‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 69 sur 176 · FAMILLE DES ROSACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES ROSACÉES

Cette grande famille est composée de végétaux herbacés, d’arbustes et de grands arbres, dont les feuilles sont alternes, simples ou composées et stipulées. Les fleurs sont régulières, pourvues d’un calice gamosépale à 4 ou 5 divisions, souvent doublé d’un calice extérieur qui le fait paraître à 8 ou 10 lobes. La corolle est à 4 ou 5 pétales réguliers, imbriqués, insérés sur le calice et alternes avec ses divisions. Les étamines sont distinctes et généralement nombreuses, insérées sur le calice. Le pistil présente de grandes modifications sur lesquelles principalement plusieurs botanistes se fondent pour séparer le groupe des rosacées (auquel alors on donne le nom de rosinées ) en plusieurs familles distinctes, mais que l’on peut aussi continuer de regarder comme de simples tribus de la même famille. L’embryon est toujours droit et privé d’endosperme.

lre tribu, roMAcÉEs : Tube du calice urcéolé, soudé avec les ovaires; limbe libre et supère à 5 divisions; corolle à 5 pétales; étamines presque indéfinies, à filets libres et subulés; ovaires au nombre de o, rarement moins, soudés entre eux et avec le calice, ascendants, rarement davantage (cognassier); styles en nombre égal aux ovaires, plus ou moins soudés à la base, divisés supérieurement et terminés par un stigmate simple. Le fruit est un mélonide, formé par le tube calicinal accru et devenu succulent, couronné par le limbe du calice ou parla cicatrice résultant de sa destruction, et contenant dans son intérieur 5 carpelles ou moins, disposés régulièrement, comme les rayons d’une étoile, autour de l’axe du fruit. L’enveloppe des carpelles, ou Yendocarpe, est tantôt cartilagineux et en partie déhiscent du côté interne (genres Malus , Pyrus, Cydonia , Sorbus), tantôt osseux et indéhiscent ( Mêspilus , ' Cratœgus , Cotoneaster ) .

2e tribu, rosées : Calice tubuleux, urcéolé, contenant un nombre indéterminé d’ovaires fixés à la paroi interne du tube, et renfermant un seul ovule pendant ; styles distincts ou soudés ; étamines nombreuses. Le fruit est un calicarpide, c’est-à-dire qu’il est formé du calice devenu charnu et contenant un grand nombre d ’akaines dont la graine est pendante et la radicule supère. Le genre rosa compose presque à lui seul cette tribu.

3e tribu, sangdisorbées : Fleurs ordinairement polygames et quelquefois sans corolle; étamines peu nombreuses; ovaires peu nombreux (ordinairement t ou 2), uni-ovulés, enveloppés par le calice; akaines renfermés dans le tube du calice, à graine dressée ou pendante. Exemples: les genres Agrimonia, Alchemilla, Sanguisorba, Poterium.

4e tribu, dryadées : Calice à 5 divisions, rarement à 4, souvent doublé d’un calicule extérieur. Corolle à 5 ou 4 pétales; étamines indé-

POMACÉES. — COING.

finies; ovaires nombreux, libres, portés sur ifn réceptacle convexe, uni-ovulés, pourvus d’un style latéral. Baies monospermes soudées ou achaines libres, plus ou moins nombreux, les uns ou les autres portés sur un carpophore charnu ou sec. Exemples: les genres Rubus, Fragaria, Potentilla, Geum, etc.

5e tribu, spiréacées : Calice libre, persistant, à 5 divisions ; 5 pétales; étamines nombreuses; ovaires distincts, au nombre de 5, ordinairement verticil lés, à plusieurs ovules pendants; styles courts, stigmates épais. Fruit composé de follicules rangés circulairemenl, contenant une ou plusieurs graines pendantes. Exemples : les genres Spirœa, Gillenia, Bradera , Quillaia.

6e tribu, amygdalées : Calice libre, tombant; 5 pétales; étamines nombreuses; ovaire unique, uniloculaire, contenant 2 ovules pendants. Drupe à noyau disperme ou monosperme ; semence suspendue à un funicule qui s’élève du fond de la loge. Embryon sans endosperme, à cotylédons charnus, à radicule supère, très-courte. Genres Amygdalus, Prunus, Cerasts, etc.

