DICOTYLÉDONES TH ALAM1FLORES
puiser le miel sécrété par les glandes situées à la base des pétales leproduisentégalement etfavorisent ainsi réjaculation du pollen.
Les fj-uits ont la forme d’une baie allongée, d’un rouge de corail (I), d’une acidité forte, mais agréable, due à l’acide malique.
On en fait un sirop et une confiture qui sont très-agréables.
Les semences entrent dans 1 ’é lecluaire diascordium. Elles sont petites, longues, rougeâtres, inodores, d’une saveur astringente et comme vineuse.
La racine de berbéris est ligneuse, d’un jaune pur, à structure rayonnée, comme celle des Ménispermées. Elle est usitée pour la teinture en jaune, ainsi que son écorce, qui est quelquefois substituée à celle de grenadier. J’ai fait connaître précédemment (p. 285) les moyens de les distinguer. Le principe colorant de la racine de berbéris a été obtenu à l’état de pureté par MM. Buchner père et fils, qui lui ont donné le nom de berbérine.
[M. Fleitmann a constaté depuis ses propriétés alcalines (2). Cette substance cristallise en aiguilles jaunes déliées; elle est très-peu soluble dans l’eau et l’alcool froids ; plus soluble dans les mêmes liquides bouillants ; insoluble dans l’éther. L’ammoniaque la dissout, en la colorant en rouge.
A côté de la berbérine se trouve, dans la racine de Berbéris, Voxyacanthine , substance blanche, friable, cristal lisable, d'une saveur âcre et amère.] *
FAMILLE DES MÉNISl’ERMACÉES.
Plantes ligneuses, snrmenleuses et grimpantes des pays chauds, dont les feuilles sont alternes, privées de stipules, et les fleurs le plus souvent dioïques. Le calice se compose de plusieurs sépales disposés par séries de 3 ou 4; il en est de même de la corolle, qui manque quelquefois. Les étamines sont libres ou monadelphes, en nombre égal, double ou
(1) Il y a des variétés dont les fruits sont jaunes, violets, pourpres, noirâtres ou blancs; une autre n’a pas de semences.
(2) Annalen dur C hernie und Pharm., LIX, IfiO.
MÉNISPERMACÉES. — COLOMBO. 727
triple de celui des pétales, ou indéterminé. Les carpelles son! peu nombreux, libres ou soudés, contenant un seul ovule ampbitrope ; d'autres fois uniques, mais excentriques, d’abord dressés, puis recourbés, de manière à rapprocher le sommet de la base. Le fruit est une baie ou un drupe droit ou réniforme, contenant une semence inverse, droite ou courbée en fer à cheval, pourvue ou dépourvue d’endosperme, contenant un embryon homotrope, à radicule courte, éloignée du hile.
La famille des Ménispermacées, quoique peu nombreuse, renferme beaucoup de plantes actives, usitées dans les contrées qui les produisent. Il y en a trois surtout dont les produits viennent jusqu’à nous. Ces produits sont la racine de Colombo , celle de pareira- brava et la coque du Levant. Q
Racine «le Colombo.
Coccidus palmatus, DC. — Car. yen. : fleurs dioïques ; calice à 6 sépales, rarement à 9, disposés par séries ternaires ; 6 pétales disposés sur deux séries : fleurs mâles à 6 étamines opposées aux pétales; fleurs femelles offrant de 3 à 6 ovaires libres, uniloculaires, surmontés d’un stigmate sessile, simple ou bifide au sommet. Fruits composés de drupes presque secs, à noyau réniforme renfermant une semence conforme, dont l’embryon présente deux cotylédons séparés et parallèles, interposés dans un endosperme huileux (voir la figure 773 qui représente la coque du Levant, dont la semence est conformée de la môme manière). — Car. spéc. : feuilles cordées à la base, à 5 lobes palmés, profondément divisés, acuminés, très-entiers, velus.
La plante qui fournit la racine de Colombo a passé pendant longtemps pour croître dans l’île de Ceylan, et surtout dans les environs de la ville de Colombo , d’ou la racine a d’abord été transportée en Europe, et qui lui a donné son nom ; mais des renseignements plus certains ont appris que le Coccidus palmatus, qui la produit, était commun à Madagascaret sur la côte orientale de l’Afrique, d’où la racine était portée sèche à Ceylan .Maintenant que ce fait est bien connu, on lire directement la racine de Colombo de l’Afrique australe. La plante qui la fournit est vivace et à lige grimpante, comme toutes les Ménispermées.
