FAMILLE DES CORNÉES
Cette petite famille, qui est la première des dicotylédones caliciflores polypélales, est encore moins nombreuse que la précédente. Elle n’est guère formée que de quatre genres dont un seul, le genre Cornus ou cornouiller, offre quelque importance. Voici quels en sont les caractères :
ARALIACEES.
Fleurs souvent disposées en tâte ou en ombelle et pourvues d’un jnvolucre, ou disposées en panicule et non involucrées. Calice soudé avec l’ovaire, à limbe supère, très-court, à 4 dents; corolle à 4 pétales valvaires, insérés au haut du tube du calice, avec 4 étamines alternantes; ovaire infère, à 2 loges, rarement 3, surmonté d’un disque et d’un style terminé par un stigmate tronqué; chaque loge de l’ovaire renferme un seul ovule pendant. Le fruit est un caryone ou drupe infère, à un seul noyau osseux, à 2 ou 3 loges, mais souvent uniloculaire et monosperme par avortement. La semence est inverse, pourvue d’un embryon othotrope, dans un albumen charnu. Les feuilles sont entières et opposées, excepté dans une seule espèce où elles sont alternes.
Les Cornouillers comprennent une vingtaine d’espèces, dont deux sont indigènes et communes dans nos bois. L’une est le cornouiller mâle. Cornus mas, L., grand arbrisseau de 7 ou 8 mètres de hauteur, à feuilles opposées, ovales-pointues, courtement pétiolées. Les fleurs paraissent avant les feuilles, au mois de mars : elles sont jaunes, très-petites, disposées en ombelles, pourvues d’un involucre à 4 folioles. Les fruits, nommés cornouilles, sont rouges, de la grosseur et de la forme d’une petite olive; ils ont une saveur aigrelette ou un peu acerbe et jouissent d’une propriété astringente. Le bois de cornouiller est très-dur, tenace, d’un grain lin, susceptible d’un beau poli et bon pour les ouvrages du tour. On en fabrique des roues de moulin, des échelons d’échelle, des manches d’outils ; les anciens en faisaient des piques et des javelots.
La seconde est le cornouiller sanguin OU cornouiller femelle
{Cornus sanguinea , L.). C’est un arbrisseau de 4 ou 5 mètres, dont les jeunes rameaux sont colorés en rouge-brun. Les fleurs sont blanches et disposées en corymbes dépourvus d’involucre. Les fruits sont arrondis, noirâtres, d’une saveur amère et astringente. L’amande fournit par expression le tiers de son poids d’une huile propre pour l’éclairage et la fabrication du savon.
FAMILLE DES ARALIACEES.
Calice soudé avec l’ovaire, à limbe entier ou denté. Corolle à 5 pétales valvaires, très-rarement nuis et remplacés par un nombre égal d’étamines; 3 étamines insérées sous la marge d’un disque épigyne, ovaire infère, à 2 ou à un plus grand nombre de loges uni-ovulées. Plusieurs styles simples, divergents, quelquefois soudés en un seul; stigmates simples. Fruit bacciforme, couronné par le limbe du calice, offrant de 2 à 3 loges (quelquefois 10 à 12) monospermes ; semences anguleuses, inverses, contenant un embryon orlhotrope, à la base d’un endosperme charnu.
La famille des Araliacées comprend des arbres, des arbrisseaux et
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
quelques plantes vivaces, à suc aqueux. Les tiges et les rameaux sont cylindriques; souvent grimpants ; les feuilles sont alternes, simples, palmées ou pinnées, à pétioles dilatées à la base, privées de stipules. Cette famille offre de grands rapports avec celle des Ombellifôres donL elle diffère cependant par son inflorescence souvent imparfaitement ombellée, parla pluralité des styles et par son fruit charnu, très-souvent pluriloculaire.
Lierre commun.
