LÉGUMINEUSES. — PALISSANDRE
épais seulement de il à 14 millimètres, grisâtre, dur et compacte. Le cœur, qui forme la presque totalité du tronc, est d’un rouge de cochenille foncé, devenant d’un rouge plus clair, et jaunâtre à la lumière. La coupe horizontale est d’un rouge uniforme, et présente quelques points de fibres ligneuses dispersés au milieu d’un réseau formé de lignes radiaires et de lignes concentriques très-serrées. La coupe, suivant le diamètre, présente à la loupe, sur un fond rouge de feu, comme un dessin écossais rouge-brun, formé par la rencontre des fibres longitudinales et des rayons médullaires. Je n’ai aucune donnée sur l’origine botanique de ce bois.
Bois de palissandre.
Ce bois, que la mode a élevé au plus haut degré de faveur, paraît être le jaracanda noir et odorant , que Margraff dit croître dans la capitainerie de Tous-les-Saints, mais dont il n’a donné aucune description (I). Seulement, comme Margraff décrit dans le même article un autre jaracanda à bois blanc et inodore, qui est évidemment une bignoniacée, c’est lui qui est cause que l’on a longtemps attribué le bois de palissandre à un arbre de cette famille, tandis qu’il appartient à celle des Légumineuses, et très-probablement au genre Datbergia.
Pendant longtemps aussi le bois de palissandre a porté le nom de Sainte-Lucie , île des Antilles, par la voie de laquelle il est probablement venu anciennement en Europe; enfin, les Anglais lui donnent le nom de rose-ivood, c’est-à-dire bois de rose, ce qui a occasionné plusieurs malentendus entre leurs commerçants et les nôtres. Un ancien échantillon, conservé dans les collections du Muséum d’histoire naturelle, porte le nom de Sedramara caviana.
Le bois de palissandre (2) provient du Brésil, de l’Inde orientale et d’Afrique. Il est importé en longues poutres ou en madriers, souvent pourvus d’un épais aubier blanchâtre. Le meilleur vient de Rio-Janeiro, la seconde qualité de Bahia, et le plus inférieur de l’Inde orientale. Celui-ci est aussi nommé black-vood (bois noir), quoiqu’il soit de couleur claire et le plus rouge des trois; ses pores sont privés de la matière résineuse dans laquelle réside l’odeur du vrai palissandre ; ce bois est produit par le Datbergia latifolia.
La couleur du palissandre varie du noisette clair au pourpre foncé ou au noirâtre. Les teintes en sont souvent très-irrégulières et brusquement contrastées; d’autres fois rubanées ou plus ou moins confondues. Le bois se fonce beaucoup à l’air, et y devient généralement d’un brun violacé; il est très-lourd, et quelquefois d’un grain serré ; mais, le plus souvent, il a une fibre très-apparente, et sa coupe longitudinale présente des vaisseaux ouverts, formants des lignes creuses qui nuisent à son poli. Les veines noires, que l’on observe surtout facilement sur la coupe horizontale, formant des dessins irréguliers qui traversent les
(1) MarcgrafT, Hist. bras., p. 136.
(2) Ce qui suit est extrait en partie de l’ouvrage de M. lloltzapflel, intitulé: Turning or mec/ianical manipulation, London, 1843.
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CGUches concentriques du bois, sont d’une grande dureté, et sont trèsnuisibles aux outils. La poussière du palissandre est très-âcre, et irrite fortement les narines; il a une odeur douce et agréable qui lui est propre; il est tellement imprégné de matière résineuse odorante qu’il brûle avec éclat, et que ses petits éclats forment d’excellentes allumettes.
Le bois de palissandre ordinaire porte au Brésil le nom de Jaracanda cabiuna; il y'en a une autre sorte beaucoup moins pourvue de pores résineux nommée Cabiuna tout court, rapporté au Dalbergia nigra, et une troisième variété nommée Jacaranda lam, qui est d'un rouge pâle, avec peu de veines plus foncées. Ce bois est serré, dur, privé de veines résineuses, ressemblant beaucoup au tulip-wood (bois de rose) par sa couleur. 11 est produit par le Machœrium Allemani, Benth. (1).
On importe de Cayenne en France, sous le nom de bois bagot, un bois rosé avec des veines plus foncées, pourvu d’un aubier blanchâtre traversé par des veines brunes comme celui du palissandre; pourvu d’une légère odeur de palissandre, ayant enfin une grande ressemblance avec le bois de rose et le palissandre : on le rapporte au Pelto gyne venosa (2).
On trouve également à Paris, sous le nom de Jaracanda , un bois complètement différent du palissandre, d’un rouge un peu jaunâtre et rosé, â fibre très-apparente, mais dur, compacte et tenace, réunissant la solidité à la beauté. Ce bois présente d’ailleurs une si grande ressemblance avec celui des acacias, et particulièrement avec ceux qui portent le nom de tendre à caillou , que je le regarde comme produit par un acacia .
Bois «le rose des ébénistes.
Le nom de bois de rose a été donné à un si grand nombre de bois, soit à cause de leur couleur, soit pour leur odeur, que je me crois obligé de désigner celui-ci sous le nom de bois de rose des ébénistes. Les Anglais le nomment tulip-wood, et les Portugais Sebastiano d’arruda, de la ville de Rio-Janeiro, qui a porté le nom de Saint-Sébastien. Il existe d’ailleurs deux variétés de bois de rose, dont l’une arrive du Brésil et de Cayenne, et l’autre de la Chine (3).
Bois de rose du Brésil. Ce bois est le tulip-wood des Anglais, le vrai bois de rose des ébénistes. Il arrive en bûches cylindriques de l,n,30do longueur sur 11 à 1 6 centimètres de diamètre, ou bien en souches plus volumineuses et irrégulières. 11 est très-pesant, d’une couleur rose, rouge pâle.ou rose jaunâtre, veiné de rouge plus foncé. 11 est à fibres droites lorsqu’il provient de la tige, noueux etronceux quand il est pro-
(1) Voir Saldanha da Gama, Sur les bois du Brésil qui doivent figurer à l’Exposition universelle de 1867 {Bull, de lu Société botanique de France , t. XIV, 79).
(2) Voir Catalogue des produits des colonies françaises à l' Exposition universelle de 1867 .
(3) On trouve au Muséum d’histoire naturelle, outre le bois de Sébastian d’aruda ou vrai bois de rose, un autre bois semblable, mais n’ayant qu’une légère odeur térébinthacée, étiqueté j uan riviras-rosa.