‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 76 sur 176 · RACINE DE BENOITE · texte numérisé non relu

RACINE DE BENOITE

pubescentes, dichotomes, munies de feuilles semblables à celles de la quintefeuille, c’est-à-dire à 3 ou 3 divisions profondes et palmées, mais plus grandes et sessiles. Les fleurs sont jaunes, petites, portées sur de longs pédoncules axillaires; les achaines sont rugueux et placés sur un réceptacle sec et velu. La tormentille croît sur les Alpes et les Pyrénées, d’où l’on nous envoie sa racine sèche.

Cette racine est d’une forme irrégulière, tantôt allongée et grosse comme le doigt, tantôt formée de tubercules réunis. Elle est brune au dehors, rougeâtre en dedans, dure, très-pesante, d’un goût astringent. Elle a quelque ressemblance avec la bistorte; mais celle-ci est plus rouge, plus astringente, ordinairement comprimée, et deux fois repliée sur elle-même.

La tormentille est astringente ; elle est quelquefois employée à tanner les cuirs.

Raciue (le Renoîte OU Racine giroflée.

Geum urbanum , L. La benoîte s’élève à 30 centimètres de hauteur ; ses tiges sont menues, rameuses, rudes au toucher ; ses feuilles radicales sont pinnatiséquées, à 5 paires de folioles qui s’agrandissent en allant du pétiole à l’extrémité, souvent interrompues par d’autres folioles plus petites ; les feuilles delà tige sont seulement ternées ou palmées ; les unes et les autres sont rudes au toucher, inégalement dentées. Les fleurs sont jaunes, presque semblables à celles des potentilles ; elles sont eomposées d’un calice à 3 divisions, doublé de 5 bractées ; d’une corolle à 3 pétales, d’un nombre indéfini d’ctamines, et d’un grand nombre d’ovaires qui deviennent des achaines secs, velus, rassemblés en tête, et pourvus chacun d’une arête crochue. La racine est longue et de la grosseur d’une forte plume, ou tronquée près du collet et arrondie : elle est entourée d’un grand nombre de radicules d’une couleur obscure rougeâtre, d’une saveur astringente et d’une odeur de girofle : il faut la récolter au printemps. Elle contient un principe résinoïde analogue à celui du quinquina, et une huile volatile plus pesante que l’eau. Elle est tonique et astringente. Elle a été analysée par Trommsdorlï (1).

(I) Berzélius, Chimie, t. VI, p. 190.

Guiboi'Rt, Drogues, 6= édition.

DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

TRIBU DES SPIRÉACÉES.

Filipendule.

Spiræa fîlipendula,L. — Car. gén. : Calice quinquéfide persistant; corolle à 5 pétales très-ouverts, insérés sur un disque adhérent au tube du calice; étamines nombreuses suivant l’insertion des pétales ; ovaires libres, au nombre de 5, rarement moins ou plus, sessiles ou courtement stipilés au fond du calice, contenant de 2 à 15 ovules fixés à la suture ventrale ; styles terminaux; le fruit est composé de 3 à 5 capsules folliculeuses (quelquefois plus), contenant un petit nombre de graines,

La filipendule se trouve en Europe, dans les bois et dans les pâturages ; sa tige est droite, peu ra meuse, haute de 35 à 60 centimètres, garnie de feuilles stipulées, glabres, ailées avec impaire, dont les folioles sont oblongues, profondément et inégalement dentées, entremêlées d’autres folioles beaucoup plus petites. Les fleurs sont blanches, nombreuses, disposées en un large corymbe, au sommet des tiges et des rameaux ; les divisions du calice sont réfléchies; les ovaires sont velus et varient de 8 à 12; les styles sont courts, réflécbis^n avant et terminés par un stigmate épais. Les capsules sont velues.

La racine de filipendule est fibreuse, chevelue, interrompue de distance en distance par des tubercules gros comme des olives, oblongs, noirâtres au dehors, blanchâtres en dedans, d’une saveur amère, astringente. Elle passe pour astringente et diurétique. On emploie également les feuilles, o

Ulmaire OU Reine-des-prét*.

