‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 91 sur 176 · BOIS DE BOCO · texte numérisé non relu

BOIS DE BOCO

peu près semblables, entre autres divers bois de grenadille, du bois de boco, nommé vulgairement bois de coco et bois de fer ; enfin, un bois que j’ai pris d’abord pour du boco, mais dans lequel j’ai découvert ensuite une odeur de poivre qui en fait une espèce différente.

Ce bois, que je ne puis désigner autrement que par le nom de bols poivré, formait une bûche de 8 centimètres de diamètre, composée d’un I aubier blanchâtre et d’un cœur de couleur brune noirâtre. Ce bois est encore plus dur et plus pesant que le bois néphrétique ; il a une structure sanlaline très-courte et tourmentée. 11 exhale une odeur de poivre bien marquée par le frottement réciproque de ses morceaux ; il a une saveur amère et poivrée ; il colore à peine l’eau froide ; il communique à l’eau chaude une couleur jaune-paille, une odeur poivrée et une assez forte amertume. La liqueur n’offre aucun changement de couleur, de quelque côté qu’on la regarde.

Itois «le Grenadille «le Cuba.

Ce bois est le grenadille ordinaire du commerce. J’y ajoute le nom de Cuba, afin de le distinguer d’un bois beaucoup plus rare, dont il sera question à la suite du gayac (zygophyllées), qui m’a été indiqué par d’anciens ébénistes comme le vrai bois de grenadille , et parce que je suppose que le grenadille ordinaire est celui qui se trouve indiqué par M. Ramon de la Sagra (t) sous le nom de grenadillo, avec la synonymie Brya Ebenus, Brown. Mais je pense que ce bois vient également d’autres parties de l’Amérique.

Le bois de grenadille arrive en bûches de 8 à IC centimètres de diamètre, tantôt privées, tantôt pourvues de leur aubier et de leur écorce. L’écorce est très-mince, légère, jaunâtre, fibreuse, s’enlevant facilement par lames fibreuses. L’aubier est peu épais, blanc jaunâtre, dur et compacte. Le bois est très-dur et pesant, formé de couches concentriques très-nombreuses, dont les unes sont verdâtres et les autres rougeâtres. La coupe longitudinale offre au centre des nœuds très-agréablement dessinés. Ce bois est un des plus estimés pour le tour.

Ébène noire du ÏSrésil.

Nommée communément ébène de Portugal. Il ne faut pas confondre ce bois avec Vébène rouge du Brésil qui me paraît due à un Biospyros. L’ébène noire du Brésil est probablement produite par le Melanoxylon Brauna de Schott., de la tribu des Cæsalpiniées. Lu ayant donné la description tome II, p. 59 i-, je ne la répéterai pas ici.

Hois «le boco et «le panacoco.

Il existe une grande confusion entre ces deux bois dont le premier est

(1) Ramon do la Sagra, Memorias de la Inslitucion agronoma de la Habana. Habana, 1834.

Guibourt, Drogues, 6c édition.

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

produit par le Bocoa prouasensis d’Aublet, et le second par son Robinia panacoco dont de Candolle a fuit son Swartzia lomentosa, moyennant la supposition qu’Aublet s’est trompé dans la description et dans la figure de la fleur et du fruit.

La confusion consiste en ce que les deux bois, qui existent bien tous deux dans le commerce, portent tantôt les noms de boco ou de panacoco ; tantôt ceux de bois de coco , de bois de fer ou de bois de perdrix qui leur correspondent, sans qu’on puisse avoir la certitude que ces noms sont bien ou mal appliqués ; et les échantillons que l’on trouve dans les col* lections du gouvernement ne sont guère propres à décider la question.

Par exemple, au dépôt de la marine, à Paris, le bois de boco et le panacoco sont le même bois et sont du bois de perdrix.

Au Muséum d’histoire naturelle, le bois de boco est le bois de coco ou le bois de fer du commerce, et le bois de fer est du bois de perdrix.

Sur la table de M. G. Régnault, c’est le contraire : le bois de boco est du bois de perdrix et le panacoco est du bois de coco.

Enfin, sur une petite table composée de bois de Cayenne, que je possède, de même qu’au Muséum, le boco est du bois de coco, et le panacoco est du bois de perdrix. C’est cette dernière synonymie que je préfère aujourd’hui et que je vais suivre, contrairement à celle que j’avais adoptée précédemment.

