‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 67 sur 176 · MYRTACÉES. — PIMENT DE LA JAMAÏQUE · texte numérisé non relu

MYRTACÉES. — PIMENT DE LA JAMAÏQUE

gesetses 2 semences réniformes ; mais il est plus gros, d’une couleur grisâtre à l’extérieur et beaucoup moins rugueux, ce qui tient au peu de développement des glandes oléifères de la surface. Sa couronne est beaucoup plus petite, et c’est à peine si l’on peut y découvrir un vestige des lobes du calice ; mais quand il en reste, ils paraissent être au nombre de quatre seulement, comme dans le piment de la Jamaïque. La substance du péricarpe est plus sèche et moins aromatique ; les semences et leur embryon sont entièrement semblables, sauf leur volume plus considérable.

Je ne saurais dire si ce fruit est produit plus spécialement par le Myrtus acris ; dans tous les cas, il paraît avoir été cueilli dans un état de maturité complète, et cette circonstance suffirait pour expliquer son odeur plus faible. Enfin quelques auteurs un peu anciens font mention d’un piment de Tabasco au Mexique, et ne parlent pas de piment tobago : serait-ce donc par une fausse locution que le fruit actuel porterait ce dernier nom? -f- 0 Piment couronné ou poivre tle Tlievet. Ce fruit, mentionné par Pomet, Chomel et Murray, avait complètement disparu du commerce, lorsqu’il en est arrivé, il y a un certain nombre d’années, et depuis je ne l’ai plus revu. Il vient des Antilles et principalement de l’île Sainl- Yincent, où il est produit par le Myrtus pimentoïdes de Nces d’Esenbeck [Myrcia pimentoïdes,

DC). Cet arbre ( fig . 643) ressemble complètement au Myrtus acris, par ses feuilles ovalesobtusesou elliptiques, coriaces, fortement veinées, toutes couvertes de points glanduleux, et par la disposition de ses fleurs en panicules trichotomes; mais il en diffère par ses fruits, dont voici les caractères :

Baies sèches, ovales, rougeâtres, tuberculeuses, très-aromatiques, terminées par une large couronne une peu évasée en entonnoir, et offrant les vestiges des 5 dents du calice. Intérieurement on y trouve le plus souvent 2 loges avec indice d’une 3e avortée ; assez souvent 3 loges, très-rarement une seule, et chaque loge contient 2 se-

Fig. 643, — Piment couronné.

DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

raences brunes et luisantes (1), qui sont d’autant plus petites et plus irrégulières qu’elles sont plus nombreuses. Dans leur complet développement, elles sont un peu réniformes et offrent un embryon recourbé, qui m’a paru semblable à celui du Myrtus pimenta ; de sorte que je partage l’avis de M. Th. Fr. L. Nees g d’Esenbeck, qui réunit tous les piments aromatiques dans une section du genre Myrtus , nommée Pimenta, caractérisée par une radicule extérieure très-développée et roulée en spirale autour des deux cotylédons qui sont beaucoup plus courts, charnus et soudés en un petit corps cylindrique. Je pense que c’est la dernière espèce, le Myrtus pimentoides , qui a été désignée par Plukenet, sous le nom de Caryophyllus aromaticus americanus, folio et fructu oblonyo , polypyrene, acinis angulosis uvarum vinaceis similibus. Sweet bay barbadensis dicta (2).

J’ai décrit précédemment (3) les piments non aromatiques, produits par le genre Capsicum, de la famille des Solanacées, f

Cette huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un arbuste des îles Moluques, nommé Caju-puti, c’est-à-dire arbre blanc ; ce nom lui a été donné à cause de l’écorce blanche dont il est revêtu. Cet arbre appartient à la famille des Myrtacées, et Rumphius l’a décrit sous le nom d ’Arbor alba minor , pour le distinguer d’autres espèces voisines, nommées aussi Cojuputi , mais qui ne paraissent pas servir à l’extraction de l’huile. Linné a réuni ces différents arbres en une seule espèce, sous le nom de Melaleuca leucadendron ; mais aujourd’hui on les sépare de nouveau, et celui qui nous occupe porte, dans de Candolle (4), le nom de Melaleuca minor ( fi g . 644).

