‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 65 sur 176 · MYRTE COMMUN · texte numérisé non relu

MYRTE COMMUN

se rétrécit brusquement, puis s’ouvre par une fissure circulaire, et se termine par un opercule ligneux, arrondi en forme de calotte en dessus, mais prolongé en dessous en un axe conique quadrangulaire, et marqué de quatre cavités qui répondent aux quatre loges du fruit. C’est à la base de cet axe que sont fixées les semences qui sont peu nombreuses et quelquefois solitaires dans chaque loge, enveloppées d’une membrane charnue, et pourvues d’une amande huileuse, bonne à manger et usitée comme aliment et pour l’extraction de l’huile, au Brésil et dans la Guyane. On trouve dans les cabinets des curieux un assez grand nombre d’espèces de ces fruits, variables par leur forme et leur grosseur.

Châtaignier du JSrésil, nommé juvia sur les bords de l’Orénoque et touka à Cayenne; Berthùlletia excelsa, H. B. Très-grand arbre du Brésil et des forêts de l’Orénoque, dont Alex, de Huuiboldt n’avait pas vu les fleurs, ce qui l’a empêché d’en reconnaître les affinités naturelles; mais que la structure de sa fleur, observée par M. Poileau à Cayenne, et celle de son fruit, placent tout auprès des Lecythis. La structure des Heurs est exactement celle des Lecythis et des Couroupita ; et quant au fruit, que Alex, de Humboldtavait cru supère,ilest au contraire presque complètement infère, et le limbe du calice, en tombant, n’y laisse presque aucune trace. Ce fruit, d’après Alex.de Humboldt, est sphérique et peut acquérir le volume de la tête d’un enfant; mais ceux cultivés à Cayenne n’ont guère que 10 à 12 centimètres de diamètre et sont sensiblement déprimés sur leur hauteur. Ce fruit, à l'état récent, est formé d’un brou vert, uni et luisant, peu épais, sous lequel se trouve une coque ligneuse assez épaisse, très-raboteuse à sa surface. L’intérieur est divisé en 4 loges contenant chacune 6 ou 8 semences fixées à un axe central, ligneux, quadrangulaire, s’épaississant vers l’extrémité et se terminant par un bouton qui servait de base au style. Ce bouton se détache par la dessiccation du péricarpe, et y forme une ouverture circulaire fort petite, à travers laquelle les semences et l’axe ligneux luimême ne peuvent sortir. Les semences sont trigones, longues de 3 ou 4 centimètres, épaisses de 2 ou 3, formées d’un test osseux, de couleur cannelle, -très-raboteux à sa surface, et d’une amande blanche, trèsbonne à manger, dont on peut retirer par expression une huile propre à remplacer celle d’olive, soit pour l’usage de la table, soit pour la fabrication du savon (1).

Myrte commun.

Myrtus communis, L. Car. yen.: calice à. tube globuleux soudé avec l’ovaire, à limbe libre à 5 parties, rarement 4. Pétales en nombre égal aux divisions du calice; étamines nombreuses, libres. Baie globuleuse, à 2 ou 3 loges, couronnée par le limbe du calice ; plusieurs semences (très-rarement une seule) dans chaque loge, réniformes, A test souvent osseux. Embryon arqué, à cotylédons

(l) Jauni, pharm., t. X, p. Cl ; Journ. pharm. et chim. , t. VI, p. 132.

DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.

très-courts, demi cylindriques, à radicule deux fois plus longue que les cotylédons.

Le myrte commun n’est qu’un arbrisseau très -élégant dans nos jardins; mais, dans le midi de l’Europe et dans le Levant, c’est un arbre à tige droite, divisée en nombreux rameaux. Les feuilles sont opposées, presque sessiles, assez petites, ovales-lancéolécs, très-entières, lisses, d’un vert foncé, fermes, persistantes, parsemées de points glanduleux translucides, et douées d’une odeur forte et très-agréable lorsqu’on les froisse. Les fleurs sont blanches, solitaires dans l’aisselle des feuilles. Le fruit est une petite baie globuleuse, d’un bleu noirâtre, douée d’une odeur aromatique assez forte également. On préparait autrefois avec les feuilles de cet arbuste, qui était consacré à Vénus, une eau distillée aromatique très-recherchée pour la toilette, et les baies faisaient partie de compositions astringentes qui jouissaient aussi d’une grande réputation. O

Giroflier et girofles.

Caryophyllus ciromaticus , L. ( fig . 641). Le giroflier est un arbre originaire des îles Moluques, d’où il a passé dans l’île Bourbon

en 1770, deux ans plus tard à Cayenne, et de là dans nos autres colonies.

Il a les feuilles opposées, coriaces, ponctuées, oblongues, rétrécies en pointe aux deux extrémités. Les fleurs sont disposées en cymes terminales, ou en corvmbes partant de l’aisselle des rameaux; elles sont composées d’un ca lice tubuleux, cylindracé, divisé supérieurement en 4 lobes ; d’une corolle à 4 pétales insérés au haut du tube du calice, adhérents par leur sommet et se séparant du calice, sous forme de coiffe, lors de l’anthèse. Les étamines sont insérées sur un anneau charnu, tétragone; elles sont libres, mais disposées en 4 phalanges qui s’écartent en rayonnant du centre de la fleur. L’ovaire est infère et à 2 loges, contenant

MYRTACEES. — GIROFLIER.

chacune 2 ovules; mais le fruit est une baie à \ ou 2 loges qui ne contiennent qu’une seule semence ovoïde ou demi-ovoïde, suivant qu’elle est solitaire ou double. Les cotylédons sont épais et charnus, convexes en dessus, sinués sur la face interne; la radicule naît du centre des cotylédons et s’élève perpendiculairement entre eux.

