‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 172 sur 176 · MÉNISPERMACÉES. — COQUE DU LEVANT · texte numérisé non relu

MÉNISPERMACÉES. — COQUE DU LEVANT

rein, renferme un noyau incomplètement séparé en deux loges par un repli de la suture ; la semence est inverse et contient un embryon droit, au milieu d’un endosperme charnu.

La coque du Levant, telle que le commerce la fournit, est plus grosse qu’un pois, arrondje et légèrement réniforme; elle est formée d’un brou désséché, mince, noirâtre, rugueux, d'une saveur faiblement âcre et amère, et d’une coque blanche, ligneuse, à 2 valves, au milieu de laquelle s’élève un placenta central rétréci par le bas, élargi par le haut et divisé intérieurement en deux petites loges. Tout l’espace compris entre ce placenta central et la coque est rempli par une amande creuse à l’intérieur et ouverte sur le côté pour recevoir le placenta. L’embryon est formé d’une radicule cylindrique, supère, et de deux cotylédons foliacés, écartés et recourbés comme les branches d’un forceps, et plongeant, de chaque côté du placenta, dans une loge plate et longitudinale, pratiquée dans l’endosperme (voir figure 773).

L’amande de la coque du Levant est grasse et très-amère. M. Boullay en a extrait un principe vénéneux cristallisabîe, qu’il a nommé picrotoxine. Cette amande se détruit avec le temps, de même que cela a lieu pour les ricins et les grains de Tilly, et il n’est pas rare de voir les vieilles coques du Levant presque entièrement vides. Il faut donc les choisir récentes, si l’on veut obtenir quelque résultat de leur analyse chimique.

La coque du Levant est usitée dans l’Inde pour la pêche du poisson, qui, après avoir avalé l’appât contenant cette substance, vient tournoyer et mourir à la surface de l’eau. D'après les expériences du docteur Goupil (1), cet emploi peut être suivi de graves inconvénients lorsqu’on n’a pas le soin de prendre et de vider le poisson aussitôt qu’il paraît sur l’eau ; car alors la chair devient vénéneuse et agit sur l’homme et les animaux comme la coque du Levant même.

Cette action vénéneuse réside dans l’amande du fruit, et l’enveloppe ligneuse est purement vomitive. M. Boullay n’en a retiré, en effet, qu’une matière jaune extractive, sans picrotoxine. Cependant MM. Pelletier et Couerbe, qui l’ontsoumiseàunexamen plus approfondi, y ont découvert une base alcaline cristallisabîe nommée ménispermiae ; mais cette base est insipide et sans action marquée sur l’économie animale.

D’après M. Boullay, l’amande de la coque du Levant contient moitié de son poids d’une huile concrète, formée d’élaïne et de stéarine; de l’albumine; une matière colorante particulière; 0,02 de picrotoxine ; des surmalates de chaux et de potasse; du sulfate

(1) Goupil, Bulletin de pharmacie, t. II, p. 509.

DICOTYLEDONES THALAMIFLORES.

de potasse, etc. Suivant MM. Lecanu et Casaceca, le corps gras se trouve dans la coque du Levant en partie à l’état d’acides margariquc et oléique ; mais il est probable que la présence de ces acides tient à l’état de détérioration dans lequel se trouve ordinairement le fruit. Quant à la picrotoxine, qui a passé quelque temps pour une base alcaline, elle paraît douée plutôt d’un faible caractère d’acidité; on l’obtient d’ailleurs facilement, d’après MM. Couerbe et Pelletier, en traitant la coque du Levant concassée par de l’alcool à 36 degrés bouillant, filtrant, distillant, et traitant l’extrait par l’eau bouillante, afin de dissoudre la picrotoxine, (pii cristallise par le refroidissement de la liqueur préalablement et faiblement acidulée.

