‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 77 sur 176 · CERISIERS · texte numérisé non relu

CERISIERS

parés avec la prune de Sainte-Catherine. On trouve aussi dans le commerce des petits pruneaux noirs, dits pruneaux à médecine , qui entrent, comme laxatifs, dans l’électuaire lénitif et dans les médecines que l’on donne aux enfants. On les prépare avec les petites variétés de Damas et de Saint-Julien.

Cerisiers.

Tous les arbres rosacés formant la tribu des amvgdalées se ressemblent tellement, par leurs caractères floraux, qu’on pourrait les considérer comme un grand genre subdivisé en sections fondées sur des caractères assez secondaires tirés de la grosseur, de la forme et de la surface du fruit. Les cerisiers nous présentent donc encore presque tous les caractères des pruniers, dont ils se distinguent par leurs fruits généralement beaucoup plus petits, globuleux, très-glabres, lisses et dépourvus de toute efflorescence cireuse, et par leur noyau uni et sous-globuleux. Leurs fleurs sont tantôt portées sur des pédoncules unillores, qui sortent, sous forme d’ombelle, de bourgeons écailleux, et, dans ce cas, elles paraissent avant les feuilles; tantôt elles sont portées sur des grappes sorties des rameaux et paraissant après les feuilles ; cette diflérence divise les cerisiers en deux sections, Cerasophora et Padus.

Merisier, Cerasus avium, L. Arbre élevé de 10 à 13 mètres, dont les branches redressées sont garnies de feuilles ovales, dentées en scie, pubescentes en dessous, portées sur des pétioles grôles, et pendantes. Les fleurs sont disposées au nombre de 4 ou de 2, en ombelles sessiles, et sont quelquefois solitaires. Leur calice est réfléchi, et les pétales sont blancs, peu ouverts, ovales, échancrés en cœur au sommet. Les fruits sont très-petits, ovoïdes, d’un rouge foncé ou noirâtre, d’une saveur âcre et amère avant leur maturité, devenant fade lorsqu’elle approche du terme.

Le merisier paraît indigène à l’Europe ; car on trouve des forêts qui en sont presque entièrement composées ; son bois est très-estimé des ébénistes et des tourneurs; son fruit, surtout celui de la variété Macrocarpa, cultivée en Suisse, est préféré aux cerises pour la préparation du vin de cerises et du kirsc/ienwasser. Cette dernière liqueur forme une branche de commerce considérable pour nos départements de l’Est, pour la Suisse et la Souabe. C’est un alcool marquant de 22 à 28 degrés à l’aréomètre de Baumé (36 à 70 degrés centésimaux), aussi incolore et aussi transparent que de l’eau, ayant un goût de noyau très-agréable.

Cerisier vulgaire OU griottier, CcrttSUS CQ.pvoniQ.nci , DC. Cet arbre est originaire du Pont, d’où il a été apporté à Rome par

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

Lucullus. Son nom môme n’est autre que celui de la ville de Cérasonte (aujourd’hui Keresoun) bâtie sur la côte du Pont-Euxin, au pied d’une colline couverte de cerisiers et entre deux rochers très-escarpés. Le cerisier s’élève à la hauteur de 7 à 8 mètres, et son tronc peut acquérir 1 à 2 mètres de tour. Ses rameaux sont ordinairement étalés et forment une tête arrondie ; ses feuilles sont ovales, dentées, glabres, d’un vert foncé, munies de pétioles assez fermes. Les fleurs sont blanches, disposées en ombelles sessiles et peu fournies ; leurs pétales sont ovales, entiers, faiblement échancrés ; les fruits sont arrondis, d’un rouge vif, quelquefois d’un pourpre foncé, ou roses ou blanc jaunâtre, suivant les variétés qui sont très-nombreuses. Ils sont très-succulents, plus ou moins acides et sucrés, très-sains et rafraîchissants. On en fait un sirop, une conserve, et on les confit dans l’eaude-vie.

