TRIBU DES CHICORACÉES
Laitues.
Genre lactuca : capitules pauciflores, liguliflores; involucre cylindrique formé de deux à quatre rangs de squammes imbriquées, les extérieures plus courtes; réceptacle plane et nu; achaines comprimés, striés longitudinalement, surmontés d’un col filiforme terminé par une aigrette.
Laitue officinale, Lactuca , capitata, DC.; Lactuca sativa capitata, L. Plante herbacée, annuelle, entièrement glabre et sans épines, dont la patrie est inconnue et qu’on suppose avoir pu être produite par la culture de quelque espèce voisine. Elle offre dans son jeune âge une large touffe de feuilles arrondies, concaves.
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ondulées, bosselées, très-succulentes, pressées les unes contre les autres et formant ensemble une tète arrondie ; c’est à cet état qu’elle est usitée comme aliment, en salade ou cuite. Lorsqu’on la laisse croître, elle produit une tige haute de G5 centimètres, munie de feuilles embrassantes de plus en plus petites, terminée par un corymbe irrégulier de (leurs d’un jaune pâle. La tige présente, dans son écorce fibreuse, un grand nombre de vaisseaux remplis d’un suc laiteux, blanc, d’une saveur très-amère et d’une odeur vireuse analogue à celle de l’opium, ce qui a conduit le docteur Coxe de Philadelphie, André Duncan d’Edimbourg et le docteur Bidault de Yilliers à Paris, à la proposer comme succès danée de l’opium. Ce suc, obtenu par des incisions transversales faites à la tige, a reçu le nom de lactucarium ; tel qu’il a été préparé pour être livré au commerce, parM. Aubergier, pharmacien à Clermont, il se présente sous forme de pains orbiculaires aplatis, de 3 à 6 centimètres de diamètre et du poids de 10 à 30 grammes; il possède une odeur fortement vireuse et une saveur trèsamère; il est complètement sec, d’une couleur brune terne; il se recouvre souvent d’une efflorescence blanchâtre qui est de la mannile. Il contient, suivant l'analyse de M. Aubergier (i).
Une matière amère cristallisaWe ;
De la mannite ;
De l’asparagine ;
Un acide libre ;
Une matière colorante brune ;
Une résine mélangée de cérinc et de myricine ;
De l’albumine et de la gomme ;
Du nitrate de potasse et du chlorure de potassium ;
Des phosphates de chaux et de magnésie.
Suivant d’autres observateurs le lactucarium contiendrait une quantité plus ou moins considérable de caoutchouc (2).
La matière que M. Aubergier regarde comme le principe actif de la laitue est peu soluble dans l’eau froide, facilement soluble dans l'eau bouillante et dans l’alcool fort ou dilué ; insoluble dans l’éther ; ni acide ni alcaline.
Indépendamment du lactucarium , on emploie très-souvent commecalmant un extrait de laitue préparéavecie suc del’écorce de la lige, connu sous le nom de thridace , et l’eau distillée de la plante. Les semences de laitue faisaient également partie autrefois des quatre petites semences froides. On les a importées d’Égypte à Marseille il y a quelques années, comme semences oléa-
(1) Aubergier, Recherches sur le lactucarium , Rapport de M. Boullay (Bulletin de r Académie de médecine, Paris, 1841-42, t. VII, p. 259).
(2) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, p. 1-44.
Guiboubt, Drogues, Ce édition.
T. III. — i
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
gineuses. Elles ont à peu près la grosseur et l’aspect des graines decarvi, mais elles sont inodores; elles sont d’un gris brunâtre, aplaties, ovoïdes-allongées, atténuées en pointe à la base, glabres et striées longitudinalement, d’une saveur grasse.
Laitue romaine, Lactuca satwa , DC. Cette espèce, exclusivement réservée pour l’usage de la table, a les feuilles allongées, rétrécies à la base, élargies au centre, arrondies et concaves au sommet, non bosselées ni ondulées, dressées les unes contre les autres et formant un assemblage oblong, obovoïde.
Laitue saurage, Lactuca sylvetfris, Lank ; Lcictuca scariola, L. Tige haute de 60 à 100 centimètres, ramifiée supérieurement ; feuilles alternes, sessiles, embrassantes, allongées, sagittées à la base, aiguës au sommet, souvent pinnatifides, glabres, mais garnies en dessous d’une rangée d’épines sur la nervure médiane ; les feuilles inférieures sont dirigées verticalement. Cette plante habite les lieux incultes et pierreux.