Hedera hélix, L. Le lierre est un arbrisseau sarmenleux qui s'élève très-haut en s’attachant aux arbres ou aux murailles, à l’aide de petites griffes radiciforrnes dont ses tiges sont pourvues dans toute leur longueur. Ses feuilles sont alternes, pétiolées, persistantes, d’une consistance ferme, glabres, luisantes, d’un vert foncé; elles varient dans leur forme, celles des jeunes pieds ou des rameaux rampants et stériles des vieux troncs étant anguleuses et partagées en 3 ou 5 lobes; celles des rameaux florifères étant entières et à peu près ovales ou ovales-lancéolées. Les fleurs sont petites, verdâtres, disposées à l’extrémité des rameaux en plusieurs ombelles globuleuses ; elles sont composées d’un calice campanulé soudé avec l’ovaire, terminé par 5 petites dents; d’une corolle à 5 pétales élargis et se touchant par la base ; de 5 étamines et d’un ovaire turbiné, surmonté d’un style court et d’un stigmate simple. Le fruit est une baie globuleuse, d’un vert noirâtre, à 3, 4 ou 5 loges monospermes. Les fleurs paraissent à l’automne et les fruits mûrissent au printemps.
Les feuilles de lierre ont longtemps servi pour le pansement des cautères ; elles sont aujourd’hui généralement remplacées1 par un papier couvert d’un enduit résineux; on les emploie aussi en décoction contre la vermine de la tête. L’écorce fait partie de la tisane de Feltz, suivant la formule de Baumé.
Résine de lierre. Dans les pays chauds, les vieux troncs de lierre fournissent naturellement, ou à l’aide d’incisions, un suc résineux qui se durcit à l’air et qui était usité autrefois dans les fumigations, ou comme résolutif et emménagogue ; mais ce suc, tel que le commerce le présente, est loin d’être une substance toujours identique. Tantôt c’est de la résine privée de gomme, tantôt de la gomme pure, d’autres fois un mélange des deux; je lui conserve cependant le nom de résine, parce que c’est elle et non la gomme qu’il convient d’employer : quoique privée de gomme, ce n’est pas encore cependant de la résine pure.
1. On trouve dans la résine de lierre du commerce des morceaux qui paraissent d’un brun noir et opaques, parce qu’ils sont recouverts d’une croûte jouissant de ces caractères; mais, en les
ARALIACEES. — LIERRE COMMUN.
débarrassant de cetteenveloppe, ilsdeviennent transparents, d'une couleur orangée ou rouge, ont une cassure vitreuse, une saveur mucilagineuse, et sont privés d’odeur. Leur poudre, qui est presque blanche, traitée par l’eau, s’y gonfle considérablement sans s’y dissoudre. Quelquefois cependant la liqueur filtrée précipite par l’alcool, ce qui nous montre que ce produit du lierre n’est pas constant, et que, s’il n’est pas le plus souvent qu’une gomme insoluble, comme celle de Bassora, il contient d’autres fois une certaine quantité de gomme soluble comme la gomme du Sénégal.
2. On trouve d’autres morceaux qui sont d’un brun noirâtre, mêlé de taches rougeâtres dues à des portions fongueuses de l’écorce du lierre. Leur cassure est brillante et même vitreuse, sauf les mêmes taches rougeâtres qui se présentent à peu près uniformément dans toute la masse, et qui lui donnent son opacité ; car certaines parties, un peu plus pures,, sont transparentes sur les bords. Ces portions transparentes sont de la gomme semblable à celle n° i. La masse totale est inodore, donne une poudre brune, et brûle comme du bois lorsqu’on l’expose au feu.
Indépendamment des parties gommeuses dont je viens de parler, la substance n° 2 présente, surtout à l’aide de la loupe, dans des cavités de l’extérieur ou de l’intérieur, de petits globules rouges, transparents et brillants comme du rubis, qui sont de la résine; mais, abstraction faite de ces parties résineuses, le reste n’est, en général, formé que de débris d’écorce liés avec une matière gommeuse.
