‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 6 sur 176 · DICOTYLÉDONES CAL1C1FL0RES · texte numérisé non relu

DICOTYLÉDONES CAL1C1FL0RES

grelte formée de lamellesplumeuses, unisériées, sondées inférieurement par 3 ou 4.

La carline officinale, Carlina subacaulis, DC., paraît avoir été connue des anciens sous les noms d ’ixinè ou de helxine. Elle a pris son nom moderne de celui de Charlemagne, sous le règne duquel on dit qu’elle fut employée avec succès contre la peste. On en connaît deux espèces que les botanistes considèrent comme deux variétés de la même plante. La première est le Carlina subacaulis acaulis, DC., le Carlina acaulos magno flore albo de G. Bauhin, le Chamæleon albus deClusius, la carline ouïe chamœleon blanc de Lemery. Cetle plante {fi g. 553) pousse de sa racine desfeuil-

Fig. 5S3. — Carline officinale.

les grandes, longues, larges, profondément découpées, garnies de pointes rudes etpiquantes, comme celles des artichauts. Ces feuiles sont étendues à terre, et il sort du milieu d’elles, sans aucune apparence de tige, un capitule fort large, orbiculaire, entouré d un double involucre épineux, dont l’intérieur est formé de squammes simples, linéaires, rayonnantes, blanches ou purpurines, qui donnent au capitule l’apparence d’une grande fleur raiee. La racine de cette plante est droite, pivotante, longue de 60 centimètres grosse comme le pouce, de couleur obscure au dehors, blanche en dedans, d’une odeur forte et aromatique, d un goût Acre, aromatique, non désagréable. Au dire de Geofr°y, la surface en est ordinairement comme rongée et percée. Cette

SYNANTIIEREES.

CYNAREES.

variété est fort rare, et ne fournit probablement pas la racine de carline du commerce.

L’autre est beaucoup plus commune. C’est le Curlina subacaulis caulescens, DC., le Carlina elatior ou Chamœleon al/ms vulgaris de Clusius; la carline ou le chamœleon noir de Lernery. Elle diffère de la première en ce que son capitule est moins volumineux, et porté seul à l’extrémité d’une tige qui s’élève, d’entre les feuilles, à la hauteur de 30 centimètres environ. Sa racine est ordinairement ü demi ouverte, dit Lernery, et ce caractère doit être remarqué, car on le retrouve dans plusieurs racines dp la même famille, et c’est lui qui m’a servi pour trouver la véritable origine de la racine de costus.

La racine de carline, telle que le commerce la fournit, est longue de 13 à 16 centimètres, grosse comme le petit doigt, d’une couleur grise, toujours ouverte longitudinalement, ou comme rongée d’un côté, d’une odeur et d’une saveur mixtes d’année et de bardane, que quelques personnes comparent à celles du champignon comestible.

On vient de voir que la carline acaule a été nommée par Clusius et Lernery chamœléon blanc , et la carline à tige, par Lernery, chamœléon noir. Cette synonymie, admise par beaucoup d’auteurs, était fondée sur ce que ces auteurs croyaient que leurs racines étaient celles que les anciens nommaient chamœléons ; mais c’est une erreur qui a été reconnue par Pierre Bélon. Ce botaniste a trouvé, en effet, dans l’île de Crète, le vrai chamæiî-on blanc des anciens. [Il a été récemment étudié par M. Lefranc, pharmacien militaire, (pii a mis en évidence les propriétés toxiques narcotico-âcres de cette racine ; ces propriétés, connues des anciens, mais oubliées ou passées sous silence par les auteurs modernes, ont causé plusieurs empoisonnements elles méritent donc d’être signalées. M. Lefranc a extrait de cette racine une substance très-intéressante : un sel de potasse à acide copulé tribasique, du genre des acides viniques et du groupe des saccharides, auquel il donne le nom d’acide atractylique. En outre, on trouve dans le chamœléon blanc un principe sucré cristallisant en prismes à sommets obliques, susceptible de fermenter, quoique ne réduisant le réactif cupro-potassique qu’après avoir subi l’action de l’acide chlorhydrique étendu. L’inulinc s’y rencontre dans la proportion de 46,3 pour 100 de la substance sèche (1).] Cette plante, dont la racine est grosse comme la cuisse, et exhale lorsqu’elle est sèche, une forte odeur de violette, est le Carlin»

(I) Voir Lefranc, Sur les plantes connues des Grecs sous les noms de chaméleon noir et de chaméléon blanc [Bull, de la Soc. bot. de France , XIV, p. 48 1807), et Journal de pharmacie et de chimie, 4e série, VIII, p. 572.

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{•ummifern deLfisson, l’ Acarna gummifera de Widenow, 1 Atractylis gummifera de Linné, le Cnicus car hnœ folio, acaulos , gummifer , cauleatus de Tournefort.

Quant au vrai chamæiéon noir, il a été trouvé par Belon dans l’île de Lemnos; c’est le Cardopatium corymbosum, J.; le Brotera corymbosa,"W. ; le Carthamus corymbosus, L.; le Chamœleon niger , umbellatus, flore cceruleo hyacinthino de G. Bauliin. Cette plante, dont la tige est droite et haute de 33 centimètres, porte près de sa base de grandes feuilles étalées, pinnatifides, épineuses, et forme au sommet un corymbe très-serré de capitules nombreux, sessiles, composés de fleurs bleues. Sa racine renferme un suc très-acre et caustique, et Dioscoride la décrit comme étant à demi rongée; elle ressemble donc par ce singulier caractère aux deux racines de carline; mais elle en diffère par sa causticité.

Racine de costus.

Les anciens auteurs grecs et latins ont parlé du costus, et en ont distingué plusieurs sortes. Dioscoride, par exemple, en reconnaît trois, à savoir : Yarabique, qui est blanc, léger, et d’une grande suavité d’odeur ; l 'indien, moins estimé, qui est léger, plein, noir comme une férule ; enfin le syriaque, qui est pesant, d’une couleur de buis et d’une odeur fatigante. Dioscoride ajoute qu’on sophistique le costus en y mêlant la racine d’une espèce d’aunée qui croît en Comagène ; mais que cette tromperie est facile à reconnaître, l’aunée n’étant pas brûlante au goût, et n’ayant pas une odeur aussi forte et qui porte à la tête.

