‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 46 sur 176 · OMBELLIFÈRES. — RACINE D'ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

OMBELLIFÈRES. — RACINE D'ANGÉLIQUE

fois pinnées, à segments sous-cordés, lobés et finement dentés ; le lobe extrême est tripartite; le pétiole embrasse la tige en formant une coupe ou un sac ouvert ; les fleurs sont d’un blanc verdâtre, disposées en une grande ombelle hémisphérique munie d’un involucre fort petit, et d’involucelles partiels dont les folioles égalent les ombellules. Le fruit est blanchâtre, comprimé, elliptique, formé de deux méricarpes à 3 côtes dorsales élevées et rapprochées, et à 2 côtes latérales élargies en une membrane qui double le diamètre du fruit.

La semence est volumineuse, en forme de navette, convexe du côté externe, creusée en gouttière du côté interne ; elle est isolée du péricarpe et toute couverte de vaisseaux à suc résineux-balsamique, qui lui communiquent une odeur et une saveur très-fortes et très-agréables d’angélique.

La racine d’angélique nous est apportée sèche de la Bohême, des Alpes et des Pyrénées. Elle se compose du corps de la racine et de grosses fibres rassemblées en faisceau ( fig . 616). Elle est grise à l’extérieur et très-ridée, blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur forte très-agréable, d’une sa- Fig’616- Raciae d’angélique

veur amère, musquée, âcre et persistante. Il faut la choisir bien sèche, nouvelle, non vermoulue, et la conserver dans un endroit sec, avec l’attention de la cribler souvent; car elle attire l’humidité et se laisse très-facilement attaquer par les insectes. Peut-être les pharmaciens devraient-ils, en raison de la vétusté ordinaire de la racine d’angélique du commerce, faire sécher eux-mêmes, après la chute des feuilles et à la fin de la première année, celle de la plante cultivée dans nos jardins : je m’en suis procuré de cette manière qui est fort supérieure pour la force et la suavité de son odeur à celle du commerce.

L’eau dans laquelle on fait infuser la racine d’angélique prend une couleur jaune, le goût et l’odeur de la racine, mais dans un faible degré. L’alcool se charge de principes plus actifs, et l’éther en dissout aussi quelques-uns. 1000 grammes de cette racine donnent ordinairement 8 gram. d’huile volatile, 200 à 250 gram. d’extrait alcoolique résineux et balsamique, ou bien 300 à 373 gram. d’extrait aqueux, d’une odeur faible.

D’après MM. Mayer et Zeuner, la racine d’angélique contient

212 DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

trois acides volatils, dont un, l’acide valérianique, y aurait été difficilement soupçonné. Peut-être est-il le résultat d’une transformation subie par quelque autre principe volatil.

Pour obtenir ces acides, on fait bouillir la racine avec de l’eau tenant en suspension de l’hydrate de chaux. La liqueur brune qui en résulte est concentrée, additionnée d’acide sulfurique en excès et distillée. Le produit distillé consiste dans une eau trouble acide, mélangée d’essence acide. On sature le tout par la potasse, on concentre fortement la liqueur, on l’acidifie de nouveau par l’acide sulfurique et on distille. On obtient ainsi un liquide très-acide, trouble, surnagé d’acide valérianique huileux et tenant en dissolution une portion de ce même acide mélangé d’acide acétique et du troisième acide, qui a reçu le nom ri 'acide cingélicique. On obtient celui-ci cristallisé par le refroidissement de la liqueur. Il est blanc, fusible à 45 degrés, volatil à 190 et distillant sans altération. 11 a paru composé de C10H8O4.

La racine d’angélique entre dans la composition des alcoolats thériacal et de mélisse composé, et dans celle du baume du commandeur. Les feuilles récentes font partie de l’eau vulnéraire, simple et spiritueuse. Les confiseurs forment un condiment trèsagréable et stomachique avec les tiges. Les fruits, qui étaient aussi employés autrefois, ne le sont plus aujourd’hui.