3. La troisième sorte de matière qu’on trouve dans la résine de lierre du commerce est en morceaux d’un brun noirâtre, comme salis extérieurement par une poussière jaunâtre. Elle offre quelquefois des débris d’écorces semblables à ceux de la sorte n° 2, mais le plus souvent elle en est dépourvue. Sa cassure est entièrement vitreuse, sa transparence parfaite à l’intérieur, sa couleur rouge de rubis foncé : elle a, même en morceaux, une odeur trèsforte de résine tacamaque, mêlée de celle de graisse rance, cè qui la rend désagréable. Sa saveur est analogue à son ddeur. Elle donne une poudre jaune très-odorante, bien différente de la poudre brune et inodore de la sorte n° 2. Cette substance, qui est celle décrite par De Meuve et Lemery, comme résine de lierre, doit jouir de propriétés médicales assez actives, et doit être seule employée.
Pelletier a publié une analyse de la résine de lierre, dont voici les résultats (1) :
(1) Pelletier, Bu'l. de pharm., t. IV, p. SOI.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Gomme 7
Résine 2-i
Acide malique, etc 0,3rt
Ligneux très-divisé C9,"ïO
Pelletier paraît avoir opéré sur la sorte n° 2 ; cependant cette sorte est en général plutôt gommeuse que résineuse.
La résine de lierre n° 3, traitée par l’alcool à 40 degrés bouillant, s’y dissout en partie, et donne une liqueur orangée rouge, qui, par son évaporation spontanée, laisse précipiter une matière grenue, moins colorée et moins soluble qu'auparavant.
Environ la moitié de la résine résiste à l’action de l’alcool, et reste sous la forme d’une poudre orangée encore odorante. L’eau n’en dissout rien du tout. La potasse caustique en dissout un peu de principe colorant jaune, que l’acide acétique peut en précipiter. La partie insoluble dans l’alcali devient brune. L’acide acétique n’en dissout rien. L’acide nitrique concentré ne l’altère pas à froid; bouilli dessus pendant longtemps, et en grand excès, il ne paraît pas l’altérer davantage ; car il se colore à peine. La matière orangée conserve toute sa couleur et son odeur; l’acide n’a qu’une légère teinte jaune; étendu d’eau et filtré, il n’a aucune saveur amère; l’ammoniaque le colore en jaune, sans en rien précipiter; le sulfate de chaux et le chlorure de calcium n’y apportent aucun changement : il ne s’est donc formé ni principe amer ni acide oxalique.
Cette action de l’acide nitrique nous montre que le corps que j’y ai soumis n’est ni une résine, ni une gomme, ni du ligneux. C’est un nouveau principe immédiat des végétaux, dont il conviendrait d’autant plus d’étudier les propriétés avec soin, que son inaltérabilité pourrait le rendre utile à la teinture, si l’on parvenait à le fixer sur les étoffes.
Aralie nudicaule, fausse salsepareille de Virginie, ArallCC
nudicaulis, L. La tige rampante de cette plante est employée dans l’Amérique du Nord comme succédanée de la salsepareille (I).
Racine de ginseng.
Ponax quinquefolium , L. {fig. 612). Cette plante croît dans la Chine et au Canada. Sa racine a été si estimée dans l’Asie orientale, qu’elle s’y est vendue longtemps trois fois son poids en argent, et qu’on cite, comme un acte de munificence royale, que les ambassadeurs siamois en aient apporté en présent à Louis XIV-
(1) Voyez tome II, p. 187
ARALIACÉES. — GINSENG.
Mais depuis que la plante a été trouvée en abondance dans l'Amérique septentrionale, on l’a rencontrée facilement dans le commerce, et on l’a même transportée en Chine, où le prix en est considérablement tombé,
térieur, et d’autres fois
jaune et cornée, suivant qu’elle contient plus de fécule ou plus de principes sucrés et extractifs. Elle a, lorsqu’on la respire en masse, une faible odeur d’angélique, accompagnée d’une âcreté qui se porte aux glandes salivaires. Sa saveur est à la fois amère, âcre et sucrée. Ces caractères indiquent que, si cette substance ne jouit pas de toutes les vertus qui lui ont été attribuées, elle ne doit pas au moins être dépourvue de toute propriété tonique et excitante.