Cerisier maiialeb, Cerasus mahaleb, Mil!. Ce cerisier, quoique portant un nom arabe et devant, par conséquent, se trouver en Asie, croît naturellement dans diverses contrées de l’Europe et principalement dans les Vosges, aux environs du village de Sainte-Lucie, d’où l’arbre et son bois ont aussi pris le nom de bois (le Sainte-Lucie. Il s’élève à la hauteur de 6 à 8 mètres, est pourvu de feuilles ovales, presque rondes, glabres, bordées de dents serrées et glanduleuses. Ses fleurs sont blanches, disposées au nombre de 6 à 8 ensemble en petites grappes qui ont l’aspect d’un corymbe, parce que les pédoncules inférieurs sont plus longs que les supérieurs et s’élèvent presque à la môme hauteur. Les fruits sont petits, noirâtres et très-amers; les grives et les merles en sont très-friands.

Les amandes de mahaleb se trouvent dans le commerce ; elles sont grosses comme le carpobalsamum, avec lequel elles ont quelque ressemblance extérieure ; mais celui-ci est un fruit pourvu de son péricarpe, et le mahaleb est une petite amande privée môme de sa coque ligneuse. Cette amande est ovale, un peu aplatie, d’un jaune brunâtre, d’une saveur douce, parfumée et d’une odeur très-suave. Les Arabes l’avaient mise en usage autrefois contre les calculs de la vessie ; mais elle n’est plus usitée que dans la parfumerie. On vend souvent à sa place les amandes du cerisier commun, qui en ont presque la forme, mais qui sont blanches et inodores, pourvues seulement, quand on les mâche, d’une forte saveur d’amande amère.

Le bois de mahaleb ou de Sainte-Lucie est d’un blanc jaunâtre, uni, fin, compacte, assez pesant et d’une odeur très-agréable. Il est recherché des ébénistes, des tabletiers et des tourneurs ; il ne faut pas le confondre avec le palissandre, qui porte aussi le

AMYGDALÉES. — LAURIER-CERISE.

nom de bois de Sainte-Lucie , à ©anse de l’ile de Sainte-Lucie, dans les Antilles, d’où il paraît avoir été apporté en Europe, bien qu’il n’y croisse pas, très-probablement.

Merisier à grappes, putiet, faux bois de Sainte-Lucie, Ce-

rasus padus , DG. Arbre ou arbrisseau de 7 à 8 mètres, à feuilles ovales-lancéolées, glabres et dentées ; ses fleurs sont blanches, pédonculées, disposées en grappes pendantes plus longues que les feuilles; les fruits sont de la grosseur d’un pois, ronds, amers, noirs dans une variété, rouges dans une autre. Cet arbre croit spontanément dans les bois montagneux de l’Europe, et est trèsabondant dans les Vosges, où le nom de putiet lui a été donné à cause de l’odeur forte et désagréable de son écorce, qui est de plus amère et astringente, ce qui a porté un médecin à la proposer, comme succédanée du quinquina, dans le traitement des lièvres intermittentes. Le bois du puliet n’a pas les qualités de celui de mahaleb ; dans les pays où il acquiert une certaine grosseur, on en fait des sabots.

Merisier de Virginie, Cerasus virginiana, Mich. Cet arbre ressemble beaucoup au précédent ; mais il est plus élevé, pourvu de feuilles plus larges et lisses en dessous ; les grappes sont plus longues, plus serrées ; les pétales sont arrondis et non ovales. Dans son pays natal, dans l’Amérique du Nord, sur les bords de l’Ohio, autour de Philadelphie, etc., cet arbre acquiert 10 à ^mètres de hauteur ; son bois est rougeâtre, veiné de noir et de blanc, très-odorant, susceptible de prendre un beau poli ; il sert à faire des meubles.