On trouve chez les herboristes, indépendamment de la racine d'angélique de Bohême, dont je viens de parler, une autre racine plus grosse, plus blanche, à radicules moins nombreuses, et d'une odeur presque nulle. Beaucoup de personnes ont pris celte dernière racine pour celle de VAngelica syloestris de Linné; mais c’est la racine de l’ Archangelicci, cultivée dans les jardins et récoltée à la fin de la seconde année, lorsque la plante a fructifié et est parvenue au terme de son existence; tandis que celle que l’on | peut récoller à la fin de la première année, après la chute des feuilles, est au moins aussi aromatique que celle qui nous arrive de la Bohême et des autres lieux susnommés.

Racine de sambola OU sanibula.

Racine pouvant avoir, dans son entier, la forme et le volume d’une betterave, mais souvent surmontée de plusieurs bourgeons distincts, et partagée par le bas en plusieurs grosses radicules. Telle que le commerce me l’a présentée, il y a une dizaine d’années, elle était coupée en tronçons dont le plus considérable a 11 centimètres de diamètre et 4 centimètres d’épaisseur. Ces tronçons sont couverts à la circonférence d’un épiderme gris, papvracé, et sont marqués de stries circulaires très-nombreuses.

0MBELL1FÈRES. — RACINE D’IMPÉRATOIRE.

La partie supérieure de la racine, qui se rétrécit en un ou plusieurs collets, présente des poils rudes et courts, disposés par rangs circulaires, devant provenir de la destruction d’écailles qui entouraient les bourgeons radicaux. A l’intérieur, la racine est d’un blanc farineux ; elle contient en elfet beaucoup d’amidon et elle devient en peu de temps la proie des insectes. Les surfaces des morceaux coupés depuis longtemps est comme salie par une matière adipo-résineuse jaunâtre, exsudée à l’intérieur. Enfin cette racine est remarquable par une forte odeur de musc, qui fait supposer qu’elle doit être produite par une plante ornbellifère voisine des angéliques. Elle a été apportée de Russie, mais elle vient de l’intérieur de l’Asie.

Raciue «l'angélique du Brésil.

J’ai reçu sous ce nom, de M. Théodore Martius, une racine ligneuse, pivotante, épaisse de 5 à 6 centimètres, longue de 11, et divisée à sa partie inférieure en plusieurs rameaux, les uns perpendiculaires, les autres horizontaux. Cette racine est composée d’un bois dur et compacte, d’un gris jaunâtre, lequel est recouvert d’une écorce mince, d’un gris brunâtre, crevassée par place dans sa longueur. Cette racine offre une odeur et une saveur franches de fenouil, plus fortes et accompagnées d’amertume dans l’écorce. Un botaniste distingué paraît avoir attribué cette racine à une rutacée; mais il semble qu’elle soit plutôt due à une arabe, dont une espèce ligneuse, Y Aralia spinosa, L., porte dans l’Amérique septentrionale le nom d ’Angelica tree. , )

Racine d'impératoire.

0 lrnperatoria ostruthium , L., Peucedanum ostruth ium , Koch; tribu des Peucédanées (fig. 617).

L’impératoire croît sur les Alpes de la Suisse et de la Savoie. Sa racine, qui est dirigée obliquement près de la surface du sol, donne naissance à une lige haute de 65 centimètres, garnie de feuilles longuement pétiolées, à gaine ample, terminées paîtrais larges folioles pinnatisectées, ou palmati-lobées, ù segments ovales-oblongs et dentés. Ces feuilles donnent à l’impératoire une assez grande ressemblance avec l’angélique; mais son ombelle plane la rend très-facile à distinguer. L’involucre est nul; les involucelles sont composées d’un petit nombre de folioles; le limbe du calice est peu apparent; les pétales sont blancs, terminés par une dent recourbée en dedans et échancrce. Les fruits sont comprimés par le dos, formés de 2 méricarpcs pourvus de 3 côtes dorsales filiformes et de 2 marges très-élargies. Les vallé-

“214 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

cules sont à un seul vaisseau résineux ; les commissures en offrent deux.

La racine d’impératoirc sèche est grosse comme le doigt, un

peu aplatie, brune, trèsrugueuse à l’extérieur et comme marquée d’anneaux. Elle a une texture fibreuse et une couleur jaune verdâtre à l’intérieur. Elle possède une odeur analogue à celle de l’angélique, mais moins agréable et plus forte, et une saveur trèsâcre et aromatique. Toutes ces propriétés disparaissent avec le temps, et il n’est pas rare de trouver dans le commerce la racine d’impératoire vermoulue, noi- i râtre à l’intérieur, tom- r bant en poussière lorsqu’on la casse, et d’une i odeur faible. Il faut :i donc la. choisir récente I et telle que je l’ai décrite d’abord. Elle entre dans l’eau impé- ) riale, l’eau thériacale, l’esprit carminatif de Sylvie s. Elle donne de l’huile volatile à la distillation.