Le girofle du commerce, qui porte le nom vulgaire de clou de girofle , est la fleur du giroflier cueillie avant que la corolle se soit détachée, et lorsque les pétales, encore soudés, forment comme une tête ronde au-dessus du calice. On le fait sécher au soleil, et non, comme quelques-uns l’ont dit, à la fumée ; car le bon girofle ne présente d’autre couleur brune que-celle que peut prendre à la dessiccation un corps éminemment huileux, et dont l’huile possède spécialement la propriété de brunir à l’air et à la lumière.

On distingue dans le commerce trois principales sortes de girofle : 1° le girofle des Moluques, dit aussi girofle anglais , parce que c’est la compagnie des Indes qui en fait le commerce. 11 est d’un brun clair et comme cendré à la surface, gros, bien nourri, obscurément quadrangulaire, obtus, pesant, d’une saveur âcre et brûlante. 2" Le girofle de Bourbon, qui diffère peu de celui des Moluques; cependant il est un peu plus petit. 3° Le girofle de Cayenne , qui est grêle, aigu, sec, noirâtre, moins aromatique et moins estimé.

Le girofle fournit à la distillation une huile volatile plus pesante que l’eau (1), d’une consistance oléagineuse, d’une saveur caustique, incolore lorsqu’elle vient d’être préparée, mais se colorant fortement avec le temps, lorsqu’elle a le contact de l’air et de la lumière. Cette huile rougit instantanément par l’acide nitrique etjouitdela propriété de former des combinaisons cristallisables avec les alcalis (Bonastre). Pour l’extraire des girofles, on ajoute du sel marin à Peau de l'alambic* dans le but d’élever la température à laquelle ce liquide entre en ébullition, et l’on recohobe plusieurs fois l’eau distillée sur les mêmes girofles, afin de les épuiser. L’huile de girofle du commerce se prépare en Hollande, où elle est très-souvent falsifiée; c’est un devoir pour les pharmaciens de préparer eux-mêmes celle qu’ils emploient.

Il résulte de l’analyse faite par Trommsdorff, que les girofles contiennenf, sur 100 parties : huile volatile 18, matière exlrac-

(1) L'essence de girofle pèse 1,0035, à la température de 20 degrés. Il arrive souvent, lorsqu’on la distille, qu’une huile plus légère s’en sépare et vient nager à la surface de l’eau du récipient, tandis qu'elle est chaude. A froid, cette essence dite légère est plus dense que l’eau: elle pèse 1,0035 à 20 d. c.

Guiijoürt, Drogues, 6e édition. ’-f • HI* -8

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tive et astringente 17, gomme 13, résine 6, fibre végétale 28, eau 18 (1).

Plus récemment Lodibert a découvert dans le girofle des Moluques un principe peu soluble à froid dans l’alcool, et facile à faire cristalliser en aiguilles rayonnées, très-déliées. Ce principe, qui est sans saveur et sans odeur lorsqu’il est bien privé d’huile volatile, a reçu le nom de caryophylline. Le girofle de Bourbon a offert la même substance à M. Bonastre, mais en très-petite quantité, et le girofle de Cayenne ne lui en a pas donné du tout (2).

L’essence «le girofle, d’après les recherches de M. Ettling, est un mélange de deux huiles dont l’une, peu abondante, est neutre et formée de C20l[16, de môme que les essences de térébenthine et d e dryobalanops camphora ; l’autre essence, qui est acide, et qui forme des sels cristallisables avec les alcalis, ainsi que l’avait vu M. Bonastre, a reçu le nom d ’ acide eugénique. Pour l’obtenir, i on combine l’essence de girofle avec la potasse ; on traite, par l’eau, qui ne dissout pas sensiblement l’huile neutre; on filtre et l’on fait bouillir pour chasser la portion d’essence dissoute. On décompose alors l’eugénate de potasse par un acide et l’on distille dans une cornue. L’acide eugénique est liquide; il rougit le tournesol, possède une saveur brûlante, pèse 1,079 et bout à 243 degrés. Il est formé, d’après M. Dumas, de C20H13O5, et d’après M. Ettling, de C20H ,204 à l’état de combinaison avec les bases. La caryophylline est composée, suivant M. Dumas, de C’20 H1602. Elle a la môme composition que le camphre des laurinées et peut être considérée comme un oxyde de Tessence de girofle indifférente (C20H 16).

On rencontre quelquefois dans le commerce le fruit du giroflier, provenant des fleurs qui ont été laissées sur l’arbre; on le nomme antofle ou mère «le girofle, et on le trouve sous deux. ( formes. Tantôt il a été récolté à une époque plus ou moins éloignée de sa maturité, et alors il est plus ou moins tubuleux, cylindrique, terminé par les quatre pointes du calice, et sans aucune apparence de la corolle et des étamines qui sont tombées.

Il possède une très-forte odeur de girofle et contient d’autant plus d’huile volatile qu’il est plus jeune. D’autres fois il est complètement mûr : alors il est ovoïde, toujours terminé par les ! dents du calice qui se sont recourbées en dedans, formé d’une pulpe sèche à l’extérieur et d’une semence dure, marquée d’une : rainure longitudinale, ondulée. Ce fruit mûr est beaucoup moins aromatique que le girofle et mérite peu d’être employé.

On a également introduit dans le commerce les pédoncules

(1) Trommsdor ïï, Journal de pharmacie, 1815, p. 304.

(2) Bonastre, Journal de pharmacie, i. XI, p. 101.

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