% Spiræa uhnaria, L. Cette plante, la plus belle de nos prairies, est pourvue d’une racine noirâtre, horizontale, grosse et longue comme le doigt, garnie de beaucoup de fibres. Elle produit une tige droite, un peu anguleuse, rougeâtre, haute de 60 à 100 centimètres,munie de feuilles ailées avec impaire, composées de 7 grandes folioles ovales, inégalement dentées, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous; la foliole terminale est plus grande que les autres, ordinairement trilobée, et chaque intervalle entre les autres grandes folioles est garni d’une petite foliole. Les fleurs sont blanches, très-nombreuses, odorantes, disposées au sommet de la tige et des rameaux en une large panicule corymbiforme ; les divisions du calice sont réfléchies; les styles sont allongés ; les carpelles sont glabres et contournés.

SPIRÉACÉES. — CUSSO D’ABYSSINIE.

La racine d’ulmairea été employée comme astringente, et les (leurs ont été recommandées en infusion théiforme, comme cordiales, sudorifiques et calmantes. M. Pagenstecher, pharmacien à Berne, en a retiré une essence qui a depuis été examinée par un grand nombre de chimistes. Cette essence, de même que beaucoup d’autres, est composée au moins de deux huiles volatiles, dont une est neutre et l’autre acide. Celle-ci est très-remarquable par ses rapports de composition avec la salicine et l’acide benzoïque; on lui a donné le nom d 'acide salicyleux, et sa composition, qui égale Cl4jl604, est exactement celle de l’acide benzoïque sublimé; les sels qu’il forme avec les bases sont également isomériques avec les bcnzoates ; mais leurs propriétés sont bien différentes. On a aussi donné à cette huile acide de la reine-des. prés le nom d ’hydrure de salicyle , parce qu’on peut la considérer comme l’hydrure d’un radical nommé salicyle , qui égale C14H504, de même que l’essence d’amandes amères (C14H602) est considéréecomme l’hydrure d’un radical nommé benzoyle (C14I1302). Maintenant, pour expliquer les rapports de l’essence acide d’ulmaire ou acide salicyleux avec la salicine, il faut se rappeler que M. Piria a obtenu ce même acide en traitant dans une cornue de la salicine par un mélange oxygénant composé de bichromate de potasse et d’acide sulfurique. Dans cette opération la salicine, qui égale C42H29022, gagne O et perd HllOu ; il reste alors C42H18012 qui égale 3 fois Cl4H604 ou l’acide salicyleux.

-4 Ciisso «VAliyssinie.

L’arbre nommé Cusso ou Cousso , dont les fleurs sont très-usitées en Abyssinie contre le ténia, a été décrit par Bruce sous le nom de Bankesia Abyssinica, et parLamarck sous celui de Hagenia Abyssinien (l).Mais les caractères en ayant été énoncés d’une manière fautive, M. Kunth a pu croire, en -1824, lorsqu’il a examiné quelques fleurs de cusso rapportées de Constantinople par M. le docteur B rayer, sous les noms de cabotz et de cutz, avoir sous les yeux un végétal nouveau, et il lui a donné le nom de Brayera anthelmintica. Peut-être encore faudrait-il décrire la fleur de cusso un peu différemment que ne l’a fait M. Kunth, sur la vue de quelques fleurs presque pulvérisées.