L’impératoire porte en Savoie, dans les montagnes, le nom i d 'otours, soit que ce nom provienne de l’altération du nom latin i ostruthiuni, soit que le nom botanique ait été formé sur le nom i vulgaire.

Racine (le tnéuin.

Meum athamanticum, J acq.; Æthusa Meum , L., tribu des Sésélinées.

Cette plante croît dans les Alpes, les Pyrénées et autres montagnes du midi de l’Europe. Sa racine est vivace, allongée, ■: entourée à son collet de fibres nombreuses qui sont les débris des I anciens pétioles ; sa tige est droite, un peu rameuse, haute de 35 à 50 centimètres; les feuilles sont deux à trois fois ailées, portées sur des pétioles dilatés et ventrus, et composées de folioles I

OMBELLIFÈRES. — RACINE DE CHARDON-ROLAND. 21 o

très-nombreuses, glabres, courtes et capillaires; les fleurs sont blanches, très-petites ; les fruits portent sur chaque méricarpe 5 côtes saillantes et aiguës, dont les 2 marginales sont un peu dilatées; la coupe de chaque semence est demi-circulaire.

La racine de méum, telle que le commerce la présente, est grosse comme le petit doigt, longue de 1 1 centimètres, grise au dehors, blanchâtre en dedans, d’un tissu lâche, d’une saveur et d’une odeur de racine de livèche, mais plus faibles : sa saveur est mêlée d’un peu d’amertume. On la reconnaît surlout à son collet, entouré d’un grand nombre de poils rudes et dressés, de même que dans la racine de chardon-roland. On pourrait donc quelquefois la confondre avec cette dernière; mais la racine de chardon-roland est en général beaucoup plus grosse, plus longue, et, de plus, est d’une odeur désagréable. La racine de méum est très-peu usitée maintenant.

R acine de chardon-roland OU de panicaut.

Eryngium ccanpestre , L., tribu des Saniculées. Car. gén. : tube du calice couvert de squamules et de vésicules, à 5 lobes foliacés. Pétales dressés, connivents, écbancrés et recourbés en une pointe de la longueur du pétale. Fruit ové, couvert d’éeailles épineuses, privé de côtes et de vaisseaux résineux, formé de 2 méricarpes soudés dans toute leur longueur avec le carpophore. Herbes épineuses dont les fleurs sessiles sont réunies en capitules et entourées de bractées inférieures -en formcd’involucre, d’autres bractées plus petites et squamiformes se trouvant mélangées aux fleurs.

Car. spéc. : feuilles radicales amplexicaules, multifides, pinnées-lancéolées; feuilles de la tige auriculées; involucres linéaires-lancéolés surpassant les capitules arrondis ; paillettes subulées.

Cette plante (fig. 618) est remarquable en ce que, appartenant aux Ombellifères, elle a neanmoins, par ses feuilles et ses involucrcs épineux, tout le port d’un chardon. Elle croît dans les

216 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

champs et le long des chemins. Sa tige se divise en un grand nombre de rameaux qui se terminent par des capitules placés à une égale distance du centre, ce qui donne à la plante une forme arrondie. Sa racine est grosse comme le doigt ou comme le pouce, blanche, succulente et fort longue. Lorsqu’elle est sèche, elle est grise ù l’extérieur, et marquée, comme par anneaux, de fortes aspérités. Elle est blanche ou jaunâtre à l’intérieur, d’un tissu spongieux, d'une saveur douceâtre miellée, ayant quelque analogie avec celle de la carotte, d’une odeur assez marquée et qui n’est pas agréable.

