‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 5 sur 176 · DICOTYLÉDONES CALIC1FL0RES · texte numérisé non relu

DICOTYLÉDONES CALIC1FL0RES

oblong comprimé latéralement, glabre, à rugosités transversaleT; aigrette courte fortifiée de plusieurs rangs de po.ls rudes,

UTrois espèces de Lappa, comprises par Linné sous la seule dénomination d 'Arctium lappa , fournissent la m* « » •'

employée en pharmacie. La première, nommée grande ô" Lappa major tfuj. 550), croit à la hauteur de 1 mètre à r,30.

Fig. 550. — Grande bardane.

Ses feuilles radicales sont très-grandes, pétiolées, cordiformes, vertes- brunes en dessus, blanchâtres et un peu cotonneuses en dessous; celles de la tige sont successivement moins grandes et ovales. Les capitules sont terminaux, solitaires, rougeâtres, analogues à ceux des chardons, reconnaissables à leur involucre globuleux qui, en raison des crochets dont il est armé, s’attache à la toison des troupeaux ou aux habits des passants. Sa racine est pivotante, longue, grosse, charnue, noire au dehors, blanche en dedans, d’une saveur douceâtre, austère, nauséeuse et d’une odeur désagréable qui devient encore plus caractérisée par la dessiccation. Cette plante croît sur les chemins, dans les haies et dans les bois un peu humides.

La deuxième espèce, Lappa minor , croît dans les lieux pierreux et au bord des routes. Elle est plus petite que la précédente, et

SYNANTHEREES.

CYMAREES.

ses fleurs, qui sont grosses, au plus, comme des noisettes, naissent cinq ou six ensemble sur des pédoncules axillaires.

La troisième espèce, Lappa tomenlosa , Arctium bardana, Willd. et Nees d’Bsenbeck, grande bardane à racine très-volumineuse, diffère des deux premières par un duvet cotonneux semblable à une toile d’araignée, qui recouvre les écailles de ses involucres globuleux. Uu reste elle jouit des mêmes propriétés.

La racine de bardane est employée avec succès à l’intérieur, dans les maladies chroniques de la peau et dans les affections syphilitiques et rhumatismales. Elle contient une grande quantité d 'inuline, comme je l’ai reconnu en 1811. Les feuilles de bardane jouissent de propriétés encore plus actives et ne sont usitées qu’à l’extérieur. @L

Artichaut cultivé.

Cynara Scolymus , L. — Car. yen. : capitule homogame, multitlore, égaliflorc; squammes del’involucre très-nombreuses, imbriquées, larges et charnues à la base, coriaces au milieu, se terminant en une pointe épineuse. Réceptacle charnu, plane, garni de paillettes; corolles à limbe épaissi à la base, égal en longueur à la moitié du tube, à 5 divisions très-inégales; fdcts des étamines couverts de papilles; anthères terminées par un appendice trèsobtus ; stigmates épaissis et rapprochés; achaines obovés, comprimés, tétragones, durs, glabres, à aréole large, sous-oblique; aigrette plumeuse, plurisériéc. L’artichaut commun croît naturellement dans le midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins ; sa racine est longue, épaisse, fusiforme ; elle produit une tige droite, cannelée, cotonneuse, garnie de quelques rameaux, haute de CO à 100 centimètres; ses feuilles sont très-grandes, blanchâtres, profondément découpées, presque pinnées, à découpures pinnatifides et épineuses. Ce sont les capitules non épanouis de cette plante que l’on sert sur les tables sous le nom d 'artichauts. La racine d’artichaut passe pour diurétique ; les tiges sont très-amères et contiennent probablement un principe actif dont la médecine pourrait tirer parti. Les fleurons macérés dans l’eau lui donnent la propriété de coaguler le lait.

Artichaut-cardon.

Cynara Curdunculus, L. Cette espèce est originaire des contrées méridionales de l’Europe, et est très-commune également en Algérie. Sa tige est droite, cotonneuse, haute de lm,30à 2 mètres; ses feuilles sont plus longues que celles de l’artichaut

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

commun, pinnatifides, munies d’une longue épine à l’extrémité de chacune de leurs découpures; elles sont vertes en dessus, très-blanches et cotonneuses en dessous ; les capitules sont moins gros que ceux de l’artichaut, formés d’écailles peu charnues terminées par une épine aiguë ; les fleurons sont bleus et jouissent d’une manière très- marquée de la propriété de faire cailler le lait; ce sont eux principalement qui sont employés pour cet usage sous le nom de fleurs de char donne tte. Le principal mérite de cette plante consiste dans la côte longue et charnue de ses feuilles qui, attendrie par l’étiolement, forme un mets agréable et facile à digérer. On les sert sur les tables sous le nom de cardons.

