ROSÉES. — ESSENCE DE ROSES
nière ordinaire. Quelle que soit la petite quantité qu’on en recueille ainsi, l’immense quantité d’eau de roses consommée dans tous les pays maliométans peut suffire à produire l’essence du commerce.
[Dans les Balkans, on charge d’ordinaire des alambics en cuivre étamé de 12 à 15 kilogrammes de pétales de roses et on les distille avec 40 à 60 kilogrammes d’eau : le produit est reçu dans trois grandes bouteilles d’environ 8 litres. On vide ensuite la chaudière, en réservant l’eau qui y reste pour une nouvelle opération : et on distille de nouveau l’eau des bouteilles, de façon à retirer environ un sixième de la masse. Ce nouveau produit, maintenu à une température de 59°, se couvre à la surface de l’huile essentielle qu’on peut y recueillir (I).
L’essence de roses doit avoir une odeur de roses forte mais pure, qui devient d’une grande suavité lorsqu’elle est étendue; elle est ordinairement sous la forme d’une masse cristallisée, dans laquelle on aperçoit un très-grand nombre de lames transparentes, acérées et brillantes, qui se fondent et se dissolvent entièrement dans la portion restée liquide, par la seule chaleur de la main. Alors cette huile est transparente, mobile et d’un blanc légèrement verdâtre; elle pèse spécifiquement de 0,864 à 0,870, à la température de 20 degrés centigrades. L’alcool chaud la dissout entièrement, mais l’alcool froid la sépare en deux portions: l’une soluble (élæoptène), qui est toujours liquide et très-odorante ; l’autre insoluble (stéaroptène), qui reparaît sous la forme de lames brillantes, et qui n’est pas sensiblement odorante lorsqu’elle est bien purifiée. Suivant l’analyse faite par Th. de Saussure, ce stéaroptène serait formé seulement d’hydrogène et de carbone dans les proportions du gaz oléifiant (CD), tandis que l’élæoptène contiendrait une petite quantité d’oxygène (2).
L’essence de roses, comme toutes les substances d'un prix élevé, est très-sujette à être falsifiée. On y ajoute des huiles grasses et du blanc de baleine, ce qu’on peut reconnaître, soit parle moyen de l’alcool qui ne les dissout pas, soit par les alcalis qui les saponifient. [Mais la falsification la plus usitée et la plus difficile à reconnaître est le mélange de l’essence de Palmarosa , improprement appelée essence clc géranium. Cette huile ne provient pas, comme on l’a cru, et comme le nom pourrait le faire . supposer, du Pélargonium odoralissimum , mais d’une espèce de graminée du genre Andropogon, distillée dans les Indes orientales, aux environs de Delhi, pendant les mois de décembre et de janvier. Celte essence est transportée en Turquie par les
(1) Bnur, loc. cit.
(2) Saussure, Journ. de pharm., t. VI, p. 4 GG.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Arabes; on l’y purifie par la distillation et on la mêle à l’essence de roses. Des moyens très-délicats, reposant soit sur le degré de solidification du sléaroptène, soit sur l’action des essences sur la lumière, peuventseuls faire reconnaître cette fraude (1).] -V
& TRIBU DES SANGUISORBÉES.
Aigremoine.
Agrimonia eupatoria, L. Plante herbacée, vivace, haute de 50 à 65 centimètres, croissant en Europe, le long des chemins et au bord des prés; ses feuilles sont ailées avec impaire, molles et velues»; les folioles sont dentées en scie, alternativement grandes et très-petites, et vont en augmentant de grandeur vers le sommet; la dernière estpétiolée. Les fleurs sont jaunes, disposées en épis terminaux, accompagnées chacune de trois bractées; le calice est persistant, â 5 divisions, turbiné, nu à la base, entouré, au-dessous du limbe, d’un grand nombre despinules terminées en crochet. La corolle est à 5 pétales; les étamines sont au nombre de 12 à 20; il y a 2 ovaires uniloculaires, contenant un seul ovule pendant, et surmontés chacun d’un style terminal, exserte, terminé par un stigmate dilaté. Le fruit se compose de 2 achaines cartilagineux renfermés dans le calice accru, durci, pourvu de ses appendices crochus.