La racine de ginseng a longtemps été confondue avec une autre racine presque semblable, mais moins estimée, qui vient dans la Corée, et est cultivée dans la Chine et au Japon. Cette racine est celle de ninsin ( Sium ninsi, L.), plante ombellifère qui paraît être une simple variété duchervi, Sium sisarum, L. Mais je ne pense pas avoir jamais vu cette racine dans le commerce. Les deux plantes sont faciles à distinguer : le ninsin poussant un amas de racines tuberculeuses, d’où s’élèvent plusieurs tiges géniculées et rameuses, munies de feuilles pinnées ou ternées, d’ombelles
par le bas en deux branches qui, ayant été comparées aux cuisses d’un homme, lui ont valu son nom et sa réputation d’être aphrodisiaque. Elle est jaunâtre à l’extérieur; tantôt blanche et farineuse à l’in-
et, comme une conséquence presque obligée, la grande estime qu’on en faisait.
La racine de ginseng est â peu près longue et grosse comme le petit doigt, quelquefois fusiforme ou cylindrique ; mais le plus souvent renflée à la partie supérieure, et marquée de ce côté de nombreuses impressions circulaires ; souvent aussi elle se partage
Fig. 612. — Ginseng.
pourvues d’involucres et de fruits formés de deux carpelles qui se séparent à maturité, comme ceux de toutes les cmbellifères; tandis que le Panax quinque folium pousse de sa racine une tige unique et nue, terminée supérieurement par trois ou quatre feuilles longuement pétiolées, composées chacune de 5 folioles courtement péliolulées. Les Heurs sont polygames, presque en tête, dépourvues d’involucres, et il leur succède un fruit charnu à 2 loges monospermes. Mais, ce qui fait surtout le caractère de la racine de ginseng, c’est qu’elle est surmontée d’un collet tortueux, où se trouve marquée obliquement et alternativement, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, l’empreinte de la tige unique que la plante pousse chaque année. J’ai trouvé une fois dans du polygala de Virginie une grande quantité de ces collets de ginseng qui, par leur forme et leur couleur, Ise confondaient assez bien avec la masse de la racine. Il convient donc d’y regarder. ^
-i FAMILLE DES OMBELLIFÈRES.
Celle nombreuse et importante famille est une des plus naturelles du règne végétal ; mais c’est aussi une de celles où les genres et les especes sont les plus difficiles à déterminer.
Elle comprend des végétaux herbacés ou rarement frutescents, à tige fistuleuse, et à feuilles alternes, engainantes par la base du pétiole, généralement divisées ou décomposées.
Les fleurs sont petites et disposées en ombelles; c’est-à-dire qu’elles sont portées sur des pédoncules qui partent d’un même point de la tige et qui s’élèvent sensiblement à la même hauteur, ou à la même distance du point de séparation. Quelquefois l’ombelle est simple , lorsque les pédoncules ne se divisent pas et ne portent qu’une fleur (exemple le genre Hydrocotyle) ; mais elle est presque toujours composée , ce qui a lieu lorsque chaque pédoncule partant de la tige se divise de lui-même en un certain nombre de pédicelles ombellés.
Très-souvent les ombelles générales ou les ombelles partielles, qui prennent le nom d ’ombellules, portent à leur base une ou plusieurs folioles ou bractées qui composent une collerette ou un involucre, lorsqu’elles sont situées à la base de l’ombelle générale; et un involucelle quand elles se trouvent au point de départ des ombellules. La présence oul’absence çles involucres et des involucelles, ainsi que le nombre plus ou moins grand de folioles dont ils se composent, est un des caractères qui servent à distinguer les genres.
Chaque fleur d’ombellifère est composée d’un calice adhérent avec l’ovaire, persistant et formant l’enveloppe .extérieure du fruit; d’une corolle*à 5 pétales distincts; de 5 étamines alternes avec les pétales; l’ovaire forme 2 loges contenant chacune 1 ovule renversé. 11 est surmonté de 2 styles, terminés chacun par 1 stigmate. Le fruit ^st un diakène, formé de deux demi-fruits ( méricnrpes , DC.) qui se séparent