OMBELLIFÈRES. — FENOUIL
qui était très-petit, arrondi, blanchâtre, d’une odeur aromatique forte et agréable, mais différente de celle du fenouil. J’ai pensé que ce fruit pouvait appartenir à un séséli (le glaucum?)-, je n’ai pu m’en procurer depuis.
Pour essayer de mieux déterminer les espèces des fruits précédents, je les ai fait semer dans le jardin de l’École de pharmacie; tous ont levé, à l’exception du fenouil âcre d'Italie 5 sur lequel, par conséquent, je n’ai rien à dire de plus. Voici les caractères présentés par les autres :
1 . Fenouil vulgaire «l’Allemagne, Fœniculum vulgare, Mérat. Plante haute de 2 mètres et plus; liges rondes parle bas, d’un vert noirâtre, assez grêles, coudées; feuilles très-grandes, à pétioles médiocrement dilatés, à subdivisions très-longues, douces au loucher, peu aromatiques et d’une saveur amère. Ombelles à 21 ou 22 rayons; ombellules à 30 ou 33 fleurs. Le fruit ne paraît pas changer par la culture, c?
( 2. Fenouil doux majeur «lu commerce, Fœniculum o/’/îaua/e, Mérat.
Tiges glauques, grosses, droites, hautes de t mètre 60 centimètres et plus; les pétioles sont très-larges et embrassants; les feuilles sont trèsgrandes, à subdivisions longues, molles et douces au toucher ; froissées, elles présentent une odeur forte de fenouil et une saveur un peu âcre. Les ombelles sont très-inégales, les rayons extérieurs étant bien plus longs que ceux du centre et redressés, surtout au commencement. Le nombre des rayons varie de 30 à 32, et le nombre des fleurs de 42 à 45 sur chaque ombellule. Dès la première année, les fruits changent de forme et diminuent de volume, ainsi que l’ont remarqué tous les botanistes; les côtes se rétrécissent, les vallécules deviennent plus apparentes, le fruit prend en masse une couleur plus foncée, et la séparation spontanée des méricarpes devient plus facile. Au bout de quatre ou cinq ans, le fruit est devenu presque semblable, pour l’aspect, au fenouil amer de Nîmes; mais il s’en distingue toujours par ses côtes un peu élargies à la base et carénées sur la crête; par ses vallécules plus étroites et plus sèches, enfin par sa saveur sucrée; de sorte que la transformation du fruit est plus apparente que réelle. Il n’en faut pas moins conclure que le volume considérable et les caractères particuliers du fenouil doux du commerce tiennent à une variété de culture qui ne persiste pas lorsque la plante est transplantée et abandonnée à elle-même. v
3. Fenouil «loux mineur «l’Italie, Fœniculum mediolanense, C. B. Plante haute de 1 mètre ; tiges comprimées à la base, étalées, coudées, d’un vert glauque foncé et comme noirâtre; pétioles peu développés; feuilles courtes à subdivisions fermes et un peu roides, exhalant une odeur de persil lorsqu’on les froisse et ayant une saveur non sucrée, peu agréable.
Cette plante fleurit la première de toutes; ses fleurs sont très-nombreuses, généralement étalées à la hauteur de 1 mètre et d’un jaune foncé. Les ombelles sont planes, à 23 rayons la première année, et A 27 fleurs dans chaque ombellule. La deuxième année, la hauteur, le port et tous les autres caractères restant les mêmes, les ombelles présentent de 30 à 40 rayons et les ombellules portent 32, 36, 40 et jusqu’à
23* DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
50 fleurs; les fruits sont peu sucrés, toujours fortement aromatiques. La quatrième année, les ombelles présentent de 35 à 38 rayons; les fruits sont petits, noirâtres, non sucrés.
Cette espèce présente quelques-uns des caractères du Fœniculum dulce de De Candolle; mais quelle différence, dès la première année, pour la taille de la plante et dans le nombre des rayons de l’ombelle ! Peut-être la description du célèbre botaniste se rapporte-t-elle à une variété produite par la culture en Italie, dans un but déterminé, variété non permanente que la seule transplantation ferait disparaître.