Les feuilles d’aigremoine sont légèrement astringentes et usitées comme telles dans les inflammations de la gorge, contre l’ulcération des reins, dans l’hématurie, etc.
Alchimille vulgaire OU Pied-de-lion.
Alchemillaviilgaris, L. Car. gén. : Calice tubuleux à 8 divisions, dont 4 extérieures plus petites; corolle nulle ; 4 étamines courtes, insérées sur un disque qui rétrécit la gorge du calice; anthères à déhiscence transversale; ordinairement un seul ovaire libre et stipité au fond du calice, portant un style latéral terminé par un stigmate épais. Le fruit est composé d’un achaine ordinairement solitaire, renfermé dans le tube du calice.
L’alchimille vulgaire est pourvue d’un rhizome vivace, oblique, brunâtre, assez gros, donnant naissance du côté inférieur à des racines fibreuses, et du côté supérieur à des feuilles longuement pétiolées, grandes, plissées, réniformes, à 9 lobes arrondis et dentés. Les tiges, qui naissent avec les feuilles, sont hautes de
(1) Voir pour les détails Baur, loc. cil.
DRYADEES. — FRAMBOISIER.
30 à 35 centimètres, garnies de feuilles plus petites, et sont terminées par une panicule dichotome de petites fleurs jaunes. Cette plante se plaît aux lieux humides, dans les prés montagneux et au bord des vallées; ses feuilles ont été employées comme astringentes et vulnéraires, pour arrêter les hémorrhagies, les évacuations de sang trop abondantes, contre la phthisie, etc.
l*etite Pimprenelle.
Poterium sanguisorba, L. Racine allongée, rougeâtre, vivace, produisant une tige haute de 35 centimètres, garnie, surtout à sa base, de feuilles ailées avec impaire, composées d’un grand nombre de petites folioles presque égales, arrondies ou ovales, glabres, assez profondément dentées. Les fleurs sont verdâtres, disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en épis courts et arrondis. Elles sont monoïques, mâles à la partie inférieure des épis, femelles à la partie supérieure, pourvues d’un calice à 4 divisions, sans corolle ; les fleurs mâles ont 30 ou 40 étamines, beaucoup plus longues que le calice ; les fleurs femelles présentent 2 ovaires libres, uniloculaires, terminés chacun par un style filiforme et par un stigmate en forme de pinceau. Le fruit se compose de 2 achaines renfermés dans le tube du calice durci et devenu triangulaire.
La pimprenelle a une saveur astringente, faiblement amère et un peu aromatique. On l’employait autrefois en médecine, dans les mêmes cas que les deux plantes précédentes; mais elle n’est plus usitée que comme assaisonnement, dans les salades. Les bestiaux la recherchent beaucoup, et on l’a quelquefois cultivée comme fourrage.
On a employé une autre plante presque semblable à la précédente, mais beaucoup plus grande, nommée pimprenelle commune, d’Italie OU «les montagnes, SanguiSOVba of/ÎCMdllS, L.
Enfin les boucages ou pimpinella , de la famille des Ombellifères, ont aussi reçu le nom de pimprenelles, ce qui a causé une assez grande confusion entre toutes ces plantes.
TRIBU DES DRYADÉES.
Framboisier.
Hubus idæus, L., Car. gén. : Calice nu, aplati, à ‘limbe quinquéfide, persistant; corolle à 5 pétales plus grands que les divisions du calice; étamines nombreuses ; ovaires nombreux, in-
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
sérés sur un réceptacle convexe, libres et uniloculaires, surmontés d’un style un peu latéral ; le fruit se compose d’un grand nombre de petits drupes bacciformes devenus adhérents entre eux (syncarpide), et simulant une baie portée sur un réceptacle conique. Chaque petit drupe renferme, sous un noyau crustacé, une semence pendante.
