LÉGUMINEUSES. — BOIS UE ROSE
finit par la racine. Il possède une odeur de rose faible, devenant plus forte sous la râpe, et une saveur amère accompagnée d’une assez grande Acreté. L’aubier, dont il reste quelques vestiges, est blanc; le cœur paraît un peu huileux.
[Le bois de rose est connu depuis longtemps : mais il est rare. — D’après les catalogues des produits du Brésil à l'Exposittion universelle, ce bois doit être rapporté à une Lylhrariée, le Physocalymna floribundum ( 1 ).]
Faux bois «1e rose du Brésil. Il arrive du Brésil ou de Cayenne un bois sous forme de bûches de 15 à 25 centimètres de diamètre, présentant des veines ou des stries longitudinales, droites ou ondulées, alternativement d’un rouge clair et jaunâtre, et d’un rouge brunâtre; ressemblant, par conséquent, beaucoup au bois de rose, dont il possède aussi une légère odeur; mais ce bois est beaucoup plus dur, et plus compacte que le bois de rose, non huileux et susceptible d’un plus beau poli. 11 se rapproche beaucoup du bois bagot et du Jaracanda tam décrit par M. Holtzapffel; mais il est plus dur que le bois bagot, à veinure plus régulière, et il est pourvu d’un aubier fort dur, susceptible de poli et dépourvu des veines brunes qui distinguent l’aubier du palissandre et du bois bagot. Ce bois est fort beau comme bois d’ébénisterie ; il a seulement l’inconvénient de n’être ni du bois de rose ni du palissandre.
Bois rte betterave. Ce bois est apporté de Cayenne en troncs d’un volume considérable, prives d’aubier. Il a mérité son nom par ses larges veines concentriques, alternativement d’un rouge pâle et d’un rouge vif. Il est inodore; il est plus propre à la teinture en rouge qu’à l’ébénislerie.
Bois «le rose (le Chine. Il y a quelques années qu’un commerçant de Paris, voulant subvenir à la rareté du bois de rose, imagina d’en faire venir de Chine ; il en reçut en effet une forte partie, contenant deux ou trois variétés de bois dont une seule pouvait être comparée au bois de rose du Brésil, et encore fut-il très-difficile d’en trouver l’emploi.
Ce dernier bois, le seul dont je parlerai, est sous forme de troncs irréguliers, longs de 3 à 4 mètres, privés d’aubier et réduits à un diamètre de 6 à 10 décimètres. 11 ressemble complètement au bois de rose du Brésil par son caractère huileux, son odeur de rose, et par la disposition de ses veines irrégulières et d’une couleur foncée sur un fond plus clair; mais il en diffère par sa couleur mordorée, approchant de celle du palissandre, de sorte que, à la vue, on pourrait être embarrassé pour décider si c’est du bois de rose ou du palissandre. Ce bois fournit d’ailleurs la preuve que le bois de rose et le palissandre sont deux espèces fort voisines et qui doivent appartenir à un même genre de végétaux.
Dans une liste de bois de l’Inde présentés à la Société des arts et manufactures de Londres, parle capitaine Baker, le Dilbergia latifolia , lloxbi, est indiqué comme produisant également le blak-rose ou Ma-
(I) Voir Sdldanh;.! da Gama : toc. cit. et Breve noticia sobre a CoUecr.no dns Madciras do Brésil appresentada nn Exposiçao international de 1807. Rio-de- Janeiro, 1867.
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labar sissao, et le China rose-wood. Je ne sais si ce dernier bois est le bois rose de la Chine.
Bois violet.
King-wood (bois royal) des Anglais. Ce bois vient du Brésil, de Cayenne, de Madagascar et de la Chine. Il arrive, comme le bois de rose, en troncs privés d’aubier à coups de hache, et variant de 6 à 12 centimètres de diamètre. 11 y en a deux sortes assez distinctes qui paraissent venir également des contrées ci-dessus désignées, de sorte qu’il faut les considérer comme de simples variétés du même bois. Celui de la première variété ne dépasse guère 7 à 8 centimètres de diamètre; il est dur, pesant, compacte, offrant des veines d’un violet foncé sur un fond violet clair, ce qui le rend un très-beau bois d’ébéni6terie. Il est malheureusement presque toujours carié dans son intérieur, ce qui empêche qu’on ne l’emploie pour des meubles ou des objets volumineux. 11 est un peu gras sous la scie, inodore à froid ; mais il exhale sous la râpe une odeur plus ou moins marquée, qui tient à la fois du bois de rose et du palissandre. J’en ai un échantillon venant de Madagascar, qui, par ses veines violettes très-irrégulières, sur un fond mordoré clair et jaunâtre (1), ressemble tellement au bois de rose de Chine décrit cidessus, qu’on ne l’en distingue que par sa couleur violette et par son odeur un peu plus faible; d’où il résulte pour moi la presque certitude que le palissandre, le bois de rose et le bois violet, appartiennent à des arbres très-voisins, compris dans le genre Dalbergia.