L’arbre est élevé de 20 mètres; le bois en est très-mou et le tronc supporte une belle cyme de rameaux inclinés, dont les extrémités sont velues et marquées de cicatrices annulaires rapprochées, formées parla base des pétioles. Les feuilles sont amples,

(l)Lamarck, Illusl., pi. CGCXI.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

imparipinnées, ramassées vers l’extrémité des rameaux et support.éespar un pétiole dilaté en gaîne; ellessontcomposéesde 6à 7paires de folioles sessiles, lancéolées-aiguës, dentées en scie, longues de 55 centimètres, entremêlées d’autres folioles très-petites et prescjue rondes, comme dans la plupart des plantes précédentes. Les fleurs sont très-petites et forment des panicules très-amples, presque semblables pour l’aspect à celles d-e l’ulmaire. Ces fleurs sont accompagnées à la base de deux bractées qui cachent le tube du calice. Celui-ci est turbiné, très-velu et se termine par un limbe à 5 divisions écartées comme les rayons d’une étoile, oblongues, obtuses, glabres, veineuses-réticulées. Le tube du calice est rétréci par un anneau membraneux, portant une corolle à 5 pétales, alternes avec les divisions du calice et de forme spatulée. M. Kunth considère cette corolle comme un calice de second rang et admet une autre corolle insérée pareillement sur l’anneau membraneux, à 5 pétales minimes et linéaires que je n’ai pas aperçus et qui ne sont peut-être que des étamines transformées. Les étamines sont au nombre de 20 environ, insérées comme les pétales. Il y a 2 ovaires uniloculaires, libres au fond du calice, surmontés d’un style terminal. Par suite du développement incomplet des étamines ou du pistil, on distingue dans le Cousso deux sortes d’inflorescence : les inflorescences m«/esetles femelles. Ces dernières, dans lesquelles les pièces extérieures du calice prennent un accroissement assez considérable et une couleur rougeâtre, portent le nom de Cousso rouge et sont beaucoup plus estimées comme médicament.

Ces fleurs sont très-usitées en Abyssinie : on les emploie contre le ténia à la dose de 12 à 15 grammes infusés dans 375 grammes d’eau, que l’on prend en deux fois, à une heure de distance (1).

On a retiré du Brayera antlielmintica , une substance en poudre cristalline, blanche, ou jaunâtre, âcre et amère, qui est un vermifuge énergique. Elle est très-soluble dans l’alcool, l’éther et les alcalis : peu soluble dans l’eau, à laquelle elle communique cependant une réaction acide. On lui a donné le nom de Koussine(fî). -f-

Écorce «le Quillai savonneux on «le Panama.

Cette écorce, telle que le commerce la présente, est en morceaux longs de 1 mètre environ, larges, plats, fibreux, et cepen-

(1) Voyez Mémoires de l'Académie de médecine , t. IX, p. 689. — Bulletin de l'Académie royale de médecine, t. XII, p. 690 et suiv. — Voyez aussi : E. Fournier, Des tènifuges employés en Abyssinie. Thèse de doctorat en médecine, 1861.

(2) Voir Bedall, Chem. Centralblatt, 1863, p. 124, résumé dans le Journ. de pjtarm. et de chim., 3e série, XL1II, p. 428.

SPIRÉACÉES DE QU1LLAI. 309

dant assez denses et pesants. Elle est noirâtre au dehors, blanche dans son intérieur et donne une poudre presque blanche. Elle est inodore, mais elle contient un principe d’une si grande âcreté qu’on ne peut la remuer, à portée de la figure, sans en éprouver des éternuments violents ; elle est donc très-dangereuse à pulvériser. Elle paraît cependant presque insipide au premier moment, mais ensuite elle développe une âcreté considérable. Cette écorce, pulvérisée et mêlée à l’eau, la fait mousser fortement et lui donne la propriété de dégraisser les étoffés. On en fait au Chili un commerce considérable. MM. Boutron et O. Henry, l’ayant analysée, en ont retiré une matière grasse unie â de la chlorophylle, du sucre, etc., et une substance particulière très-piquante, soluble à la fois dans l’eau et dans l’alcool, moussant beaucoup avec l’eau, enfin présentant les propriétés générales de la saponine et de la salseparine (I).