4. Fenouil amer de Aimes. Tiges très-grêles, hautes de 13 à 16 décimètres, droites; feuilles grêles, molles, d’une odeur de fenouil officinal et d’une saveur sucrée, aromatique, agréable. La plante fleurit très-tard; les fleurs sont petites, d’un jaune pâle, atrophiées et ont toutes avorté. La deuxième année, la plante a pris plus de force; les ombelles, qui offraient iG rayons la première année, en ont présenté 18 et 19, et 21 fleurs aux ombellules; les fruits ont encore avorté. La troisième et la quatrième année, l’inflorescence n’a pas varié, mais les fruits ont pu être récoltés. Ils sont semblables à ceux qui ont produit la plante; ils présentent en masse une odeur faible et agréable de fenouil, qui devient beaucoup plus forte par l’écrasement ; leur saveur est toujours amère, très-aromatique, avec un sentiment de fraîcheur analogue à celui produit par la menthe.
De tous les fruits de fenouil qui ont t été décrits ci-dessus, le seul qui soit usité en pharmacie est le fenouil doux majeur (. Fœniculum officinale ). Il faut le choisir gros, d’un vert pâle, et non jaunâtre ni brunâtre, comme celui qui est vieux ou altéré. On en retire par la distillation une essence limpide comme de l’eau, d’une odeur très-suave, d’une pesanteur spécifique de 0,983 à 0,983, se congelant environ à 5 degrés au-dessus de zéro. Le stéaroptène paraît avoir la môme composition que celui d’anis; mais, d’après M. Cahours, l’essence liquide ne contiendrait pas d’oxygène et aurait la même composition que l’essence de térébenthine.
La racine de fenouil est aussi employée en pharmacie. Elle provient soit du fenouil vulgaire (. Fœniculum vulgare ), soit du fenouil doux majeur dégénéré qui, dans la plupart des jardins, prend la place du premier ; elle est formée d’une écorce fibreuse, blanchâtre, quelquefois ocreuse à sa surface, et d’un cœur ligneux, à couches concentriques. Elle a une odeur faible, douce et agréable, et une saveur de carotte. Elle se distingue de la racine de persil par son cœur ligneux.
La racine de fenouil est une des cinq racines apéritives ; les quatre autres sont la racine de persil et celle d’acheou delivèche, appartenant pareillement à la famille des Ombellifères, et les racines d’asperge et de petit-houx, qui font partie des Asparaginées.
OMBELLIFÈRES. — PHELLANDRIE. 235
Phellandrie aquatique.
I Œnanthe phellandrium, Lam. Phellandrium aquaticum , L., tribu des Sésélinées. Car gén marge du calice à 5 dents persistantes; pétales obovés, échancrés avec une lanière recourbée en dedans; stylopode conique ; fruit ové-cylindrique, couronné par les dents du calice et par 2 styles droits. Méricarpes à 5 côtes obtuses; vallécules à un seul canal résinifère; carpophore indistinct.
La phellandrie aquatique [fîg. 628) porte aussi les noms de ciguë aquatique et de fenouil aquatique. Elle croît le pied dans l’eau, et s’élève à la hauteur de 65 à 100 centimètres. Sa racine est pivotante et munie d’un grand nombre de fibres verticillées ; sa tige est creuse, ses feuilles sonttrès-divisées, ses fleurs blanches, très-petites, disposées en ombelles à 10 ou 12 rayons, privées d’involucre général, mais pourvues d’involucelles à 7 folioles. Les fruits ovoïdes-allongés, régulièrement striés, glabres, un peu luisants et rougeâtres, formés de 2 carpelles soudés.
Chaque carpelle isolé est droit, composé d’un péricarpe solide et blanc à l’intérieur, et d’une amande brune noirâtre. Le fruit entier offre une odeur assez forte qui se développe encore plus par la pulvérisation; la saveur en est aromatique. Le fruit de phellandrie aquatique a été administré en poudre, dans la phthisie pulmonaire, à la dose de 2 à 6 décigrammes répétés plusieurs fois par jour. Il paraît propre à calmer la toux, diminuer l’expectoration et supprimer la diarrhée. Mais son emploi demande quelque retenue; car on a vu une dose trop forte causer des vertiges et de l’anxiété. Ces propriétés nuisibles sont beaucoup plus marquées dans le fruit récent et dans la plante verte, qui est dangereuse pour les bestiaux, et mortelle même pour les chevaux.
Eig. 628. — Phellandrie.
Œ n a ni hc fistuleuse, persil des marais.