Au total, d’après Dioscoride, le costus est une racine qui doit avoir de la ressemblance avec celle de l’aunée, et qui doit être blanchâtre, d’une odeur forte et pénétrante et d’une saveur brillante.

Pline ne dit rien autre chose du costus, si ce n’est qu’il a une saveur brûlante et une excellente odeur, et que tout le reste de la plante est inutile. 11 ajoute cependant que dans i’île Patale, à l’embouchure de 1 Indus, le costus est de deux sortes : l’une noire et l’autre blanchâtre , qui est la meilleure. D’autres auteurs distinguent le costus en doux et amer ; mais, suivant Galien, tout le costus est amer : il semble, d’après cela, qu on peut ajouter l’amertume au nombre des caractères propres au costus des anciens.

Suivant Bontius et Garcias ab liorlo, qui ont longtemps séjourné dans l Inde, il n y a qu une seule espèce de costus , douée d’une odeur très-forte et qui n est ni douce ni amère au goût lorsqu’elle est récente ; car alors elle e^t très-acre ; mais elle devient amère en vieillissant. Garcias dit s êtie informé de commerçants arabes, turcs et persans, s’il naissait chez eux quelque autre espèce de costus que celle tirée de l'Inde, et que tous lui ont répondu ne connaître que le costus de l’Inde.

On trouve a la vérité dans les ouvrages de plusieurs botanistes, tels que Gaspard Bauliin, Jean Bauliin et Chabræus, des figures de costus qui semblent en indiquei plusieurs espèces ; mais c’est parce que ces

SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES. 33

hotanist es, voulant retrouver les sortes de costus mentionnées par les anciens, en donnaient le nom à quelques racines aromatiques que ces anciens n’avaient pas décrites ailleurs, et que l’on pouvait supposer, par cela seul, avoir été comprises par eux dans les costus : telles étaient le gingembre sauvage et la zédoaire. Mais si l’on consulte les auteurs contemporains qui ont écrit sur la droguerie et la pharmacie pratiques, comme Pomct, de Meuve, Lemery, de Renou, Charas, on reconnaîtra qu’ils n’ont tous vu qu’une seule et même espèce dè costus, qui est celle que nous avons.

Je suis entré dans ces détails, afin de montrer qu’il n’existe véritablement qu’un seul costus (nommé par les Arabes cast ou cost), dont la patrie paraît être une contrée presque inculte et inconnue, comprise entre la presqu’île de Guzerate , le royaume de Delhi et le cours de l’indus.

Ce costus a été tiré par Clusius de Portugal, alors que cette puissance dominait seule en Asie et en faisait le commerce exclusif; et la figure qu’il en a laissée, ainsi que la description, se rapportent exactement à notre costus actuel. De plus, il faut bien reconnaître que ce costus s’accorde assez bien avec la description de Dioscoride; ce qui, joint à la tradition nominale, m’autorise à conclure que c’est le même. En voici maintenant les caractères :

Le costus des officines ( fig 554) est une racine qui, lorsqu’elle est entière, paraît napiforme, non articulée ni fibreuse, assez pesante ; elle est terminée supérieurement par une tige qui est fibreuse à l’extérieur, et entièrement remplie par une moelle blanche.

La grosseur de cette racine varie depuis celle du petit doigt jusqu’à 54 millimètres de diamètre. Elle est grise à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur analogue à celle de l’iris ; ma:s il s’y mêle une odeur de bouc , qui donne à la première beaucoup de force et de ténacité. Sa saveur est assez fortement amère et un peu âcre.

La racine de costus est rarement entière ; ordinairement elle est brisée en tronçons irréguliers devenus aussi gris à l’intérieur qu’à l’extérieur, et qui offrent dans leur cassure un grand nombre de cellules remplies d’une substance rouge transparente, probablement de nature

Guiboobt, Drogues, 6' édition. 1 • UE “ — 3

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gommo-résineuse. La substance même de la racine est criblée d une infinité de pores visibles à la loupe, surtout après avoir dissous, par l’eau et l’alcool, la matière soluble qui les remplit (t). Ce caractère est commun à la racine de turbith, à laquelle d’ailleurs le costus ressemble beaucoup ; mais le turbith est inodore, et le costus possède, comme je l’ai dit, une forte odeur d’iris et de bouc mêlés.

Enfin la racine de costus offre un caractère remarquable, qui doit nous mettre sur la voie de son origine botanique : la plupart des morceaux sont à moitié ouverts sur le côté, et sont souvent comme rongés jusqu’au centre. Ceux des morceaux qui n’offrent pas encore cette solution de continuité sont au moins déprimés d’un côté, ce qui indique un caractère non accidentel eL qui tient à l’organisation même du végétal. Si l’on ouvre la plupart des auteurs, on y voit que la racine de costus sentant l’iris, Costus iridcm redolens, Costus indicus violœ martis odore, est produite par le tsjana-kua de Van Rheede, qui est le Costus arabicus de Linné, ou mieux le Costus speciosus de Wiidenow, le Costus arabicus, L. se rapportant plutôt à une espèce américaine; mais la racine du Costus speciosus est noueuse et articulée, comme presque toutes celles de la famille des Amomées, et elle est entourée d’un grand nombre de fibres. De plus, elle a une saveur presque nulle et une odeur peu marquée. Enfin j’ai examiné avec soin tous les genres et toutes les espèces de la famille de Scitaminées que l’on trouve dans les magnifiques ouvrages de Roxburgh et ue Roscoë, et je puis dire que notre racine de costus n’appartient à aucune plante de celle famille. J’ai prié M. Pereira de soumettre cette question au docteur Wallich, directeur du jardin botanique de Calcutta. Ce savant a répondu, comme je l’avais fait, que le costus officinal n’appartenait ni au genre costus ni à aucun genre de la famille des Scitaminées. Cette racine lui était même tout à fait inconnue, ce qui tient à ce qu’elle est étrangère au Bengale, et qu’elle ne doit provenir, ainsi que je l’ai dit, que des contrées situées entre la Perse et la presqu'île occidentale de l’Inde.