La racine de Colombo, telle que le commerce la présente, est en rouelles de 3 à 8 centimètres de diamètre, ou en tronçons de 5 à 8 centimètres de long. Elle est recouverte d’un épiderme d'un gris jaunâtre ou brunâtre, quelquefois presque uni, le plus souvent profondément rugueux ; les rugosités sont irrégulières et n’offrent aucune apparence de stries circulaires parallèles.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Les surfaces transversales sont rugueuses, déprimées au centre de la racine par suite de la dessiccation, ou offrent plusieurs dépressions concentriques comme la bryone desséchée. Dans quelques morceaux dont la végétation paraît avoir souffert et qui sont presque entièrement ligneux, les fibres ligneuses offrent d’une manière frappante la disposition rayonnée des racines depareirabrava. On observe la même disposition, mais plus difficilement, dans les morceaux mieux nourris et plus amylacés.
La racine de Colombo a une teinte générale jaune verdâtre ; cette couleur, observée dans la coupe transversale, va en s’affaiblissant de la circonférence au centre, â l’exception d’un cercle plus foncé qui se trouve à la limite des couches ligneuses et des couches corticales. Elle a une saveur très-amère et une odeur désagréable, mais qui ne devient sensible que lorsque la racine est rassemblée en masse. Sa poudre est d’un gris verdâtre.
La racine de Colombo ne colore pas l’éther, et forme avec l’alcool une teinture jaune verdâtre foncée; humectée et touchée avec la teinture d’iode, elle prend tout de suite une couleur noirâtre due à la présence de l’amidon; elle forme avec l’eau un macéré brun qui n’exerce aucune action sur le tournesol, la gélatine et le sulfate de fer. Elle a été analysée par Planche, qui en a retiré : 1° le tiers de son poids d’amidon ; 2° une matière azotée trèsabondante ; 3° une matière jaune amère, non précipitable par les sels métalliques ; 4° des traces d’huile volatile ; 5° du ligneux; 6° des sels de chaux et de potasse, de l’oxyde de fer et de la silice (1).
M. Wittstock a retiré en outre de la racine de Colombo un principe particulier cristallisable, auquel il a donné le nom de colombine. Pour l’obtenir, on épuise la racine par l’éther et l’on abandonne la dissolution à l’évaporation spontanée ; ou bien on évapore aux trois quarts la teinture alcoolique et on la laisse cristalliser. 100 grammes de racine de Colombo ne fournissent que 1 sr,56 de colombine. Celte substance est inodore, fortement amère, non acide ni alcaline, non azotée.
En outre M. Bôdecker a montré que la couleur jaunâtre de la racine de Colombo est due à de la berbérine, combinée probablement avec un acide amorphe, jaune, un peu moins amer que la colombine , qu’il a isolé sous le nom d 'acide, colombique (2).
La berbérine se retrouve encore dans plusieurs autres plantes de la famille des Ménispermées , ainsi dans la racine du Menispermum cunademe , L.; dans le Pereiria medica , Lindle.y ( Coscinium fe~
(1) Planche, Bulletin de pharmacie, t. Il F, p. 289.
(2) Voir Journal de pharmacie et de chimie, XXI II, p. 153.
MÉNISPERMA.CÉES. — COLOMBO. 729
nestratum, Coleb.), et probablement aussi dans l’écorce de YAnamirta Cocculus , Arnott.
La racine de Colombo a été vantée contre les indigestions, les coliques, les dyssenteries et les vomissements opiniâtres. Elle paraît douée en effet de propriétés très-actives. On l’emploie surtout en poudre, en extrait aqueux ou en teinture alcoolique.
Racine de faux Colombo. Vers les années 1820 à 1820, la racine de Colombo avait entièrement disparu du commerce français, et on lui substituait presque partout, sans la moindre contradiction, une racine toute différénte, mais d’un prix bien inférieur.
Cette fausse racine de Colombo est en rouelles ou en tronçons comme la précédente, mais elfe est bien moins régulière dans sa forme. Elle a une teinte générale jaune fauve, une saveur faiblement amère et sucrée, une faible odeur de racine de gentiane.
Elle offre un épiderme gris fauve, très-souvent marqué do stries circulaires, parallèles et serrées. Les surfaces transversales sont irrégulièrement déprimées, comme veloutées, d’un fauve sale ou d’un jaune pâle et blanchâtre. La couleur intérieure est d’un jaune orangé avec un cercle plus foncé vers la limite des couches ligneuses; la racine de gentiane offre exactement le même caractère. La poudre est d’un jaune pâle tirant sur le fauve .