Œnanthe fistulosa, L. Cette plante, très-commune sur le bord
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
des marais, est une des plus vénéneuses de notre pays. Sa racine est fibreuse,, rampante, pourvue de tubercules fusiformes, dont la substance blanche, analogue à celle du panais, a souvent donné lieu à des méprises funestes. Sa tige est grosse, fistuleuse, glabre, haute de 50 centimètres; les feuilles sont portées sur des pétioles fistuleux ; les inférieures sont deux fois ailées, à folioles cunéiformes incisées; celles de la tige sont pinnatisectées à divisions linéaires; les fleurs forment des ombelles privées d’involucre, à 3 ou 4 rayons soutenant chacun une ombellule très-serrée, à fleurs rayonnantes, d’un blanc rosé, dont les intérieures sontsessiles et fertiles, tandis que celles de la circonférence sont pédicellées et stériles. Les fruits forment des capitules globuleux, hérissés par les dents du calice et par les styles persistants.
Œnantlie «afrance.
Œnanthe crocata, L. Cette plante est encore plus vénéneuse que la précédente ; sa racine est composée de tubercules oblongs, fasciculés, serrés les uns contre les autres et enfoncés perpendiculairement dans la terre. Sa tige est cylindrique, cannelée, fistuleuse, d’un vert roussâtre, rameuse, haute de 1 mètre environ ; les feuilles sont grandes, deux fois ailées, à folioles sessiles, cunéiformes, incisées au sommet et d’un vert foncé. Les fleurs sont d’un blanc un peu rosé, disposées en ombelles terminales, pourvues d’un involucre polyphylle, et composées d’un grand nombre de rayons portant des ombellules très-denses, à fleurs un peu rayonnantes. Les fruits forment des capitules globuleux ; ils sont courtement pédicellés, oblongs, fortement striés, couronnés par les dents du calice et surmontés du stylopode et des styles persistants.
Cette plante croît dans les lieux marécageux et sur le bord des étangs, en Angleterre, en Bretagne et dans tout l’ouest de la France, en Espagne, etc. ; toutes ses parties sont pourvues d’un suc lactescent, qui prend une couleur safranée au contact de l’air. Ce suc est un poison violent. Les racines ont un goût douceâtre, aromatique, non désagréable, ce qui les rend très-dangereuses, rien ne mettant en garde contre le poison qu’elles renferment. Les accidents qui se manifestent, lorsqu'on en a mangé, sont une chaleur brûlante dans le gosier, des nausées, des vomissements, de la cardialgie, des vertiges, du délire, des convulsions violentes et souvent la mort, lorsqu’on n’a pas été secouru à temps. Les meilleurs moyens à opposer à ces terribles accidents, sont d’abord de procurer l’évacuation du poison par des vomissements
OMBELLIFÈRES. — SÉSÉLI.
et des laxatifs; ensuite l’application de cataplasmes émollients sur l’épigastre, l’administration de boissons abondantes, acidulées et gazeuses; des potions éthérées, etc.
Toutes les espèces d’œnanthe ne partagent pas les propriétés délétères des deux précédentes; telle est l’œuauthe à feuilles üe pimprenelle, Œnanthe pimpinelloides, L.,qui est assez fréquente dans les prairies, dans les environs de Paris, mais que l’on trouve surtout dans les départements riverains de la Loire, de Tours à Nantes, où elle est connue sous les noms de navette , jeannette , agnolte, anicot , etc. La racine de cette plante est formée de fibres fasciculées, cylindriques ou ovoïdes, ou de tubercules suspendus à de longues fibres, s’étendant plus latéralement qu’ils ne pénètrent dans l’intérieur du sol. Ces tubercules ont un goût doux, assez agréable, et peuvent être mangés sans aucun inconvénient; à Angers, on les vend quelquefois sur le marché. Les tubercules de l 'Œnanthe peucedani folia peuvent également servir d’aliment ; mais comme c’est presque toujours en confondant avec eux les racines des œnanthes vénéneuses que les empoisonnements reprochés à celles-ci sont arrivés, il est plus prudent de ne jamais manger les racines d’aucune de ces plantes.
Séséli de Marseille.
On nomme ainsi le fruit du Seseli tortuosum, L., plante de la tribu des Sésélinées croissant dans le midi delà France et surtout aux environs dé Marseille. Elle ressemble un peu au fenouil, dont elle a été longtemps regardée comme une espèce, sous le nom de fenouil tortu.
Son fruit est composé de 2 méricarpes d’un gris blanchâtre, ordinairement séparés l’un de l’autre, semblables à ceux des autres Ombellifères, plus petits et plus minces que ceux de l’anis. Ces fruits exhalent, lorsqu’on les pulvérise, une odeur très-forte et désagréable. Ils ont une saveur âcre, très-aromatique. Ils entrent dans la thériaque.