Cette racine présente très-souvent, à sa partie supérieure, un amas de poils en forme de pinceau, qui est dû au débris des feuilles de l’année qui a précédé sa récolte. On observe ces fibres surtout au printemps, avant que la plante ait poussé de nouvelles feuilles: ce sont elles qui lui ont valu le nom d 'Eryngium, barbede-chèvre. Quant au nom français de chardon-roland , il paraît résulter de la corruption de l’ancien nom chardon-roulant , parce que la plante ressemble à un chardon et que, lorsqu’elle se dessèche sur terre vers l’automne, elle est emportée parles vents et roule au loin au travers des champs, en raison de sa forme arrondie.

La racine de chardon-roland est diurétique.

Autre espèce usitée : E ryngiummaritimwn, ou panicaut de mer.

Cettcplante se distingue de la précédente par ses rameaux courbés; par ses feuilles radicales longuement pétiolées et à limbe entier, arrondi-cordiforme, denté-épineux; par ses paillettes à trois pointes. Elle croît sur les bords de la mer. O

-j Racine de Thapsia.

[Thapsia garganica , L. Plante haute d’un pied et plus, dont les racines, épaisses, allongées, portent une tige légèrement striée, garnie de feuilles deux ou trois fois ailées, à folioles entières, ovales ou ovales-lancéolées, glabres, luisantes; à pétioles s’élargissant à la base en une ample gaine membraneuse, qui subsiste toute seule à la partie supérieure. Les ombelles et les ombellules sont nues à leur base : elles portent à la maturité des carpelles comprimés, glabres, striés, bordés d’une aile membraneuse très-large écbancrée aux deux extrémités.

La racine de cette espèce contient un suc laiteux et caustique. Elle est depuis longtemps regardée comme une véritable panacée par les Arabes, qui lui ont donné le nom de Bou-ncfa , père de l’utile. M. Reboulleau, médecin des hôpitaux de Constantine, a eu le premier l’idée d’utiliser les propriétés epispastiques de cette racine, et il en a extrait une résine solide, brune, transpa-

OMBELLIFÈRES. — HYDROCOTYLE.

rente, cassante; qui, unie à une petite quantité de l’huile volatile de la plante, devient molle, ductile et adhésive. C’est cette résine, qui sert à préparer l’emplâtre ou sparadrap révulsif de Thapsia (1).

Telle que nous l’avons vue à l’Exposition de l’Algérie, la racine sèche de Thapsia, est en rondelles plus grosses que le doigt, gris brunâtre à l’extérieur, marquée de stries annulaires. A l’intérieur elle est blanchâtre, compacte et présente : une partie corticale, dont l’épaisseur égale environ la moitié du rayon, et est formée de couches régulièrement concentriques ; et une partie centrale légèrement marquée vers la circonférence de fines stries radiées sa saveur est légèrement caustique.] 1

S ai» ici**.

Sanicula europœa, L. ; même tribu que la précédente. Car. yen. : ombelle rameuse irrégulière ; ombellules hémisphériques à Heurs presque sessiles, dont celles du centre avortent souvent par oblitération du pistil. Calice des fleurs fertiles couvert d’aiguillons crochus; celui des fleurs mâles, lisse. Pétales dressés, connivcnts, échancrés par le haut et recourbés en une longue pointe intérieure; fruit globuleux non spontanément séparable. Méricarpes privés de côtes et couverts d’aiguillons crochus ; carpophore indistinct.

La sanicle pousse de sa racine des feuilles longuement pétioîées, dures, vertes, luisantes, palmées, à 3 ou 5 lobes profonds, dentés; incisés ou trifides ; sa tige s’élève à la hauteur de 33 centimètres environ; toutes ses fleurssont sous-sessiles et polygames; elle croît dans les lieux ombragés; elle n’est pas aromatique et est seulement amère et astringente, o

l Hydrocotyle d’Asie.

[Hydrocotyle asiatica. Plante herbacée, à feuilles orbiculairesréniformes, crénelées sur le bord ; à ombelles simples, brièvement pédonculées, portant 3 à 4 fleurs. Elle croît dans les endroits humides d’un grand nombre de régions tropicales.

Cette espèce a été préconisée contre les maladies de la peau. La matière qui paraît en être le principe actif est la vel larme. C’est une huile épaisse, jaune pâle, ayant une saveur amère, piquante et persistante, et une odeur très-marquée d’hydrocotyle.

(1) Voir pour les détails : Reboulleau, Notice sur la racine de Thapsia garganica et son emploi comme révulsif, et l’analyse de cette notice par M. Bertherand ( Gazette médicale d' Algérie, année 1857, p. 1 4 . n. I .)