Quant à la plante qui produit la racine de costus officinal, rien ne me paraît encore contredire l’opinion que j’ai émise (2), que cette plante est voisine des carlines et des chamæléons. On peut voir en effet à 1 article Carline et Chamœléon , qui a précédé, que les racines de ces plantes sont toutes ouvertes et comme à demi rongées sur le côté. J’y ai rappelé que le chamœléon blanc, trouvé par Belon dans l’île de Ciète, produisait une racine si odorante que la pièce où on la conserve en contracte une odeur de violette capable d’entêter. Je dois ajouter qu en comparant la racine de carline du commerce au costus, on trouve des moiceaux tellement semblables entre eux qu’on les dirait produits par la même plante. Je crois pouvoir en conclure encore que le costus officinal piovient d une plante voisine des carlines et des chamæléons, qi.i difiète de la carline par 1 odeur, l’amertume, l’âcreté et le volume plus considéiable de sa racine ; du chamæléon blanc, parce qu’elle est

CO Le costus communique à l’éther,, à l’alcool et à l’eau une couleur jaune foncée; le macère aqueux est très-amer, l’alcoolique l’est beaucoup moins.

|2) Guibourt, Journal de chimie médicale , t. VIH, p. güG.

SYNANTIIÉRÉES. — CYNARÉES.

à son tour plus petite que lui, et qu’elle porte une tige, tandis que le chamæléon blanc en est dépourvu ; du chamæléon noir, parce que ce- I lui-ci est âcre et caustique, ce que ne présente pas la racine de costus, au moins dans l’état où nous la connaissons ; enfin de YAgriocynara de Belon, en ce que celui-ci a la racine noire à l’intérieur comme à l’extérieur.

J’ai transcrit littéralement ici l’article Costus de ma troisième édition, qui n’est que le résumé de deux articles sur le môme sujet publiés par moi(t); parce que je tiens à honneur de montrer que c’est moi qui, en m’aidant des seuls caractères physiques de la racine et en repoussant l’opinion généralement admise que cette racine était produite par une plante scitaminée, suis arrivé le premier à en découvrir la véritable origine. M. Falconer, surintendant du Jardin botanique de Sabarunpore, en trouvant dans un voyage au Cachemire la plante qui produit le costus, n’a fait que confirmer toutes les données précédentes (2).

Celle plante croît en grande abondance sur les pentes découvertes des montagnes qui entourent la vallée de Cachemire, à une élévation de 8 à 9000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa racine, nommée fcoot, forme un article important de commerce, et on en récolte annuellement environ 2 millions de livres pesant, dont la plus grande partie est importée en Chine, où elle est tenue en grande réputation comme aphrodisiaque. On l’emploie également comme vermifuge chez les enfants, et pour préserver les ballots de châles de l’attaque des teignes. La plante est regardée par M. Falconer comme formant le type d’un nouveau genre de Cynarées, voisin des Saussurea , auquel il a donné le nom de Auklandia , en l’honneur de lord Aukland, gouverneur général de l'Inde, et lui a imposé le nom spécifique de auklandia Costus. Voici les caractères qu’il en donne :

Capitule hornogame, multiflore; involucre ové globuleux, imbriqué, multisérié ; squammes oblongucs, appliquées, avec un sommet endurci, écarté, terminé en soie; réceptacle convexe couvert de squamelles formant alvéoles par le bas. Corolles égales, quinquéfides, à tube grêle, allongé, sous-dilaté à la base, renflé à la gorge, à lobes linéaires égaux ; anthères courtemenl appendiculées au sommet, terminées à la base par 2 queues plumeuses ; filets glabres ; styles à rameaux allongés, libres, divergents ; acharnes glabres, obovés, épais ; paillettes de l’aigrette égales, bisériées ; soies plumeuses cohérentes à la base par 3 ou 4, réunies en un anneau caduc.

Herbe haute d’une toise, vivace; racine épaisse, sous-fusiforme, rameuse, très-aromatique; tige simple, droite, striée, feuillue; feuilles alternes, très-amples, sous-lyrées, à lobe terminal très-gfand, hastécordé, inégalement denté, à dents terminées par une soie; capitules terminaux sessiles, réunis au nombre de 5 à 8 ; fleurs d’un pourpre noirâtre.

(1) Gnibourt, Journal de chimie médicale , en 1831 et 1832.

(2) Falconer, Mémoire communiqué le 17 novembre 1810, par M. Royle, à la Société linnéenne de Londres, imprimé par extrait, en 1841, dans les Annals and magazine of naiural histonj (t. VI, p. 4 75) et in extenso dans les T ransactions of the linnean Siciety, 1855, t. XIX, p. 23.

3t> DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Cetle même plante, si bien décrite par M. F alconer, avait été tiouvée avant lui, en 1831, par Victor Jacquemont, sur les montagnes du cachemire, à une hauteur de 2600 à 3000 mètres, et a été décrite par M. Decaisne (1) sous le nom de Aplotaxis Lappa. Le seul caiactèie diflérentiel qu’on y trouve, c’est que, dans 1 Aplotaxis Lappa ( fig . 55o), 1 aigrette de l’ovaire est unisériée, tandis qu elle présente deux séries de

soies dans Y Auklandia. Mais si l’on veut bien remarquer que M. Falconer reproche à De Candolle d’avoir séparé son genre Aplotaxis du genre Saussurea, sur ce seul caractère que l’aigrette des Aplotaxis présente une seule série de soies, tandis que, d’après l’observation de M. M.-P. Edgeworth, le plus grand nombre des Aplotaxis de l’Himalaya possède réellement un rang extérieur de soies très-caduques, qui disparaissent fréquemment dans les échantillons desséchés, on sera convaincu de l’identité des deux plantes. Voici ma conclusion dernière : si la pianie possède deux séries de soies à l’aigrette, elle appartient au genre Saussurea, dont elle ne se distingue par aucun caractère essentiel, et son nom doit être Saussurea Costus; si l’aigrette est véritablement unisériée, comme l’a vue M. Decaisne, c’est un Haplotaxis (2), et je pense que le nom Haplotaxis Costus , qui rappelle son produit le plus essentiel, doit lui être appliqué préférablement à celui à’ Aplotaxis Lappa.