La picrotoxine est blanche, brillante, inodore, d’une amertume insupportable ; elle cristallise en prismes quadrangulaires très-fins; elle demande, pour se dissoudre, 130 parties d’eau froide et 23 parties seulement d’eau bouillante; elle est soluble dans 3 parties d’alcool rectifié et dans 2 parties 1/2 d’éther sulfurique. Projetée sur les charbons ardents, elle brûle sans se fondre ni s’enflammer, en répandant une fumée blanche, et une odeur de résine. Elle ne contient pas d’azote, et n'est pas alcaline, ainsi que je l’ai déjà dit : exception remarquable aux autres principes vénéneux tirés des végétaux, qui, jusqu’à présent, sont tous ranges dans la classe des bases alcaloïdes azotées.

FAMILLE DES ANONACÉES.

Les Anonaeées sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sonL simples, entières, alternes, dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont hermaphrodites, munies d’un calice persistant à 3 sépales, et d’une corolle «à 6 pétales disposés sur deux rangs; les étamines sont libres, quelquefois en nombre égal ou double de celui des pétales; mais le plus ordinairement elles sont indéfinies, insérées en séries nombreuses, sur un torus: les filaments sont très-courts et les anthères presque sessiles. Les ovaires sont plus ou moins nombreux, libres ou en partie soudés, sessiles sur le sommet du torus; ils deviennent autant de fruits tantôt distincts, et o tirant une seule loge qui contient un ou plusieurs ovules attachés à leur suture interne; d’autres fois les fruits se soudent tous entre eux et forment une sorte de cône charnu et écailleux. Les graines sont ordinairement accompagnées d’un arille et contiennent, sous un double tégument, un endosperme corné et profondément sillonné. L’embryon est très-petit, placé vers le point d'attache de la graine.

Les Anonaeées habitent presque exclusivement la zone torride ; elles sont pourvues d’écorces plus ou moins aromatiques

ANONACÉES. — POMME CANNELLE. 735

et stimulantes, de fleurs odorantes et de fruits très-aromatiques et poivrés lorsqu’ils sont formés de baies séparées, ou seulement savoureux et comestibles lorsque les baies sont soudéesentre elles. L ’Uoariaodorata, Lamk. ( Cananga , Rumph.), croissant aux îles Moluques, est renommé par l’odeur suave de ses fleurs, semblable à celle du narcisse. On en fabrique avec de l'huile de coco, en y joignant des fleurs de Michelia champacca et du curcuma, une pommade demi-liquide nommée borri-borri ou borbori , dont on se frictionne le corps dans la saison froide et pluvieuse pour se mettre à l’abri des fièvres, et dont les femmes aiment à inonder leur chevelure noire et pendante, au sorlir du bain. C’est cette huile, sans aucun doute, qui, connue ou imitée en Europe, est vendue sous le nom d’huile de Macassar.

[Le Cœlocline polycarpa, A.DC. ( Unona ? Po/ycarpa. DC,) fournit une écorce amère d’une couleur jaune employée par les naturels de l’Afrique tropicale du Soudan et de Sierra-Leone comme substance tinctoriale et en même temps comme médicament. Cette écorce doit ses propriétés à la berbérine , qu’elle contient en assez grande abondance (I).]

L’ Unona æthiopica produit un fruit dont le premier est connu depuis très-longtemps sous le nom de poivre d'Éthiopie.Les Xylopia d’Amérique jouissent des mêmes propriétés. Les ccrossoliers ou anones, répandus dans toutes les contrées chaudes du globe, mais originaires peut-être d’Amérique, sont recherchés pour leurs fruits formés par la soudure d’un grand nombre de baies monospermes, dont les sommets seuls paraissent souvent l’extérieur, sous forme de lobes imbriqués, d’écai 1 1 es, d’aiguillons ou de réseaux. Les plus connus sont l’anone écailleuse ( Anona sqitamosa , Gbcrtn., t. i 38), dont le fruit a reçu les différents noms de ate, guanabane ,

Fig. 773. — Pomme cannelle.