7e tribu, chrysobai.anées : Ovaire unique, libre, contenant 2 ovules dressés; style naissant presque de la base de l’ovaire; fleurs plus ou moins irrégulières; fruit drupacé. Genres Chnjsobalanus, Licania, Moquilea, Parinarium, etc.

La famille des Rosacées produit le plus grand nombre des fruits charnus que l’on mange en Europe, soit qu’ils en soient originaires, soit qu’ils y aient été introduits depuis très-longtemps. Elle fournit en outre un certain nombre de parties ou de produits très-utiles à l’art de guérir. Nous examinerons les uns et les autres suivant l’ordre des tribus.

TRIBU DES POMACÉES.

Coing- et Cognassier.

Cydonia vulgaris, Pers. ; Pyrus cydonia, L. Arbuste à tige tortueuse, haut de 4 à 5 mètres, dont les feuilles et les jeunes rameaux sont couverts d’un duvet blanchâtre. Les fleurs sont d’un blanc rosé, assez grandes, solitaires à l’extrémité des jeunes rameaux; le calice est très-velu, à 5 divisions denticulées; l’ovaire est infère, à 5 loges, surmonté de 5 styles réunis à la base. Le fruit est un mélonide en forme de poire, couvert d’un duvet cotonneux, ombiliqué au sommet, partagé vers le centre en 5 loges cartilagineuses qui contiennent chacune 8 graines et plus, disposées sur deux rangs. C’est cette pluralité de semences qui sépare les cognassiers des poiriers, auxquels Linné les avait réunis.

Les coings mûrs sont d’une belle couleur jaune, et ce sont eux que Virgile désigne, dans sa troisième bucolique, sous le nom de

Guibourt, Drogues, 6e édition . T. III. 19

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

mala aurea. On les nommait aussi mala cotonea et mala cydonia, du nom de la ville de Cydonie, dans l’île de Crète, où on les cultivait avec un soin tout particulier. On pense, enfin, que les fameuses pommes d’or du jardin des Hespérides, conquises par Hercule, étaient des coings et non des oranges : d’abord parce que les oranges et même les dirons ou les cédrats n’ont été connus en Europe que bien longtemps après les temps d’Hercule ; ensuite parce que des sculptures antiques représentent Hercule tenant dans ses mains des fruits qui ressemblent beaucoup plus à des coings qu’à des oranges.

Les coings sont très-odorants et pourvus d’un goût très-âpre et astringent. Ils sont peu agréables à manger crus; mais ils sont très-bons cuits, surtout réunis au sucre, et l’on en fait un sirop et une gelée qui sont fort recherchés. Les semences «le coins renferment dans leur épisperme un mucilage très- abondant, analogue à la gomme adragante, et l’on en fait un grand usage en médecine, comme adoucissantes. Celles du commerce sont souvent mêlées de pépins de pomme et d’une certaine quantité d’un fruit sec, coupé par petits morceaux, appartenant probablement à un arbre pomacé, mais dont j'ignore l’espèce. 11 convient d’v faire attention.

Les poiriers et les pommiers forment deux genres d’arbres très-voisins que Linné, et la plupart des botanistes après lui, ont réuni en un seul, mais qui diffèrent par un assez grand nombre de caractères pour qu’on eût pu les laisser séparés, comme l’avaient fait Tournefort et Jussieu.

Les poiriers sont des arbres de moyenne taille, à fleurs blanches disposées en corymbes terminaux ou latéraux; leurs étamines sont divergentes et laissent à nu la base des styles, qui sont entièrement libres. Les fruits sont turbinés, rétrécis et souvent allongés eu mamelon à la base, ombiliqués au sommet, formés d’une chair ferme et astringente que la culture a rendue plus ou moins fondante, savoureuse, douce et sucrée.

Les pommier» diffèrent des poiriers par leurs fleurs disposées en ombelle simple ; par leurs pétales nuancés de rouge rosé, surtout à l’extérieur ; par leurs étamines dressées et serrées contre les pistils qui sont réunis à la base ; enfin par la forme de leurs fruits, qui sont globuleux, généralement déprimés sur la hauteur et creusés à la base d’un enfoncement profond dans lequel s’implante le pédoncule. Ces fruits ont une chair ferme, cassante, âpre et amère dans les arbres sauvages, plus ou moins acide et sucrée dans ceux que la culture a modifiés. Sous ce rapport, on divise les pommiers indigènes en deux souches principales qui ne diffèrent peut-être que par le plus ou moins de culture : l’une cons-

POMACEES.

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