Laitue cireuse, Lactuca virosa, L. Plante annuelle ou bisannuelle, très-analogue à la précédente, dont elle diffère cependant par ses feuilles beaucoup moins découpées, obtuses au sommet; les inférieures, non lobées et seulement sinuées et dentelées, conservent toujours la position horizontale. Elle habite les mêmes lieux que la précédente, mais possède des propriétés plus énergiques. Son suc laiteux est âcre, très-amer, d’une odeur fortement vireuse et paraît être très-narcotique. Il est certain que, si l’on veut chercher parmi les laitues une succédanée de l’opium, c’est cette espèce qui devrait être préférée. [C’est celle que les Allemands emploient pour faire leur lactucarium, et que les Anglais utilisent également, en même temps que le Lactuca saliva. Ce suc épaissi, en masses irrégulières, brunâtres au dehors, blanchâtres à l’intérieur, contient entre autres principes : une matière odorante, une substance amère, cristallisable, réduisant le réactif cupro-potassique, appelée lactucine ; une matière neutre, aussi cristallisable, soluble dans l’alcool et l’éther, c’est la lactucérine ou lactucone, ou la cire du lactucarium ; de la résine, de l’albumine, de la gomme, des acides oxalique, citrique, malique, du sucre, de la mannite, de l’asparagine, et divers sels.
Scorsonère tl/Espagnc, salsifis noir «l'Espagne, Scorzonera hispanica, L. Cette plante croît naturellement dans les pâturages des montagnes, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France, et est cultivée très-abondamment dans nos contrées, à cause de sa racine fusiforme, charnue, noire au dehors, blanche en dedans, remplie d’un suc doux et laiteux, qui est très-usitée comme aliment. Sa tige est haute de 60 à 100 centimètres, munie de feuilles alternes, amplexicaules, lancéolées-acuminées, ondulées sur
SYNANTI1ÉRÉES.
CHICORACEES.
le bord ; les capitules sont solitaires, portés sur de longs pédoncules fistuleux; l’involucre est oblong, formé d ’écaill es scarieuses, imbriquées; le réceptacle est nu; les demi-ileurons sont jaunes, tous hermaphrodites, suivis d’achaines étroits, allongés, cannelés, surmontés d’une aigrette plumeuse.
Cette plante ne doit pas être confondue avec le véritable salsifis ( Tragnpogon pratensis, L.), qui croît naturellement dans nos prés et dont la racine est aussi usitée comme aliment; non plus qu’avec le salsifis blanc ( Tragopogon porrifolius) . Ces deux plantes ont les feuilles sessiles, longues, étroites, aiguës, trèsglabres, creusées en gouttière à la base ; les capitules sont solitaires à l’extrémité d’un long pédoncule, pourvus d’un involucre composé d’un seul rang de folioles très-longues et aiguës. Les corolles sont d’un jaune foncé dans la première espèce, d’un pourpre violet dans la seconde; les achaines sont sessiles, surmontés d’un rostre allongé terminé par une aigrette plumeuse. L’ensemble des aigrettes complètement épanouies forme une sphère volumineuse et d’un bel effet.
Pissenlit.
Taraxacum dens-leonis , Dcsf. ; Leontoclon taraxacum, L. Petite planté sans tige dont les feuilles, toutes radicales, sont sessiles, glabres, allongées, élargies au sommet et terminées par une grande partie de limbe triangulaire, un peu incisée à la partie inférieure. Le reste de la feuille est profondément pinnatifide et formé de découpures de plus en plus petites en descendant vers la racine, elles-mêmes laciniées et recourbées en crochet vers le bas (feuilles runcinées). Du milieu des feuilles s’élève une hampe simple terminée par un capitule à double involucre, à réceptacle nu, à demi-fleurons jaunes, tous hermaphrodites; les achaines sont oblongs, striés, entourés de côtes épineuses et surmontés d’un rostre allongé terminé par une aigrette très-blanche. De même que dans les salsifis, lorsque les achaines approchent de la malurité, l’involucre se renverse, le réceptacle prend une forme convexe, les aigrettes s’écartent en rayonnant et forment une tête globuleuse que le vent disperse bientôt par parties dans les airs, en laissant le réceptacle dépouillé de sa légère parure, -f
Chlcorée samage. /}
Cichorium intubus, L. (/ ig . 549). — Car. gên.: capitule multifiore ; involucre double : l’extérieur court, à 5 folioles, l’intérieur à 8 ou 10 folioles longues, dressées; réceptacle nu ou garni de quelques poils épars ; achaines obovés, un peu comprimés, striés, glabres,
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couronnés par deux séries de squamelles très-courtes. — Car. spéc. : feuilles inférieures runcinées, munies de poils rudes sur la côte du milieu ; feuilles supérieures oblongues, sous-entières ;
capitules axillaires presque sessiles , ordinairement géminés.