Ilaucus de Crète.
Athamanthacretensis, L., tribu des Sésélinées. Cetle plante croît dans l’ile de Candie, en Égypte, dans le midi de la France et en Suisse. Son fruit est composé de 2 carpelles soudés, formant un petit corps cylindrique, atténué en col parla partie supérieure, et couronné par le stigmate bifide de la fleur, qui a persisté. A la loupe, on le voit couronné de poils rudes; il est de plus ordinairement réuni en petites ombellules et mêlé des branches de l oin-
238 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
belle coupées menu ; ce dont il faut le débarrasser par le triage.
Le daucus de Crète aune odeur de panais lorsqu’on le froisse ; il offre une saveur aromatique semblable, mais plus marquée, forte et toujours agréable. Il entre dans la composition du sirop d’armoise, delà thériaque et de l’électuaire du diaphœnix.
Daucus vulgaire OU carotte sauvage.
Daucus Carotta, L. La conformité de nom a pu seule faire substituer quelquefois le fruit de cette plante au précédent; car ils n'ont aucun rapport entre eux. Le fruit de carotte est petit, arrondi, mais ordinairement séparé en deux carpelles aplatis du côté intérieur, et couverts de l’autre de longs poils blancs, visibles à la simple vue, et qui les font paraître hérissés. En masse, ce fruit a une faible odeur herbacée qui, par la trituration, devient forte et térébinthacée. La saveur en est amère, âcre et camphrée.
Persil (le Macédoine.
Athamantha macedonica , DC Bubon macedonicum,\j. Cette plante croît en Turquie et en Afrique. Son fruit est menu, allongé, brunâtre, d’une odeur forte, agréable, et d’une saveur très-aromatique. Examiné à la loupe, les carpelles dont ils se composent paraissent isolés; ils sont convexes d’un côté, aplatis de l’autre, d’une forme ovale-allongée, plus amincie à l’extrémité supérieure qu’à l’inférieure, ce qui leur donne la forme d’une petite carafe.
Le péricarpe est rougeâtre et demi-transparent; les côtes sont blanches et hérissées de poils (à l’œil nu le fruit paraît glabre).
La coupe transversale offre une amande demi-circulaire remplissant entièrement un péricarpe mince, membraneux, sans rayons marqués. Ce dernier caractère le distingue du carvi et du fruit J de persil vulgaire. Indépendamment de ce que ce dernier est plus arrondi et moins brunâtre, il offre à la coupe une amande pentagone, dont le côté est interne est beaucoup plus long que les quatre autres, et dont chaque angle est marqué par la coupe blanche d’une des côtes du fruit. L’intervalle entre chaque côté est rempli par un vaste réservoir d’un suc brun d’une apparence mielleuse. (Ajoutez ce caractère essentiel à ceux qui ont été donnés pour le persil vulgaire.) .
Coriandre.
La coriandre, Coriandrum satiuum, L. (fîg. 629) appartient à la tribu des Coriandrées composant seule la sous-famille des cœlo-
OMBELLIFÈRE. — ASSÀ-FŒT1DA.
spermes de la famille des Ombellifères. Elle s’élève à la hauteur de 35 à 50 centimètres; ses feuilles radicales sont semblables à celles du persil, mais celles de la tige sont divisées trèsmenu; ses fleurs son! disposées en ombelles à 3 ou 5 rayons, privées d’involucre et pourvues d’involucelles à 2 ou 3 folioles placées d’un seul côté. Les pétales sont blancs ou rosés, dilatés à la périphérie. Le fruit est sphérique et composé de 2 carpelles soudés qui ne se séparent pas à maturité.
Toute la plante récente a une odeur fétide insupportable ; mais le fruit desséché n’en conserve qu’une agréable, qui même n’est bien sensible que par la pulvérisation ; il est sphérique, jaunâtre et très-léger; il entre dans l’alcoolat de mélisse Composé, et On l’emploie FiS- 629- — Coriandre,
assez fréquemment comme correctif, dans les potions purgatives faites avec le séné.
La coriandre esLabondamment cultivée aux environs de Paris, dans la plaine des Vertus, et en Touraine.
GOMME-RÉSINE d’OMBELLIFÈRES.
Assa-fœtida.
