LÉGUMINEUSES. — ÉCORCES DE GEOFFRÉES
de points; la poudre a une couleur de cannelle. L’odeur de l’écorce sèche est nulle, la saveur est légèrement amère et un peu astringente.
Je possède depuis fort longtemps une écorce apportée de Santa-Fé de Bogota, qui se rapporte assez bien avec la description précédente : elle est large, régulièrement cintrée, épaisse de 3 millimètres, pesante et très-compacte, quoique de texture fibreuse. Elle est couverte d’un épiderme assez uni, non fendillé, d’un gris blanchâtre, souvent recouvert de larges plaques cryptogamiques jaunes et d’apparence cireuse. En outre, la surface de l’écorce présente presque partout des élévations en forme de petits monticules, terminés par un bouton noir, constituant un lichen très-analogue aux Pyranula, Ach. L’écorce elle-même est d’un rouge brun foncé, et sa coupe transversale présente le poli du santal rouge; elle est formée de feuillets fibreux, denses et serrés, dont les plus intérieurs se séparent facilement les uns des autres. Sa surface interne est très-unie; toute l’écorce a pris en vieillissant un aspect terne dû à une efflorescence blanche, très-fine et cristalline, qui s’est formée non-seulement à sa surface, mais encore entre chacun de ses feuillets; elle a une saveur très-amère et astringente.
Écorce inconnue vendue comme geoffroya. J’ai trouvé à différentes fois dans le commerce, sous le nom de Geoffroya surinamensis, une écorce bien différente des précédentes, et qui me paraît être celle que M. Schenk a fait figurer sous le nom de Geoffroya jamaicensis ; mais elle n’appartient pas plus à l’une qu’à l’autre. D’ailleurs il faut que j’aie vu quelque part ou reçu cette écorce sous le nom de Sipipira, que j’ai ajouté dans le bocal qui la contient. Si cette donnée a quelque valeur, cette écorce serait produite par le Bowdichia major de Martius et serait une espèce d’alcornoque. Elle se présente sous trois formes principales :
A. Écorces plates ou cintrées très-minces ou épaisses de 1 à 3 millimètres, pourvues d’une croûte très-mince, grise, fendillée, peu adhérente au liber et manquant très-souvent. Le liber, privé de cette croûte, présente une surface rugueuse, d’un gris foncé et souvent noirâtre; mais il est couleur de paille à l’intérieur, léger et très-fibreux. Lorsqu’on le rompt transversalement, les fibres intérieures résistent et se séparent de la partie rompue sous forme d’un feuillet épais, consistant et satiné. La surface interne est unie, d’une couleur un peu plus foncée que l’intérieur ; l’odeur est nulle ; la saveur est d’une amertume assez marquée et désagréable. Celte écorce présente assez de ressemblance avec celle du simarouba pour que des personnes peu exercées puissent la confondre avec elle; mais elle est plus mince que le simarouba, d’un gris plus foncé, formée de fibres plus fines, plus serrées et satinées, et d’une amertume beaucoup plus faible.
B. Écorce plates, épaisses de 5 à 10 millimètres, pourvues d’une croûte très-mince , rougeâtre, mais couverte d’un enduit crétacé. Celte croûte est peu adhérente et manque par places très-souvent; la surface extérieure du liber, laissée à nu, est presque noire; la couleur intérieure est celle du bois de chêne, plus foncée du côté de la croûte que de celui du centre ; la surface interne est plus foncée que les couches
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
qu’elle recouvre. L’écorce possède une texture autant grenue que fibreuse, de sorte qu’elle se rompt facilement, à l’exception de la couche interne qui se sépare sous la forme d’une lame fibreuse et satinée) comme dans les premières écorces ; la saveur est à peu près nulle.
C. Écorces du tronc, ne différant des précédentes que par leur épaisseur qui varie de 12 à 20 millimètres, dont un tiers environ appartient à la croûte extérieure, qui est d’un gris rougeâtre, blanchâtre cependant à sa surface, profondément sillonnée dans le sens de sa longueur. Les autres caractères sont semblables.
Écorce de Ifussenna.
[Albizzia anthelminthica, A. Brong. Petit arbre de 3 à 6 mètres de hauteur : feuilles bipinnées, à folioles irrégulièrement obovales, entières, glabres, réticulées en dessous. Inflorescence en capitules peu serrés, composés de 15 à 30 fleurs jaune verdâtre. Quatre pièces au calice, et à la corolle; étamines nombreuses. Fruit oblong, contenant de 2 à 3 graines. Cette plante, répandue en Abyssinie, donne une écorce anthelminthique, depuis longtemps employée dans son pays d’origine, et qu’on a transportée en Europe vers 1846. Pendant quelque temps on n’a connu ni les fleurs ni les fruits de la plante et on n’a pu déterminer avec certitude l’origine de cette substance. C’est M. Courbon qui a le premier apporté au Muséum les éléments qui ont permis à M. Brongniart de décrire cette espèce (1).