Cette planle croît partout le longdès chemins ; sa tige est haute de 40 à 60 centimètres , très-rameuse; les rameaux sont très-ouverts et hispides. Les corolles sont d’une belle couleur bleue, quelquefois roses ou blanches. Les feuilles adultes sont très-amères, inodores, et fournissent cependant à la distillation nn hydrolat odorant et doué d’une amertume très-marquée. Les feuilles trèsjeunes sont d’une amertume moins prononcée, tendres, et sont alors mangées en salade ou cuites. Cette même plante, élevée dans les caves, à l’abri de la lumière, s’étiole complètement, devient maigre et effilée, sans perdre son amertume, et est usitée en salade sous le nom de barbe de capucin .
La racine de chicorée est longue, blanche, grosse comme le doigt, et fait partie, ainsi que les feuilles, du sirop de chicorée ou de rhubarbe composé. Cette même racine séchée et torréfiée a été proposée, lors du blocus continental, comme succédanée du café, et depuis cette époque on n’a pas cessé d’en consommer des quantités très-considérables pour cet usage. Elle forme cependant, à elle seule, un breuvage fort désagréable, laxatif, etsansaucune autre analogie de propriétés avec le café, que sa couleur noire.
Chicorée endive, Cichorium eu divin. L. Espèce supposée par les uns originaire de l’Inde, supposée par les autres être une simple variété de la chicorée sauvage. Cette espèce présente deux variétés cultivées, fort différentes par la forme et le goût. L’une ! est la scariole (1), dont les feuilles sont larges, oblongues, un peu ; charnues, ondulées, crépues sur le bord, d’une amertume peu ■ sensible; 1 autre est la chicorée crépue, dont les feuilles sont j arrondies, mais très-profondément divisées et crépues, et dont
Fig. 549. — Chicorée sauvage.
(i) Blackwell, tab. CCCLXXVIII.
SYNANTHÉRËES. — CYNARÉES.
l’amertume est très-prononcée ; toutes deux sont très-usitées en salade.
[Les Chicoracées contiennent presque toutes un suc laiteux, qui dans certains cas peut donner une espèce de caoutchouc : c’est ainsi que la Chondrilla graminea, piquée sur sa racine, laisse découler, pendant vingt-quatre heures environ, un latex dont les habitants de Kapouloullanmian, font, lorsqu’il est concrété, de petites masses en forme de noyaux de dattes. Ces masses sont conservées dans l’eau fraîche qui a la propriété de les blanchir. Étalées en lamelles ellipsoïdales, elles forment le tchingel-sdkesey , de Beybazar, espèce de caoutchouc, d’un gris bleuâtre, que les Orientaux ont l’habitude de mâcher. Une autre espèce de tchingel est celui de Malalia, dans le Kurdistan. 11 a une odeur vireuse plus prononcée, et se présente sous forme de lames minces épaisses de 0,5 à 1 millimètre, arrondies et repliées sur leurs bords (1). Il est aussi produit par une synanthérée, du groupe des carduacées.
Quant au ghuidjir, substance élastique, sans saveur ni odeur, en masses brunâtres, de la grosseur d’une petite noix, rebondissant quand elles sont lancées sur le sol, M. Bouclier en rapporte l’origine â des baies de Smilax. Les fruits de ces plantes seraient mises dans l’eau bouillante, puis dans l’eau froide, les graines en seraient séparées avec soin et le parenchyme restant soumis à la mastication serait ensuite pétri sous la forme décrite ci-dessus.]
Genre Lappa : capitules homogames (2), multitlores, égalillores. Involucres globuleux formés d’écail les coriaces, imbriquées, pressées les unes contre les autres, ensuite subulées, enfin terminées par une pointe cornée recourbée en crochet. Réceptacle sous-charnu, plane, garni de fibrilles roules et subulées; corolles quinquéfîdes, régulières, dont le tube présente 10 nervures; filets des étamines couverts de papilles; anthères terminées en appendices filiformes, pourvues à la base d’appendices subulés ; stigmates séparés, divergents, recourbés en dehors ; achaine
(1) Voir Bourlier, Le Ghuidjir et le Tchingel-Sâkesey (Journal de chimie et de phaimacie , 3« série, XXXIII, p. 184).
(2) Homogames (mariages semblables), c’est-à-dire ne contenant que des fleurs semblables par rapport à la présence simultanée des étamines et du pistil, et à la fertilité de l’ovaire; toutes les fleurs sont donc hermaphrodites fertiles; celte disposition répond à la syngénésie poly garnie égale de Linné.
Mufti flores, pauci flores , egaliflores, etc. ; ces mots n’ont pas besoin d’explication.
Tchingel Sakesey.
TRIBU DES CYNAREES.
Bardane.