‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 61 sur 176 · FAMILLE DES CUCURBITACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CUCURBITACÉES

Plantes herbacées, couvertes de poils rudes; à tiges rampantes ou grimpantes ; à feuilles alternes, pétiolées, palmatinervées et palmalilobées, accompagnées de vrilles placées sur le côté du pétiole. Leurs fleurs sont en général unisexuelles et monoïques, très-rarement hermaphrodites. Le calice est gamosépale, soudé avec l’ovaire dans les fleurs femelles, partagé supérieurement en 5 lobes imbriqués qui sont soudés avec la corolle, à l’exception de leur extrémité qui reste libre. La corolle est formée de 5 pétales insérés sur le limbe du calice, soudés avec lui et soudés entre eux par le bas, de manière à former une corolle gamopétale, rotacée ou campanulée,à 5 lobes imbriqués, alternes avec ceux du calice.

Les fleurs mâles contiennent 5 étamines insérées à la base de la corolle, alternes avec ses divisions, quelquefois libres, quelquefois raonadelphes, mais le plus souvent triadelphes; c’esl-à-dire que, de ces étamines, quatre sont réunies deux par deux, par leurs filets, et que la cinquième reste libre. Les filets sont courts et épais, se continuant en un connectif ordinairement flexueux; les anthères sont à une ou deux loges linéaires, soudées dans toute leur longueur avec le connectif dont elles suivent le bord sinueux, en figurant souvent une sorte d’c/2 placée horizontalement. Les fleurs femelles présentent un ovaire infère, rarement uniloculaire et uniovulé (genres Sicyos , Sechium, Gronovia ); le plus souvent formé de 3 ou de 5 carpelles dont les bords, en s’infléchissant jusqu’au centre, forment des cloisons épaisses et pulpeuses qui se réfléchissent de nouveau vers la circonférence, en se dilatant en trophospermes pariétaux. Le style est court, terminé par 3 ou 5 stigmates épais. Le fruit, nommé péponide , est une baie infère, ombiliquée au sommet, à 3 ou 5 loges, mais devenue souvent uniloculaire par la destruction des cloisons, et offrant des trophospermes pariétaux chargés d’un très-grand nombre de graines. Celles-ci sont aplaties, portées sur un court funicule, pourvues d’un épiderme gélatineux et d’un tégument cartilagineux, souvent entouré d’une marge Guiboubt, Drogues, 6' édition. T. III. — 17

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

épaissie, et recouvrant immédiatement un gros embryon homolrope, ■ dépourvu d'endospcrme.

Celui-là se tromperait, nous dit Endlicher, dans son excellent Enchiridion botanicum , qui croirait, en comparant le melon et la coloquinte, qu’il existe une grande différence dans les propriétés 3 des plantes cucurbitacées. Le fait est que le plus grand nombre est pourvu de la môme vertu, différant seulement dans d’innombrables degrés, soit en raison de la diversité des organes, soit par i l’adjonction de substances indifférentes et principalement du sucre; soit môme simplement par l'âge des fruits, dont les uns sont plus actifs dans leur jeune âge et les autres à l’époque de leur maturité (1). La plupart, en effet, doivent à des substances amères, extractives ou sous-résineuses, cristal lisables ou incris- i tallisables, leur vertu purgative et émétique, véhémente dans beaucoup d’entre elles, adoucie dans d’autres, contenue le plus souvent dans les dernières racines, et quelquefois très-violente dans leurs fruits.

Racine de bryone.

Car. gén.: fleurs monoïques ou dioïques. — Fleurs mâles : calice à 5 dents, corolle à o pétales à peine soudés, étamines triadel-

Fig. 634. — Bryone.

plies à anthères llexueuses. — Fleurs femelles : calice et corolles

(I) Les fruits de lufla, qui, dans leur jeunesse, sont comptés au nombre des aliments journaliers des Arabes et des Indiens, acquièrent une forte propriété purgative en mûrissant.

CUCURB1TACEES.

RACINE DE BRYONE.

semblables, style trifide; baie lisse, globuleuse, oligosperme; semences ovées, à peine comprimées, plus ou moins marginées.