218 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

La plante en contient 0,07 pour 1000, on y trouve aussi deux résines, l’une verte, dans la proportion de 0,085 pour 1000, l’autre brune (0,30 pour 1000) (I).]

Cerfeuil cultivé.

Anthriscus cerefolium , Iioffm.; Chærophyllum sativum, Lam.; Scandix cerefolium , L. , tribu des Scandicinées. Le cerfeuil est une plante potagère odorante, à tige rameuse, glabre, haute de 50 à 00 centimètres; ses feuilles sont molles, deux ou trois fois ailées, à folioles un peu élargies et incisées ; les fleurs sont blanches, petites, disposées en ombelles latérales, presque sessiles, à 4 ou 5 rayons pubescents ; l’involucre est nul; les involucelles sont formés de 2 à 3 folioles tournées d’un même côté; les pétales sont inégaux, obovés, terminés par une languette repliée en dedans; les fruits sont allongés, comprimés latéralement, presque cylindriques, noirs, lisses, terminés par un rostre court, marqué de 5 côtes.

Le cerfeuil croît naturellement dans le midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins potagers. On l’emploie comme assaisonnement dans les cuisines, h cause de son odeur agréable et de sa saveur parfumée, dépourvue de toute amertume ou âcreté.

Cerfeuil sauvage, Anthriscus sylvestris, Hoffm. ; chærophyllum sylvestre , L. Plante à tige fistuleuse, rameuse, striée, velue dans sa partie inférieure, un peu renflée à chaque nœud, haute de G0 à ICO centimètres; feuilles grandes, deux ou trois fois ailées, glabres ou un peu velues; fleurs blanches disposées en ombelles à 8-12 rayons; fruits lisses, luisants, d’un brun noirâtre à maturité. Cette espèce croît dans les prés et dans les haies : elle a une odeur forte, désagréable et une saveur âcre un peu amère; on la dit malfaisante ; cependant les ânes l’aiment beaucoup, ce qui la fait nommer persil d'âne; on peut se servir de ses tiges pour teindre la laine en vert.

Cerfeuil odorant OU cerfeuil musqué, Myrrhis odorüttt, Scop.; Chærophyllum odoratum, Lam. Tige fistuleuse, cannelée, un peu velue, haute de 60 à 100 centimètres; feuilles larges, trois fois ailées, légèrement velues, à folioles ovales-aiguës, incisées et dentées. Fleurs blanches avortantau centre des ombelles, à involucres nuis, à involucelles polyphylles; fruit comprimé latéralement, long de 9 à 14 millimètres, profondément cannelé. Toute la plante

(]) Voir J. Lépine, Mémoire sur VEydrocotyle asiatica, et Journal de Pharmacie et de Chimie (3e série, XXVIII. pag. 40. J

0MBELL1FERES.

CIGL'E.

a une odeur d’anis. C’est un bon fourrage pour les animaux. On l’emploie aussi comme assaisonnement.

Cerfeuil peigue-de- Vénus, ScüïldlX pcctGïl , L. Cette plante, commune dans les champs, se reconnaît à ses fruits terminés par un rostre très-long et aigu qui les fait ressembler à des dents de peigne, a

Ciguë oflicinale.

Conium maculuium,L.; Cicuta major, Lam., tribu des Smyrnées. Cette plante {ficj. 619) s’élève à la hauteur de 100 à 130 centimètres; sa tige est cylindrique, fistuleuse, lisse, souvent marquée de taches brunes, rameuse supérieurement ; ses feuilles sont grandes, tripinnées , à folioles pinnatifides , pointues, d’un vert noirâtre, un peu luisantes en dessus et douces au toucher. Les fleurs sont blanches et disposées en ombelles très-ouvertes, pourvues d’un involucre polyphylle réfléchi, et d’involucelles à 3 folioles placées du côté extérieur de l’ombelle. Le calice est presque entier; les pétales sont obcordés, un peu échancrés supérieurement, avec une pointe courte recourbée en dedans.

Le fruit est ovale, globuleux, comprimé latéralement, formé de 2 méricarpes à 3 côtes égales, crénelées ou tuberculeuses. Les vallécules sont striées longitudinalement, mais privées de vaisseaux résineux.