Avant de parler de Y assa-fœtida, je dirai quelques mots d’une plante nommée par les Grecs <n'X©iov et par les latins Laserpitium, dont le suc, connu sous le nom de laser , était considéré comme un médicament héroïque dans un très-grand nombre de maladies. D’après Dioscoride (1), le silphion croît en Syrie, en Arménie, en Médie et en Libye. Sa tige est semblable à celle de la férule, ses feuilles ressemblent à celles de l’ache et sa graine est large. Le laser sort de la tige et de la racine de la plante, par des inci-
(1) Dioscoride, Livre III, ch. lvxxiii.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
sions. Il est doux, transparent, d’odeur approchant de celle de la myrrhe et non de poireau, de goût agréable, blanchissant lorsqu’on le délaye dans l’eau. Celui qui croît en Cyrène a une odeur si douce qu’il ne sent rien, si ce n’est quand on le goûte. Ceux de Médie et de Syrie sont de qualité inférieure et ont une odeur désagréable. Le laser est souvent sophistiqué avec du sagapénum.
Plus loin, en parlant du sagapénum, Dioscoride dit qu’il a une odeur qui tient à la fois du laser et du galbanum, ce qui indique une grande ressemblance entre le premier de ces sucs et l’assafœtida.
Suivant Pline (1), « le Laserpitium {silphion des Grecs) a été d’abord découvert dans la Cyrénaïque, et son suc, nommé laser, est si estimé qu’on le vend au poids de l’argent; mais depuis bien des années la plante est devenue tellement rare dans cette province d’Afrique, qu’onn’enatrouvéqu’neseule tige quifutenvoyée à l’empereur Néron, et que, depuis très-longtemps également, on n’apporte en Italie d’autre laser que celui qui est produit en abondance dans la Perse, la Médie et l’Arménie, mais ce laser est très-inférieur à celui de Cyrène, et est souvent falsifié avec du sagapénum. » Ajoutons que le Laserpitium était tellement vénéré dans la Cyrénaïque que son image y était gravée sur les monnaies : une de ces pièces, dont Pereira m’a transmis la copie, représente d’un côté une tête de jeune homme ayant une corne de bélier au-dessus de l’oreille, et de l’autre une plante férulacée à tige ronde et cannelée, pourvue de 3 paires de feuilles presque opposées, à larges pétioles embrassants, et surmontée d’une ombelle compacte (2).
Cette plante paraît avoir été retrouvée dans un voyage fait en Libye, en 1817, par le docteur Délia Cella ; elle a été décrite par Viviani, (3) sous le nom de Thapsia silphium.
Il me paraît résulter de ce qui précède que le laser Cyrénaïque était un suc très-rare, même chez les anciens, et qui déjà, bien avant Pline, est remplacé par un autre suc analogue venant de Perse et de Médie.
(1) Pline, Livre XIX, ch. iii.
(2) Cette médaille porte sur le champ, du côté du revers, un trépied suivi d’un E copte, dont la branche supérieure est beaucoup plus longue que l’inférieure (indiquant probablement le chiffre V). et au-dessous le mot KYPA abrégé, de xupavi'wv. La médaille gravée par Viviani, au frontispice de son ouvrage, porte sur la face une tête d’Ammon âgé et barbu, et sur le revers la môme plante que ci-dessus, mais le seul mot K°1N°N, que l’on trouve sur un grand nombre de monnaies grcques, et qui ne signifie rien autre chose probablement que monnaie commune ou monnaie courante. 11 me paraît évident que c’est ce mot xoïvov que nous avons traduit par le mot coin appliqué aux matrices des monnaies.
(3) Viviani, Specimen florœ libycæ. Genuce, 1824.
0MBELL1FÈRES. — GOMMES-RESINES.
Ce dernier suc ne peut être que notre Asa-fœtida , le seul qui ne soit pas mentionné par Dioscoride sous son nom moderne. D’ailleurs la ressemblance qui existe entre les noms asa et laser semble indiquer que l’un est un dérivé de l’autre (1).
Il est donc très-probable que la plante qui produit l’asa-fœtida est le silphion de Dioscoride ; mais elle n’a été bien connue que par la description et la figure qu’en a données Ivæmpfer. Cette plante (Fermia Asa-fœtida , L.; fig.tiSQ) porte en Perse le nom de hingisèh, et son suc y est nommé hingh ou hiing. Elle présente une racine vivace, volumineuse, fusiforme, souvent partagée par le bas, pourvue d’un collet élevé au-dessus de terre et garnie d’un faisceau de fibres droites, comme les racines de Meum , de Peucedanum et d’Eryngium. Les feuilles sont toutes radicales, pinnatisectées , à segments pinnatifides-sinués, et à lobes oblongs et obtus. La tige est simple, haute de 2 à 3 mètres, assez grosse par le bas pour ne pas pouvoir être renfermée dans la main, pourvue sur sa longueur de gaines aphyllcs, et terminée par un petit nombre de rameaux qui portent des ombelles nues, à 10, 13 ou 20 rayons, supportant chacun 5 ou 6 fleurs. Les fruits sont ovales, aplatis, d’un rouge brun, marqués de 3 côtes dorsales filiformes, et de 2 côtes latérales s’élargissant en une marge ferme comme un parchemin.
