliona pitayensis, et présente deux variétés : le jaune et le rouge-brun. La planche qu’ont donnée de cette écorce MM. Delondre et Eoucliardat représente la variété rouge-brun.

(i) Voir, pour les détails, Phœbus, loc. cit . p. 42-49.

(•2) Quinquina Pitayo (Del. et Bouch., loc. cit., pag. 33, pl. XIII). — Quinquina Pitaya; Quinquina de la Colombie ou d’Antioquia (Guib., loc. cit., 1 40).

— Quinquina pareil au Calisayu (Laub., loc. cit., pag. 303). — Quinquina brun Carthagène et Quinquina rouge Carthagène (Guib., loc. cit., pag. 126). — Pitaya Condaminea bark (Pereira, loc. cit., 1643). — Quinquina Pitaya et Quinquina A/»îflÿ«er(Ranipon, Notes inédites).

RUBIACÉES. — CINCHONA P1TAYENSIS. 159

(! La structure, qui est la môme dans les deux variétés, diffère beaucoup de celle des quinquinas orangés. Ce sont des écorces lourdes, dures, compactes, à fibres très-serrées, donnant une poudre à. peu près inoffensive au toucher, tandis que l’orangé donne des aiguilles très-fines qui pénètrent facilement dans la peau, où elles produisent une forte cuisson. Elles renferment une forte proportion de tannin et de matière colorante; leur élaboration est relativement difficile et leur sulfate plus lourd ; mais d’habiles analyses et surtout le traitement en grand chez les fabricants ont démontré que, abstraction faite de la cinchonine, les quinquinas donnaient, suivant la forme et la grosseur de l’écorce, de 23 à 40 grammes de sulfate de quinine par kilogramme. M. Howard a retiré d’écorces de cette variété 8 p. 100 d'alcaloïdes, solubles dans l’éther.

« Le Pitayo jaune et le Pitayo rouge-brun ne diffèrent guère que par leur couleur; le rouge-brun est aussi plus chargé de tannin et de matière colorante, et en général d’un meilleur rendement.

« Ce quinquina, qui précédemment nous arrivait en grosses écorces, ne vient plus guère que sous forme de petites écorces brisées, brunes, dures, compactes, tourmentées, d’une odeur aromatique particulière, ressemblant à la vieille rose. Sous cette forme, quand il est sans mélange, il est d’une grande richesse, donnant quelquefois 43 grammes par kilogramme, et il atteint, dans ce cas, un prix plus élevé que celui du Calisaya.

a Au sud de Pitayo, en s’avançant vers l’Équateur, on trouve du côté de Pasto et d’Almaguer une autre variété que nous appellerons Almaguerensis. Elle ressemble exactement au Pitayo, dont elle diffère par son rendement, la quinine faisant place à une forte proportion de cinchonine.

« Le Pitayo rouge-brun et l’Almaguer forment la transition aux quinquinas rouges ; aussi quelques auteurs, en particulier M. Guibourt, les ont-ils rangés dans les quinquinas rouges sous les noms de Quinquina rouge et brun Carthagène.

Il arrive quelquefois sur nos marchés, et des lieux memes d’où proviennent les quinquinas Pitayo et Almaguer, des écorces de qualité inférieure, soit à cause de leur mélange avec de faux quinquinas, soit que le Cinchona pitayensis se soit développé dans des condition s défavorables. On aurait tort de repousser ces écorces qui, pour la confection des extraits et des vins quinquinas, sont certainement bien supérieures à la grande majorité des mauvais bois que l’on vend sous le non de quinquinas gris (I).

(1) Rampon, loc. cit.

DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

E ’xamen microscopique. — M. Phœbus (1) donne les caractères suivants, pour la structure anatomique des quinquinas Pitayensis: Derme formé souvent du liber seul, ou du liber avec une portion d’écorce moyenne, plus rarement des trois parties de l’écorce; fibres corticales isolées, comme dans le Calisaya : çà et là quelquelques cellules à cristaux.

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