SI
M. Parisel s’est presque borné à extraire par l’éther ou l’alcool le principe âcre résinoïde, auquel il a donné le nom de pyréthrine. M. Koene a montré que cette matière était complexe et formée des trois principes énoncés ci-dessus; quant aux autres principes qui sont sensiblement les mômes dans les deux analyses, mais dont les quantités indiquées sont fort différentes, je suis porté à regarder celles données par M. Parisel comme plus exactes.
La pyrèthre est souvent employée dans les maladies des dents, dans la paralysie de la langue, et toutes les fois que l’on veut exciter une abondante salivation. Les vinaigriers en emploient pour donner du mordant au vinaigre.
Indépendamment delà pyrèthre que je viens de décrire, et qui est la seule que l’on trouve dans le commerce de Paris, Lemery en distingue une seconde espèce, qu’il attribue au Pyrethrum umbelliferum de G. Bauhin. Cette racine est longue de 16 centimètres, plus menue que la précédente, d’un gris brun au dehors, blanchâtre en dedans, garnie par le haut de fibres barbues, comme l’est la racine de méum. Lemery lui donne le même goût âcre et brûlant, et ajoute qu’on l’apporte entassée par petites bottes de la Hollande et d’autres lieux.
M. Théodore Martius, ancien pharmacien à Erlangen, a bien voulu me faire passer une pyrèthre qui offre tous les caractères de la seconde sorte de Lemery et qui l’est indubitablement. Mais cette pyrèthre, qui est connue en Allemagne sous le nom de Pyrelhrum germanicum, pour la distinguer de celle du Midi, que l’on y nomme Pyrethrum romanum ; cette pyrèthre, dis-je, au lieu d être produite par une plante ombellifère, comme l’a cru Lemery, est due à une espèce d ’Anacyclus très-semblable à VAnacyclus pyrethrum, mais plus petite dans toutes ses parties, qui a été décrite par M. Hayne sous le nom d’Anacyclus of ficinarum.
Ainsi toute la pyrèthre officinale, soit africaine ou romaine , soit
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germanique , est produite par un Anacyclus ; mais il n’en est pas de même de celle des anciens, et de Dioscoride en particulier, qui était bien la racine d’une ombellifère. Matthiole a pensé avoir retrouvé cette plante de Dioscoride et en a donné la figure. G. Bauhin l’a vue vivante dans le jardin de Padoue, et l’a nommée Pyrethrum umbelliferum. Aujourd’hui cette plante est perdue ou comprise parmi les thapsies ou les saxifrages, mais elle ne fournit aucune racine au commerce.
On prétend aussi qu’on mélange dans le commerce, ou qu’on remplace même la racine de pyrèthre avec celle de diverses plantes, telles que le Bupktalmum creticum, VAchillea ptarmica , et surtout avec la racine du Chrysanthemum frutescens , L., qui est le Leucanthemum canariense pyrethri sapore, T. ; mais aucune de ces substitutions n’a lieu, et sauf la vétusté, dont il faut se garder, il y & peu de substances que l’on trouve moins mélangées dans le commerce que la racine de pyrèthre.
Cresson de Para.
Spilanthes oleracea , L. [fig. 569). Car. gén. : capitules multiflores, tantôt pourvus d’un rayon de fleurs ligulées femelles, tantôt
entièrement composés de fleurs tubuleuses et hermaphrodites; involucre bisérié, appliqué, plus court que le disque ; le style des Heurs hermaphrodites est à rameaux Ironqués au sommet et pénicillés; anthères noirâtres; achaines comprimés, souvent ciliés sur les côtés.
Le cresson de Para est originaire du Brésil et n’est encore cultivé en France que dans les jardins. C’est une plante annuelle, haute de 30 centimètres, dont les tiges sont rondes, tendres, rameuses, diffuses et tombantes; les feuilles sont opposées, pétiolées , petites, sous-cordiformes, sous-dentées; les capitules sont solitaires à 1 extrémité de pédicelles plus longs que les feuilles, ils sont coniques, entièrement formés de fleurs hermaphrodites tubuleuses, jaunes (brunes sur le milieu du disque dans la variété fusca ), tous les achaines sont comprimés, ciliés sur le
Fig. 569 — Cresson de Para.