Chardon aux ânes.

Onopordon acanthium. Plante commune aux environs de Paris, haute de 60 à 100 centimètres, à feuilles décurrentes, sinuéesdentées, épineuses. Les réceptacles sont charnus et pourraient être mangés comme les artichauts, si on prenait la peine d’en augmenter le volume par la culture. Les semences, qui sont perdues, devraient être récoltées et soumises à l’expression pour en retirer l’huile. D’après Murray, un seul pied d’onopordon peut fournir 12 livres de graines, dont on retirerait 3 livres d’huile.

Un pharmacien m’a communiqué anciennement deux échantillons de fleurs vendues comme fleurs de chardonnet/e, dont un était de la fleur d’ Onopordon acanthium. Il me prévenait que cette fleur formait avec l’eau un infusé d’une saveur très-amère, qui ne jouissait pas de la propriété de coaguler le lait. Ces fleurs se distinguaient d’ailleurs de celles de chardonnetle par leur couleur blanche, leur odeur peu agréable, leur longueur qui ne dépassait pas 3 centimètres; enfin par leurs achaines mêlés, qui étaient oblongs, obovés, tétragones, couronnés par une aigrette courte. Les véritables fleurs de chardonnetle sont longues de 4 à 6 centimètres, d une couleur violacée, souvent entourées à la base par une couronne de poils lort longs ; elles possèdent une odeur trèsmarquée, agréable, semblable à celle du carthame. Elles sont moins amères que les précédentes, et ont la propriété de coaguler le lait.

Chardon-marié.

Silybum marianum , Gærtn. ; Carduus marianus, L. Plante hante de 60 a 100 centimètres, dont la tige épaisse et rameuse par le haut porte des feuilles fort grandes, larges, sinuées, épineuses, parsemées, sur un fond d’un beau vert, de grandes taches blan-

SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES.

ches. Les capitules sont terminaux, entourés d'un involucre ventru dont les squammes extérieures sont dilatées en un appendice renversé, ové et denté, terminé par une longue pointe ; les squammes intérieures sont lancéolées, très-entières. Le réceptacle est charnu, garni de paillettes; les corolles sont inégalement quinquéfides ; l’achaine est surmonté d’une aigrette plurisériée, caduque, portée sur un anneau corné.

On a attribué à cette plante de grandes propriétés qui n’ont pas été confirmées par l’expérience ; mais ses jeunes feuilles, débarrassées de leurs épines, ses tiges cuites, ses réceptacles charnus, peuvent être employés comme aliment, o

Cartliame des teinturiers ou Snfranuni.

Carthamus t inet orius, h. (fl g. 551). — Car. gén. : capitule homogame, multifiore, égaliflore; squammes extérieures de l’involucre foliacées, ouvertes; celles du milieu dressées, élargies en un appendice ové, légèrement épineux à la marge; les plus intérieures oblongues, entières, terminées par une pointe piquante. Réceptacle pourvu de paillettes linéaires; corolles à 5 divisions presque régulières, glabres, dont le tube dépasse l’involucre; filaments des étamines glabriuscules ; anthères terminées par un appendice obtus; stigmates à peine distincts; achaines ovés-tétragones , glabres, très-lisses; aigrette nulle.

Le cartliame est une plante annuelle de l’Inde et de l’Égypte, cultivée en France et en Allemagne à cause de sa fleur qui est usitée dans la teinture.

Sa tige est simple par le bas, rameuse par le haut, garnie de feuilles ovées-lancéolécs, plus ou moins dentées-épineuses, et terminée par plusieurs capitules globuleux, surmontés par des fleurons nombreux, d’un beau rouge orangé, plus longs que l’involucre, serrés et rapprochés par l’ouverture rétrécie de l’involucre, mais épanouis en une tête globu-

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

lease à l’extrémité. Ces fleurons, que l’on fait sécher seuls, sont composés d’un tube rouge, divisé supérieurement en cinq parties et contenant encore les organes sexuels. Ils ont une odeur assez marquée, qui n’est pas désagréable, et une certaine ressemblance extérieure avec le safran, ce qui est cause qu’on le mêle souvent à ce dernier dans le commerce. J’ai indiqué précédemment le moyen de reconnaître cette fraude (I).

Le carlhame contient deux matières colorantes : l’une jaune, soluble dans l’eau, en est séparée et est rejetée comme inutile; l’autre rouge, qui ne se dissout qu’à l’aide d’un alcali, en est extraite par ce moyen, et est ensuite précipitée par un acide végétal, ou sur la soie, qu’elle teint en rose, ou sous forme d’une laque nommée communément rouge 'végétal, dont les dames se servent pour se peindre le visage.