(I) Daniel), On cœlocline poh/carpa, A. DC., The Berberine or Jellow Ü'jc tvee o f Soudan (Phartn. Journ ., XVI, 3(J8).

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

pomme canelle [fi g . 773), etc.; l’anone hérissée ou cachiman ( Anona muricata), l’anone réticulée [Anona reticulata), le Cherimolia du Pérou ( Anona Cherimolia, Mill .), etc.

Unona œthiopica , Dunal ; Habzelia æthiopica. A. DG. Arbre élégant, à feuilles^ alternes, épaisses et luisantes, qui habite les con-

niliformes par la dessiccation [fi g. 774).

Ces baies contiennent de 4 à 10 semences lisses, noirâtres, pourvues d’un arille formé de deux membranes blanches, obcordées, inégales. Ces semences sont disposées obliquement en une seule série longitudinale, et sont fortement attachées à la pulpe fibreuse, desséchée, qui les entoure. Je trouve à la baie une saveur et une faible odeur de curcuma ou de gingembre. Les semences ont une saveur beaucoup moins piquante et lance.

Le poivre d’Cthiopie paraît avoir été mentionné pour la première fois par Sérapion, tant sous ce nom que sous celui de habzeli ou d e -gmina zelim.

Aublet a trouvé dans la Guyane une espèce de canang aromatique, dont les nègres se servent en place de poivre, et qui diffère peu du précédent : c’ est l’ Unona aromat ica, Dunal ( Habzelia

Poivre d’Étiiiopie.

Fig. 774. - Poivre d’Éthiopie.

trées les plus chaudes de l’Afrique, depuis Sierra-Leone jusqu’à l’Abyssinie. Ses fleurs présentent un calice à 3 divisions, une corolle à 6 pétales, disposés sur deux rangs; des étamines très-nombreuses insérées sur les côtés d’un torus convexe; une vingtaine d’ovaires grêles , cylindriques, pressés les uns contre les autres, terminés chacun par un stigmate aigu et portés sur le torus. Ces ovaires deviennent autant de baies charnues, courlement stipitées sur le torus , grosses comme une plume à écrire, longues de 27 à 55 millimètres, devenant un peu mo-

MAGNOLIACÉES. 737

aromatica , A. DC). Le fruit de Y Unona musaria , représenté dans Bumphius (l), s’en rapproche aussi beaucoup.

Pacova.

M. Théodore Martius m’a fait parvenir sous ce nom un fruit aromatique, usité comme épice au Brésil, et qui ressemble pour la forme aux anciens sébestes ( Corclia mixa , L.). Comme eux il est oblong, aminci en pointe aux deux extrémités, obscurément quadrangulaire, mais souvent déformé et ridé par la dessiccation. Ce fruit se distingue des sébestes par sa petitesse, n’ayant guère que de 10 à 15 millimètres de long; par sa surface lisse et rougeâtre, par son odeur et sa forte saveur de poivre, enlin par la disposition de ses parties intérieures, étant formé d’une baie capsulaire desséchée, à une seule loge, renfermant deux semences ovales, noires, lisses, pourvues d’un arille très-court. Souvent la capsule est ouverte par la partie supérieure, et séparée en deux parties dont les bords se roulent en dedans. Tous ces caractères appartiennent au fruit du Xylopia frutescens d’Aublet, qui sert d’épice à la Guyane, et qui d’ailleurs paraît être le môme que YEmbira ou le Pindaiba de Pison ( Xylopia yrandiflora, A. St-Hil.). On cite comme une autre espèce moins active le Xylopia sericea , A. St-Hil. -

-f- FAMILLE DES MAGNOLIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux élégants, dont les feuilles alternes, souvent coriiices et persistantes, sont accompagnées de stipules tombantes. Fleurs grandes, d une odeur suave, pourvues d'un calice caduc à 3 ou 6 sépales, et d’une corolle à 6 ou 27 pétales disposés par verticilles ternaires et imbriqués. Étamines fort nombreuses et libres, disposées en spirale sur le môme réceptacle qui porte les pétales. Pistils nombreux, verticillés sur une seule rangée, ou disposés en capitules allongés; ovaires uniloculaires à 2 ovules, surmontés d’un style peu distinct et d’un stigmate simple. Fruit multiple composé de carpelles distincts, provenant d’ovaires distincts contenus dans une môme fleur; carpelles indéhiscents ou s’ouvrant par une suture longitudinale ; graine assez souvent portée sur un trophosperme filiforme qui s’allonge au dehors. Embryon droit placé à la base d’un endosperme charnu.