La ciguë est pourvue d’une odeur nauséeuse désagréable. Elle est narcotique, vénéneuse et célèbre par la mort de Socrate et de Phocion qui, condamnés à boire du suc de ciguë, périrent ainsi victimes de l’envie de leurs concitoyens (1).

La ciguë est néanmoins très-usitée en médecine. On l’emploie souvent dans les engorgements des viscères abdominaux, et dans les affections squirrheuses et cancéreuses. On l’administre alors en poudre, en teinture ou en extrait.

Fig. 619. — Ciguë officinale.

(1) On présume que le breuvage destiné à faire périr les condamnés, à Athènes, contenait, indépendamment du suc de ciguë, de l’opium, dont les propriétés s’accordent mieux avec les symptômes de la mort de Socrate, telle qu’elle est rapportée par les historiens.

DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

La ciguë est très-aqueuse et demande à être séchée promptement à l’étuve, si l’on veut conserver à ses feuilles leur belle couleur verte. Lorsqu’on la pile récente, elle donne un suc d’un beau vert, qui, filtré, laisse sur le filtre un parenchyme vert trèsabondant en chlorophylle. Le suc filtré, étant soumis à l’action du feu, laisse coaguler de l'albumine et retient tous les sels de la ciguë, qui sont en assez grand nombre, la gomme, le principe colorant, et enfin le principe vénéneux, ou la cicutine, à l’état de combinaison avec un des acides de la plante. [Cet alcaloïde se trouve aussi dans les fruits, et paraît même se conserver mieux que dans les feuilles et la lige (1).]

Pour obtenir la cicutine, M. Geiger a distillé de la ciguë fraîche avec de la potasse caustique et de l’eau; le produit distillé a été neutralisé par l’acide sulfurique, évaporé en consistance sirupeuse, et traité par l’alcool absolu, qui précipite le sulfate d’ammoniaque et dissout celui de cicutine. On distille l’alcool, on mêle le résidu avec un soluté concentré de potasse caustique et on distille dans une cornue. La cicutine passe avec de l’eau, dont on la sépare par décantation. Elle est sous forme d’une huile jau* nâlre, dont l’odeur forte rappelle celle de la ciguë et du tabac; elle est soluble dans l’eau, neutralise les acides, et exerce sur les animaux une action très-vénéneuse. De même que la nicotine et les autres alcalis organiques obtenus par la distillation, avec l’intermède des alcalis minéraux, elle ne contient pas d’oxygène; sa composition est représentée par la formule C16H16Az. [M. Vertheim a donné le nom de conhydrine, à un alcaloïde cristallisable en lames nacrées et irisées , volatil à une haute température, avec l’odeur de la cicutine (2). Il l’a retiré des fleurs du Conium maculatum. Ses propriétés toxiques sont analogues à celles de la cicutine , mais plus faibles. Les rhizomes de la plante contiennent aussi des principes différents, mais qui paraissent inertes et sans utilité pour la thérapeutique : ce sont la rhizoconine, la rhizoconcine , la conomarine, découverts et étudiés par M. Harley (3).]

Fécule «l’arracaciia. On trouve dans les environs de Santa-Fé de Bogota, et on y cultive une plante nommée arrucacha ( Arraca cha esculenta , DG. ; Conium arracacha , Hook.), très-voisine de la ciguë officinale, mais à fruits non tuberculeux et à racine tubéreuse, féculente et alimentaire. La fécule en a été importée en Europe. ,

(1) Devay et Guillermond, Recherches sur la conicine, d’après le Journal (le Pharm. et de Chimie, 3e série XXI, pag. 351 et XXII, fig. 15U.

(2) Ann. der C hernie and Pharm. 1857.

(3) Harley, Pharmac. Journal, 2e série IX, 53.

OMBELLIFÈRES. — PETiTE CIGUË.

Ciguë Tireuse OU ciculaire aquatique.

