‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 74 sur 176 · ROSEES. — ESSENCE DE ROSES · texte numérisé non relu

ROSEES. — ESSENCE DE ROSES

lesquelles on distingue la rose de Hollande on grosse cent feuilles , l’une des plus belles et des plus communes; la rose des peintres , plus large que la précédente, moins double et d’une couleur plus vive; la rose mousseuse, dont les pédoncules, les calices et leurs divisions sont couverts de poils rameux, glanduleux et rougeâtres, etc.

Je pourrais citer encore le rosier Manc, Rosa alla, L. ; le rosier jaune, Rosa sulfurea , Ait.; le rosier multiiiore, Rosa rnultiflora, Thunb. ; le rosier musqué, Rosa moschata , Ait. ; le rosier toujours fleuri ou rosier du Bengale, Rosa semperflorens, Curt. ; mais la plus belle de toutes ces roses, celle qui réunit à une odeur suave l’ampleur et le nombre des pétales, est sans contredit la rose à cent feuilles, qui sera toujours l’emblème de la grâce et de la beauté.

Cette rose, cultivée dans les jardins, n’est cependant pas celle que l’on estime le plus pour l’usage de la pharmacie et de la parfumerie. Trop de culture parait en affaiblir l’odeur; et à Paris on préfère une variété de la rose de Damas (Rosa Damascena), cultivée en pleine terre autour de Puteaux et du Calvaire. Celle-ci, nommée aussi rose de tous les mois ou rose des quatre saisons (1), fleurit deux fois par an, au printemps et à l’automne, et quelquefois au milieu de l’été; elle a plus d’étamines que la rose à cent feuilles, moins de pétales, est d’un rose plus vif et d’une odeur plus forte, mais toujours très-suave; aussi se vend-elle tous les ans sur le marché de Paris le double de l’autre, qui d’ailleurs n’est ordinairement cueillie que lorsqu’elle est entièrement épanouie et prête à tomber de l’arbuste dont elle faisait l’ornement.

Les roses à cent feuilles et celles de Puteaux sont connues en pharmacie sous le nom commun de roses pâles, par opposition avec celles de Provins, qui portent le nom de roses rouges. On prépare avec les premières une eau distillée d'une odeur forte et suave; un sirop et un extrait qui sont légèrement purgatifs et astringents. Dans le midi de la France, on en retire une certaine quantité d’une essence butyreuse d’un prix très-élevé et qui ne le cède pas en qualité à celle qui vient de l’Orient. C’est celle-ci principalement que l’on trouve dans le commerce.

Essence «le roses.

Cette huile volatile est extraite dans la Perse, aux Indes et dans l’Etat de Tunis, de plusieurs espèces de roses très-odorantes, telles que les Rosa cenlifolia , Damascena, moschata, et qui sont encore plus odoriférantes dans les pays chauds que dans le nôtre.

(1) Rosa Prœnestrina de Pline.

[Mais les produits de ces régions n’arrivent que très-accidentellement dans le commerce, et ce sont surtout les localités situées autour de Kizanlik, au pied de la chaîne des Balkans, en Turquie, qui fournissent l’huile essentielle que consomme l’Occident. Cette région, où se cultive principalement une variété du Rosa Darrrnscena , neproduit pas moins de 1,500 à 2,500 kilogrammes d’essence par an ; ce qui suppose une récolte d’environ 3 millions de kilogrammes de lleur (I).]

On raconte que l’essence de roses a été découverte en 1612 par une princesse Nour-Djihân, femme du grand Mogol Djihan guyr, lequel, à l’exemple d’un autre grand roi, fit assassiner son premier mari pour l’épouser. Se promenant avec l’empereur sur le bord de canaux remplis d’eau distillée de roses, elle vit nager à la surface une sorte d’écume qu’elle (il recueillir, et qui fut proclamée le parfum le plus précieux de l’Asie. Quelques personnes pensent néanmoins que l’essence de roses a dû être connue beaucoupplus tôt, puisque l’eau distillée de roses était très-anciennement usitée; mais les livres orientaux n’en font pas mention avant le commencement du xvne siècle (2). L’essence de roses est nommée en persan A'ther gui, ou seulement A'ther , œther , œttr, othr. On rapporte divers procédés pour l’obtenir.

Le premier consiste à disposer dans des pots, et par couches alternatives, des pétales de roses et des semences de sésame ( Sesa mum orientale, L.). Après dix à douze jours de séjour dans un lieu frais, on sépare les semences et on les met en contact avec denouvelles roses. On répète cette opération huit ou dix fois, ou jusqu’à ce que le sésame cesse de se gonfler en absorbant l’humidité et l’huile odorante des roses. Alors on le soumet à la presse, et on en retire une huile jaune et odorante que l’on verse dans le commerce, mais qui doit être considérée seulement comme une espèce d 'huile rosat obtenue par infusion, et non comme une véritable essence de roses.

Suivant d’autres, on remplit de grands vases de terre de pétales de roses et d’eau, de manière que l’eau surnage de quelques pouces. On expose ces vases au soleil pendant six à huit jours, et au commencement du troisième ou du quatrième, on voit se former à la surface de l’eau une écume huileuse que l’on ramasse avec un pelit bâton garni de coton à son extrémité. Suivant d’autres, enfin, appuyés .de l’autorité de Kæmpfer (3), on obtient l’essence de roses en distillant les pétales avec de l’eau, à la ma-

(1) Voir l’article de M Baur, sur l'essence de roses, in N rues Jahrbuch fur Pharmacie , t. XXVII, repris par M. Ilanbury, P/iarmuceutical Journal, décembre 1867.

(2) Journ. de pharm., t. V, p. 232.

(3) Kæmpfer, Amœuitates , p. 37 4.

Page 1