La fausse racine de Colombo n’éprouve aucune coloration par le contact de l’iode, ce qui indique qu’elle ne contient pas d’amidon ; elle communique à l’éther une couleur peu foncée d’un jaune pur; en faisant évaporer la teinture éthérée et reprenant le produit par l’alcool, il reste une matière jaune, solide, qui se lustre par le frottement comme de la cire. Cette racine colore l’alcool en jaune fauve, et l’eau en jaune orangé. Le macéré aqueux rougit la teinture de tournesol, se colore en vert noirâtre par le sulfate de fer, et se trouble légèrement par la colle de poisson; de plus, la potasse caustique en dégage de l’ammoniaque sensible à l’odorat, et par l’approche d’un bouchon mouillé d’acide acétique. Rien de semblable n’a lieu avec le vrai Colombo.
J'ai signalé la substitution du faux Colombo au véritable (I) ; mais, sur une fausse indication qui m’avait été donnée, je supposai alors qu’il venait d’Afrique, par la voie de Marseille. Il y a longtemps que j’ai rectifié celte erreur en faisant connaître que cette racine provenait des États-Unis d’Amérique, où elfe porte effectivement le nom de Colombo, et où elfe est produite par le Fi'asera Walteri , Mich., plante de la famille des Gentianées. Au
(1) Journal de chimie médicale , t. IF, p. 334.
DICOTYLEDONES THALAMIFLORES.
moins avais-je signalé sa ressemblance avec la racine de grande gentiane, et avais-je conclu qu’elle devait appartenir à une plante voisine, mais différente.
Le faux Colombo ne pourrait pas môme remplacer notre racine de gentiane, dont il n’est que la pâle copie. On l’en distinguera facilement à sa faible saveur amère, à son odeur peu marquée, et par son collet arrondi supérieurement et terminé par un bourgeon central écailleux; tandis que la gentiane possède une saveur et une odeur des plus caractérisées et ottre un large bourgeon qui occupe tout le disque de la 'racine. Enfin, la racine de gentiane contient une matière analogue à la glu et une grande quantité de principe gélatineux ( grossuline ou pectine ), dont le faux Colombo paraît être dépourvu. f'
Racine de butua OU do pareira-brara.
La racine connue dans les officines sous le nom de pareirabrava est produite par une liane ou plante sarmenteuse du Brésil, dont les tiges, en se tordant autour du tronc et des branches des arbres voisins, finissent par en atteindre le sommet, quelque élévé qu’il soit. Son nom pareira-brava veut dire vigne sauvage. Sa racine est ligneuse, très-fibreuse, dure, tortueuse, quelquefois de la grosseur du bras. Elle est brunâtre à l’extérieur et d’un jaune fauve et grisâtre à l’intérieur. Elle présente, sur sa coupe transversale, plusieurs cercles concentriques d’une couleur brunâtre,. donL les intervalles sont traversés par une infinité de lignes radiaires très-apparentes. Cette racine, bien nourrie, est gorgée de suc désséché, compacte et pesante ; mais dans des circonstances moins favorables, les faisceaux ligneux dont elle se compose se séparent facilement les uns des autres, suivant les lignes concentriques et radiaires ci-dessus, et la racine, étant légère, presque ligneuse et de qualité moindre, doit être rejetée.
On trouve souvent mêlée à la racine de pareira la tige de la plante qui, étant moins active, doit être également rejetée. Elle est couverte d’un épiderme grisâtre, ridé longitudinalement par la dessiccation. Elle est ordinairement ronde, mais marquée d’un angle obtus très-près duquel se trouve situé le canal médullaire, lequel est ainsi tout à fait excentrique, les couches ligneuses ne s’étant développées que du côté extérieur de la tige volubile.
La racine de pareira-brava est inodore et pourvue d’une amertume très-marquée, mêlée d’un goût un peu semblable à celui de la réglisse. Elle paraît être fortement diurétique et a élé recommandée contre la colique néphrétique, la suppresion d’urine, l'empoisonnement par la morsure des animaux venimeux. On l’a
MÉNISPERMACÉES. — PAREIRA-BRAYA. 731
même conseillée, mais avec peu de succès sans doute, pour dissoudre les calculs des reins ou de la vessie. Elle a été analysée par M. Feneulle, qui y a reconnu la présence de l’azotate de potasse, sel que l’on trouve dans la plupart des substances ligneuses qui ont vieilli dans les droguiers. La quantité de ce sel est d’ailleurs trop petite pour expliquer la qualité diurétique de la racine qui doit être attribuée plutôt à quelque principe organique particulier. [M. Wiggers(l) a en effet retiré de la racine de pareirabrava un alcaloïde, d’une saveur h la fois douce et amère, inodore, insoluble dans l’eau, s’altérant au contact de l’air et se résinifiant sous l’action de l’acide azotique. Chauffé à 100°, il perd de l’eau et devient soluble dans l’alcool et l’éther. C’est la pélosine ou cissampéline, dont l’élude a été tout récemment reprise par M. Fltickiger. Ce savant pharmacologiste l’identifie avec la berbérine et toutes les deux à la paricineel à la buxine (2).]