L’huile decajeput, telle qu’on pourrait l’obtenir par la distillation des feuilles récentes de cet arbre, doit être verte ; car j’ai distillé anciennement les feuilles de plusieurs Melaleuca , Metrosideros et Eucalyptus, cultivés au Jardin des Plantes, et toutes m’ont fourni des huiles volatiles d’une belle couleur verte. Mais soit que cette couleur disparaisse avec le temps, ou qu’elle se trouve, dé-

(1) J’ai trouvé une seule fois 1 loge et 2 semences; très-souvent 2 loges avec 4 semences; assez souvent 3 loges et 4 semences; une fois 3 loges et G semences; une fois 4 loges régulières et 6 semences; une autre fois 3 loges et 7 semences, une fois 2 loges et 4 semences, plus 2 vestiges de loges dont une complètement oblitérée, et dont l’autre présentait 2 semences atrophiées, fixées à la partie supérieure de l’angle interne des cloisons.

(2) Plukenet, Pythogr. tab.. CLV, fig. 2.

(3) T. II, p. 603.

('•) De Candolle, Prodromus.

Huile de Cajeput.

MYRTACËES. — HUILE DE CAJEPUT. 279

truite par le mode vicieux de préparation décrit par Rumphius (par la distillation des feuilles fermentées, desséchées, puis macérées dans l’eau), il est certain que l’huile de cajeput du commerce doit sa couleur verte à de l’oxyde de cuivre qu’elle tient en dissolution. J’ai déterminé la quantité de cet oxyde pour un

huile très-verte, et je l’ai trouvée de 0gr,137 pour 500 grammes, ou de 0,00274 par gramme. La dose est ordinairement plus petite et ne nuit pas à l’administration de l’huile de cajeput. Il est d’ailleurs facile de l’en priver, soit en la distillant avec de l’eau, soit en l’agitant seulement avec un soluté de cyanure ferroso-potassique, qui en sépare à l’instant même le cuivre sous forme d’un précipité rouge (I).

L’huile de cajeput est liquide, très-mobile, verte, transparente et d’une odeur forte et très-agréable, qui tient à la fois delà térébenthine, du camphre, de la menthe poivrée et delà rose. C’est cette dernière odeur qui domine lorsque l’huile est en partie évaporée spontanément. Elle est entièrement soluble dans l’alcool ; sa pesanteur spécifique varie de 0,916 à 0,9 19. D’après MM. Blanchet et Sell, sa composition répond à C10H9O.

[Sous le nom d’essence de Niauli, M. Garnault a signalé l’huile essentielle du Melaleuca viridiflroa de la Nouvelle-Calédonie. Les produits de cette espèce ressemblent à ceux du cajeput (2).] /

(1) Journ. de chim. me'd., t. VII, p. 58G.

(2) Voir Journal de pharmacie et de chimie. 3e série, XXXIX, p. 319.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

FAMILLE DES GRANATÉES.

La famille des myrtacées comprenait d’abord un arbrisseau connu sous le nom de grenadier ( Punica granatum, L.), qui s’en rapproche par son calice soudé avec l’ovaire, persistant et formant l’enveloppe extérieure du fruit, par ses étamines indéfinies et par sa forme générale. Mais, d’un autre côté, cet arbuste d ifère des myrtacées, et plus spécialement des leptospermées et

des myrtées, par ses feuilles non ponctuées, parla structure interne de son fruit et par ses cotylédons foliacés qui se recouvrent l’un l’autre ) en se tournant en spirale :

aussi la plupart des botanistes en forment-ils aujourd’hui une petite famille séparée, celle des granatées.

