‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 58 sur 176 · GALBANUM · texte numérisé non relu

GALBANUM

outre signalé, entre la mer d’Aral et la mer Caspienne, une autre férule, qu’il a appelée Ferula schaïr , du nom vulgaire qu’elle porte dans le pays, et qui produit un suc analogue augalbanum du commerce.]

Galbanum mou. Ce galbanum est le premier que j’aie connu, et le seul décrit dans mes deux premières éditions. On le trouve sous deux formes dans le commerce : en larmes et en masse. Le premier est en larmes molles, ou se ramollissant dans les doigts, jaunes, vernissées et gluantes à l’extérieur, ce qui est cause que les larmes les plus pures et les plus sèches's’agglutinent loujoursen une seule masse. Ilestjaune et translucide à l’intérieur, offrant une cassure grenue et comme huileuse ; il aune odeur forte, tenace, particulière et légèrement fétide; sa saveur est âcre et amère.

Le galbanum en masse ne diffère du premier que parce que, étant encore plus chargé d’huile volatile, ses larmes se sont réunies en une seule masse, dans laquelle on les distingue encore. Le fond de la masse, ordinairement plus foncé, et devenant brunâtre avec le temps, est en outre souillé d’impuretés. Au total, en larmes ou en masse, ce galbanum est toujours mou, gluant et comme vernissé. Je n’y ai jamais rencontré de fruits.

On distingue facilement ce galbanum de la gomme ammoniaque, par les larmes dont il se compose. Les larmes de la gomme ammoniaque sontsolides, dures, et se ramollissentbeaucoupplus difficilement; elles sont tout à fait blanches, laiteuses, opaques à l’.intérieur, et offrent une cassure lisse; leur odeur est aussi moins forte et différente.

Ce galbanum aurait plus de ressemblance avec le sagapénum ; mais il s’en distingue par son odeur et sa saveur ; elles sont, à la vérité, fortes et désagréables, mais elles n’ont aucun rapport avec celles de l’asa-fœtida, que les larmes les plus pures de sagapénum offrent toujours. Je ne doute pas que ce ne soit cette sorte de galbanum qui ait été analysée par M. Pelletier. Ce chimiste en a

retiré :

Résine GG, SG

Gomme 19,28

Bois et impuretés 7,52

Malate acide de chaux traces.

Huile volatile et perte 6,34

La résine de galbanum jouit d’une propriété singulière : lorsqu’on la chauffe à une température de 120 à 130 degrés centigrades, on en relire, en autres produits, une huile d’un beau bleu indigo. Celle huile est très-soluble dans l’alcool, auquel elle communique sa couleur. Les acides et les alcalis ne la changent

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

pas, à moins qu’ils ne soient assez concentrés pour décomposer l’huile elle-même, etc. (1).

Galbanum sec. Ce galbanum est, comme le précédent, en larmes ou en masse ; mais il est beaucoup plus sec, et ses larmes, qui ne sont ni gluantes ni vernissées, ne se réunissent pas en une seule masse. Elles sont jaunes à l’extérieur, blanchâtres et souvent opaques à l’intérieur; se distinguant toujours de celles de la gomme ammoniaque par leur peu de consistance, et par leur cassure inégale, qui n’a pas l’aspect d’un lait durci et vitreux. Ce galbanum aune odeur aromatique non désagréable, quoique toujours analogue à celle du précédent. 11 est sujet à contenir des tronçons de tige sillonnée, et les carpelles isolés d'une planteombellifère, semblables à ceux qui ont produit la plante de Lobel, et à ceux examinés par Don, qui, d’après leurs caractères, pense que la plante doit former un genre particulier, voisin des Siler, et qui la nomme Galbanum officinale (2). Voici quels sont ces caractères :

Carpelles détachés, longs de 20 millim., larges de 9; blanchâtres ou jaunâtres, un peu terminés en pointe aux deux extrémités, plans du côté de la commissure, un peu bombés sur le dos, marqués de 5 côtes linéaires demi-ailées, les marginales ne l’étant pas plus que les dorsales. Ces fruits sont dépourvus de canaux résinifères apparents dans les vallécules, qui cependant sont souvent remplies de gomme-résine. Don admet deux canaux résinifères du côté de la commissure; mais je n’y vois que des sillons remplis de gomme-résine â nu, comme les vallécules.

Opopanax.

Cette gomme-résine, très-bien décrite par Dioscoride, est tirée d’une plante ombellifère nommée par lui Panaces heracleum, dont les caractères se rapportent bien à Y heracleum Panaces de Linné. Cependant en a préféré depuis l’attribuer, soit au Pastinaca opopanax, L., soit à son Laserpitium chironium dont les botanistes ne fontaujourd’hui qu’une espèce sous le nom de Opopanax chironium Koch. On trouve l’opopanax sous deux formes dans le commerce, en larmes et en masse.

La première sorte d’opopanax est en larmes anguleuses et irrégulières, ayant à peu près le volume d’une pistache ou d’une semence de cacao. Ces larmes sont d’une couleur orangée rougeâtre ou rougeâtre, et demi-transparentes à l'extérieur ; mais elles sont généralement opaques, blanchâtres, jaunâtres ou d’un jaune marbré de rouge à l’intérieur. Elles sont légères et friables,

(1) Pelletier, Bulletin de pharmacie, t. IV, p. 97.

