LÉGUMINEUSES. — RÉGLISSE OFFICINALE
autres principes, et s’y dissout d’autant plus que la température est plus élevée.
Réglisse de Russie. Cette racine, que l’on trouve maintenant facilement dans le commerce, est de forme pivotante, mondée de son épiderme, moins grosse que le bras, fibreuse, jaunâtre, un peu moins sucrée que la réglisse commune. La plante qui produit cette racine (fig. 657) est en effet originaire de l’Orient et est la réglisse décrite par Dioscoride, Glycyrrhiza echinata , L. Elle diffère de la précédente par sa racine pivotante et volumineuse, par sa tige haute de 1 m ,30 à 2 mètres, par ses feuilles munies de stipules, ses fleurs rassemblées en tête, ses fruits ovales tout hérissés de poils épineux et ne contenant que 2 semences. Un auteur moderne a prétendu que cette plante servait à l’extraction du suc de réglisse de Calabre; mais anciennement Matthiole, et beaucoup plus récemment M. Tenore, s’accordent à dire que le suc de réglisse de Calabre est extrait du Glycyrrhiza glabra. Cette plante est également la seule que M. Richard ait vu cultiver en Sicile.
On emploie dans l’Indostan et dans les Antilles, comme succédanées de la réglisse, la racine et les feuilles de VAbrus precatorius, qui doivent leur saveur sucrée à la glycyrrhizine. Les semences de cet arbuste sont presque sphériques, de la grosseur de petits pois, lisses, d’une belle couleur rouge, avec une tache noire autour du hile ; on en forme des chapelets et des objets d’ornement.
En Europe on donne le nom de fausse réglisse à Y Astragalus glycyphyllos, plutôt, comme l’indique son nom, à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de la réglisse, que par l’usage que l’on peut faire de sa racine. On a conseillé comme antisyphilitique la racine d’une autre espèce d’astragale, qui est Y Astragalus exscapus, L.
Suc tic réglisse. Le suc de réglisse provient de la racine du Glycyrrhiza glabra. On le prépare surtout en Italie, dans la Calabre et en Espagne. Pour cela on fait bouillir plusieurs fois la racine, on l’exprime fortement, et on fait évaporer la liqueur dans une chaudière de cuivre. Lorsque l’extrait est cuit, on l’enlève avec des spatules de fer, et on en forme des bâtons longs de 12 à 15 centimètres, épais de 1,5 à 2, presque toujours aplatis à une extrémité par l’empreinte d’un cachet. Cet extrait contient tous les principes solubles de la racine, y compris l’amidon, et souvent des parcelles de cuivre métallique, enlevées à la chaudière par le choc des spatules. On le falsifie avec d’autres extraits sucrés, de la fécule ou des substances farineuses, et cette falsification, que j’ai longtemps citée sans l’avoir rencontrée, a
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recommencé il y a quelques années et est aujourd’hui assez commune. Je citerai entre autres un suc de réglisse fabriqué dans un canton d'Indre-et-Loire, qui, bien préparé, eût pu rivaliser avec celui d’Italie, et qu’une falsification blâmable a bientôt décrié dans le commerce. "Voici d’ailleurs les caractères du bon suc de réglisse. Il est noir et luisant, souvent déformé par l’aplatissement des bâtons; cassant lorsqu’il est conservé dans un lieu sec, mais devenant mou et pliant dans un lieu humide ; il a une cassure noire, nette et brillante, et une saveur sucrée, accompagnée d’une légère âcreté; suspendu dans un vase, au milieu de l’eau, il forme une dissolution sirupeuse et pesante, transparente et d’un brun foncé, qui tombe au fond du liquide, sans le troubler, et il laisse pour résidu une masse terne et grisâtre, qui conserve la forme et presque le volume des morceaux primitifs. On pourrait prendre d’abord ce résidu si abondant pour de l’amidon; il en contient en effet et il bleuit par l'iode; mais il ne présente aucun granule d’amidon au microscope; il est très-doux au toucher, disparaît sous la friction des doigts, s’épuise très-lentement par l’eau et donne longtemps des dissolutions sucrées, parce qu’il est en effet formé, en grande partie, de glycyrrhizine devenue insoluble par sa combinaison avec l’acide acétique développé pendant la préparation de l’extrait.