L’écorce de quillai est fournie par un arbre du Chili dont les caractères ont été mal indiqués par Molina, mais ils ont été bien exposés par Ruiz et Pavon, dans leur Prodrome de la Flore du Pérou, sous le nom de smegmadermos (écorce savonneuse), et ensuite parM. Fndlicher (2), sous le premier nom de quillaja. Cependant je ne crois pas superflu de les compléter, en donnant ici les caractères des feuilles et des fruits, tels qu’ils résultent d’un échantillon rapporté du Pérou, en 1848, par M. Auguste Delondre. •

Smegmadermos emarginatus, R. P.; Quillaja smegmadermos, DC. Feuilles éparses, à peine péliolées, ovales-arrondies, très-entières, à bords repliés en dessous, un peu échancrées au sommet, fermes et consistantes, à peine marquées de nervures transversales, vertes et entièrement glabres sur les deux faces. Fruit composé de 5 capsules oblongues, un peu comprimées latéralement, arrondies à l’extrémité, verdâtres, un peu pubescentes, non ouvertes et probablement difficilement déhiscentes. Ces capsules sont écartées comme les 5 rayons d’une étoile, pourvues d’une suture ventrale devenue supérieure et occupant, sous la forme d’une arête, presque toute la longueur des capsules. Le calice, qui a persisté tout entier, est à peine pubescent au dehors; il présente b dents larges à la base, pointues à l’extrémité, épaisses, solides, droites et suivant, en se redressant un peu, la direction des capsules; les bords seuls sont un peu réfléchis au dehors. Les capsules sont un peu soudées par la partie inférieure et ne peuvent être séparées sans déchirement. Lorsqu’elles sont enlevées, on aperçoit entre elles et le calice 10 filets subulés, dont b prennent naissance sur les lobes mêmes du calice, à moitié de leur longueur et sur la ligne médiane; les b autres sont insérés directement, ou sans support intermédiaire, presque sous le fruit, au fond du calice. Ce fruit, sans ses 10 filets persistants, se trouve très-bien

(Il Journal de pharmacie, t. XIV, p. 24 7, et t. XIX, p. 4.

(2) Endlicher, Généra plantarum.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

représenté clans Ruiz et Pavon (t), et dans Lamarck (2). Il a été récolté au mois de février 1848, par M. Auguste Delondre,sur l’arbre même qui fournit l’écorce de quillai.

Indépenâamment de l’échantillon précédent, M. Delondre a rapporté les feuilles et les fruits d’un arbuste inconnu dont les feuilles ont le goût de celles du laurier-cerise. Je pense, malgré de nombreux caractères différentiels, que cet arbuste peut bien être celui que Molina a si mal décrit sous le nom de Quillaja saponaria,e t que de Candoîle a mentionné sous i le nom de Quillaja Molinœ. Je suis plus certain en disant que cette môme espèce est celle dont le fruit se trouve figuré dans Lamarck (3). Mais, d’après M. Gaudicliaud, cet arbre n’est autre chose que 1 e Kageneckia oblonga,\ R. P. En voici les caractères, tirés de l’échantillon donné par M. Delondre.

Feuilles rapprochées vers l’extrémité des rameaux, sessiles, ovalesoblongues ou obovées, quelquefois pointues, le plus souvent arrondies à l’extrémité, rarement émarginées. Les feuilles sont denliculées, celles qui sont pointues plus que les autres, et leurs dents très-aiguës et piquantes, leur donnent une grande ressemblance avec les feuilles du chêne vert, auxquelles Molina les a comparées; elles sont glabres, ^ fermes, épaisses, à nervures transversales peu marquées, mais cependant plus apparentes que dans la première espèce. Les fruits sont généralement très-petits et à 5 parties; mais quelques-uns sont aussi volumineux que ceux de la première espèce ; quelques-uns aussi, tout en conservant un calice à 5 divisions, présentent 6 capsules. Les capsules sont rougeâtres, pubescenles et présentent une forme imparfaitement tétraédrique, que l’on peutcomparer à celle d’un trochisque de pharmacie, la pointe du style occupant le sommet du trochisque. Ces pointes de styles, au lieu d’être très-écartées comme dans le Smegmadermos de Ruiz et Pavon, sont au contraire rapprochées du centre et quelquefois presque conniventes. Les capsules s’ouvrent par le sommet, et l’ouverture embrasse non-seulement la suture interne, mais elle se prolonge du côté extérieur, jusqu’à la base du trochisque; les semences sont nombreuses, rougeâtres, ailées, semblables à celles du Smegmadermos.

