OMBELLIFÈRES. — GOMME-RÉSINE AMMONIAQUE
temple de Jupiter Aramon, et c’est de là que lui est venu son nom. Dioscoride appelle la plante Agasyllis, et Pline Metopion. Cette différence est à noter, parce que Dioscoride attribue le galbanum au metopion, plante de Syrie, et qu’il paraît en effet que, par une confusion qui s’est perpétuée jusqu’à nous, beaucoup de personnes ont pris l’une pour l’autre ces deux gommes-résines.
Tous les auteurs, jusqu’à Murray, ne font presque que répéter l’origine donnée par Dioscoride à la gomme ammoniaque. Murray cependant la fait venir par la voie de Turquie et des Indes orientales; tandis qu’un voyageur anglais, M. Jackson, assure qu’elle est produite, dans le royaume de Maroc, par une grande plante semblable au fenouil, nommée faskook ou feskouk: mais il est probable que M. Jackson aura pris quelque autre gomme-résine pour de la gomme ammoniaque.
Les renseignements les plus récents font venir la gomme ammoniaque du nord de la Perse et de l’Arménie, et je suis du sentiment de Don, qui pense que son nom ammoniacum ou armnniacum, comme beaucoup l’ont écrit, est corrompu d 'armeniacum. La plante qui la produit a été rapportée de Perse par le colonel Wright, et Don en a formé un nouveau genre d’ombellifère, voisin des Ferula , mais en différant par son disque épigyne large et cyathiforme, et par ses canaux résinifères ( viltœ , DC.), solitaires entre chacune des côtes du fruit. Willdenow s’était antérieurement procuré la même plante en semant les semences que l’on trouve assez souvent dans la gomme ammoniaque du commerce, et qui en sont tellement gorgées, qu’on ne peut mettre en doute qu’elles ne soient celles de la plante même qui produit cette gomme-résine ; mais iljla décrivit mal et lui donna le nom d ' Heracleum gummiferum, tandis que Don la nomme Dorema ammoniac um (1).
[M. Jorsczow (2) a mis hors de doute que c’est cette espèce qui produit la gomme ammoniaque. Elle a une racine moins grosse que le Scorodosma fœtidurn , couronnée de même par les fibres provenant de la destruction des anciennes feuilles : la tige, feuillée seulement à la base, se divise en rameaux, qui portent de distance en distance, sur de courts pédoncules, de petites om-
(1) Observons que les caractères sur lesquels se fonde Don pour séparer cette plantes des férules ne sont pas tous exacts : il suppose, en effet, que les canaux résinifères sont isolés dans chaque vallécule du fruit, tandis qu’il y en a trois comme dans les férules. A la vérité, très-souvent le canal mitoyen est seul développé et gorgé de résine, ce qui le fait paraître solitaire ; mais il n’est pas rare non plus d’en trouver deux, et je possède plusieurs fruits où les trois canaux sont bien distincts.
(2) Don, O/j. cit.
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belles, à rameaux très-courts, offrant presque l’apparence de ca- ) pitules (fi g. 631)].
Fig. 631. — Dorema ammoniacum.
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On trouve la gomme ammoniaque sous deux formes dans le commerce : 1° en larmes détachées, dures, blanches e t opaques à l’intérieur, blanches également à l’extérieur , mais devenant jaunes avec le temps; d’une odeur forte particulière, d’une saveur amère, âcre et nauséeuse ; 2° en masses considérables jaunâtres, parsemées d’un grand nombre de larmes blanches et opaques ; elle est moins pure que la précédente, et possède une odeur plus forte. La première sorte est préférée, à cause de sa pureté ; la seconde peut être employée, à son défaut, pour la préparation des emplâtres.
Suivant l’analyse qu’en a faite M. Braconnot, 1 00 parties de gomme ammoniaque sont composées de : gomme 18,4, résine 70, matière glutiniforme insoluble dans l’eau et l’alcool 4,4, eau 6, perte 1 , 2 (1).
La gomme ammoniaque entre dans l’emplâtre diachylon gommé, dans celui de ciguë et dans les pilules de Bontius.