La racine de costus, comme toutes les substances aphrodisiaques, était autrefois très-usitée dans les parfums et les pommades odoriférantes. Elle n’entre plus guère aujourd’hui que dans la thériaque. 11 y a un certain nombre d’années qu’un droguiste de Paris, se trouvant à Londres, à une vente de la Compagnie des Indes, en a acheté une assez forte partie, sous le nom de racine d'iris , et à vil prix. C’est cette racine qu on a trouvée pendant quelque temps dans le commerce, à Paris. Malheureusement, beaucoup de personnes ne la connaissant pas, la plus giande partie a été employée comme racine de turbith et a été perdue pour la pharmacie. Elle est devenue aujourd’hui presque aussi introuvable qu’auparavant.

Fig. 55i>. — Aplotaxis Lappa.

(I) Decaisne, in Jacquemont, Voyage dans l’Inde , t. IV, p. 9G; atlas, pl. CIV. (.) Ce nom étant dérivé de à7t),6o; simple et de série, doit s’écrire haplotaxis et non aplotaxis.

SYNANTHÉRÉES. — SÉNECIONIDÉES. 37

Souci «les jardins.

Culendula officinalis , L. Cette plante et ses congénères, quoique comprises encore dans la tribu des Cynarées, en diffèrent beaucoup par leur port et par leurs capitules hétérogames, dont les fleurs de la circonférence sontligulées, radiées, femelles et fertiles, tandis que celles du disque sont tubulées, à 5 dents, hermaphrodites, mais stériles par l’avortement du pistil, ou mâles; le réceptacle est nu ; l’involucreest formé de un ou deux rangs de folioles égales, lancéolées ; les achaines sont courbés en arc, épineux sur le dos, privés d’aigrette ; les feuilles sont parsemées de points transparents et pourvues d’une odeur désagréable.

Le souci officinal croît naturellement dans les champs du midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins à cause de ses fleurs d’un jaune foncé, radiées et d’un assez bel effet ; ses feuilles sont pubescentes, les inférieures entières et spatulées, les supérieures cordées-amplexicaules, lancéolées, un peu dentées. Cette plante a été très-employée, autrefois, dans un grand nombre de maladies diverses; elle est inusitée aujourd’hui. Il en est de même du souci des champs ( Calendula arvensis), qui est assez semblable au précédent, si ce n’est qu’il est plus petit dans toutes ses parties.

TRIBU DES SÉNÉCIONIDÉES.

Arnica de montagne.

Arnica montana , L. (fig. 556). — Car. gén.: capitule multiflore hétérogame ; fleurs du rayon unisériées, femelles ligulées, présentant parfois des étamines rudimentaires, tube velu ; fleurs du disque hermaphrodites, tubuleuses, à 5 dents ; involucre campanulé formé de deux séries de squammes linéaires-lancéolées, égales. Réceptacle couvert de soies fines; styles du disque à rameaux longs, couverts d’un duvet descendant très-bas, tronqués par le haut ou surmontés d’un cône court; achaines sous-cylindriques, atténués à chaque extrémité, à côtes peu marquées, un peu velus ; aigrette unisériée, à poils ramassés, un peu rigides, couverts de petites barbes rudes.

L’arnica croît en Allemagne, en Suisse et dans les Vosges. Il pousse de sa racine plusieurs feuilles obovées, entières, à 5 nervures, d’entre lesquelles s’élève une tige haute de 35 centimètres, qui porte une ou deux paires d’autres feuilles plus petites, opposées, plus étroites, et qui se termine par une belle fleur jaune radiée, accompagnée plus tard de une ou deux fleurs latérales,

38 DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

portées sur de longs pédoncules sortis de l’aisselle des deux feuilles supérieures. La racine, la feuille et la fleur de l’ar-

cn France c’est la fleur qui l’est le plus. La racine est brune ou rougeâtre à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur, menue, fibreuse, d’une odeur forte et âcre, d'une saveur également âcre, aromatique, non désagréable. Elle est excitante, antiseptique , résolutive et quelquefois vomitive. La feuille est employée en poudre comme sternutatoire ; quant à la fleur, qu’il est facile de reconnaître à ses demi-fleurons d’un jaune doré et aux semences noires couronnées d’une aigrette gris de lin qu’elle renferme toujours, elle a une odeur forte, agréable, et jouit à un très-haut degré de la propriété sternutatoire ; il suffit même, pour éprouver de violents éternuments, de remuer les fleurs avec les mains, ce qui est dû à des parties soyeuses extrêmement fines qui s’introduisent dans les narines et les irritent fortement.

La fleur d’arnica prise en infusion est excitante, sudorifique et utile dans les affections rhumatismales et la paralysie. Elle est émétique à trop haute dose, ce qu’il faut éviter. M. Mercier, médecin de Rochefort, avait cru devoir attribuer ce dernier effet à des larves d’insectes qui se trouvent souvent dans la fleur d’arnica (1) ; mais, d’après une observation rapportée par MM. Chevallier et Lassaigne, il paraît certain que la fleur d’arnica jouit par elle-même de la propriété vomitive.

Ces mêmes chimistes ont analysé la fleur d’arnica et en ont retiré une résine jaune ayant l’odeur de l’arnica, une matière nauséabonde à laquelle ils attribuent la propriété vomitive, de l’acide gallique, une matière colorante jaune, de l’albumine, de la gomme, du chlorure de potassium, du phosphate de potasse, un sel à base de chaux, des traces de sulfate et de silice (2).

[D’après M. Walz (3) les fleurs d’arnica contiennent une matière amère, qu’il appelle armeine ; une huile essentielle de couleur jaune, une résine soluble dans l’éther, une autre résine in-

(1) Mercier, Ann. de chim., t. LXXVII, p. 1 37 .

(2) Chevallier et Lassaigne, Journ. phann., t. V, p. 248.

(3) Walz, Chenue centralblatt, 1860, n. 47, p. 478, d’après Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, t. XXXIX, 235.

nica sont usitées, et

Fig. 556. — Arnica.

SYNANTIIÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES. 39

soluble dans ce dissolvant; du tannin, une matière colorante jaune; un corps gras fusible à 28° ; une matière céreuse.]

