LÉGUMINEUSES. — ÉCORCES DE GEOFFRÉES
lîcorces de Cleolï’rées.
Le genre Geoffrœa ou Geoffroya, dédié par Jacquin au célèbre auteur de la Matière médicale , appartient, avec le genre Andira , qui en difïère très-peu, à la tribu des Geoffrécs de la sous-famille des Papillonacées. Les arbres qui composent ces deux genres s'éloignent des autres Légumineuses par leur fruit, qui est un drupe semblable à celui des Amygdalées, de la famille des Rosacées; nous en parlerons tout à l’heure sous le nom d’Angelin, qu’on leur donne au Brésil.
Deux écorces surtout sont citées pour appartenir à ce genre et pour avoir été employées comme vermifuges : ce sont celles nommées Geoffroya jamaicensis et surinamensis , produites par les Andira inermis et Andira refusa de Kunth et Ilumboldt; mais les caractères qu’on a donnés à ces écorces sont si différents, qu’il est difficile de les reconnaître parmi celles que le commerce peut nous fournir.
Écorce de jçeoft’rée «le 1« •lamaï«|ue ( Andira inermis , H. B.; Geoffroya inermis , Swartz; Wild Cabbage-tree, Engl.; bois palmiste des Antilles). Murray (1) mentionne deux écorces de geoffrée de la Jamaïque : l’une de couleur très-pâle, d’une saveur peu marquée, mais produisant des effets violents, tels que déjections fluides, tranchées, nausées, défaillances, etc.; l’autre, qui entre dans la pratique habituelle médicale des îles de l’Amérique, est d’une couleur plus obscure, comparable à celle du Cassia lignea. Cette même écorce est grise au dehors, d’après Chamberlain, d’une couleur de rouille de fer en dedans, grisâtre à sa surface interne, ayant quelque ressemblance extérieure avec la cascarille. Enfin Murray décrit ainsi l’écorce du Geoffroya inermis qui lui avait été donnée par Wright : Morceaux convexes, longs d’un pied, de diamètre variable, ayant quelquefois plus d’une ligne d’épaisseur. Certains morceaux sont entièrement gris ou d’une couleur de fer de chaque côté; mais d’autres sont rougeâtres à l’extérieur et plus ou moins profondément à l’intérieur; leur texture est fibreuse et médiocrement tenace ; leur saveur est mucilagineuse et insipide; leur odeur est désagréable et un peu nauséeuse.
J’ai reçu, quant à moi, sous le même nom de Cabbage-tree bark ou d 'écorce de bois -palmiste (2), deux substances totalement différentes.
(1) Murray, Apparatus medicaminum , t. VI, p. 95.
(2) Voici l’explication de ces noms : Il existe, comme on le sait, dans les Antilles, un palmier très-élevé et très-élégant, du genre Areca, auquel on donne le nom de chou palmiste ou de cabbage-tree, parce que son bourgeon terminal, qui
332 ' DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
L’une m’a été envoyée de Londres par M. Pereira : elle est longue de 50 centimètres, large de 5,5 à 8 centimètres, épaisse au plus de 2 millimètres, couverte d’un périderme noir, très-mince et adhérent, avec des plaques lichénoïdes d’un gris blanchâtre. L’écorce elle-même, ou mieux le liber, est gris, compacte, tout composé de lames ou de feuillets fibreux, denses et serrés, que l’on ne peut rompre en les pliant transversalement. Cette écorce a une odeur faible et cependant persistante (1), lérébinthacée, et une saveur à la fois térébinthacée, amère et astringente, mais au total peu marquée. Je suis persuadé, aujourd’hui, que cette écorce n’appartient pas aux Andira.
L’autre écorce a été reçue anciennement de Haïti, par M. Richard, et j’en ai reçu depuis de semblable, sous le même nom d’écorce de palmiste, venant de l’île de Cuba. Elle est en morceaux longs de 35 centimètres environ, cintrés ou demi-roulés; épais de 3 à 5 millimètres, couverts d’un périderme mince, gris, uni ou peu crevassé dans les écorces plus jeunes, épais, fongueux et presque blanc, dans celles qui sont plus âgées. Quelquefois l’écorce, par suite d’altération, est noire à l’intérieur ; mais quand elle est saine, elle présente sous le périderme une couleur de rouille assez vive. La surface interne est toujours un peu noirâtre. La texture est assez lâche et grossière, plus grenue que fibreuse vers l’extérieur, plus fibreuse à l’intérieur. Elle se divise facilement sous les doigts et plus encore sous la dent; elle est tout à fait inodore et presque insipide.
Cette écorce se trouve figurée dans l’ouvrage de M. Schenk (2), comme étant celle du Geoffroxja surinamensis. L’origine bien certaine de celle que je viens de décrire me faire dire que c’est une erreur.
Écorce de geoffrée de Surinam, Andira retusa, H. B. Bondt décrit ainsi celte substance : Écorce plate, longue de plus d’un pied, large de quelques pouces, pesante et d’une épaisseur notable. Elle est couverte à l’extérieur de lichens gris qui, séparés, laissent voir un épiderme rouge ou pourpre noirâtre mêlé de gris. Sous l’épiderme, l’écorce est filamenteuse, lamelleuse, d’une couleur de rouille, avec des stries et des taches brun foncé. La section transversale est brillante et bigarrée; la couleur du côté du bois e?t d’un pourpre noirâtre marbré
est tendre et succulent, représente à peu près la forme d’un chou, et est un aliment très-recherché des habitants qui sacrifient la vie de l’arbre pour se le procurer. D’un autre côté, ce palmier, comme tous ses congénères, a le tronc formé de fibres ligneuses longitudinales et parallèles, colorées, plus serrées vers la circonférence qu’au centre, et séparées par un tissu cellulaire blanchâtre. Or le bois des andira , tout en étant formé de couches ligneuses concentriques, comme appartenant aux dicotylédones, présente, dans la disposition longitudinale et presque parallèle de ses fibres, et dans sa couleur alternativement pâle et plus foncée, une assez grande ressemblance avec le bois des palmiers : c’est donc lâ ce qui a valu à ces arbres, et surtout à celui des Antilles, le nom de bois palmiste, ou, en anglais, de cabbage-tree. Seulement, pour distinguer Y andira de Yareca, les Anglais ajoutent au premier la qualification de wild ou de bastard, et disent wild cabbage-tree, ou bastard cabbage-tree.
(1) Elle me paraît même plus prononcée aujourd’hui qu’il y a quinze ans.
(2) Schenk, Pharm. Waarenk., vol. II, tab. XVIII, fig. I, 2 et 3.