Cette couleur rose est une des plus belles que l’on puisse voir, mais c’est aussi une des plus fugaces. On la trouve encore sous deux autres formes : l’une est une laque rouge, dure et compacte, préparée en Égypte; l’autre est un petit carton, recouvert, en Chine, d’une couche de matière colorante pure. Ce qu’il y a de singulier, c’est que celte couche desséchée offre la couleur verte dorée et l’éclat des ély très de cantharides; la couleur rose paraît aussitôt qu’on la touche avec de l’eau.

Dufour, pharmacien, a publié une bonne analyse des fleurs de carthame (2).

Les semences de carthame sont dépourvues d’aigrette, blanches, oblongues, lisses et quadrangulaires ; elles sont émulsives, et fournissent par expression une huile qui est employée en Égypte, mais non en France. Elles entrent dans les tablettes diaearthami , auxquelles elles ont donné leur nom.

C Chardon bénit.

(.meus benedictus , Gært. {fi g. 552.) Plante annuelle, croissant naturellement dans le midi de l’Europe et cultivée dans nos contrées; sa tige est droite, haute de 50 centimètres, rameuse, laineuse, garnie de feuilles demi-décurrentes, oblongues, sinuées ou dentées et un peu épineuses. Les capitules sont solitaires et terminaux, entourés de bractées foliformes; l’involucre propre est ové, composé d’écaiües appliquées, coriaces, prolongées en un long appendice dur et épineux, pourvu d’épines latérales pinnées et distancées; le réceptacle est pourvu de paillettes. Les

(1) Tome II, p. 198.

(2| Dufour, Annales de chimie , t. XLYIII, p. 283. Voir égalemeut t. L, p. 73.

SYNANTI1EREES.

CYiNAREES.

fleurs sont nombreuses, presque régulières, hermaphrodites fertiles, excepté celles de la série la plus extérieure, qui sont stériles. L’achaine est glabre, régulièrement et longitudinalement strié, surmonté d’un bourrelet extérieur trèscourt et d’une double couronne formée chacune de 10 soies, les extérieures plus longues que les intérieures.

On lit dans plusieurs ouvrages que le chardon bénit «les i*arisi«‘ns est le Cvu'thamus lunatus, L. ( Kentrophyllum lanatum, DG.) (I). Je ne sais sur quoi cette assertion est fondée; mais le chardon bénit de nos officines est bien le Cnicus benedictus de Gærtner (2), et le Carduus benedictus de Blackwell (3). On en a une analyse, faite par M. Morin, de Rouen (4).

C? Centaurées.

Genre très-nombreux de la tribu des Cynarées, dont l’involucre est formé de squammes variées; les fleurons de la circonférence sont presque toujours stériles et pourvus d’une corolle accrue et rayonnante; les achaines sont comprimés, à hile latéral antérieur; l’aigrette est formée de soies rudes, mullisériées, celles de la série intérieure étant plus petites et conniventes, plus rarement égales aux autres ou plus grandes. Ce genre avait été divisé par plusieurs botanistes en un grand nombre d’autres qui n'ont été considérés par De Candolle que comme de simples sections du môme genre. Plusieurs des plantes qui le composent ont été employées en médecine, mais sont presque inusitées aujourd’hui.

Grande centaurée, Centaurea Centaurium, L. Tige droite, rameuse, haute de 1 mètre à lm,50; feuilles grandes, alternes, em-

Fig. 552. — Chardon bénit.

(1) Blackwell, tab. CDLXVJII.

(2) Gærtner, tab. CLXII.

(3) Blachwell, tab. CDLXXVI.

(4) Morin, Journal de chimie médicale , 1827, p. 10S.

28 DICOTYLÉDONES CALICIFLOHES.

brassantes, profondément pinnatifides, à lobes dentés en scie; involucres globuleux à écailles ovales, appliquées, obtuses et privées d’épines; corolles purpurines. Cette plante croît en Italie.

•lacée des prés, Centaurea Jacea, L. Plante herbacee, liante de 35 à 50 centimètres, munie de feuilles rudes au toucher, éparses, lancéolées, les inférieures découpées sur le bord, les supérieures entières. Les capitules sont formés de fleurs purpurines, quelquefois blanches, dont les extérieures sont stériles et plus grandes que celles du disque. Les achaines sont absolument dépourvus d’aigrette.