(2) Arch. de bot., t. I, p. 373.

GR0SSULAR1ÉES.

quoique peu sèches; elles ont une saveur âcre et amère et une odeur aromatique très-forte, qui tient de Tache et de la myrrhe. Elles ont quelquefois l’aspect de la myrrhe; mais leur légèreté, leur friabilité et leur odeur particulière les font facilement reconnaître. Elles sont1 aussi facilement attaquées par les insectes, ce qui tient à l’amidon qu’elles contiennent et auquel elles doivent pareillement leur opacité et leur friabilité.

L’opopanax en masse est sous forme de grumeaux agglutinés, toujours jaunâtres à l’extérieur, blanchâtres à l’intérieur, d’odeur et de saveur semblables à la première sorte. Il ressemble beaucoup au galbanum sec en masse, dont on le distingue surtout par son odeur. Je n’ai pas observé qu’il fût attaqué par les insectes comme Topopanax en larmes.

J’ai trouvé dans le commerce un opopanax en masse, d’un brun noirâtre, tenace, compacte, présentant à peine quelques larmes jaunâtres, et qui n’était guère reconnaissable qu’à son odeur caractéristique d’ache et de myrrhe mêlées. Cette sorte doit être rejetée.

D’après l’analyse de M. Pelletier, Topopanax est composé de :

Résine 42,0

Gomme 33,4

Amidon 4,2

Extractif et acide malique 4,4

Ligneux 9,0

Cire 0,3

Huile volatile et perte 3,9

FAMILLE DES GROSSULAIUÉGS.

Celte petite famille, composée presque du seul genre Ribes ou groseillier, avait été comprise par A.-L. de Jussieu dans ctdle des Cactées) dont elle se rapproche par son fruit charnu et infère, contenant un grand nombre de graines fixéesà 2 trophospermes pariétaux; mais dont elle diffère par le nombre fixe et restreint des parties de la (leur et par unendosperme très-développé. Les groseilliers sont des arbrisseaux en général peu élevés, pourvus ou dépourvus d’aiguillons, à feuilles alternes et lobées. Leurs fleurs sont disposées en grappes axillaires dans les espèces dépourvues d’aiguillons, ou bien sont solitaires ou réunies en petit nombre dans les espèces aiguillonnées. Le calice est monosépale, à b divisions rabattues en dehors; les pétales sont au nombre de b, petits, droits, insérés sur le calice et alternes avec les divisions; l’ovaire est infère, uniloculaire, surmonté d’un style simple, terminé par 2 stigmates. Le fruit est une baie globuleuse, ombiliquée au sommet, contenant plusieurs graines attachées par des funicules à 2 trophospermes pariétaux opposés. Ces graines sont pourvues d’une première enveloppe gélatineuse et d’un tégument crustacé (endoplèvre) adhérent à Tendo-

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sperme. L’embryon est droit, très-petit, placé à la base de l’endosperme très-développé et presque corné.

Les groseilliers croissent naturellement dans les taillis un peu humides des lieux tempérés et même un peu froids des deux continents. Trois espèces principalement sont cultivées pour leurs fruits.

Groseillier rouge, Ribes rubrum , L. Sa tige se divise dès sa base en rameaux nombreux, non épineux, formant un buisson de i mètre à lm,05 de hauteur. Ses feuilles sont pétiolées, découpées en 5 lobes, glabres ou légèrement pubescenles. Ses fleurs sont d’un blanc verdâtre, disposées en petites grappes simples, axillaires. 11 leur succède de petites baies globuleuses, lisses, glabres, succulentes, d’une saveur acide et agréable due aux deux acides malique et citrique. Elles sont ordinairement rouges, mais quelquefois roses ou blanches, suivant les variétés. Les rouges sont plus acides; les blanches sont plus mucilagineuses et plus sucrées. On fait une grande consommation des unes et des autres, soit pour la table, soit pour la préparation d’une gelée et d’un sirop qui sont très-usités.

Groseillier noir OU cassis, Ribes, ïligrUTR L. Feuilles à 3 OU 5 lobes, glanduleuses en dessous. Grappes très-lâches, velues; pétales oblongs. Fruits noirs, plus gros que les groseilles rouges, fortement aromatiques et d’un goût piquant. Ils ne sont guère employés que pour la préparation d’un ratafia nommé cassis, qui a eu une grande vogue pendant longtemps, mais qui est beaucoup moins usité aujourd’hui.

Groseillier à maquereau, Ribes UVCl-CriSptt , L. Cette espèce, à l’état sauvage, constitue un petit arbrisseau, haut de CO centimètres, très-épineux, pourvu de fleurs axillaires, solitaires ou géminées, auxquelles succèdent des fruits verdâtres, globuleux ou ovoïdes et de la grosseur d’une noisette. Cet arbrisseau cultivé a fourni un grand nombre de variétés dont les fruits verdâtres, blanchâtres, rougeâtres ou violacés, dépassent souvent la grosseur des cerises ou du raisin. Ces fruits sont nus ou couverts de poils rudes; ils ont une saveur sucrée, aigrelette et un peu aromatique. On peut, en les faisant fermenter, en obtenir un vin que l’on dit être assez agréable.

Page 1