On connaît plus de soixante espèces de bryones, dont la plupart sont asiatiques ou africaines ; deux espèces seulement sont indigènes à l'Europe. L’une, croissant principalement dans le Nord, est monoïque, a les baies rouges et la racine d’un jaune de buis. On l’a nommée bryone noire ou vigne noire (1), et c’est elle que Linné a décrite sous le nom de Bryonia alba. L’autre espèce, qui croit plus communément en France et en Allemagne, est dioïque, a les fruits rouges et la racine blanche : c’est elle que Jacquin a nommée Bryonia clioica, et qui a porté chez nous les noms vulgaires de eouleuvrée, bryone blanche et vigne blanche.

La bryone blanche croit près des haies. Elle est' rude au toucher, grimpante et munie de vrilles comme les autres Cucurbitalacées; mais elle s’en distingue par son fruit, qui est une petite baie pisiforme, etpar sa racine. Celle-ci est charnue, fusiforme,souventbifurquée,et de la grosseur de la cuisse d’un enfant; elle est d’un blanc jaunâtre au dehors et d’un blanc grisâtre à l’intérieur; elle a une odeur vireuse et nauséeuse, surtout lorsqu’elle est fraîche, et une saveur âcre et caustique. Son suc produit des érosions sur la peau, et purge violemment à l’intérieur. Ces propriétés ne disparaissent qu’en partie par la dessiccation. La bryone sèche est blanche, coupée en rouelles d’un grand diamètre, offrant des stries concentriques très-marquées, une saveur amère, âcre, même encore un peu caustique, et une odeur désagréable. On peut cependant détruire le principe caustique de la bryone en la râpant récente, et laissant fermenter la pulpe pendant quelque temps ; alors on en retire une fécule abondante qui peut suppléer à celle des céréales et de la pomme de terre, dans quelques-uns de leurs usages.

La racine de bryone a été analysée par Yauquelin, par Brandes et par 3VI. Dulong d’Astafort. Ces trois chimistes en ont retiré un principe nommé bryonine, doué d’une très-grande amertume, extraciforme, azoté, soluble dans l’eau, mais dont les propriétés ne sont pas entièrement semblables ; de sorte qu’il reste des doutes sur sa pureté et sur sa nature particulière.

La racine de bryone sèche a été employée contre l’hydropisie, l'hystérie, la paralysie, et contre quelques maladies chroniques. Sa pulpe récente a été usitée à l’extérieur comme rubéfiante.

(1) Une autre plante a porté les noms de vigne noire et de bryone noire : c’est le tamier ou sceau de Notre-Dame ; de môme que le nom de vigne blanche a été donné à la clématite, Clematis ritalba , L.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

O Concombre sauvage OU concombre d’âne.

Momordica elaterium, L. ; Ecbalium agreste, Rich. {fi g. 635). Racine J épaisse de 5 à8 centimètres, longue de 30cenlimètres et plus, blan- { châtre, vivace. Tiges couchées, longues de J 00 à 130 centimètres ) couvertes, ainsi que toute la plante, de poils très-rudes. Les

feuilles sont pétiolées, cordiformes, crénelées, quel- )

Fig. 635. — Concombre sauvage.

quefois un peu lobées. Les t fleurs sont axillaires, monoï-i-j ques, les mâles disposées en I grappes, les femelles solitai- ; res. Le calice est très-courtement campanulé, à 5 divi-t-H sions aiguës ; la corolle est i insérée sur le calice, à 5 lo- 1 bes étalés, d’un jaune pâle avec des veines verdâtres; les étamines sont triadel - 'i plies, à anthères uniloculai- ; res et linéaires, fixées à la marge sigmoïde du connec- a tif. Les fleurs femelles sont i dépourvues de tout organe î mâle; l’ovaire esttriloculaire, 1 surmonté d’un style trifide.

Le fruit est une baie ovale ou

elliptique, toute hérissée de poils rudes, verte d’abord, mais devenant jaune en mûrissant. Elle s’ouvre par la séparation du pé-û doncule, et lance alors au dehors avec force, et avec une sorte d’explosion, ses semences accompagnées d’un suc mucilagineux. .1 Les semences sont ovales, à peine comprimées, lisses. C'est avec le suc exprimé de ce fruit que l’on préparait autrefois l’extrait connu sous le nom d 'elaterium. C’est un violent purgatif.

— Coloquinte.

Cucumis colocynthis , L. (fig. 636). Car. gén calice tubuleux, U campanulé, à 5 divisions aiguës ; pétales à peine soudés entre eux : et avec le calice. Fleurs mâles à o étamines triadelphes; fleurs femelles à 3 stigmates épais et bipartites. Péponide à 3 ou 6 loges ; 'i semences ovées, comprimées, non entourées d’une marge.