Bois de l»oco, Bocoa prouasensis , Aubl.; bois de coco ou bois de fer du commerce. Le tronc de cet arbre s’élève à plus de 20 mètres sur 1 mètre et plus de diamètre ; son écorce est grisâtre et lisse ; le bois extérieur est blanc; l’intérieur est de couleur brune mêlée de vert jaunâtre ; il est dur et très-compacte (Aublet).

Le bois de coco du commerce est extrêmement dur et pesant, d'un gris brunâtre presque uniforme, pourvu d’un aubier jaune presque aussi dur et aussi compacte que le bois. Sa coupe transversale polie offre un pointillé gris sur un fond brun marqué d’une rayure régulière et très-fine, allant du centre à la circonférence et visible seulement à la loupe. On y observe aussi, mais en petite quantité, des lignes concentriques très-fines, blanchâtres, ondulées ou comme tremblées. La coupe longitudinale offre un grain très-fin, gris brunâtre et jaunâtre, parsemé de petites taches linéaires brunes, qui sont des vaisseaux rompus remplis d’un suc propre rougeâtre. L’École de pharmacie possède un beau morceau de ce bois, qui a 34 centimètres de diamètre, avec un aubier de 3 centimètres. La limite de couleur entre le bois et l’aubier forme un cercle presque régulier.

Bois de panacoco ou bois de fer d’Aublet ; Robinia panacoco d’Aubl.; bois de panacoco du dépôt de la marine, du Muséum d’histoire naturelle et de ma table de bois de Cayenne ; bois de perdrix du commerce de Paris.

Le grand panacoco d’Aublet est un des arbres les plus grands et les plus gros de la Guyane. Son tronc s’élève à plus de 20 mètres sur t mètre de diamètre. Ce tronc est porté sur 7 à 8 côtes réunies ensemble par le centre et sur toute leur hauteur qui est de 2m,3 à 2m,6. Ces côtes, nommées arcabas, sont épaisses de 12 à 16 centimètres, et en se prolongeant, à mesure qu’elles approchent de terre, elles forment des cavités

LEGUMINEUSES. — BOIS DE VOUACAPOU.

de 2 mètres à 2m,60 de largeur et de profondeur, entre lesquelles se retirent les bâtes fauves. L’écorce des arcabas est lisse et cendrée ; le bois de l’aubier est blanc et celui du cœur rouge. L’écorce du tronc est brune, épaisse, gercée, et raboteuse ; il en suinte quelquefois une résine rougeâtre qui se durcit et noircit à l’air. Le bois du tronc est rougeâtre, très-dur et très-compacte ; l’aubier est blanc.

Le bois de perdrix du commerce arrive en bûches de 25 centimètres et plus de diamètre, pourvues d’une écorce brune, mince, légère et fibreuse ; l’aubier est gris plutôt que jaune et plus ou moins épais. Le cœur est brun, nuancé de rouge et de vert noirâtre. La limite du bois, observée sur la coupe transversale, est moins nette que dans le bois de boco, et forme comme des bavures bleuâtres qui pénètrent dans l’aubier ; cette môme coupe polie offre un pointillé blanc moins serré que le boco, et la loupe y fait découvrir la môme rayure fine et rayonnante : mais ce qui domine tout, ce sont d’innombrables lignes blanches concentriques, aussi apparentes que les points blancs. La coupe faite suivant l’axe présente une véritable marqueterie de petits carrés diversement colorés, et on y observe de plus des lignes blanches longitudinales très-apparentes, dues à des vaisseaux ouverts. Ce qui a fait donner à ce bois le nom de bois de perdrix , c’est que, lorsqu’il est scié longitudinalement, de manière que la coupe forme un angle très-aigu avec l’axe, il offre des hachures blanchâtres, sur un fond brun rougeâtre, qui imitent l’aile de la perdrix. Le cœur du bois de boco présente quelquefois le môme effet, mais d’une manière beaucoup moins marquée.

Bois de vouacapou ou d’angelin de la Guyane.