On trouve sur les montagnes, en Europe, un genre de plantes qui a été longtemps confondu avec les arnicas, auquel il ressemble beaucoup par le port et peut-être aussi parles propriétés. Ce sont les doronics (. Doronicum parc/a Hanches austriacum , scorpioides, plantagincum , etc.), dont les feuilles sont généralement assez grandes, cordiformes ou ovales, dentées sur le bord ; les fleurs sont grandes également, jaunes et radiées ; le réceptacle est nu, alvéolé, un peu convexe ; les styles du disque ont les rameaux tronqués, couverts de duvet au sommet seulement ; les acharnes sont turbinés, creusés de sillons longitudinaux; ceux du rayon sont chauves; ceux du disque sont pourvus d’une aigrette soyeuse plurisériée.

Pendant longtemps les racines de doronic ont passé pour trèsvénéneuses, sur l’opinion que les anciens s’en servaient pour empoisonner les animaux féroces et principalement les loups et les panthères. On peut croire en effet que le Doronicum pardalianches de Linné est Y Aconitum pardalianches (I) qui, suivant Dioscoride et Pline, servait à cet usage ; mais l’assimilation même que font ces deux auteurs du Pardalianches avec l’aconit permet de croire que c’était plutôt un véritable aconit qui servait à la destruction des animaux sauvages qu’une racine de doronic. Un certain nombre de médecins modernes ont employé la racine de doronic contre plusieurs maladies, telles que les vertiges et l’épilepsie ; elle est aujourd’hui tout à fait inusitée. T

Fleur de Pied-de-Chat.

Antennaria dioica, Gærtn.; Gnaphalium dioicum , L. Caractères du genre Antennaria: capitules multiflores, dioïques ou sous-dioïques; involucre formé de squammes imbriquées, rudes, coloriées au sommet ; réceptacle convexe, pourvu d’alvéoles à bord denliculé ; corolles tubuleuses à 5 dents égales ; les fleurs mâles ou hermaphrodites ont les anthères serni-exsertes, pourvues de deux soies à la base, et un ovaire non fertile (?) surmonté d’un style simple au sommet ou à peine bifide, et couronné d’une aigrette unisériée, formée de soies barbues, élargies au sommet. Les fleurs femelles sont filiformes, à limbe très-petit, sans rudiments d’étamines, pourvues d’un sl\le à sommet bifide, et d’une aigrette unisériée â soies filiformes ; l'acharne est sous-cylindrique.

(1) De uâpSo; panthère, et âyxeiv étrangler.

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Le pied-de-chat est une petite plante qui croît dans les collines exposées au vent, surtout en Suisse, dans les Vosges et dans le midi de la France. Elle est traçante, munie de feuilles radicales spatuléeset d’une tige qui porte d’autres feuilles linéaires, toutes entières; toute la plante est cotonneuse et blanchâtre; la tige s'élève à peine à la hauteur de 30 centimètres, et est terminée par un petit nombre de capitules disposés en corymbe. Chaque capitule est muni d’un involucre imbriqué, dont les écailles extérieures sont cotonneuses et blanchâtres comme les feuilles, et dont les écailles intérieures, plus développées, arrondies et pétaloïdes, sont colorées en rouge sur la plante à capitules mâles, ou en blanc sur la plante femelle. Le centre des capitules est occupé par un duvet très-fin et soyeux, composé de l’aigrette plumeuse des achaines. C’est ce duvet arrondi et velouté qui donne à la fleur quelque ressemblance avec la patte d’un chat, et lui a valu le nom de pied-de-chat : la plante a aussi porté les noms de Hispidula et de Pilosella, qui veulent dire velue.

La fleur de pied-de-chat est rouge ou blanche, ce qui dépend de la couleur des écailles pétaloïdes de l’involucre ; la rouge est préférée à l’autre, parce qu’elle est plus agréable à la vue ; je la crois aussi plus odorante.

C’est au même genre Gnaphalium, ou au genre voisin Heli chrysum, qu’appartiennent les immortelles , plantes dont le nom est d’une si grande ressource pour les poètes chantants et les flatteurs. On leur a donné ce nom <¥ immortelles à cause de ce que, leurs fleurs étant cueillies et abandonnées à elles-mêmes, les écailles colorées qui les composent presque entièrement se dessèchent sans se flétrir et se conservent ainsi plusieurs années. Les espèces les plus usitées sont l’immortelle blanche ( Antennaria margaritacea), l’immortelle argentée ( Helichrysum argenteum), l immortelle jaune ( Helichrysum orientale), et le stœchas citrin ( Helichrysum Stœchas). t~ O

Tanaisie vulgaire.

Tanacetum vulgare , L. [fig. 557). — Car. gén. : capitule hornogame, rarement rendu bétérogame à la circonférence, par une série de fleurs femelles tri-ou quadridentées; involucre campanulé, imbriqué ; réceptacle nu, convexe ; corolles du disque à 4 ou 5 dents ; achaines sessiles, glabres, anguleux, pourvus d’un large disque épigyne; aigrette nulle ou réduite à l’état d’une couronne membraneuse entière ou dentée.

La tanaisie s élève à la hauteur de 65 centimètres; ses tiges sont nombreuses, ramassées en touffe, rameuses, pourvues de

SYNANTHÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES.

feuilles profondément divisées et presque bipinnées, glabres ou un peu velues, d’un vert jaunâtre. Les capitules sont nombreux, rapprochés en corymbe, d’une belle couleur jaune, très-rarement pourvus d’un rang de fleurs rayonnantes ; les corolles sont un peu plus longues que l’involucre ; les achaines sont presque pentagones, obconiques, couronnés par une membrane à 5 dents, fort petite. Toute la plante est pourvue d’une odeur très-forte et d’une saveur très amère ; elle est stimulante et anthelmintique. On en retire par la distillation une huile volatile jaune; on en prépare également une eau distillée, un extrait, etc. q

$ Armoises et Absinthes.