L’écorce se présente en plaques légèrement cintrées de 4 à 6 millimètres d’épaisseur. La surface est lisse, gris roussàtre, dénudée par plaques et laissant voir alors une mince couche verdâtre. La zone intérieure épaisse est d’un jaune blanchâtre, fibreuse; se rompt sans effort et donne une cassure homogène, grenue et comme spongieuse. Son odeur est nulle ; sa saveur, un peu astringente, puis acidulé.
On emploie la poudre de mussenna à la dose de 40 à 60 grammes. Les Abyssins la prennent aprèsl’avoir mêlée avec du miel ou du beurre.]
Semences «l’Angelin.
On emploie au Brésil, comme anthelminthiques, sous le nom A angelin, les semences de plusieurs espèces d ’andira, et spécialement celles des Andira anthelminthica, vermifuga, stipulacea,rosea, racemosa. Les fruits de ces arbres sont ovoïdes, charnus d’abord, puis secs et ligneux, con-
(1) Voir sur le Mussenna : Ad. Brongniart, Comptes rendus de l’Académie des sciences , Lit, p. 439 ; Courbon, Observations topographiques et médicales recueillies dans un voyage à l’isthme de Suez , sur le littoral de la mer Rouge et en Abyssinie , thèse de doctorat en médecine, mars 1861, et E. Fournier, Des ténifuges employés en Abyssinie, thèse de doctorat en médecine, 1801.
LÉGUMINEUSES. — SEMENCES D’âNGELIN.
tenant une seule semence amylacée, pourvue d’un principe âcre auquel leur propriété an thelminthique doit être attribuée. L’espèce la plus usitée, dont les semences seules sont parvenues en France, paraît être VAndira rosea, Benth. ( Andira ibai-aribade Pison, qui n’est pas VAndira racemosa de Lamarck). Le fruit entier a la forme et la grosseur d’un œuf de poule, contenant, sous une enveloppe dure et épaisse, une amande ovoïde, un peu recourbée, grosse comme un œuf de pigeon, jaunâtre au dehors, blanche en dedans, ne possédant qu’une saveur amylacée suivie, après quelque temps, d’une âcreté sensible au bout de la langue. Cette semence est toujours privée de son enveloppe propre, qui est très-mince et intimement soudée avec l’endosperme.
Andira stipulacea, Benth. (fig. 658). Le fruit de cette espèce est ovoïde-
Fig. 658. — Andira stipulacea.
arrondi, jaunâtre à l'extérieur, long de 9 à 10 centimètres, large de 7 à 8, formé d’une enveloppe ligneuse, épaisse de 2 centimètres, et d’une semence ovoïde-aplatie, marquée de stries transversales, longues de 5 centimètres, large de 3,5, ayant l’extrémité supérieure, par laquelle elle était suspendue, un peu recourbée, et ressemblant assez par sa forme â une très-grosse sangsue ramassée sur elle-même. On donne à cette espèce le nom d’ange lin- coco, à cause de la ressemblance de son fruit entier avec le noyau osseux du Diplothemium maritimum (famille des Palmiers). Je dois ce fruit et le suivant à M. Gaetano Ambrosioni, médecin à Rio-Jomoso, au Brésil.
Andira anthelminthica, Benth.; A?igelin amargozo[fig. 659). Fruit ovoïde, un peu terminé en pointe à l’extrémité supérieure ou aux deux extrémités, marqué de deux sutures à peine sensibles et non déhiscentes. Il est long de 4 à 4,5 centimètres, large de 2,5 à 3, couvert d’un épicarpe noirâtre ridé par la dessiccation. Sous l’épicarpe se trouve un mésocarpe ligneux, très-lâche, jaune verdâtre, qui s’épaissit peu à peu en un endocarpe brun, soudé avec l’épisperme. L’amande est libre dans
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la cavité intérieure, ovoïde, pointue par l’extrémité supérieure, longue de 25 millimètres, large de 15. Aucune de ces semences ne m’a présenté l’amertume dont on les dit pourvues. Elles sont émétiques et dangereuses, prises à dose trop forte. La dose la plus forte de poudre que l’on doive administrer, d’après Pison, est de 1 scrupule (environ lgr,2).
Andira inermis. Le fruit de cette espèce, venu de Haïti, est presque rond, de la grosseur d’une petite noix, noirâtre, ridé et marqué de deux sutures peu sensibles; le péricarpe est ligneux, très-mince et l’amande est arrondie. Aucun de ces fruits n’est déhiscent, contrairement au caractère observé dans le Vouacapoua americana d’Aublet, devenu Y Andira racemosa de Lamarck.