La famille des Magnoliacées se divise en deux tribus, de la manière suivante :

I. Magnoliées. Carpelles disposés eu épi ou en capitule sur un

(I) Rumphius, t. V, p. 42.

Guiuourt, Drogues, 6e édition.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

torus allongé ; feuilles non ponctuées. Genre : Talauma , Aromadendron , Magnolia, Miche lia, Linodendron, etc.

II. Iu.iciéiïs. Carpelles verticillés sur une seule série; feuilles ponctuées. Genres: Tasmania, Drimys, Illicium, etc.

Les Magnoliacées se rapprochent beaucoup des Anonacées par la disposition de leurs fleurs et de leurs fruits, ainsi que parleurs qualités amères et aromatiques, qui s’y trouvent même généralement plus développées.

J’ai déjà mentionné Michelin Champacca , L. (tsjampacca) dont les fleurs récentes répandent une odeur des plus suaves et dont les Malais des deux sexes aiment à parfumer leur maison, leurs bains, leurs corps et leurs vêtements. L’écorce est douée d’une saveur amère et d’une Acreté aromatique qui la rond excitante, fébrifuge, emménagogue, utile contre les rhumatismes, etc. Le Michelia montana et Y Aromadendron eleyans de Java, le Magnolia gracilis du Japon, jouissent des mêmes propriétés. Les Magnolia de l'Amérique septentrionale font l’ornement des forêts par leur beau feuillage, leurs superbes fleurs, et ne sont pas moins remarquables par leurs semences pendantes hors des capsules, à l’extrémité d’un long funicule. On en cultive un grand nombre d’espèces dans les jardins, principalement les Magnolia grandiflora, glauca, acuminata, macrophylla, etc. Le Liriodendron lulipifera (tulipier de Virginie), arbre de 30 mètres d’élévation dans son pays natal, se fuit aussi remarquer dans nos jardins par sa tige droite, ses rameaux largement étalés, ses feuilles longuement pétiolées, tronquées au sommet, à 4 lobes aigus; ses fleurs grandes, terminales, en forme de tulipe, et d’un jaune verdâtre. L’écorce de tulipier est jaunâtre, fibreuse, peu compacte, d’une saveur amère et faiblement aromatique. Elle a obtenu en Amérique une grande réputation comme fébrifuge et comme succédanée du quinquina. On en a retiré une substance cristalline, non azotée, non alcaline, amère, cristallisable, nommée liriodendrine , qui paraît avoir quelques rapports avec la salicine.

La tribu des Illiciées nous fournit un fruit connu depuis longtemps sous le nom de badiane ou d ’anis étoilé, et une écorce aromatique nommée écorce de Winter, mais dont l’origine me paraît encore trèsobscure.

Badiane, OU anis étoilé.

Illicium anisatum, L. (fi g. 776). Arbrisseau toujours vert, haut de 4 mètres environ, dont les feuilles sont lancéolées, éparses sur les rameaux ou rapprochées en rosette vers leur sommet. Les fleurs sont jaunâtres, présentant un calice à 6 folioles caduques, dont 3 extérieures ovales et concaves, et 3 intérieures plus étroites et pélaliformes, 16 à 20 pétales disposés sur trois rangs ; 10 à 20 étamines plus courtes que les pétales; 10 à 20 ovaires supères, redressés et ramassés en un faisceau conique, et se termi-

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