Le suc de réglisse falsifié, et j’en ai vu plusieurs qui offraient ces caractères, est en bâtons cylindriques, d’un noir brun, à cassure terne et comme finement granuleuse; il a une saveur âpre et peu sucrée; suspendu dans l’eau, il s'y délaye, donne lieu à une dissolution trouble, et le résidu, au lieu de conserver la forme des morceaux, forme au fond du vase un précipité en partie blanchâtre et en partie brun. Ce précipité est promptement épuisé par l’eau, et si alors on le soumet au microscope, on y découvre une grande quantité de granules de fécule de pomme de terre. Ce précipité desséché formait 32 pour 1 00 du suc de réglisse falsifié du département d’Indre-et-Loire. -
X] Écorce d’alcornoque.
Cette écorce a été apportée pour la première fois de l’Amérique en Espagne, par don Joaquin Jove, en 1804; elle ne l’a été en France qu’en 1812, par M. Poudenx, médecin. On a pendant quelques années été réduit à former des conjectures sur l’arbre qui la produit. D’un côté, Virey s’était efforcé de prouver que c’était le Quercus saber pris dans sa jeunesse, et avant qu’il eût donné de liège ; d’un autre, M. Poudenx assurait que c’était un arbre analogue aux Guttiers; enfin le célèbre de Humboldl est venu nous apprendre qu’elle provenait du Bowdickia virgilioides. arbre de la famille des Légumineuses et de la tribu des
LÉGUMINEUSES
ÉCORCE DE BARBATIMÀO.
Cassiées, qui croît dans l’Amérique méridionale, vers l’embouchure de l’Orénoque, où on le nomme alcornoco. L’écorce de la racine paraît devoir être préférée à celle du tronc. Elle est épaisse et formée de deux parties distinctes : 1° d’une partie extérieure ordinairement raclée et mondée au couteau, épaisse néanmoins de 5 millimètres, rougeâtre, d’une cassure grenue, d'une saveur astringente un peu amère; 2° d’une partie interne ou liber, jaune, mince, fibreuse, d’une saveur amère, et colorant la salive en jaune. L’écorce d’alcornoque a d’abord été annoncée comme un spécifique delà pbthisie pulmonaire; on a proposéensuite d’en isoler le liber, et de l’employercommesuccédané de l’ipécacuanha ; elle n’a soutenu ni l’une ni l’autre épreuve ; et, comme cela n’arrive que trop souvent, elle a passé d’une annonce fastueuse à un oubli trop complet.
Alcornoque d» Ilrésil. Cette écorce, qui paraît semblable à la précédente, est produite par le Boiudichia major, Mart. {sebipira-guaçu) de Pison (1), arbre dont le bois très-dur et très-tenace sert à faire des axes de presses et de roues de moulins. L’écorce est usitée au Brésil contre les douleurs rhumatismales, les tumeurs arthritiques, la syphilis, l’hydropisie, etc.
Écorce de Barbatimfio.
Ce nom est donné, au Brésil, aux écorces astringentes de plusieurs arbres appartenant aux genres Mimosa , Acacia ou Inga, de la tribu des Mimosées. Martius en mentionne quatre :
1° Acacia angico, Mart. ; Angico des Brésiliens.
2° Acacia jurema, Mart.; Jurema des Brésiliens.
3° Pithecollobium avaremotemo, Mart.; Abaremo-temo de Pison (1); Mimosa cochliocarpos, Gom. ; Inga avaremotemo, Endlicher.
4° Strgphnodendron barbatimiio, Mart.; Acacia adstringens, Reise; Inga barbatimâo, Endlicher.