Le calice est à 5 divisions rougeâtres, glabres, minces, striées longitudinalement, complètement réfléchies et roulées en dehors, ce qui permet d’apercevoir les pointes plus intérieures qui constituent une différence essentielle entre ce fruit et celui du Smegmadermos. En enlevant avec soin les capsules, on trouve tout le fond du calice occupé par un disque membraneux très-étalé, pprtant à sa circonférence 12 ou lg f pointes aplaties qui doivent être des filets d’étamines, dont l’insertion est ainsi très-différente de celle du Smegmadermos.

J’ai mentionné déjà (4) la racine d’une plante spiréacée (le Gillenia trifoliata ) qui est usitée dans l’Amérique septentrionale comme succédanée de l’ipécacuanha. Il est inutile d’y revenir ici. O

(1) Ruiz et Pavon, Prodrome, fig. 31.

(2) Lamarck, Illustrations, pl. DCCLXXIV, Quillaja , n° 1.

(3) Ibid. , n° 2.

(4) T. III, p. 99.

AMYGDALEES. — AMANDIER COMMUN.

TRIBU DES AMYGDALEES.

Amandier commun (fiy 054).

Amygdalus communis , L. — Cargén.s Calice à 5 divisions imbriquées; corolle à 5 pétales élargis, échancrés au sommet; étamines 15 à 30, à filaments libres filiformes, à anthères biloculaires, déhiscentes longitudinalement ; ovaire sessile, uniloculaire, surmonté d’un style terminal et d’un stigmate épais; drupe coriace ou charnu, ;\ noyau sillonné ou percé de trous. — Car. spéc. : Feuilles oblongues- lancéolées, finement dentées; fleurs solitaires ou géminées, paraissant avant les feuilles; calice campanulé ; fruit pubescent, à chair fibreuse-sècbe, à noyau uni, percé de petits trous.

L’amandier croît naturellement en Afrique ; on le cultive en Espagne ; enltalie, dansle midide la France et jusque dans la Touraine. Sous le climat de Paris, ses Heurs paraissent de très-bonne heure, et il y porte rarement fruit. Ce fruit est un drupe dont le péricarpe, presque sec, s’ouvre en mûrissant; le noyau renferme une semence qui est douce ou amère : de là on distingue deux variétés principales d’amandier, l’une à fruit doux, l’autre à fruit amer.

On reconnaît encore plusieurs variétés d’amandes douces : les unes sont à coques dures, presque rondes ou oblongues; les autres, à coques tendres et fragiles ; celles-ci sont débitées dans le commerce avec leurs coques, et sont d’usage sur les tables; les premières sont débarrassées de leur enveloppe ligneuse, et servent la pharmacie et aux arts analogues. Elles viennent surtout d’Afrique et de nos départements méridionaux.

On doit choisir les amandes entières, bien nourries, sèches, blanches et cassantes : celles qui sont molles, pliantes et transparentes, sont altérées et doivent être rejetées. 11 faut les garder

312 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

dans un lieu sec et les cribler de temps à autre pour en séparer les mites, qui attaquent leur robe et la réduisent en poussière.

Les amandes tiouces servent à l’extraction de leur huile, et à faire des émulsions, des loochs, du sirop d’orgeat, etc.

M. Boullay a retiré de 100 grammes d’amandes douces : eau 3,5, pellicules extérieures contenant un principe astringent 5, huile 54, albumine jouissant de toutes les propriétés de l’albumine animale 24, sucre liquide 6, gomme 3, partie fibreuse 4, perte et acide acétique 0,5. 11 a ainsi confirmé une idée de Proust, qui, assimilant l’émulsion des amandes au lait des animaux, avait dit : L’émulsion des amandes est un caséum uni ci l'huile , avec un peu de sucre et de gomme (1).