Le framboisier est pourvu d’une souche ligneuse et traçante qui donne naissance â plusieurs Liges rondes, droites, hautes de 100 à 150 centimètres, hérissées d’aiguillons fins et très-nombreux. Les feuilles inférieures sont ailées, composées de 5 folioles ovales-aiguës, dentées, vertes en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les feuilles supérieures n'ont que 3 folioles ; les fleurs sont blanches, rosacées, assez petites, portées sur des pédoncules grêles et rameux qui sortent de l’aisselle des feuilles supérieures ; les fruits, connus sous le nom de framboises, sont d’un rouge clair et comme cendré, ou quelquefois blancs, et d’une saveur acide, sucrée et parfumée, fort agréable. On les mange sur les tables, au dessert, et on en prépare un alcoolat, un sirop et un vinaigre aromatique qui sert lui-même à faire le sirop de vinaigre framboisé.
Ronce sauvage, Rubus fruticosus, L. Arbrisseau très-commun dans les haies, dont les tiges ligneuses, anguleuses et rameuses,sont armées d’aiguillons forts et recourbés, et atteignent 4 à 5 mètres de longueur ; les feuilles sont aiguillonnées sur le pétiole et sur la nervure médiane, à 5 folioles, excepté celles de l’extrémité des rameaux qui n’ont que 3 folioles. Les folioles sont ovales-aiguës, deux fois denLées, glabres et verles en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous; les pétioles sont aiguillonnés. Les fleurs sont ordinairement roses, quelquefois blanches, et forment dans leur ensemble une panicule terminale ; les divisions du calice sont réfléchies. Les fruits sont arrondis, formés de petites baies noirâtres, luisantes, aigrelettes et sucrées à leur maturité ; on les nomme mûres des haies, et quelques personnes en font un sirop qu’ils vendent à tort comme du sirop de mûres. Les feuilles de ronce sont astringentes et chargées d’une quantité considérable d’albumine végétale ; séchées, elles acquièrent une légère odeur de framboise ; elles sont usitées dans les gargarismes.
lKonce odorante, Rubus odoratus, L. Tiges simples ou peu rameuses, hautes de 130 â 150 centimètres, dépourvues d’aiguillons, mais abondamment chargées, surtout sur leurs parties supérieures, de poils rougeâtres et glanduleux ; ces poils, qui recouvrent également les pétioles des feuilles et les calices des fleurs, exsudent une humeur visqueuse, d’odeur résineuse et térébinthacée, qui rend toutes les parties qu’elle enduit poisseuses
DRYADEES. — FRAISIER.
au toucher et odorantes. Les feuilles sont simples, très-grandes, échancrées à la base, à 5 lobes palmés ; les fleurs sont d’un rouge clair, de la grandeur d’une petite rose, presque inodores; les fruits, qui avortent souvent, sont noirâtres, d’une saveur aigrelette, peu parfumés, inusités. Cet arbrisseau est originaire de l’Amérique septentrionale et n’est cultivé dans les jardins qu’à cause de ses fleurs qui sont d’un joli effet dans les bosquets.
On trouve dans tout le nord de l’Europe, en Sibérie et dans l’Amérique septentrionale, une partie ronce herbacée (lîubus chamœmorus, L.), à feuilles simples et lobées, dont les fruits acidulés et d’un goût agréable sont d’une grande ressource pour les habitants.
Fraisier commun.
Fragaria vesca, L. Car. gé».: Calice à 5 divisions étalées, pourvu à l’extérieur de 5 bractées ; corolle à 5 pétales ; étamines nombreuses ; ovaires nombreux, distincts, uniloculaires, munis d’un style latéral et portés sur un réceptacle convexe ; fruit multiple (carpoc/iorize) formé d’un grand nombre d’achaines implantés tout autour du réceptacle accru et devenu charnu, tombant à maturité.
