Ô FAMILLES DES CACTÉES, DES FICOÏDÉES, DES CRASSULACÉES
DES rORTULACÉES.
Je réunis ensemble ces quatre familles, dont les caractères botaniques sont assez différents, mais qui se rapprochent par la nature char-
CACTÉES, FICOIDÉES, CRASSULACÉES, PORTULACÉES. 253
nuede leur stiges et de leurs feuilles, et parla présence d’une forte proportion de malate acide de chaux dans leur suc; de sorte que leurs propriétés médicales sont d’ôtre rafraîchissantes, à l’exception d’un petit nombre qui sont pourvues, en outre du suc acidulé calcaire précédent, d’un suc laiteux plus ou moins âcre qui les rapproche des euphorbes.
Les cactées, principalement, sont remarquables par leurs formes tout à fait insolites, les unes consistant en une masse charnue, arrondie et pourvue de côtes comme un melon ( Melocactus communis ), mais couverte sur toutes les arêtes d’épines fasciculées et rayonnantes; les autres présentent la forme d’un gros cierge multangulaire et épineux, haut de 8 à 10 mètres (Cereus per avianus), ou celle de longs serpents entrelacés ( Cereus serpentinus) ; ou bien encore celle de larges gâteaux charnus, articulés les uns sur les autres : tels sont les nopals ou Opuntia, auxquels cette forme a fait donner le nom vulgaire de raquette. C’est sur une espèce de ce genre ( Opuntia cocliinillifera) que l’on cultive la cochenille, insecte hémiptère dont la femelle, dépourvue d’ailes, se fixe sur la plante afin d’y vivre, d’y être fécondée, et d’y multiplier; mais on la récolte avant sa ponte, et on la fait sécher à l’étuve ou sur des plaques chaudes pour la livrer au commerce.
La plupart des plantes appartenant à cette famille, indépendamment de l’intérêt qu’elles présentent par la singularité de leurs formes, sont remarquables parla beauté de leurs fleurs, et beaucoup sont recherchées dans leur pays natal pour l’acidité agréable de leurs fruits.
Les principaux caractères des Cactées sont un calice soudé avec l’ovaire, divisé supérieurement en lobes nombreux, imbriqués, plurisériés, pétaloïdes ; une corolle formée de pétales nombreux, imbriqués, plurisériés, insérés sur le sommet du tube du calice; des étamines nombreuses, plurisériées, à anthères biloculaires. L’ovaire est uniloculaire, infère, à placentas pariétaux nombreux et pluri-ovulés ; le style est terminal, indivis, mais terminé par autant de stigmates qu’il y a de placentas. Le fruit est une baie ombiliquée au sommet, charnue, dont les graines, nichées dans la pulpe, sont attachées aux trophospermes pariétaux par des funicules filiformes. Les graines ont un double tégument et contiennent un embryon droit ou recourbé, privé d’endosperme.
Les ficoïdées ont un calice gamosépale à 5 divisions ; les pétales sont nombreux, imbriqués, insérés sur le haut du tube du calice, ainsi que les étamines qui sont nombreuses, multisériées, à anlhèresbiloculaires, versatiles. L’ovaire est adhérent au tube du calice, pluriloculaire, à placentas linéaires soudés aux nervures médianes des feuilles carpellaires, et occupant le fond des loges. Les ovules sont nombreux, fixés aux placentas par de longs funicules. Les stigmates, en même nombre que les loges, terminent l’axe central qui les réunit. Le fruit est une capsule pluriloculaire s’ouvrant par les sutures ventrales des carpelles, devenues supérieures ; les graines sont nombreuses, à lesta dur ; l'embryon est courbé en arc et entoure en partie un endosperme farineux.
Le principal genre de la famille des Ficoïdées est le genre ficoïde ou Mesembryanthemum, dont une espèce, nommée glaciale ( Mesembryan -
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
themum cristallinum ), est toute couverte de vésicules gélatineuses et brillantes, ressemblant à de petits glaçons, et remplies d’un principe gommeux insoluble dans l’eau, de nature semblable à celui qui compose presque en totalité la gomme kutéra.