Ce sont des plantes, la plupart très-utiles à l’art de guérir, que Tournefort avait laissées séparées en deux genres, suivant que leur réceptacle est nu (armoises) ou hérissé de poils (absinthes) ; mais Linné les a réunies en un seul genre sous le nom d ’Artemisia, dont voici les caractères : capitules entièrement tubuliflores, pauciflores, homogames ou hétérogames ; involucre imbriqué, à squammes sèches, rudes à la marge ; réceptacle nu ou garni de soies; au rayon (c’est-à-dire à la circonférence), un seul rang de fleurs souvent femelles, à 3 dents, à style longuement bifide, exserte ; fleurs du disque à 3 dents, hermaphrodites ou mâles par avortement du pistil : achaines obovés, chauves, à disque épigyne peu apparent. Ce genre est aujourd’hui divisé en quatre sections: ° 1. Dracunculi : réceptacle nu, capitules hétérogames, fleurs du rayon unisériées, femelles, fertiles; fleurs du disque bisexuelles, mais stériles par l’avortement des ovaires (syngénésie polygamie nécessaire de L.).

Espèces principales :

Armoise paniculée. Artemisia paniculata.

— des champs. — campestris.

— Estragon. — Dracunculus.

2. Seriphidia : réceptacle nu, capitules homogames, tous hermaphrodites fertiles (syngénésie polygamie égale de L.). Exemples :

Fig. 557. — Tanaisie vulgaire.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Semen-contra d’Alep.

— de Barbarie.

Sanguenié ou sanguenita.

Cina du Volga.

Absinthe maritime. Armoise très-odorante.

Artemisia Cina , Berg.

— glomerulata , Sic ber.

— g allie a.

— pauciflora.

— maritima.

— fragrans.

3. Abrotana : réceptacle nu, capitule hétérogame, fleurs du rayon femelles ; celles du disque hermaphrodites ; les unes et les autres fertiles (syngénésie polygamie superflue de L.). Exemples :

Armoise de Judée.

Aurone élevée.

— mâle ou citronelle.

Absinthe pontique.

— d’Autriche.

Armoise vulgaire.

Génipi noir.

Autre génipi noir.

Artemisia judaica.

— procera.

— abrotanum.

— pontica.

— austriaca.

— vulgaris.

— spicata.

— eriantha.

4. Absinthia : réceptacle garni desoies; capitules hétérogames ; fleurs du rayon femelles; celles du disque hermaphrodites ; les unes et les autres fertiles; involucres globuleux.

Moxa des Chinois.

Génipi blanc.

— vrai des Alpes.

— des roches.

Grande absinthe ou aluine.

Artemisia moxa.

— mutellina.

— glacialis.

— rupestris.

— absinthium.

Estragon.

Artemisia Dracunculus , L. Cette plante, cultivée dans les jardins potagers, croît a la hauteur de 60 à 100 centimètres; ses tiges sont grêles et rameuses; ses feuilles sont très-entières, linéaireslancéolées, vertes et glabres; les fleurs sont très-petites, jaunâtres, poi tées au sommet de la tige et des rameaux.

L estragon a une saveur âcre, piquante, mais agréable et aromatique. Il est stomachique, emménagogue, antiscorbutique ; il excite 1 appétit et on 1 emploie comme assaisonnement, surtout allié au \ inaigre, avec lequel son goût et son odeur s’associent très-bien. On en extrait une huile volatile vçrte, d’une odeur qu on peut dire fortifiante , d’une pesanteur spécifique de 0,935. Cette huile volatile, d’après M. Gerhardt, parait formée d’un hy-

SYNANTI1ÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES.

drogène carboné liquide et d’une essence oxygénée qui a la même composition et présente les mêmes réactions chimiques que le stéaroptène d’anis (C20H12O2). O

-f Semen-contra. >

Cette substance, nommée aussi semencine et barbotine, a longtemps été regardée comme une semence, ainsi que l’indiquent ses deux premiers noms ; mais il suffit de regarder attentivement les petits corps oblongs qui la composent pour y distinguer un involucre écailleux et des fleurons semblables à ceux des armoises, de sorte que c’est parmi ces plantes qu’il faut en chercher l’origine.

On connaît d’ailleurs dans le commerce dcuxexpèces de semencontra qu’il convient de décrire séparément.

Semen-contra «lu Levant. Cette espèce est nommée aussi semen-contra d'Alep ou d 'Alexandrie, parce qu’elle arrivait jadis par la voie de ces deux villes; mais le vrai lieu de son origine paraît être la Perse et le Thibet. [D’après O. Berg, elle vient principalement de Perse et de Boucharie soit par Astrakan sur la Caspienne, soit plus au nord par Nijni-Nowgorod, Moscou et Saint- Pétersbourg. Les caravanes le portent en sacs de 80 à 100 livres.] Ce semen-contra (fig. 558) est verdâtre, lorsqu’il est récent ; mais il devient rougeâtre en vieillissant. 11 est composé de pédoncules brisés, dépourvus de duvet et privés de leurs capitules, dont quelques-uns, cependant, â peine formés, sont encore sous la forme de boutons globuleux attachés à l’extrémité de ces pédoncules. Mais le plus grand nombre de ces capitules sont plus développés et séparés des tiges. Ils sont ovoïdes-allongés, atténués aux deux extrémités, et composés d’écailles imbriquées, scarieuses, tuberculeuses à leur surface ; â l’intérieur, le réceptacle est nu et les fleurons sont peu nombreux et tous hermaphrodites, ce qui indique la section des Seriphidnim. Ce semen-contra possède une odeur très-forte et très-aromatique, surtout lorsqu’on l’écrase; il a une saveur amère et aromatique.

[Le semen-contra du Levant a longtemps été attribué à plusieurs espèces d’armoises qui ne doivent pas le produire. L ’Arterrusia Vahliana de Kostelet/.ky s’en distingue par ses capitules ovales obtus, à bractées arrondies; Y Artcmisia judciica par scs gros capitules globuleux ; VA. Sieberi de Besser par le petit nombre de glandes qu’on observe sur les bractées de l’involucre. Aucune espèce connue n’a encore donné des capitules identiques au semen-contra : l’A. Cina , 0. Berg, origine de ce semen-contra, n’a été éta-

44 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

bli que sur l’examen de la drogue officinale et n a encore été

trouvé nulle part.]