SYNANTII ÉRÉ ES. — SÉNÉCI0N1DÉES.
bord, surmontés de deux arôles nues. Toute la plante est trèsâcre; mais les capitules surtout ont une saveur brûlante et caustique, et excitent fortement la salivation. On les emploie en teinture alcoolique contre les maux de dents; ils agissent comme le cochléaria, mais à un degré plus intense, en rubéfiant une étendue plus ou moins considérable de la membrane muqueuse et en déplaçant l’irritation.
D’autres espèces du même genre jouissent de propriétés semblables, et principalement les Spilanthes acmella, alba, urens, pseudo-acmella , etc. ^
Ciraml-Soleil .
Helianthus anmius , L. Plante annuelle, originaire du Pérou, mais cultivée dans les jardins de presque tous les pays, à cause de sa grande fleur radiée qui représente un soleil entouré de rayons. Sa tige est simple, haute de 2 à 3 mètres, cylindrique, rude au toucher, terminée par un capitule, auquel en succèdent d’autres portés par des rameaux sortis de l’aisselle des feuilles supérieures; les feuilles sont presque opposées, pétiolées, grandes, subcordiformes, pointues â l’extrémité, grossièrement dentées, trinervées, rudes comme la tige. Les capitules, larges quelquefois de 30 centimètres, sont inclinés sur la tige de manière à présenter leur disque presque vertical et dirigé du côté du soleil, ce qui a fait aussi donner à la plante le nom de tournesol. Les folioles de l’involucre sont inappliquées, linéaires-aiguës, plus petites à l’intérieur qu’à l’extérieur ; le réceptacle est paléacé; les fleurs du rayon sont unisériées, ligulées, étalées, d’une belle couleur jaune, privées d’organes sexuels ; les fleurs du disque sont presque innombrables, tubuleuses, hermaphrodites, à 3 dents, d'un jaune brunâtre; les achaines sont comprimés, sous-tétragones, noirâtres, un peu rudes au toucher, pourvus ou privés d’une aigrette caduque, formée de deux squammclles en forme d’arêtes: ces fruits sont assez volumineux, faciles à récolter, et fournissent par expression une huile grasse propre à l’éclairage et à la fabrication du savon. On peut s’étonner qu’on ne cultive pas la plante plus spécialement pour cet usage.
Topinambour.
Helianthus tuberosus , L. Cette plante est pourvue d’une souche vivace, fibreuse, traçante, qui donne naissance à un nombre considérable de bourgeons monstrueux, tubéreux, pédiculés, de la grosseur d’une poire ou davantage, pyriformes ou comme formés de plusieurs tubercules réunis. Ces bourgeons monstrueux sont
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couverts d’un épiderme rouge et vert, dû à la soudure des écailles originelles, et marqué de franges circulaires qui indiquent la limite de chaque vertici 1 1 e des mêmes écailles. L intérieur en est blanc, translucide, formé d’un tissu cellulaire lâche renfermant un suc très-aqueux et sucré. Ces tubercules produisent de nouvelles tiges droites, hautes de 2 à 3 mètres, rondes, rudes au toucher, rameuses par le haut, garnies de feuilles alternes, souvent presque opposées ou même ternées, pétiolées, grandes, ovales, pointues, dentées, rudes au toucher, décurrentes sur le pétiole, triplinervées. Les capitules sont terminaux, solitaires, non inclinés, petits relativement à ceux de l’espèce précédente et à la grandeur de la plante.
Cette plante est originaire du Brésil. Elle fleurit très-tard en Europe, et ses graines y mûrissent difficilement; mais ses tubercules se multiplient à un tel point, qu’après en avoir enlevé la plus grande partie en automne, pour les usages domestiques, il en reste ordinairement assez pour que les places vides se trouvent remplies l’été suivant.