Les nopals fournissent aussi- une grande quantité d’une gomme analogue (gomme de nopal), que sa complète insolubilité dans l’eau rend tout à fait inutile aux arts. Elle est sous la forme de concrétions vermiculéesou mamelonnées, d’un blanc jaunâtre ou rougeâtre, translucides ou demi-opaques; elle a une saveur fade mûlée d’un peu d’âcreté, et elle cr ie sous la dent. Mise à tremper dans l’eau, cette gomme se gonfle, blanchit, mais n’acquiert aucun liant. Quelques portions détachées nagent divisées dans la liqueur; mais la presque totalité forme une masse résistante non mucilagineuse, que la pression sépare en parties non liées, et qui prennent, en se desséchant sous les doigts, un aspect farineux. L’iode la colore superficiellement en bleu noirâtre.
Divisée par l’eau et vue au microscope, elle a la forme d’une substance gélatineuse, plissée, à bords finis, d’une épaisseur et d’une consistance très-marquées. En y ajoutant de l’iode, la substance gélatineuse principale ne paraît pas se colorer: mais on y observe une grande quantité de points colorés en bleu-noir, opaques, très-petits, devant être une espèce particulière d’amidon. Enfin, que la substance soit ou non additionnée d’iode, elle offre constamment, et disséminés à distance, des groupes de cristaux bien finis, terminés par des biseaux aigus, et exactement semblables à ceux que M. Turpin a observés dans le tissu même du Cereus peruvianus, et que M. Chevreul a reconnus pour être de l’oxalate de chaux (1). Ces cristaux caractérisent la gomme de nopal et serviront toujours à la faire reconnaître.
Les crassulacées ont un calice libre, persistant, à o lobes, très-rarement à un plus grand nombre; les pétales sont en nombre égal aux lobes du calice et alternes avec eux, tantôt libres et tantôt soudés en tube par la partie inférieure; les étamines sont en nombre égal ou double de celui des pétales; les anthères sont biloculaires et fixées par la base à des filets distincts. L’ovaire est multiple, composé d’autant de carpelles libres qu’il y a de pétales, opposés aux pétales, et contenant des ovules nombreux fixés à la suture ventrale; chaque carpelle est terminé par un style continu à la suture dorsale, portant un stigmate introrse, presque terminal. Le fruit est composé d’un grand nombre de follicules libres, rarement soudés, s’ouvrant par la suture ventrale. Les semences sont plus ou moins nombreuses, très-petites, scrobiformes, à épisperme membraneux; l’embryon est droit, cylindrique, situé dans l’axe d’un endosperme charnu, quelquefois très-ténu ou presque nul.
Les plantes suivantes de la famille des crassulacées sont encore usitées :
Joubarbe «les toits ,Sempervivum tectorum , L. Cette plante croît en Europe dans les fentes des rochers, sur les vieux murs et sur les toits rustiques. Sa racine, qui est fibreuse, donne naissance à
(1) Voy. Ann. des sc. nat., t. XX, p. 2G, pl. l; et Journ. de pharm., t. XX, p. 52G.
CRASSULACÉES. — VERMICULAIRE.
2 oo
plusieurs rosettes de feuilles charnues, oblongues, pointues, d’un vert glauque, persistantes, qui figurent à peu près un capitule d’artichaut. Du milieu de ces feuilles s’élève une tige cylindrique, haute de 20 à 30 centimètres, rougeâtre, garnie de feuilles plus étroites et plus pointues que celles de la rosette, divisée par le haut en plusieurs rameaux très-ouverts, portant, presque en forme d’épis, des fleurs purpurines à 12 ou 13 divisions et à 12 ou 15 ovaires.
Le suc des feuilles de joubarbe est abondant en albumine et en surmalate de chaux. On le donnait autrefois intérieurement, dans les fièvres bilieuses inflammatoires; il est encore usité aujourd’hui comme rafraîchissant, associé à l’huile ou à la graisse, contre les brûlures et les hémorrhoïdes.