Semen-contra «le Russie. On donne cenom à une espèce de semen-contra qui vient de Saratof ou de Sarepta dans les steppes du Yolga. On distingue deux variétés de ce semen-contra . 1 les capitules de l’A. pauciflora et de l’A. monogyna , bruns; cou\eits de

poils blanchâtres, peu épais ; à bractées intérieures, lancéoléeslinéaires, et 2° les capitules couverts d’une pubescence épaisse et blanche de l’A. Lercheana , B.; Gmeliana , DC. (1).

Semen-contra de Barbarie. Ce semen-contra est produit par V Artemisici glomerata {fig . 559). 11 est composé comme le premier de pédoncules hachés et de fleurs ; mais on n’v trouve pas de capitules développés et isolés ; ils sont tous sous la forme de petits boutons globuleux réunis plusieurs ensemble à l’extrémité des rameaux. Ces boutons sont recouverts d’un duvet blanchâtre, ce qui donne la môme couleur à la masse.

Ce semen-contra est sensiblementplus léger que celui d’Alexandrie ; son odeur, lorsqu’on le frotte, me paraît être entièrement semblable. On lit dans quelques ouvrages qu’il est plus gros et beaucoup plus chargé de bûchettes ; le fait est qu’il est plus petit et qu’il y a autant de bûchettes dans l’un que dans l’autre.

Autres iteurs de semcncine. Il est probable qu’on se sert en

plusieurs pays, en place du véritable semen-contra, des fleurs de

(1) Voir sur les semen-contra : O. Berg, Beschreibung und Darstellung officinellen Gewiichse , Leipzig, t. IV, tab. XXXIX.

SYNANTRÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES. 45

plusieurs armoises indigènes, plus ou moins propres à le remplacer ; telles sont probablement les Heurs des Artemisia judaica et santonica, déjà nommées ; celles de V Artemisia ramosa des îles Canaries, de l’Afrique et d’Espagne, et en France, celles de Y Artemisia gallica, usitées en Provence, sous le nom de sanguemé ou d esanguenita. On a vendu aussi à Paris pour semen-contra, lorsque, par suite de la grande guerre continentale, ce dernier était devenu très-rare et d’un prix élevé, les fleurs de quelques armoises indigènes. et surtout celles de l’aurone deschamps ( Artemisia campestris, L.), ou de la grande absinthe ( Artemisia Absinthiu.ru).

J’ai conservé une substance de ce genre que j’ai soumise anciennement à l’examen de M. Gay. Elle est 'd’un jaune fauve et beaucoup plus menue que le vrai semen-contra, ce qui tient à ce qu’elle n’est pas formée de capitules entiers comme celui-ci, mais seulement de fleurons isolés, dont la plupart sont hermaphrodites et les autres femelles ; on y trouve peu de pédoncules brisés, mais beaucoup de filaments blancs, qui sont les folioles de l’involucre de l’absinthe. Ainsi, suivant cette description, le semen-contra indigène serait produit par la grande absinthe, Arteniisa Absinthium , plutôt que par VA. campestris . Cette substance présente une faible odeur d’absinthe qui ne devient pas plus forte par le frottement ; mais elle est douée d'une amertume si considérable qu’il suffit de l’agiter avec la main devant soi pour en avoir le palais affecté. Ce caractère peut même servir à reconnaître du semen-contra mêlé d’absinthe, car il ne le présente pas du tout lorsqu’il est pur.

Quelques personnes aussi s’amusent à teindre le semen-contra en vert. On ne peut concevoir ni cette manie de tromper, ni la sottise de ceux qui achètent une marchandise si évidemment falsisifiée.

Le nom de semen-contra est l’abrégé du mot latin semen contra vennes, qui en indique la propriété médicamenteuse. On emploie cette substance en poudre, en infusion aqueuse ou en sirop. On en retire, par la distillation, une essence jaune, plus légère que l’eau, d’une odeur forte et pénétrante, qui paraît trèsactive contre les vers. Indépendamment de cette essence, le se men-contra contient une matière cristalline nommée santonine, qui a été découverte par M. Kahler de Dusseldorf, et étudiée depuis par un grand nombre de chimistes. M. Calloud père, pharmacien à Annecy, a publié un procédé pour l’obtenir, plus avantageux que ceux connus jusqu’ici (1). Cette substance pure se présente en petits cristaux blancs, brillants, aplatis, sexangu-

(1) Calloud, Journ. de pharm. et chim., t. XV, p. 106.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

laires; elle est inodore, très-peu amère, insoluble dans l’eau froide, soluble dans

250 parties d’eau bouillante.

40 — d’alcool froid.

2,7 — — absolu bouillant.

75 — d’éther froid.

42 — — bouillant.

Elle rougit faiblement le tournesol et forme des sels cristal] isables avec plusieurs bases alcalines et métalliques. Exposée à la lumière, elle se colore en jaune-citron. [Elle paraît appartenir à la classe des glucosides. D’après M. Kossmann 1) elle se dédouble en effet en glucose et en santinorétine , qui cristallise en écailles résineuses, jaunâtres.]

La santonine, étant d’une administration très-facile, est aujourd’hui usitée comme anthelminthique. Il est seulement fâcheux que, pour obtenir une substance fort chère et d’une efficacité qui n’est pas très-intense, on détruise des masses considérables d’une matière première, suffisamment efficace par elle-même, d’une administration facile également, et que son bas prix met à la portée du peuple, dont les enfants en ont surtout besoin. ^

(^Absinthe maritime.

Artemisia maritima , L. Cette espèce croît naturellement dans les lieux maritimes de la France, de l'Angleterre, de la Suède et du Danemark. Ses tiges sont droites, rameuses, hautes de 50 centimètres, couvertes de feuilles toutes cotonneuses, multifides, à segments linéaires et obtus ; ses capitules sont un peu pédicellés, ovoïdes, penchés, à cinq fleurons; les squammes extérieures de l’involucre sont cotonneuses, les intérieures rudes et obtuses. Cette plante a beaucoup de ressemblance avec la grande absinthe, mais les divisions de ses feuilles sont beaucoup plus étroites : elle est beaucoup moins amère, et son odeur, plus agréable, se rapproche de ceile de la mélisse ou de l’aurone. On la distingue de l’absinthe pontique parce que ses feuilles sont entièrement cotonneuses.