Cicuta virosa , L.; Cicutaria aquatica , Lam., tribu des Ammidées. Cette plante (fig. 620) croît sur le bord des étangs et dans les eaux , stagnantes. Elle présente souvent une souche ou tubérosité radicale ovoïde, celluleuse et cloisonnée dans son intérieur, de laquelle s’élève une tige haute de 40 àGOccntimètres, cylindrique, fisluleuse

Fig. 620. — Ciguë vireuse.

et rameuse; ses feuilles sont deux ou trois fois ailées, à folioles ternées, étroites-lancéolées, dentées en scie. Les fleurs sont blanches, disposées en ombelles privées d’involucre et pourvues d’involucelles polyphylles. Le calice est à 5 dents foliacées; pétales obeordés avec une pointe recourbée en dedans; fruit arrondi, contracté latéralement, didyme; méricarpes à 5 côtes égales, un peu aplaties; vallécules remplies par un seul vaisseau; carpophore bipartite; section de la semence circulaire.

La ciguë vireuse présente une odeur désagréable et est remplie d’un suc jaunâtre qui est un poison pour l’homme et les animaux; elle a été employée dans quelques pays aux mêmes usages que la ciguë officinale.

Y) Petite ciguë.

Ache des chiens, faux persil OU ciguë des jardins, ÆthllSd Cl)-

napium , L., tribu des Ammidées. La petite ciguë (fig. 621) s’élève ù la hauteur de 5 centimètres ; sa tige est rameuse, glabre, canne-

222 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

lée, rougeâtre par le bas; ses feuilles sont d’un vert foncé, deux ou trois fois ailées, à folioles pointues et pinnatifïdes. Les

ombelles sont planes, trèsgarnies, dépourvues d’involucre , et munies d’involucelles à 3 folioles situées du ' côté extérieur et pendantes.

Le calice est presque entier; les pétales sont blancs, inégaux, obovés, échancrés par le haut et terminés par une languette recourbée en dedans; le fruit est globuleuxovoïde, composé de 2 méricarpes à 5 côtes épaisses, dont les 2 marginales sont un peu plus développées :

les vallécules sont à un seul vaisseau et les commissures en présentent deux.

Cette plante est très-pernicieuse, et la ressemblance de ses feuilles avec celles du persil, au milieu duquel elle croît souvent, a plus d’une fois donné lieu à de funestes accidents. On peut la reconnaître, cependant, à sa tige ordinairement violette ou rougeâtre à la base, à ses feuilles d’un vert plus foncé et exhalant une odeur désagréable lorsqu’on les froisse entre ses doigts, tandis que celles du persil ont une odeur aromatique et agréable; enfin à ses involucelles unilatérales et pendantes. Elle doit ses propriétés à un alcaloïde particulier qu’on a appelé cynapine.

Persil.

Petroselinum sativum, Hoffm.; Apium petroselinum , L., tribu des Àmmidées ( fig . 622). On cultive le persil dans les jardins potagers; il peut s’y élever à la hauteur de 100 à 130 centimètres. Ses feuilles sont décomposées, à folioles fermes, luisantes, cunéiformes et incisées. Les fleurs sont blanchâtres, disposées en ombelles pédonculées, pourvues d’un involucre oligophylle et d’involucelles polyphylles et filiformes. La racine est simple, grosse comme le doigt, blanche, aromatique. Cette racine, récemment séchée, est légère, d’un gris jaunâtre, ridée à l’extérieur, pourvue d’un meditullium jaune, non ligneux ; elle offre une odeur faible, mais agréable, et une saveur de carotte légèrement âcre. Comme elle ne tarde pas à perdre ces propriétés, en môme

Fig. 621. — Ache des chiens.

OMBELLIFERES. — AMMI.

temps qu’elle devient la proie des insectes, il convient de la choisir récente. C’est une des cinq racines dites upéritives. Les feuilles sont résolutives étant appliquées à l’extérieur; leur plus grand usage est dans l’art culinaire.

Le fruit du persil est aussi employé en pharmacie : il entre dans la composition du sirop d’armoise. Il est, comme celui de toutes les ombellifères, composé de deux carpelles accolés et striés; il est verdâtre, assez court par la partie inférieure, atténué au contraire du côté qui est couronné par le style; il ressemble h celui de l’anis, mais il est plus petit, plus allongé, non pubescent, d’une couleur plus foncée, et marqué sur chaque carpelle de 5 côtes saillantes blanches : il a , lorsqu’on le froisse dans les doigts, l’odeur de la térébenthine. [MM. Joret et Homolle enontretiré, entre autres principes, une huile essentielle ayant l’odeur de la plante, une matière grasse solide à la température ordinaire, mais fusible à 23° {beurre de persil), et V apiol, qui en est le principe actif. Ce dernier est un liquide jaunâtre, oléagineux, non volatil, d’une odeur forte et tenace, d’une saveur âcre et piquante. On a préconisé cet apiol contre les fièvres intermittentes, les névralgies; c’est en outre un excellent emménagogue (1).] 1

Fig. 622. — Persil.