La seconde variété de bois violet est en troncs plus volumineux, ayant jusqu’à 12 centimètres de diamètre; il est plus sain dans son intérieur, d’un violet plus pâle, formé de veines plus serrées, plus régulières, et plus exactement concentriques; il est moins huileux sous la scie et d’une odeur plus faible. 11 est bien moins estimé que le précédent ; mais il doit provenir du même arbre; et je suppose que pour le bois violet, comme pour ceux d’aloès et de santal citrin, la qualité supérieure du bois peut tenir à un état maladif qui détermine la stase des sucs colorants, aromatiques et résineux, dans les vaisseaux de la tige.
Bois diababul et bois (l’arariba.
La similitude observée entre ces deux bois, dont le lieu d’origine devrait être bien différent, est un fait fort singulier. Il y a une quinzaine d’années qu’un de mes amis me remit un échantillon de bois importé de l’Inde, sous le nom de diababul, et encore déposé à l’entrepôt delà douane, à Paris. Ce nom diababul , fort peu connu, et qu’un homme étranger aux sciences n’aurait pu inventer, prouve que l’origine de ce bois est vraie et qu’il est produit par l 'Acacia arabica, lequel porte dans l’Inde le nom de babul. Quant à la particule dia , elle signifie de, comme dans les mots dia-scordium, dia-code, dia-carthami , etc.
D’un autre côté, j’ai trouvé plus tard, dans le commerce, sous les
(1) Ce fond passe au violet clair par le contact de l’air.
LÉGUMINEUSES
BOIS D’ANGICO.
noms d 'Arariba rosa (1) et de rozéphir, un bois entièrement semblable au premier. Or le nom d’ Arariba, donné par Margraff à un bois de teinture du Brésil, que M. Riedel pense être un Pterocarpus, semble indiquer aussi que ce bois vient du Brésil; cependant, comme la première origine est mieux prouvée que la seconde, je donnerai à ce bois le seul nom de diabnbul.
Le bois diababul vient en troncs privés d’aubier, de 13 à 14 centimètres de diamètre, ou en madriers d’un volume plus considérable. L’aubier, quand il en reste, est dur et jaunâtre. Le bois est très-dur, trèspesant, à couches concentriques très-serrées; il oflïe, quand on le fend suivant le diamètre du tronc, des déchirures semblables à celles du santal rouge, mais plus courtes, et entre lesquelles se dépose une poussière jaunâtre foncée. Récemment coupé, il est d’un rouge clair et comme imprégné d’un suc gommeux et rougeâtre, qui lui communique une demi-transparence et lui donne, lorsqu’on l’examine à la loupe, une certaine ressemblance avec la chair de poire cuite. Cette couleur primitive se fonce promptement à l’air et se change en un brun rougeâtre foncé, assez analogue à celui du palissandre. Le bois entier est inodore; mais, quand on le râpe, il exhale une odeur aromatique trèsmarquée, analogue à celle de la cannelle, ou mieux à l’odeur du Casca pretiosa (tome 11, p. 399).
Le bois diababul, coupé suivant des plans parallèles au diamètre, est susceptible d’un beau poli et peut être employé pour l’ébénisterie; d’un autre côté, comme il est très-riche en matière colorante, je suis persuadé qu’il pourrait être très-utile à la teinture. L'acacia arabica qui le produit fournit en outre au commerce la gomme de l’Inde et le bablah de l’Inde.
Itois «l’angico.
Nommé dans le commerce angica ou inzica, ce bois est fourni par plusieurs acacias du Brésil, tels que Y Acacia angico, Mart.; le Pilhecollobiwn gummiferum, Mari., et le Pithecollobiumavaremotemo dont nous avons décrit l’écorce astringente sous le nom de barbalimdo (page 329).
Ce bois est très-dense, très-dur, formé d’un aubier jaunâtre et d’un cœur rouge, l’un et l’autre traversés par des veines brunâtres ; on le reconnaît assez facilement à sa coupe horizontale ou perpendiculaire à l’axe, qui présente des bandes concentriques ondulées, de couleur alternativement plus pâle et plus foncée. Il est satiné et imite assez bien l’acajou, auquel il est quelquefois substitué.