La coloquinte est une plante rampante et velue dont les feuilles 1

CUCURBITACEES. — COLOQUINTE.

sontlonguement pétiolées, assez larges, profondément incisées et et à lobes obtus; les vrilles sont courtes. Les fleurs sont axillaires et solitaires, pédonculées; le tube du calice est globuleux dans les fleurs femelles, à limbe campanulé terminé par 5 dents étroites ; les pétales sont petits. Les fruits sont globuleux, glabres, unis,

Fig. C36. — • Coloquinte.

jaunes à maturité, ayant la forme et la grosseur d’une orange. Ils sont composés d’une écorce mince, peu consistante, et d’une chair assez sèche, très-amère, renfermant un grand nombre de semences jaunâtres.

Ce fruit nous arrive sec et tout écorcé de l’Espagne et des îles de l’Archipel; il est blanc, léger, spongieux et d’une amertume insupportable. C’est un violent purgatif. On en prépare une poudre, un extrait aqueux et un extrait alcoolique; il entre dans un assez grand nombre de médicaments composés.

L’excessive amertume de la coloquinte est due à un principe particulier que Vauquelin a proposé de nommer colocynthine . Ce principe se dissout presque seul lorsqu’on traite la coloquinte par l’alcool très-rectifié, et mélangé de gomme quand on opère avec l’eau. L’extrait alcoolique est d’un jaune doré, sec et trèsfragile. Lorsqu’on le traite par l’eau, il semble se séparer en deux parties : une insoluble, jaune, demi-transparente, ressemblant à une résine molle; l’autre soluble, mais qui se sépare de l’eau à ila température de l’ébullition, sous la forme de gouttes huileuses qui deviennent sèches et cassantes à froid. Vauquelin a pensé que ces deux parties ne différaient pas l’une de l’autre. La solution

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

aqueuse, quoique peu chargée de matière, est très-amère, mousse fortement par l’agitation et précipite par la noix de galle et l’acétate de plomb.

<Q Concombre cultivé.

Cucumis sativus , L. Feuilles pétiolées, cordiformes, grossièrement dentées et à 5 lobes peu marqués, dont le terminal est aigu et plus grand que les autres. Les fleurs sont assez grandes, courtement pétiolées, réunies deux ou trois dans Faisselle des feuilles; les divisions du calice sont réfléchies en dehors; les pétales sont pointus. Les fruits sont oblongs, plus ou moins arqués, obscurément anguleux, à surface lisse, quoique souvent tuberculeuse, et formés de carpelles distincts et séparables à l’intérieur. Ce fruit peut acquérir la grosseur du bras et une longueur de 20 à 25 centimètres; la chair en est blanche, très-succulente, faiblement sucrée et d’une odeur un peu vireuse. Il est divisé intérieurement en 3, 4 ou 6 loges, qui contiennent un grand nombre de semences à surface lenticulaire, mais ovales et pointues, blanches, coriaces et renfermant une amande émulsive.

La chair du concombre est usitée comme aliment ; on en prépare, avec le suc exprimé et de la graisse de veau, un liparolé qui est d’un usage général comme cosmétique. Les semences sont | au nombre de celles que l’on nommait autrefois les quatre grandes semences froides ; on en prépare encore quelquefois des émulsions et un sirop analogue au sirop d’orgeat.

Le cornichon est une variété du concombre, à fruit vert, plus i que le précédent, tout hérissé d’aspérités et à chair ferme. On le cueille dans sa jeunesse, et on le confit dans le vinaigre pour le faire servir d’assaisonnement.

Le melon, CucumiS melo , L., et le melon «l’eau OU pastèque, Cucumis citrullus , DC. , sont des fruits recherchés pour la douceur, l’arome et la succulence de leur chair. Leurs semences font partie des quatre semences froides ; mais celles de melon ressemblent tellement à celles de concombre qu’on n’en fait aucune distinction. Celles de pastèque sont reconnaissables à leur épisperme d’un rouge violacé.

Courge OU calebasse.

Lagenaria vulgaris, Scringe; Cucurbita lagenaria, L. Cette plante a les feuilles arrondies, molles et lanugineuses. Les fleurs sont blanches et très-évasées; les mâles à 5 étamines triadelphes, les femelles pourvues d’un ovaire presque privé de style et terminé

Page 1