Les topinambours forment une bonne nourriture pour les bestiaux pendant l’hiver, et les hommes peuvent aussi les manger cuits et assaisonnés de différentes manières. Ils ont un goût un peu analogue à celui du fond d’artichaut; mais ils sont peu nourrissants, étant presque totalement privés d’amidon.
Les topinambours ont été analysés parM. Payen et par M. Braconnot; d’après ce dernier chimiste, 100 parties de tubercules récents contiennent :
Eau 77,20
Sucre incristallisable 14,80
Inuline 3,00
Squelette végétal i ,22
Gomme i,08
Gluline o,99
Huile très-soluble dans l’alcool 0,06
Cérine 0)03
Citrate de potasse 1,07
Sulfate de potasse o,t‘2
Chlorure de potassium o,08
Phosphate de potasse o,06
Malate de potasse o 03
Phosphate de chaux o,i4
Citrate de chaux p
Tartrate de chaux 0 02
Silice O’o2
Ni M. Braconnot ni M. Payen n ont indiqué d’amidon dans les tubercules de topinambour; cependant ils en contiennent
SYNANTIIÉRÉES. — SÉNÉCIONIDÉES.
quelque peu que l’on peut découvrir au microscope et au moyen de l’iode, dans le dépôt que le tubercule râpé laisse former aprè avoir été délayé dans l’eau et jeté sur un tamis. Le suc de topinambour, quoique contenant une assez grande quantité de sucre, éprouve très-difficilement par lui-même la fermentation alcoolique, ce qui tient à ce que la glutine transforme le sucre en mucose, ainsi que cela a lieu pour le suc de betterave ; mais il fermente facilement par une addition de levure de bière et fournit alors, d’après M. Payen, 9 pour 100 du poids des tubercules frais d’alcool anhydre (1).
Hatli «lu Chili.
Madia sntiva et Madia mellosa, Molina. Ce sont deux plantes du Chili, dont la première surtout est cultivée dans son pays natal et aujourd’hui également en Europe, à cause de l’huile fournie par ses graines. Sa tige est élevée de 1™, 5, rameuse, garnie de feuilles alternes, linéaires-lancéolées, très-entières, assez semblables à celles du laurier-rose; ses capitules sont presque sessiles, agglomérés à l’extrémité des rameaux ou dans l’aisselle des feuilles, pourvus de fleurs femelles, ligulées, très-grandes, à 3 dents, et de fleurons hermaphrodites, tubuleux, à 5 dents; le réceptacle est plane et pourvu de une ou deux séries de paillettes, entre les fleurs du rayon et celles du disque. Les achaines sont longs de 9 à 11 millimètres, brunâtres, dépourvus d’aigrette, à 4 ou 5 nervures longitudinales, convexes d’un côté, aplatis de l’autre.
Au dire de Molina et du père Feuillée, l’huile de Madia saliva serait préférable pour la table, même à celle de l’olivier; mais sa couleur jaune foncée, sa propriété siccative et la facilité avec laquelle elle se rancit doivent la faire réserver pour l’éclairage ou la fabrication du savon commun. Elle est soluble dans 30 parties d’alcool froid et dans 6 parties d’alcool bouillant, ce qui l’éloigne beaucoup de la nature de l’huile d’olives.
On cite encore une autre plante de la famille des composées, dont les graines fournissent une assez grande quantité d’huile usitée dans l’Inde et en Abyssinie pour l’usage de la table ou pour l’éclairage. Cette plante porte dans l’Inde les noms de ramtill et d eiverinnua, et en Abyssinie celui de nook. C’est le Guizotia oleifera, DC., appartenant à la sous-tribu des hélianthées, et assez voisine par conséquent de l’ Helianthus annuus.
(1) Payen, Annales de chimie et de physique, t. XXV, p. 35s, et t. XXVI, p. 98.