Bluetou barbeau, Centaurea Cyanus , L. Tige droite, rameuse, cotonneuse; feuilles alternes, cotonneuses, sessiles, linéaires, très-entières, les inférieures plus larges, pinnatifides ou dentées; capitules entourés de bractées; involucre ovale ou sous-globuleux, composé de squammes ceintes jusqu’au sommet d’une marge membraneuse, dentée et ciliée. Les corolles de la circonférence sont beaucoup plus grandes que celles du disque; les stigmates sont libres; le fruit présente un ombilic nu et une aigrette plus courte que l’achaine. Cette plante croît spontanément au milieu de nos moissons qui se parent, au mois de juin, de ses fleurs d’un bleu céleste, rarement rouges ou blanches, mélangées à celles des coquelicots. La fleur de bluet est peu odorante et fournit peu de principes à la distillation. On en préparait cependant autrefois une eau distillée à laquelle on a attribué de si grandes propriétés contre diverses maladies des yeux que la plante en a pris le nom de casse-lunettes.

Chardon étoilé ou chausse-trappe, Centaurea Calcitrapa , L. Tige très-rameuse, diffuse, poilue, munie de feuilles sessiles, pinnatilobées, capitules ovés, sessiles entre les feuilles extrêmes sousindivises; squammes extérieures de l’involucre terminées en une longue épine ouverte, avec 2 ou 3 spinules à la base ; squammes intérieures scarieuses, obtuses au sommet; achaines dépourvus d aigrette. Cette plante croît en France sur le bord des chemins et des fossés ; elle est amère et a été vantée comme fébrifuge ; on a employé dans ce but les différentes parties de la plante, racines, fleurs ou feuilles.

[Behen blanc, c est probablement la racine du Centaurea Behen, L., observée par plusieurs voyageurs dans la Perse, en Cappadoec et au pied du mont Liban, en Syrie; elle est employée par les Ai abcs comme tonique et pour reparer les forces viriles. Telle qu’elle est venue à l’Exposition universelle de 1855, elle est blanche et charnue, mondée au couteau de sa partie corticale, qui y a laissé l’impression de fibres tortueuses, disposées en réseau. Toute la racine a été gorgée d’un suc gommo-miellé, qui lui

SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES.

communique un peu de translucidité, et lui conserve une consistance molle et pâteuse sous le couteau. Elle est mucilagineuse, faiblement sucrée et très-faiblement amère. Elle ne contient pas d’amidon.] Cette racine a d’ailleurs été toujours tellement rare en Europe qu’on lui substituait celle de quelques plantes caryophyllées de notre pays, telles que celles du Silene inflata , Smith ( Cu cubalus Behen, L.), du Silene armeria , L. et du Silene Behen, L. Aujourd’hui les unes et les autres sont oubliées.

[Quant au behen rouge , que Al. Guibourl rapporte au Statice Limonium (Voir t. II, p. 449), le fragment qu’il en a eu entre les mains présente de l’extérieur à l’intérieur : 1° un périderme brun, marqué de petit sillons transversaux et annulaires, très-nombreux et très-serrés, se détachant en fragments; 2° une première écorce mince, rouge, feuilletée ; 3° une seconde écorce, épaisse de près d’un centimètre, présentant sur scs parties dénudées une surface jaunâtre, sillonnée, formée de libres anastomosées agglutinées par un suc gommeux. Sur la coupe transversale on y voit une matière blanche, d’apparence amylacée, non colorable par l’iode, traversée de fibres ligneuses radiantes, devenant plus serrées à la partie interne et d’une couleur rouge : la surface interne de l’écorce, très-unie, présente l’aspect d’une pellicule rougeâtre formée par un suc desséché. En somme, la racine a une teinte rouge ou rose, elle est sans odeur et légèrement astringente.

Ce behen rouge est, comme on le voit, l’écorce d’une racine dont on a enlevé la partie ligneuse. Au premier abord elle ne ressemble pas beaucoup â la racine du Statice Limonium de nos jardins de botanique; on retrouve cependant dans ce Statice tous les éléments du behen: de sorte qu’il n’y a pas d’objection sérieuse à le regarder comme l’origine de cette substance (1).

Cnrlines et cl» muselée ns.

Car. gèn. : capitule homogame, mullifiore, égal i flore ; squammes extérieures de l’involucre ouvertes, foliacées, dentées-épineuses; squammes intérieures allongées, rayonnantes, searieuses, colorées ; réceptacle plane ; paillettes soudées à la base en forme d’alvéoles, inégalement multifides au sommet; corolles glabres, quinquéfides; anthères longuement appendiculées au sommet, à double queue plumeuse à la base : filets glabres ; achaines cylindriques, couverts de poils soyeux, appliqués, bi-apiculés ; ai-

(1) Voir Guibourt sur les Behen rouge el blanc [Journ. de pliarm. et de chim ., 1857, 3e série, tou. XXXI, pag. 27 7).

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