Les amandes amères, que l’on mêle en petite quantité aux premières, afin de donner une saveur plus agréable aux diverses préparations dont elles sont la base, ont quelques propriétés remarquables ; elles sont un poison très-actif pour plusieurs animaux et notamment pour les oiseaux, et prises à haute dose elles ne laissent pas que d’être nuisibles à l’homme. On en relire par la distillation à l’eau une eau distillée chargée d’acide cyanhydrique, et rendue laiteuse par une huile plus pesante que l’eau, d’une saveur très-âcre et très-amère.

Ces deux principes, qui donnent aux amandes amères des propriétés si actives et délétères, n'y existent cependant pas tout formés ; puisque, en broyant les amandes sans eau, on en extrait abondamment, et pour les besoins du commerce, une huile fixe aussi douce et aussi inodore que celle retirée des amandes douces, et qu’on peut également les chauffer sans eau, presque jusqu’à les rôtir, sans en dégager aucune odeur. L’huile volatile et l’acide cyanhydrique, qu’on extrait des amandes amères parla distillation aqueuse, sont donc dus à la réaction de l’eau sur quelques-uns de leurs principes. Ce fait, que j’ai énoncé le premier, a été mis hors de doute par MM. Robiquet et Boutron : ces deux chimistes ont montré que, lorsque le marc d’amandes amères, épuisé d’huile douce, est traité par l’alcool, l’eau ne peut plus ensuite y développer d’odeur prussique, et n’en extrait qu’une matière azotée, soluble, analogue à l’albumine et à la caséine, sans être cependant identique avec elles et qui a reçu depuis le nom d ’émulsine (Liebig) ou de synaptase (Robiquet). Quant à la teinture alcoolique, on peut en extraire trois principes qui sont : 1° une résine jaunâtre, liquide, d’une saveur âcre ; 2° du sucre ineristallisable ; 3° une matière blanche, cristallisable, azotée, nommée amygdaline. C’est ce dernier corps

<1 )Journ. de pharm., 1 8 1 7 , p. 337 et suiv.

AMYGDALEES. — ABRICOTIER.

qui, par la réaction de l’émulsine, agissant sur lui à la manière d’un ferment, et avec l’intermède de l’eau, se convertit en acide cyanhydrique et en essence d’amandes amères; mais il se produit en outre du sucre de raisin ou glucose, ainsi que le montre, soit l’équation donnée par Wœhler et Liebig (1), soit l’équation, plus simple, proposée par M. Gerhardt, et que voici :

Éléments. Produits.

Amygdaline.. .. C40 H 27 O22 Az Acidecyanhydrique. C2 H Az

4H 0 H4 O4 Ess d’am. amères. C14 h6 O1 2

Glucose C24 il 24 O24

Soram C40 H 31 O26 Az C40 H»! O26 Az

J’ai déjà exposé les réactions relatives à l’essence d’amandes amères et sa préparation (2).-f-

Pêcher, Amygdulus persica , L. ; Persica vulgaris, INI i 1 1 . Cet arbre ne diffère guère des amandiers que par son fruit à chair succulente et savoureuse et par son noyau marqué de sillons plus profonds. Il est originaire de Perse, comme l’indique son nom. Il exige beaucoup de soin pour sa culture, et une belle exposition. Ses feuilles sont étroites, lancéolées, pointues, amères, purgatives, et ont une odeur d’amande amère ; ses fleurs sont solitaires, d’un rouge incarnat très-agréable, légèrement odorantes, et d’un goût semblable d’amande amère. Ses fruits, recouverts d’une peau veloutée et parés des plus vives couleurs par les rayons du soleil, tiennent leur rang parmi les plus beaux et les meilleurs de nos climats. Leur amande contient les éléments de l’acide cyanhydrique, de même que celle de l’amandier amer; et la boîte osseuse qui la renferme, imprégnée de la même odeur, sert à faire une liqueur de table très-agréable.