Anrone ma le ou Citron elle.

Artemisia abrotanum, L. C est un sous-arbrisseau qui croît dans le midi de la Fiance et de 1 Europe, et qui est cultivé dans les jaidins. Sa tige est nue par le bas à la manière d’un arbre, rami-

(1) Kossmann, Journa! de pharmacie et de chimie , 3« série.

SYNANTHÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES.

fiée et touffue par le haut, haute de (10 à 100 centimètres ; ses feuilles sont pétiolées, verdâtres, découpées en segments linéaires, sétacés; elles sont douces au toucher, pourvues d’une odeur forte, citronnée et camphrée, et d’une saveur âcre et amère ; les capitules sont sessiles, hémisphériques, penchés, disposés en grappes menues le long des rameaux supérieurs; les écailles de l’involucre sont blanchâtres et lancéolées ; les fleurs sont nues et jaunâtres. On confond souvent avec cette plante, sous le même nom d ’aurone mâle, deux plantes frustescentes, de forme et de propriétés très-analogues : ce sont Y Artemisia procera de Willdenow et Y Artemisia paniculata de Lamark. Quant à la plante qui porte le nom d’aurone femelle, c’est le Santolina chamœcyparissus de la même tribu des Senécionidées, petit arbuste haut de 50 centitimètres environ, ramifié et touffu à partir de la racine, pourvu de feuilles cotonneuses, persistantes, tétragones et formées d’un axe garni de 4 rangées de dents obtuses. Les capitules sont solitaires au sommet de pédoncules terminaux, presque dénués de feuilles; l’involucre est pubescenl, hémisphérique; le réceptacle est couvert de paillettes ; les achaines sont oblongs, tétragones, très-glabres, entièrement chauves. Cette plante possède les mêmes propriétés que les précédentes.

Armoise vulgaire.

Artemisia vulgaris, L. (fi g. 560). Plante vivace, herbacée, croissant dans presque toute l’Europe dans les lieux incultes et sur le bord des chemins; sa racine, qui est longue et rampante, pousse plusieurs tiges verticales, cannelées, rameuses, rougeâtres, hautes del à 2 mètres; ses feuilles sont alternes, pinnatitides, grossièrement dentées, assez larges à la partie inférieure des tiges, d’un vert foncé en dessus, blanches et cotonneuses en dessous; les divisions des feuilles supérieures sont entières et presque linéaires. Les capitules sont sessiles, ovés, entremêlés de feuilles, formant des épis paniculés à la partie supérieure des tiges les squammes extérieures de l’involucre sont cotonneuses et blanchâtres; les intérieures sont scarieuses; les corolles sont nues, d’un rouge pâle.

Absinthe politique ou Petite Absinthe.

Artemisia pontica, L. (fig. 561). Cette espèce s’élève à la hauteur de 50 centimètres ; ses tiges sont ligneuses par le bas, nombreuses, cylindriques, très-rameuses, très-garnies de feuilles fort petites, très-divisées, à lobes linéaires, cotonneuses en des-

48 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sous seulement; les capitules sont disposés le long des ramifications supérieures, globuleux, petits, penchés; les écailles extérieures de l’involucre sont linéaires, blanches, foliacées ; les corolles sont nues. Cette plante croît naturellement dans les lieux

incultes de la Roumanie, de la Hongrie, de l’Italie, etc. ; on la cultive dans les jardins ; elle a une odeur forte, plus douce cependant que celle de la grande absinthe, une saveur moins amère. Son odeur est moins agréable que celle de l’absinthe maritime. On l’emploie souvent simultanément avec la grande absinthe.

Grande absinthe on aluyne.

Artemisia Absinthium , L. Plante sous-frutescente, haute de 60 à 100 centimètres, à tiges rondes, dressées et rameuses ; les feuilles inférieures sont assez grandes, mais elles sont trois fois divisées, à lobes lancéolés obtus ; elles diminuent, comme toujours, de grandeur et en divisions à mesure qu’elles s’élèvent sur les rameaux, et finissent par devenir entières et linéaires ; elles sont toutes molles, blanchâtres, cotonneuses, très-douces au

SYNANTHÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES. 49

toucher; les capitules sont globuleux à squames blanchâtres, penchés, disposés en panicule feuillue le long des rameaux supé- ' rieurs; les tleurs sont jaunes. Toute la plante est douée d’une odeur forte et d’une amertume insupportable qui se communique au lait de la femme et des animaux ; elle donne à la distillation une grande quantité d’une essence verte, possédant à un haut degré l’odeur de la plante; elle est stomachique, fébrifuge, anthelmintique, emménagogue. On l’emploie en extrait ou en teinture aqueuse, vineuse ou alcoolique.

Il existe deux variétés d’absinthe, dont l’une à capitules plus grands, dite grandiflora, et l’autre inodore et presque insipide ( insipida ). Toutes deux sont d’origine orientale et peu connues.

Génipi.

Dans toutes les contrées qui avoisinent les Alpes, telles que la Suisse, la Savoie et le Tyrol, on donne le nom de Génipi à un certain nombre de petites plantes alpines, croissant vers la limite des neiges perpétuelles, appartenant pour la plupart au genre Artemisia , et pourvues des propriétés générales de ces plantes ; mais ces propriétés sont encore rehaussées dans l’esprit des habitants et des voyageurs, par la grandeur des lieux qui les environnent et par la difficulté d’y parvenir; aussi s’étonnent - ils beaucoup que l’usage n’en soit pas plus répandu. Voici la description de ces plantes telles que je les ai reçues en 1838 de M. A.

Huguenin, à Chambéry.

1. Génipi >rai, Artemisia glacialis, L. (fi g. 562). On en trouve également une très-bonne figure dans Allioni (1). Racine ligneuse,

ramifiée; feuilles rassemblées en une touffe presque radicale, longuement pétiolées, triparti les, et chaque division partagée ensuite en 3 ou 4 lobes lancéolés, pointus; ces feuilles sont en-

(1) Allioni, Flora pedemontatw, tab. VI II, fig. 3. Guiboukt, Drogues, 6e édition.

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