La racine de iiaroira-brava est communément attribuée au Cissampelos Partira, !.. (3), qui croît principalement dans les bois monlueux des Antilles ; mais M. Hanbury et M. Fltickiger (i) ont montré qu’elle ne pouvait être produite par cette plante : clic doit être plutôt attribuée au Botryopsis platiphylla , St. - II i 1 . , croissant au Brésil, ou à VAbuta rufescens d’Aublet ( Cocculus rufescens, Endl.), dont la racine, au dire d’Aublet, est transportée en Europe sous le nom de parcira- brava. Il paraît d’ailleurs que plusieurs espèces de Cissampelos ou de Cocculus produisent des racines presque semblables et de propriétés très-analogues. Tels sont :
1° Le Cissampelos glabcrrima , St.-Hil., qui est le caapeba de Pison et de Marcgratf, que Linné a eu tort de confondre dans son Cissampelos Partira.
2° Les Cissampelos ebracteala , St.-Hil., et ovali folia, DC., qui porte également au Brésil le nom de orelkade onça.
3° Le Cissampelos Caapeba, L., croissant dans les Antilles, et le Cissampelos mauritiana, Petit -Thouars, dont les racines sont beau-
(1) Wiggers, Annalen der Pharmacie , XXXIII, 81.
(2) Voir Flürkiger, Zur Geschichte des Buxins ( Neues Jaràuch für P/iarmucie , 1809).
(3) Cissampelos Pareira , L. — Car. Gén. : fleurs dioïques : fleurs mâles ù 4 sépales ouverts et cruciformes; corolle nulle; disque sous-charnu ; étamines réunies en une colonne monadelphe à 4 anthères uniloculaires. Fleurs femelles à un seul sépale unilatéral; corolle à un seul pétale opposé au sépale; ovaiie ové surmonté de 3 stigmates ; drupe monosperme, réniforme, les stigmates s’étant rapprochés de la base. Endospertne nul; embryon long, cylindrique, péri pli rique. — Car. spéc. : feuilles peltées, sous-cordées, soyeuses en dessous ; grappes femelles plus longues que les feuilles. Fruits hispides.
(4) Voir Fltickiger, Mémoire cité.
DICOTYLEDONES TII ALA Ml FLORE S.
coup plus grêles que le pareira-brava du Brésil, mais d’organisation et de propriétés semblables.
Anamirta Cocculus, Arnott; Cocculus suberosus, DC \Menispermum Cocculus, L.,Gærtn., Roxb.(//<7. 772).Lacoque du Levanlestconnue depuis très -longtemps sous le nom de Cocculi Indi ; mais l’arbre qui la produit n’est peut-être pas encore parfaitement déterminé. Gærtner, qui a figuré et décrit le fruit avec une grande exactitude.
quoique la plante surpassât en hauteur des arbres élevés, elle n’avaitpas encore fleuri. Je ne sais si cet arbre est celui qui, ayant fleuri plus tard, a été figuré par Nees d’Esenbeck (1), sous le nom de Menispermnm Cocculus de Wallich, et dont l’individu femelle seul se trouve représenté ; mais il est probable que c’est lui dont l’individu mâle se trouve décrit, d’après M. Walker-Arnolt (2), de sorte qu’il faudrait réunir les deux descriptions pour avoir une connaissance complète de l’espèce. M. Walker-Arnott admet comme synonymes V Anamirta racernosa , Coleb. et le Menispermum heteroclitum de Roxburgh.
Voici les caractères du genre Anamirta : fleurs dioïques. Fleurs mâles offrant un calice court, tripartite ; une corolle à G pétales bisériés, réfléchis ; des étamines nombreuses réunies en un tube central, cylindrique, dilaté et arrondi au sommet, lequel se trouve couvert d’anthères sessiles, adnées, quadriloculaires. Fleurs femelles à calice triphylle, très-caduc ; corolle nulle ; 3 ovaires libres et sessiles au sommet d’un gynophorc cylindrique; styles très-courts, stigmates arrondis sur le côté. Le fruit est formé de 3 drupes charnus dont un seul persiste le plus souvent; ce drupe persistant et un peu recourbé en forme de
Coque tlu Ce vaut.
Fig. 772. — Coque du Levant.
n’a connu l’arbre que par la description de Linné. Roxburgh est le premier qui ai L vu cet arbre vivant , dans le jardin de Calcutta, provenant de semences reçues du Malabar en 1807 ; mais à la fin de 1812,
(1) Nees von Esenbeck, Plantes officinales. Dusseldorf, 1828-1833.
(2) Walker-Arnott, Annales des sciences naturelles de 1834, t. Il, p. G5.