Le fraisier commun croît naturellement dans les bois, dans toute l’Europe, et a produit un grand nombre de variétés par la culture. Sa racine est une souche brune, demi-ligneuse, divisée inférieurement en fibres menues et nombreuses. Elle produit une touffe de feuilles longuement pétiolées, composées de 3 folioles ovales, fortement dentées, vertes en dessus, soyeuses et blanchâtres en dessous. Le collet de la racine donne naissance à des jets fort longs, rampants et prenant racine de distance en distance, ce qui forme autant de nouveaux pieds propres à multiplier la plante. Du milieu des feuilles s’élèvent, en outre, une ou plusieurs tiges hautes de 10 à 16 centimètres, terminées par un corymbede fleurs blanches.
Le réceptacle des fruits, qui constitue la fraise, devient en mûrissant d’un rouge vermeil (il est quelquefois blanc), pulpeux, succulent, sucré et très-parfumé ; c’est un des fruits les plus recherchés de nos climats.
La racine de fraisier est usitée en médecine comme astringente et diurétique. Elle se compose ordinairement de plusieurs souches ligneuses longues de 6 à 8 centimètres, réunies par la partie inférieure d’où partent de nombreuses radicules. Toute la racine a une couleur très-brune à l’extérieur, une odeur nulle, une saveur très-astringente.
DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.
Racine de Quintefeuille.
Potentilla reptans, L. Car. S*n : Calice à 4 ou 5 divisions étalées, doublé à l’extérieur par 4 ou 5 bractées plus petites, les unes et les autres persistantes ; corolle à 4 ou 5 pétales ; étamines nombreuses ; ovaires nombreux portés sur un réceptacle convexe, uniloculaires, pourvus d’un style latéral. Fruit composé d’un grand nombre d’achaines portés sur le réceptacle un peu augmenté, mais resté sec et velu. Ce dernier caractère est presque k seul qui sépare les polentilles des fraisiers.
La quintefeuille ressemble à un fraisier et s’étend comme lui sur la terre, à l’aide de jets traçants qui prennent racine de distance en distance ; mais ses feuilles sont plus petites et divisées en 5 ou 7 folioles obovées sur chaque pétiole ; les fleurs sont axillaires, solitaires et longuement pédonculées; les divisions du calice sont ovales et plus courtes que la corolle; les pétales sont jaunes et obeordés.
La racine de quintefeuille est plus longue que celle du fraisier, cylindrique, pivotante, d’un rouge brun au dehors, blanche en dedans, d’une saveur astringente. Lorsqu’on veut. la faire sécher, il faut inciser l’écorce longitudinalement ou en spirale, et la détacher du cœur ligneux, que l’on rejette. Cette écorce conserve ses couleurs et sa saveur primitives : rouge brune au dehors, blanche à l’intérieur, astringente.
Argentine ou ungérine, Potentilla anserina , L. (1). Tiges rameuses, rampantes, garnies de feuilles ailées, composées de 15 à 20 paires de folioles ovales, dentées en scie, dont une foliole de chaque paire est alternativement beaucoup plus petite que l’autre et comme réduite à l’état rudimentaire. Les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées, comme dans l’espèce précédente. Les feuilles sont usitées comme astringentes ; elles sont vertes et glabres à la face supérieure, tout à fait blanches et argentées sur la face inférieure.
Racine de Tormentille .
Potentilla forment ilia , DC. ; Tormentilla crecta, L. Cette plante diffère des potenlilles, auxquelles elle est aujourd’hui réunie, par son calice à 4 divisions, doublé de 4 bractées alternes et plus petites, et par ses pétales au nombre de 4 ; le port et les autres caractères sont les mêmes : scs liges sont ascendantes, grêles,
DRYADEES.