Les bois de ces arbres, Irès-durs, rougeâtres, avec des veines concentriques noirfitres irrégulières, se trouvent dans le commerce et sont usités dans l’ébénisterie sous les noms à'angica ou d ’inzica. Quant aux écorces, on en trouve deux dans le commerce. L’une m’a été envoyée anciennement par M. Théodore Martius, comme étant celle du Mimosa cochliocarpos, Gom. Elle est en morceaux longs de 12 à 23 centimètres, larges de 4 à 5,5 centimètres, mondés de leur croûte extérieure. Elle est tortueuse, mince, aplatie, d’une texture fibreuse entremêlée, et néanmoins dure et pesante par l’abondance du suc desséché qu’elle renferme. Elle est d’un rouge brunâtre dans toutes ses parties, offrant sur sa surface beaucoup de fibres courtes et de petites larmes jaunes et transparentes d’une exsudation gommeuse. Elle a une saveur trèsastringente et amère.
Cette même écorce, trouvée dans le commei’ce, est en partie pourvue de sa croûte extérieure (périderme), qui est épaisse, brune, très-
(1) Piso, Bras., p. 78.
(2) Piso, Bras., p. 77.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
dure, profondément crevassée, couverte d’un enduit blanc crétacé, et offrant ce beau champignon à bords d’un rouge de carmin ( IJypocnus rubrocinctus ), que l’on observe sur plusieurs quinquinas à suc rouge. L’écorce elle-même est tantôt mince, piale et fibreuse, comme la précédente, tantôt épaisse de plusieurs millimètres, roulée, d’un rouge . foncé, très-dure et très-compacte. La coupede l’écorce, opérée àl’aide d’une scie fine, est d’un rouge brun, dure et polie, à l’exception d’un cercle intérieur fibreux.
Je pense que c’est cette espèce de barbatimâo qui se trouve représentée par Ern. Schenk (1).
2° Je possède une autre écorce de barbatimâo qui présente tous les caractères extérieurs de la précédente, mais dont la surface interne est unie, lisse et dépourvue de fibres, et la saveur faiblement astringente, non amère, et pourvue d’une certaine âcreté. Cette écorce, malgré sa grande ressemblance avec la première, est certainement d’espèce différente.
3° Une troisième espèce de barbatimâo, que l’on trouve assez facilement dans le commerce, a été rapportée du Brésil par Guillemin, avec l’indication qu’elle provient de la province de Saint-Paul et qu’elle est produite par Y Acacia adstringens. J’en ai reçu pareillement un autre échantillon, de la part du docteur Ambrosioni de Fernambouc, sous les noms de Barbaiimâo de minas, Stryphnodendron barbatimâo. Celle origine, qui s’accorde avec la précédente, me paraît en assurer l’exactitude.
Cette écorce est souvent roulée, épaisse de 4 à 6 millimètres, couverte d’une croûte grise foncé, très-rugueuse et môme tuberculeuse; le liber est dur, compacte, fibreux à l’intérieur, et sa coupe, opérée à l’aide d’une scie fine, est aussi dure et aussi compacte que celle de la première sorte. Mais sa couleur est moins rouge et sa surface intérieure présente des fibres longitudinales grossières, blanchâtres, pouvant s’enlever sous forme de lames. La saveur de celle écorce est astringente et fortement amère.
4° Enfin, je possède une dernière espèce de barbaiimâo, représentée également par Schenk (2). Cette écorce est régulièrement cintrée, couverte d’un périderme gris ou gris rougeâtre, profondément crevassé. Le liber est composé de fibres droites, très-fines et serrées, et d’une teinte rosée. La surface intérieure est unie, très-finement rayée, et d’une teinte gris rosé. La coupe transversale est terne et rougeâtre ; la saveur est modérément astringente. Celte écorce est inférieure en qualité à la précédente et à la première décrite, que je regarde comme les seules vraies écorces de barbatimâo. Renfermée dans un bocal, elle exhale une odeur assez marquée d’acide acétique.
Les écorces de barbaiimâo sont employées au Brésil pour la guérison radicale des hernies, et pour ur. autre usage rapporté par Pison, qui est loin d’ôtre tombé en désuétude et qui leur a valu les noms d’écorces de jeunesse et de virginité.
(1) Ern. Schenk, Pharm. Waarenkunde , vol. II, tab. I, fig. 1 à 4.
(2) Ern. Schenk, Vol. II, tab. XXX, fig. 6 à 11.