OMBELLIFÈRES. — RACINE D’ACRE
grande ciguë, qui lui ressemble un peu par la forme et la saveur. Pour éviter cette méprise, qui a été quelquefois funeste, il faut n’arracher de terre, dans les prés ou dans les champs, que les panais munis de leurs feuilles; ou, mieux encore, il faut ne manger, dans les campagnes, que ceux qu’on a cultivés soi-même. [D’après M. Stickel, le panais sauvage produit sur la peau des personnes qui vont, les bras nus, ramasser des herbes dans les prairies où il abonde, des ampoules semblables à celles que donne la cantharide. Ce fait a été aussi observé dans le midi de la France, maisonlerapporteau Pastinaca urens , Requien, espèce voisine du Pastinaca saliva; et il est très-probable que les accidents observés par Stickel doivent être aussi attribués à cette plante.]
On vend sur les marchés, dans tout l’Orient, une racine de sekakul qui passe pour un aliment très-nourrissant et aphrodisiaque ; c’est une espèce de panais, nommée Pastinaca sekakul , Russel ( Pastinaca dissecta, Vent.). Notre panais lui-même passe pour être légèrement aphrodisiaque, et l’on recommandait autrefois de ne pas en donner aux personnes obligées de garder la chasteté. La racine de chervi (Sium sisarum, L.) et le ninsin du Japon ( Siumninsi , L.) jouissent de la même réputation; le céleri, variété cultivée de l'ache «les marais ( Apium graveolens , L.), la partage également, o
r Racine d'aclie. ~
On connaît en pharmacie deux plantes qui portent le nom d’ache : l’une est Vache des marais , ou Paludapium, ou ache proprement dite ; l’autre est Vache de montagne ou la livèche, toutes deux appartenant à la famille des Ombellifères. Pour éviter toute confusion à l’avenir, nous donnerons à la première plante seule le nom d 'ache, et à la seconde celui de livèche.
Ache des marais, Apium graveolens, L., tribu des Ammidées. Cette plante (fig. 613) se trouve dans toute l’Europe, sur le bord des ruisseaux et au milieu des marais. Sa tige est sillonnée, rameuse, liante de 2 pieds. Ses feuilles sont longuement pétiolées, une ou deux fois ailées, à segments cunéiformes-incisés, lisses et un peu luisantes. Ses fleurs sont d’un blanc légèrement verdâtre, disposées en ombelles axillaires ou terminales, presque sessiles et dépourvues d’involucres et d’involucelles ; les pétales sont arrondis et entiers. Le fruit est brunâtre, très-menu, globuleux, composé de deux méricarpes dont chacun est marqué de 3 côtes saillantes et blanches. Ce fruit a une odeur semblable à celle
(1) Archiv. der Pharmacie. CLXXX, 224 .
de la racine dont nous allons parler, et une saveur amère, âcre, très-aromatique.
La racine d’ache est grosse comme le pouce, grise au dehors, blanche en dedans, fusiforme, souvent divisée en plusieurs fortes radicules; elle jouit d’une odeur forte et suave qui a de l’analogie avec celle de l’angélique, et elle présente une saveur aromatique et amère à laquelle succède une assez grande âcreté. Cette racine est une des cinq racines apéritives, et, à ce titre, fait partie du sirop de ce nom. C’est elle qui lui communique son odeur agréa-
Fig. 6 1 3. — Ache des marais. Fig. 61t. — Racine de livèche.
ble, odeur qui résiste même à la cuisson ; mais il faut observer que, très-souvent, on lui substitue la racine de livèche, plante assez commune dans nos jardins, et qui est presque la seule dont on récolte la racine à Paris ; tandis que la racine tirée d’Allemagne, qui est celle que je viens de décrire, paraît être la vraie racine d’ache : c’est donc elle qu’il faut préférer.
D’après de Candolle, la racine d’ache récente serait vénéneuse, ou au moins très-suspecte. Il est vrai qu’elle présente une assez grande âcreté, mais je ne la crois pas dangereuse. Dans tous les cas, la dessiccation et la cuisson doivent lui enlever toute qualité nuisible.
Lasemenced’ache faisaitautrefois partie de plusieursélectuaires purgatifs et de la poudre chalybée. On ne la trouve plus dans le