Or pin ou repris e,*Sedum telephium, L. Celte plante croît dans les lieux incultes et ombragés. Ses tiges sont droites, rondes, garnies de feuilles un peu charnues, ovales-oblongues, atténuées à la base, dentées, quelquefois rouges sur les bords. Les fleurs sont très-nombreuses, disposées en cime terminale, blanches ou purpurines, pourvues d’un calice à 5 lobes, d’une corolle à 5 pétales, de 10 étamines et d’un ovaire à 5 carpelles. Les feuilles sont rafraîchissantes comme celles de la joubarbe. Le peuple les emploie souvent avec succès pour opérer la cicatrisation de plaies plus ou moins considérables.
B*elite joubarbe OU trique-madame, Sedurn album , L. {fig. 632).
Racine menue, fibreuse, vivace.
Tiges cylindriques, rougeâtres, glabres, étalées sur la terre, puis redressées, longues en tout de 16 à 30 centimètres, un peu rameuses au sommet. Feuilles éparses, cylindriques, succulentes, obtuses, d’un vert un peu rougeâtre. Fleurs disposées en un corymbe étalé, à pétales blancs et à anthères noirâtres. Le suc de cette plante est légèrement slyptique ; il est rafraîchissant et astringent comme celui des précédentes.
Vermiculaire brûlante, Sedum acre , L. ( fi g . 633). Racine vivace, menue, fibreuse, donnant naissance à des tiges nombreuses, glabres, hautes de 6 à 8 centimètres, garnies de feuilles , éparses
sfl's
Fig. 632. — Petite joubarbe.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
ovales, un peu triangulaires, courtes, succulentes, d’un vert clair, très-rapprochées les unes des autres. Les fleurs sont jaunes, disposées en petits bouquets au sommet des tiges. Cette plante est commune dans les lieux arides et pierreux, sur les vieux
les rochers ou sur les murs, de la France méridionale et occidentale, en Espagne, et en Angleterre. Sa racine est tubéreuse, charnue. Ses feuilles radicales sont arrondies, ombiliquées, concaves, crénelés sur leur bord, lisses, verdâtres, charnues et succulentes. La tige porte des feuilles plus petites, presque cunéiformes; et des fleurs en grappe spiciforme pendantes, d’un vert jaunâtre, à divisions de la corolle peu profondes, mucronées et concaves.
Les feuilles de cotylet ont été préconisées depuis quelque temps contre l’épilepsie. Elles contiennent, d’après M. Hétet (I), de la trimé thy lamine , un sel ammoniacal , du nitrate de potasse , etc.
Les PORTur.AcÉEs, qui terminent cette série, ont un calice demi-adhérent à l’ovaire ou libre, formé de 2 sépales (rarement 3 ou 5) soudés entre eux ou libres. Les pétales sont au nombre de 4 à 6, libres ou soudés, souvent nuis : les étamines sont au nombre de 3 à 12, insérées sur le calice, ou sur la corolle lorsqu’elle est gamopétale; les anthères sont biloculaires (genre Montia) ou quadrilobées (Portulaca). L’ovaire est uniloculaire, libre ou à demi soudé avec le calice, à placenta central, et surmonté d’un style simple, divisé supérieurement en 3-5 branches stigmatifères. Le fruit est une capsule uniloculaire, Lanlôt pyxidée, comme dans les pourpiers, tantôt s’ouvrant par trois valves longitudinales {montia). Les graines sont fixées au centre de la capsule; elles
murs et les chaumières. Elle fleurit en juin et juillet. Elle a une saveur piquante, âcre et presque caustique.
Elle est vomitive et résolutive; on l’a conseillée, séchée et pulvérisée, contre l’épilepsie : il faut en faire usage avec circonspection.
Fig. 633. — Vermiculaire brûlante.
Cotylet ou nombril «le Vénus, UmblllCUS pendulinus . Petite plante croissant sur
(1) Hôtct, Archives de médecine navale , Paris, 1804, t. II.