[La plante décrite par Kæmpfer a été successivement attribuée à diverses espèces, trouvées par les voyageurs dans les régions voisines de la Perse. Parmi elles nous citerons l’ombellifère, désignée par sir Falconer, sous le nom de Narthex Asa-fœtida, et rencontrée par lui en 1838 non loin de Cachemire (2). Ce narthex, dont on a pu voir des échantillons venus de graines dans le jardin d’Edimbourg, a dans toutes ses parties une très-forte odeur A Asa-fœtida, mais elle diffère par ses caractères botaniques de
(1) Voir sur ce point la thèse de M. Deniau : « le Silphium, » destiné à établir l’identité de l’ Asa-fœtida et du Silphium des anciens. (Thèses de l’École de Pharmacie de Paris, 1808.)
(?) Voir la description de la plante dans Transactions of Linnean society of Lon . don, 18Î0-51, tome XX, 2e punie, p. 285.
Guibourt, Drogues, 6' édition.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
la plante de Kæmpfer. Elle donne cependant une gomme-résine, qui vient de l’Afganistan dans l’Inde et qui entre peut-être aussi dans V Asa-fœtida qui nous arrive en Europe. Il l'aut citer également comme concourant peut-être à la production de cette substance le Fcla teuterrima de Karelin et Kirilow (I), le Ferula Asa-fœtida , Buchse (non Lin.), et quelques autres espèces analogues.
Quanta la plante de Kæmpfer, elle a été retrouvée par Lehman en 1841, décrite par Bunge sous le nom de Scorodosma fœtidum, récoltée et étudiée par M. Borsczow(2).
Toutes les parties de la plante ont une odeur de poireau et une saveur amère fort désagréable ; mais c’est de la racine principalement qu’on extrait l’asa-fœtida.]
Suivant le récit de Kæmpfer (3), vers la mi-avril, les habitants des montagnes se partagent les lieux où croît la férule à l’asafœtida, et commencent à creuser une fosse autour de la racine, > afin de la découvrir en partie ; ils la dépouillent de sa tige, de i ses feuilles et des poils qui entourent le collet, et la recouvrent d'un lit de feuillage pour la préserver des rayons du soleil qui la feraient périr (4).
Trente ou quarante jours après, du 25 au 26 mai, les travailleurs retournent à leurs racines, les découvrent, en détachent avec une spatule les larmes qui peuvent s’v trouver, et coupent . en rond, en le creusant un peu, le sommet de la racine, afin que le suc puisse s'y rassembler. Us recouvrent la fosse de feuillage et y reviennent deux jours après, pour recueillir le suc épaissi ou les larmes qui s’y trouvent formées, et rafraîchir la surface du disque en en coupant l’épaisseur d’une paille d’avoine ; car il suffit d’ouvrir de nouveau les vaisseaux pour que le suc puisse s’en écouler. Deux jours après, ils font une seconde récolte, après laquelle ils laissent la racine reposer pendant huit à dix jours. Alors ils recommencent à la traiter trois fois, comme la première fois, la laissent de nouveau reposer, etc. Kæmpfer indique de la manière suivante les jours de récolte sur une racine préparée, comme il a été dit, vers la mi -avril ; mai 26, 28, 30; juin, II, 13, 15, 23, 25, 27 ; juillet, 4, 6, 8. Il est probable qu’alors la racine se trouve épuisée.
(1) Voir Ledebourg, Flora Rossica , II, p. 305.
(2) Consulter dans les Mémoires de l' Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Sciences naturelles. 7e série, 1800, III, n° 8, le travail de cet auteur ayant pour titre : Die pharmaceutisch wichtigen F erulaceen dcr aralo-caspischen Wüste.
(3) Kæmpfer, Amen., fasc. m.
(4) Je présume que cette opération a pour but de concentrer par une évaporation lente, le suc laiteux de la racine, qui, sans cela, serait trop liquide pour pouvoir être recueilli.