Le grenadier ( fig . 645) est originaire d’Afrique, et principalement des environs de fi Carthage, ce qui lui a fait donner le nom de Punica ; et il a reçu celui de Granatum , à cause de la grande quantité de semences ou de grains contenus dans son fruit. Il croît très-bien en pleine terre dans tout le midi de l’Europe, et supporte même les hivers ordinaires de notre climat , étant mis en espaliers abrités du nord, et il y porte fruit. Il a les feuilles simples, oblongues, entières, caduques, le plus, souvent opposées, mais quelquefois aussi ternées, vertici liées ou éparses. Les fleurs sont rassemblées en petit nombre vers l’extrémité des rameaux ; le calice est turbiné, épais, charnu, lisse et d’une belle couleur rouge, partagé à son bord en 5 lobes. La corolle est h 5 pétales souvent doublés par la culture, et d’un rouge éclatant ; les étamines sont très-nombreuses et libres ; l’ovaire est infère, surmonté d’un style simple et d’un stigmate en tête. On nous apporte les fleurs de grenadier sèches du midi de la France, et Ton peut également faire sécher soi-même celles des arbustes cultivés

GRANATÉES. — GRENADIER.

Paris. Elles doivent être d’un rouge vif et nullement noirâtre, et d’une saveur très-astringente; leur infusion précipite fortement le fer en bleu noirâtre. On les employait autrefois sous le nom de balaustes.

Le fruit du grenadier, que l’on nomme grenade , est une grosse baie sphérique, offrant souvent six angles saillants arrondis, et recouverte d’une écorce dure, coriace, rougeâtre à l’extérieur, d’un beau jaune à l’intérieur, très-astringènteet propre à tanner le cuir. Cette écorce se nomme en latin Malicorium {cuir de pomme) . A l’intérieur, le fruit se trouve divisé en deux grandes cellules inégales par une membrane transversale. La cellule inférieure, plus petite, est elle-même divisée en 4 ou 5 loges irrégulières, et la cellule supérieure, qui est plus grande, forme 6 loges régulières (quelquefois 7 ou 8). Vers la partie médiane de chaque loge, contre l’écorce, se trouve un placenta spongieux, jaune, ramifié, portant un grand nombre de grains qui remplissent entièrement la loge. Chaque grain est composé d’une vésicule mince, remplie d’un suc aqueux, aigrelet, sucré, rouge, et contient au centre une semence triangulaire allongée. Ce suc, qui contient de l’acide gallique, comme tout le reste de l’arbre, est très-rafraîchissant et antibilieux. On en fait un sirop jouissant des mêmes propriétés.

f La racine de grenadier, employée par les anciens pour détruire le ténia (1), était tombée dans un oubli total, lorsque de nouveaux essais faits dans l’Inde, il y a une vingtaine d’années, firent retrouver dans cette substance un remède presque certain contre le plus dangereux parasite du corps humain (2).

La racine de grenadier est ligneuse, noueuse, dure, pesante, d’une couleur jaune, d’une saveur astringente. De même que dans le plus grand nombre de racines, l’écorce est plus active que le bois, et c’est elle exclusivement que l’on emploie en médecine ; elle est d’un gris jaunâtre ou d’un gris cendré au dehors, jaune au dedans, cassante, non fibreuse, et d’une saveur astringente non amère, ce qui sert surtout à la distinguer de l’écorce du buis, qui est très-amère. Humectée avec un peu d’eau et passée sur un papier, elle y laisse une trace jaune qui devient d’un bleu foncé par le contact du sulfate de fer.

Il parait que l’écorce de racine de grenadier est quelquefois falsifiée dans le commerce avec celle de la racine deberbéris ou d’épine-vinette, que les maroquiniers de Paris tirent toute fraîche d’Alsace pour teindre les paux en jaune. L’écorce d’épine-

(1) Dioscoride, liv. I, cliap. cxxvir. — Pline, liv. XXI 11, cliap. vi.

(2) Voyez F. V. Mérat, Du ténia ou ver solitaire, et de sa cure radicale par l’écorce déraciné de grenadier. Paris, 1832, in-8.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

vinette desséchée est très-mince, grise au dehors, d’un jaune trèsfoncé en dedans, formée de fibres très-courtes ; elle colore trèsfortement la salive en jaune, développe une saveur amère, et offre une odeur de racine de patience.

Les deux écorces, traitées par l’eau, présentent les résultats suivants :

Page 1