Vouacapoua americana, Aubl.; Andira ra^emosa, Lam.; Andira Aubletü, Bent. L’angelin de la Guyane est un fort grand arbre dont le tronc a près de 20 mètres de hauteur sur 63 à 70 centimètres de diamètre. L’aubier est blanchâtre et peu épais ; le cœur est fort dur et d’une grande solidité. Sa coupe horizontale présente une quantité innombrable de points blanchâtres sur un fond brun noirâtre, et ces points, suivant qu’ils sont plus serrés ou un peu plus espacés, donnent lieu à des cercles concentriques plus ou moins foncés et très-multipliés. La coupe longitudinale présente de môme une infinité de fibres blanchâtres (clostres) presque également répartis sur un fond noirâtre, ce qui donne à ce bois une certaine ressemblance avec celui des palmiers, et j’ai déjà dit que c’est cette ressemblance qui a valu à Y Andira des Antilles ( Andira inermis ) le nom de bois palmiste. Cette môme disposition de fibres produit, dans certains cas, sur les coupes parallèles à l’axe, des images approchant d’un épi de blé, d’où vient le nom à’ épi de blé que ce bois porte dans le commerce, à Paris. Enfin le bois de vouacapou coupé suivant des plans obliques à l’axe, présente la marbrure hachée des ailes de perdrix, et c’est lui, ainsi que les autres bois (Y Andira, qui porte dans l’ouvrage de M. Holtzapffel le nom d e partridge-ivood ou de bois de perdrix.

Les marchands de bois des îles à Paris, vendent, sou3 les noms de bois de Saint- François et de bois de Saint-Martin , des bois de la nature du bois

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de perdrix et du vouacapou et qui présentent les mêmes dispositions de douleurs et les mêmes imitations d’ailes d’oiseau.

Bois «le comuarou.

Diptericc odorata, Willd.; Coumarouna odorala, Aubl. Cet arbre, élevé de 20 à 27 mètres sur un tronc de 1 mètre de diamètre, est le même que celui qui nous donne la fèvetonka. Son bois est d’une dureté comparable à celle du gayac, ce qui lui en fait donner le nom à Cayenne. 11 est d’un jaune rosé, formé de fibres d’une très-grande finesse, présentant, sur la coupe longitudinale, tantôt l’apparence du bois de perdrix dont les couleurs seraient éclaircies, adoucies et fondues l’une dans l’autre, tantôt l’image d’une chevelure ondoyante.

Ce bois pourrait servir à faire de très- jolis meubles ; malheureusement il est très-souvent traversé, de part et d’autre, par des galeries creuses, assez larges pour y introduire le doigt et qui doivent y avoir été pratiquées par un insecte de son pays natal, lorsqu’il est encore vert ; car sa dureté est si grande, quand il est sec, qu’on ne concevrait pas qu’un insecte pût l’entamer. (

-f- Bois «le courbarll.

Hymenœa courbant, L. (fxg. 060). Tribu des Cæsalpiniées ou Cassiées. Le courbaril est un arbre très-élevé qui croît au Mexique, au Brésil et dans les Antilles. Les feuilles en sont alternes, pétiolées et composées d’une seule paire de folioles coriaces, rapprochées, comme conjuguées, luisantes, d’un vert foncé, ovales-lancéolées, aiguës, très-entières ; les fleurs sont disposées au sommet des rameaux en grappes pyramidales; elles renferment 10 étamines distinctes, renflées au milieu; un ovaire stipité et un style filiforme. Les fruits, que l’on trouve fréquemment chez les marchands de curiosités, sont formés par une gousse trôs-courtement slipitée, longue de 13 à 19 centimètres, large de 5, b à 8, aplatie, non déhiscente. Cette gousse est composée d’une enveloppe ligneuse, rougeâtre, un peu rugueuse, luisante, contenant une pulpe fibreuse jaunâtre, mêlée d’une poussière sucrée et agréable au goût. On trouve au milieu de cette pulpe 4 à 'â semences brunes, grosses comme des fèves et elliptiques. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre une grande quantité d’une résine jaunâtre, transparente, difficile à dissoudre, ayant beaucoup de rapport avec l’animé orientale ou copal dur, et connue sous le nom d 'animé occidentale ou de copal tendre. Le bois dont je m’occuperai seulement ici est rouge, très-dur, pesant, à structure santaline très-serrée, offrant par suite, sur sa coupe longitudinale, de petites lignes creuses (closlres ouverts), semblables à des mouchetures faites au burin, et alternativement dirigées dans deux sens différents. L 'aubier a la couleur du bois de chêne et n’est pas employé ; le bois du cœur peut servir à faire des meubles, des ustensiles et des engins mécaniques d’une grande résistance et d une gronde solidité ; mais sa couleur rouge-brun trop uniforme, et le défaut de poli causé par les

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