Plusieurs acacias des Antilles, principalement les Acacia scleroxyla, guadalupensis, quadrangularis et tenuifolia, fournissent des bois très-durs auxquels les nègres ont donné le nom de Tendre à caillou. Le dernier de ces bois, rapporté par M. Capitaine, est formé d’un aubier jaune et d’un cœur rouge, tous deux très-durs, très-nerveux, à structure santaline, offrant la coupe horizontale de Yangico et la coupe longitudinale pal-
(1) Le nom d 'Arariba rosa est donné au Brésil au bois d’une variété du Ceatrolobium robustum, du groupe des Papilionacées. (Voir Satdanha da Gaina, lac. cit.)
DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.
miforme des bois d ’Andira. I Acacia horrida, Willd. (eburnea, Lamk.) présente un bois jaune, fort dur, propre à remplacer Je buis ; Y Acacia seiyal, Del. en a un couleur de chêne, assez dur, mais amylacé et attaquable par les insectes ; le bois de Y Acacia vera est plus dur, un peu semblable à celui du poirier, mais fort laid ; celui de Y Acacia albida est blanc jaunâtre, poreux, très-amylacé, mangé par les insectes. Le bois de l’Acacia dodonœfolia est dur, nerveux, nuancé, pourvu de la couleur bistrée du Robinia pseudo-acacia et du Cytisus Laburnum, etc.
Bois néphrétique.
Ce bois, qui nous vient du Mexique, a été attribué au Guilandina moringa, L. ( Moringa plerigosperma , Gærln.), et plus récemment à Ylnga Unyuis-cati , W. Mais ces deux opinions ne sont guère probables, d’abord parce que le Moringa pterigosperma est originaire de l’Inde et n’a été transporté qu’assez tard en Amérique ; ensuite parce que Ylnga Unguiscati, W. se rapporte au Quamochitl d’Hernandez (1), et non au Coatli du môme auteur (2) qui seul produit le bois néphrétique. Suivant Hernandez, le Coatli ou Tlapalez patli est un grand arbrisseau légumineux, portant une tige sans nœuds, épaisse, ayant un bois semblable à celui du poirier, des feuilles plus petites que celles du pois chiche et plus grandes que celles de la rue, enfin des fleurs jaunes, disposées en épis. Je ne sache pas que les botanistes modernes nous en aient fait connaître davantage.
Le bois néphrétique, tel que je l’ai vu, est sous la forme d’un tronc de
10 à tl centimètres de diamètre, ou de rameaux d’un moindre volume.
11 est pesant, inodore, couvert d’une écorce gris jaunâtre, très-mince, légère, fibreuse et s’enlevant parlâmes. Dessous cette écorce, se trouve un aubier blanchâtre, peu épais, dur et compacte, et au centre un bois d’un gris rougeâtre et un peu rosé, d’une texture fibreuse, et cependant fort dur et prenant un beau poli. Les fibres du bois sont très-fines et régulièrement parallèles ; mais elles présentent une torsion sensible, ainsi que la tige, ce qui me ferait croire que l’arbrisseau est un peu volubile.
Le bois néphrétique présente une saveur faiblement astringente ; mouillé, rayé ou scié, il manifeste une odeur faible, analogue à celle du carvi. Mis à macérer dans l’eau, il la colore tout de suite en jaune d’or, qui devient très-foncé en très-peu de temps. Cette liqueur filtrée est d’un jaune brunâtre vue par transmission, et d’un bleu vert par réflexion. La chaleur ne détruit pas cet effet, qui cesse aussitôt l’addition d’un acide, et qui reparaît avec plus d’intensité qu’auparavant par l’addition d’un alcali. Le sulfate de fer donne à cette liqueur une couleur noirâtre sans précipité ; l’oxalate d’ammoniaque y cause un léger louche; le nitrate de baryte et le nitrate d’argent ne la précipitent pas.
Le bois néphrélique doit son nom à l’usage qu’on en faisait anciennement au Mexique, et qu’on en a fait ensuite en Europe, pour guérir l’irritation des reins et de la vessie. 11 a toujours été très-rare, et on lui a substitué, dans le commerce* plusieurs bois de forme et de couleur à
(1) Hernandez, Mex. hist ., p. 9i .
(2) Id., ibid., p. 119.
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