Les fleurs de pêcher sont employées comme purgatives, et servent à faire le sirop qui porte leur nom.

Abricotier, Armeniaca vulgaris , Lam. ; Prunus armeniaca, L. Cet arbre, originaire de l’Arménie, est depuis longtemps cultivé dans toute l’Europe. Il diffère des pruniers, auxquels Linné l’avait réuni, par ses feuilles cordiformes, larges, longuement pétiolées et pendantes ; par ses fleurs teintes à l’extérieur d'un rouge rosé ; par ses fruits presque sessiles, et contenant un noyau lisse, arrondi, pourvu de deux sutures dont une est obtuse et l’autre pourvue de trois arêtes, dont celle du milieu est plus vive et plus saillante. La semence est arrondie et présente un goût d’amandes amères, auxquelles on les ajoute souvent dans le commerce. Les

(1) Wœhler et Liebig, Pharmacopée raisonnée, p. 170.

(2) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, p. 160-171.

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

abricots sont pourvus d’une chair jaune, un peu fibreuse, sucrée, aromatique, non acide ; on les sert sur les tables et on en fait des conserves molles et sèches.

On trouve dans les montagnes du Dauphiné et du Piémont un abricotier indigène, nommé abricotier de fltrîaueon ( Armeniaca brigantiaca ), dont les semences fournissent une huile douce, ayant un goût agréable d’amande amère, et usitée dans le pays sous le nom r V huile de marmotte. On attribue au tourteau la propriété d’engraisser les bestiaux ; mais il peut leur être très-nuisible en raison de la grande quantité d’acide cyanhydrique qu'il peut produire (1).

Pruniers. — Les pruniers sc distinguent des abricotiers par leurs feuilles lancéolées ou ovales-lancéolées, non pendantes, à nervures proéminentes et rudes au toucher; par leurs fleurs blanches, le plus souvent ombellées-fasciculées ; par leurs fruits pédonculés et pendants, lisses, mais couverts d’une efflorescence cireuse qui disparaît par le frottement du doigt ; par leur noyau comprimé, terminé en pointe aux deux extrémités, pourvu de deux sutures dont l’une est creusée d’un sillon et l’autre marquée d’arêtes obtuses.

Quelques espèces de pruniers sont indigènes à la France et s’y trouvent à l’état sauvage : tel est le prunier épineHX OU prunellier, ou épine noire ( Prunus spinosa , L.), dont les fruits trèsacerbes, petits, presque globuleux, d’un violet bleuâtre à maturité, ont servi anciennement à préparer un extrait nommé suc d’acacia nostras, qui était substitué au véritable suc d’acacia d’Égypte ; tel est encore le prunier sauvage ( Prunus insititia , L.), arbrisseau plus élevé et moins épineux que le précédent, dont les fruits un peu plus gros, mais toujours d’une saveur amère et acerbe presque insupportable, servaient au même usage que les précédents. Il est possible également que quelques-unes des races du prunier cultivé ( Prunus domcstica , L.), soient indigènes à l’Europe ; mais il paraît certain que la plupart sont originaires du Levant, puisque Pline assure que le prunier n’a été introduit en Italie que depuis Caton l’Ancien. Les races ou variétés principales sont la prune de reine Claude , la prune de Damas, la prune de Monsieur, celle de Sainte- Catherine et la Mirabelle. Non-seulement on mange ces fruits à l’état frais, mais on les fait sécher alternativement au feu et au soleil, pour les amener à l’état de pruneaux, et on en fait un commerce considérable dans plusieurs parties de la France. Les pruneaux de table les plus estimés viennent de Brignoles, de Tours et d’Agen. Ceux de Tours sont pré-

(lj Journal de pharmacie, juin 1817.

AMYGDALEES.

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