4 Ammi officinal.

On a employé de tous temps, sous le nom d 'ammi officinal , un fruit d’ombellifère remarquable par sa petitesse, âcre et aromatique, dont l’origine n’est pas exactement déterminée, par la raison que trois plantes du môme genre paraissent pouvoir le produire, et qu’il est difficile de décider à laquelle des trois il convient d’attribuer le fruit du commerce. La première de ces

(I) Voir sur ce sujet : Joret et Homolle, Mémoire sur V Apiol. Paris, 1855, et le rapport de M. Dubail, sur ce mémoire {Journal de Pharmacie et de Chimie, 3e série. Tom. XXVIII, pag. 212.)

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

plantes, figurée par Lobel sous le nom d ’Ammi creticum aroma'icum (I), Ammi semine apii de G. Bauhin, Ammi Matthioli de Dalechamp, est le Ptychotis verticillata , DC.; elle croît en Afrique et dans tout le midi de l’Europe. La deuxième, décrite et figurée par J. Bauhin sous le nom d ’ Ammi odore origani (2), paraît être le Ptychotis coptica, DG. ; enfin la dernière, qui est regardée par tous les auteurs comme la véritable plante à l’ammi officinal, est Y Ammi perpusillum (3); ammi fort petit de Dalechamp (4); Ammi parvum foliis fœniculi (5) ; Sisonarnmi , L.; Ptychotis fœniculifolia, DC. Cette plante paraît haute de 30 centimètres; ses feuilles sont très-divisées et semblables à celles de l’aneth ou du fenouil ; ses fleurs sont blanches, remarquables par leurs pétales, dont la lanière interne, au lieu de partir du sommet du limbe, naît du milieu d’un pli transversal. Son fruit, en supposant que ce soit clic qui produise l’ammi du commerce, ressemble beaucoup à celui du persil ; comme lui il est ové, non pubescent et marqué sur chaque carpelle de 3 côtes saillantes blanches ; mais il est beaucoup plus petit, d’un gris plus pâle et jaunâtre; ses carpelles isolés sont moins courbés; il offre une faible odeur d’ache qui ne devient pas térébinthacée par la friction entre les doigts; il a une saveur amère, aromatique, un peu mordicante. Lorsqu’on le coupe transversalement, il offre une amande épaisse dont la coupe représente les 3/4 d’un cercle, entouré de 5 points blancs qui sont les 3 côtes saillantes du fruit; et entre ceux-ci on aperçoit 5 autres points noirs, appartenant à 3 canaux oléifères. [Sous le nom d’ammi de l’Inde, ou d’ajowan, il faut citer encore le Ptychotis ajoiüan, dont l’essence se vend beaucoup dans les bazars des Indes orientales et principalement des villes du Décan ]

Une autre espèce d’ammi inodore et non usitée est produite par Y Ammi majus, L., plante ombellifère également, mais d’un genre dictèrent, qui croît en France dans les champs. Ce fruit est à peu près gros comme le premier, mais cylindrique ou devenu carré par la dessiccation. Il est couronné par un stylopode trèsdéveloppé, et par 2 styles divergents qui le font ressembler à un petit coléoptère. Il a une saveur amère, âcre, très-faiblement aromatique.

On employait autrefois en médecine, comme digestifs et carminatifs, les fruits d’ amome vulgaire (tsiSOll ttmomum , L.). 1 1 S se présentent sous la forme de méricarpes isolés, glabres, de la

(I ) Lobel, Observ., p. 414.

(2) Bauhin, Hist. plant., t. III, lib. XXVII, p. 25.

(3) Lobel, Observ., p. 414.

(4) Dalecliamps, p. 596, fig. 1.

(5) G. Bauhin in Mattli., p. 558, fig. 2.

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