[L’écorce de cette espèce est très-employée en Amérique, comme tonique et sédative. Elle est en fragments plats ou légèrement cintrés, de couleur rougeâtre, à cassure nette, de consistance spongieuse, etc. La saveur est aromatique, l’odeur de l’écorce récente rappelle celle d’amandes amères. Cette odeur est due à une huile essentielle et à une petite quantité d’acide prussique (de 0,478 à 1,486 p. 100) (l).J

Laurier-cerise OU laurier-amande (fid’ ôôo), Ceï'ClSUS lüUTû-

cerasus , DC ; Prunus lauro- cerasus, L. Arbrisseau toujours vert dont les feuilles sont courtement pétiolées, ovales-oblongues, terminées en pointe, munies sur leurs bords de quelques dents écartées ; elles sont épaisses, coriaces, luisantes en dessus, parfaitement glabres des deux côtés, offrant 2 ou 4 glandes sur le dos. Les fleurs sont blanches, disposées en longues grappes axillaires et exhalent une odeur agréable analogue à celle des amandes amères. Les fr uits sont ovales, pointus à l’extrémité, peu charnus, noirâtres à leur maturité.

On prépare avec les feuilles récentes du laurier-cerise une eau.

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

distillée, fortement imprégnée d’une huile volatile pesante, et d’acide cyanhydrique, et qui par cette raison doit être administrée

avec prudence. Malgré cela, les feuilles de laurier-cerise sont assez souvent employées dans les mé- -l nages pour donnerai! lait une saveur d’amande agréable ; mais alors on se contente d’en faire tremper pendant quelque temps une ou deux feuilles dans un litre de lait, ce qui ne peut être dangereux.

Quelques chimistes, entre autres M. Winkler et M. Lepage, pharmacien à Gisors, ont pensé que, contrairement aux amandes amères, les feuilles de laurier-cerise contenaient une certaine quantité d’essence et d’acide cyanhydrique tout formés. L’opinion contraire est admise par M. Gohlev, qui a résumé les faits relatifs à cette question (I).

Gomme de cerisier.

Cette gomme découle de la plupart des arbres qui composaient le genre Prunus de Linné, et principalement du cerisier, du » t merisier, du prunier et de l’abricotier. Elle suinte spontanément du tronc et des branches de ces arbres devenus vieux. Elle est d’abord liquide et incolore, mais elle se colore et se durcit en se desséchant à l’air. On la trouve dans le commerce en gros morceaux agglutinés, luisants, transparents, rouges, souvent salis par des impuretés. Elle se dissout très-difficilement dans la bouche, et n’est qu’imparfaitement soluble dans l’eau, avec laquelle elle forme un mucilage très-épais. Elle n’est nullement employée en pharmacie, et n’est pas même propre faire de l’encre ; mais on s’en sert dans la chapellerie pour l’apprêt du feutre.

La gomme de cerisier, mise en macération dans 50 parties d’eau, s’y gonfle beaucoup, lui donne une certaine consistance, mais s’y dissout fort peu. Le mélange étendu de trois fois autant d’eau est jaune, presque transparent, encore un peu glutineux.

Par l’agitation, la gomme se divise dans le liquide en parties

(1) Gobley, Journal de pharmacie et de chimie , l. XV, p. <50.

LÉGUMINEUSES

molles, transparentes, non adhérentes entre elles, insolubles, qui diffèrent de la kutérine ou bassorine, par leur forme angulaire, analogue à celle des fragments de gomme dont elles proviennent. La liqueur filtrée ne conserve qu’une faible viscosité, ne rougit pas le tournesol, se trouble par l’oxalate d’ammoniaque, et trèsfaiblernent par l’alcool.

D’après M. Guérin-Varry, la partie insoluble de la gomme de cerisier constitue une gomme particulière qu’il nomme cérasine et qui diffère de la bassorine parce qu’elle se change en arabine ou en gomme toute soluble, par l’ébullition dans l’eau. N’étant pas parvenu à dissoudre la cérasine par ce moyen, je suis porté à croire qu’elle ne diffère de la bassorine que par sa forme, et non par sa nature chimique qui doit être la même. Q

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