Fausse gomme ammoniaque de Tanger. J’ai eu raison de dire plus haut que M. Jackson, en assurant que la gomme ammoniaque était produite dans le royaume de Maroc par une plante nommée faskook , avait probablement pris quelque autre gomme-résine pour la première. Un échantillon de celte gomme-résine, remise parM. Lindley à M. Dcreira et dont ce dernier m'a transmis une partie, confirme cette opinion. Cette gomme-résine porte à Tanger le nom de fusôgh ou de fasùgh , et elle est produite, non par le Ferula orientalis auquel Sprengel rapporte le faskook de Jackson, mais par le Ferula tingitana , d’après M. Lindley. En apparence, cette gomme-résine ressemble beaucoup à la gomme ammoniaque en masse et larmeuse ; mais un examen subséquent vient détruire cette similitude. Les larmes qui composent le fusôgh sont moins blanches et moins opaques que celles de la gomme ammoniaque, et présentent quelquefois sur leur contour une teinle bleuâtre; elles sont aussi beaucoup moins dures et sont facilement pénétrées par une pointe de canif. La masse est presque inodore et la saveur en paraît d’abord presque nulle; cependant elle finit par devenir amère, mais elle n’offre rien de l’âcreté et du goût aromatique de la gomme ammoniaque. Ce sont donc deux substances différentes.
Je ne crois même pas que l’on puisse dire que le fusôgh soit la gomme ammoniaque de Dioscoride, sur ce seul fondement que Dioscoride faisait venir ce produit de la Libye Cyrénaïque et des environs du temple de Jupiter Ammon. D’abord la Libye Cyrénaïque est bien éloignée du Maroc ; ensuite Dioscoride a pu être induit en erreur par la similitude des noms ammon et ammoniaque ou armoniaque; troisièmement cet auteur mentionne l’odeur forte de la gomme ammoniaque, qu’il compare à celle du castoréum, et distingue clairement les deux mêmes sortes de gomme ammoniaque que le commerce d’Asie nous a toujours
(I) Braconnot, Ann. de çhim t. LXV1II, p. GG .
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fournies : à savoir, Ja gomme en larmes, qu'il nomme thrausa, et celle en masses, qu’il appelle phriama ou pliurama. Je suis donc persuadé, I quant à moi, que Dioscoride n’a pas connu d’autre gomme ammoniaque que la nôtre, et qu’il s’est seulement trompé sur le lieu de son origine.
—$r Cialbanum.
Cette gomme-résine est encore un exemple de l’incertitude qui peut régner sur l’origine des substances les plus anciennement connues. Tous les auteurs, tant anciens que modernes, s’accordent à dire que legalbanum vient de Syrie, où il est produit par une espèce de férule ; et Lobel ayant trouvé dans du galbanum pris à Anvers des fruits d’ombellifère, grands, larges et foliacés, les sema, et en vit naître une plante qu’il décrivit et figura sous le nom d a Ferula galbanifera (1). Cette plante devait, sans aucun doute, produire le galbanum, et cependant cette opinion tomba devant la description que fit Paul Hermann (2) d’une plante originaire du cap de Bonne-Espérance, devenue depuis le Bubon galbanum, L., qui laissait découler, spontanément ou par des incisions, un suc gommo-résineux offrant tous les caractères du galbanum. On ne douta plus que le galbanum ne provînt du Bubon galbanum de Linné.
Tant de botanistes cependant se sont laissé abuser par la ressemblance des sucs d’ombellifères entre eux, qu’on aurait dû ne pas croire aussi facilement qu’une plante du Cap produisît une gomme-résine tirée jusque-là de Syrie. J’ajoute qu’il n’y a aucun rapport entre les fruits très-petits du Bubon galbanum et ceux très-larges que l’on trouve dans une des sortes de galbanum du commerce; mais ce qui m’empêche de décider entièrement la question contre Hermann et ceux qui l’ont suivi, c’est qu’il existe dans le commerce deux espèces de galhanums, et que je ne puis dire au juste de quelle contrée elles sont tirées.
[Des recherches récentes permettent d’attribuer le galbanum à une espèce du genre Fonda décrite par M. Boissier sous le nom de Ferula erubescens, à cause de la couleur rougeâtre de ses fruits. Buhse, en 1850, a trouvé dans la Perse et les régions voisines les deux types de cette espèce, distingués par M. Boissier sous les noms de Ferula gummosa et de Ferula rubricaulis. Cette dernière variété produirait d’aprèsBuhse le meilleur galbanum. Il découle naturellement de la partie inférieure de la lige et de la base des feuilles sous forme de larmes, couleur jaune d’ambre, d’odeur aromatique, devenant molle entre les doigts. M. Borsczow a en
(1) Lobel, Observ ., p. 451.
(2) Hermann, Paradisus baiavus, p. 163, fg. 43.
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