‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 93 sur 176 · SENE · texte numérisé non relu

SENE

M. Pereira m’a tiré d’incertitude en m’apprenant que le séné de l’Inde est du Cassia lanceolata d’Arabie , transporté à Tinnevelly , dans la partie méridionale de l’Inde, où il est cultivé en grand, pour le commerce. Ce séné arrive parfaitement mondé et en grandes feuilles minces, vertes, aussi longues, mais moins étroites que le séné Moka. Il partage avec le séné Moka l’inconvénient de jaunir et de noircir promptement par l’exposition à l’air un peu humide. Ses follicules n’arrivent pas avec; mais elles ressemblent à celles du séné Moka.

Sénés d’Amérique. Les feuilles de plusieurs Cassia d’Amérique ont la propriété purgative du séné, et le remplacent dans cette partie du monde : tels sont entre autres le Cassia cathartica, nommé au Brésil sena do Campo ; le Cassia liguslrina croissant de Cayenne à la Virginie; les Cassia occidentalis, emarginata de la Jamaïque, le Cassia obovata, transporté dans cette île, et donnant le Séné de Port-Royal (1), et surtout le Cassia marylandica des Etats-Unis. Celui-ci a les folioles elliptiques, égales, mucronées, plus grandes que celles du Cassia obovata.

Follicules «le séné. On connaît dans le commerce trois sortes de follicules de séné, sous les dénominations de follicules pnlle , Tripoli et d ’Alep, qui appartiennent aux sénés de mêmes noms ou de mêmes pays.

Les Follicules de la palte [fig. 664), sont grandes, larges, peu recourbées, d’un vert sombre et noirâtre à l’endroit des semences, lisses et aplaties. Les follicules de Tripoli OU de Sennaar [fig. 666), se distinguent des précédentes parce qu’elles sont plus petites, et d’un vert plus clair tirant sur le fauve; elles sont moins estimées. Enfin, les follicules d’Aiep ou de Syrie {fig. 665) appartiennent à l’arbuste qui donne le séné à larges feuilles ; elles sont noirâtres, étroites, très-contournées ou d’une forme demicirculaire, et présentent une aspérité membraneuse sur chaquë semence. Beaucoup de personnes donnent à ces fruits le nom de follicules Moka ; mais c’est tout à fait à tort, car la follicule Moka {fig. 667) est bien différente.

Analyse chimique. Le séné de la palte a été analysé par Bouillon- Lagrange, et, plus récemment, par MM. Lassaigne etFeneulle (2). Ces derniers chimistes en ont retiré : 1° de la chlorophylle; 2° une huile grasse; 3° une huile volatile peu abondante; 4° de l’albumine ; 5° une substance extractive qu’ils considèrent comme le principe actif du séné, et qu’ils ont nommée cathartine ; 6° un principe colorant jaune; 7° du muqueux; 8° des malale et tartrate de chaux; 9° de l’acétate dépotasse; 10° des sels minéraux.

(1) Voir Bentley, Journ. de pharm. , 2e série, t. VII, p. 447.

(2) Feneulle, Journ. de pharm.. t. VII, p. 548.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

[De nouvelles recherches, en particulier celles de M. Kubly(l), ont fait reconnaître dans les feuilles de séné divers principes parmi lesquels nous citerons seulement : 1° V acide cathartique combiné en partie avec la chaux ou la magnésie, en partie libre, se présentant, lorsqu’il est isolé, en une masse amorphe, mate à la surface; brillante dans la cassure fraîche, colorant la salive en brun foncé, insoluble dans l’étlier, peu soluble dans l’eau et dans l’alcool à 90°, mais soluble dans l’alcool de 30° à 60° et formant des sels solubles; enlin susceptible de se dédoubler sous l’influence des acides nitrique et sulfurique en glucose et en acide ccithartogénique ; 2° une matière sucrée, soluble dans l’eau et dans l’esprit-de-vin ordinaire, insoluble dans l'éther et l’alcool absolu, non susceplible de fermenter, et qu’on a comparée à la mannite : c’est la Cathartomannite. L’acide cathartique parait être le principe actif du séné : sa saveur d’abord peu marquée est acide et astringente.]

Falsification du séné. Si nos commerçants n’ont pas à se reprocher de falsifier le séné avec l’arguel, puisque cette plante pernicieuse y est ajoutée dans le pays même où on le récolte, quelquesuns d’entre eux se rendent coupables d’une fraude encore plus condamnable, déjà ancienne, et qui a été signalée de nouveau par M. Dublanc, à l’occasion d’accidents graves survenus à la suite de l’usage d’un faux séné (2). M. Dublanc reconnut que cette substance n’était pas du séné, mais n’en put déterminer l’espèce, à cause de l’état de division dans lequel elle avait été livrée; plus heureux que lui, j’ai pu me procurer la feuille entière, et Clarion, à qui je l’ai présentée, l’a reconnue pour être celle du redoul ( Coriaria myrti folia), arbrisseau qui croît dans la Provence et le Languedoc, dont les feuilles, très-astringentes et vénéneuses, servent dans la teinture en noir et dans le tannage des cuirs, et dont les fruits causent des convulsions, le délire et même la mort, aux hommes et aux animaux.

Je décrirai plus loin cet arbrisseau si dangereux, mais je ne puis me dispenser de faire connaître ici les caractères de ses feuilles (fg. 669). Elles sent ovales-lancéolées, glabres, très-enlières, larges de 7 à 27 millimètres, longues de 20 à 50 millimètres; elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures trèssaillantes, qui partent comme la première du pétiole, s’écartent et se courbent vers le bord de la feuille et se prolongent jusqu’à la pointe. Dans les plus grandes feuilles on observe quelques au-

(1) Kubly, U e. ber dns wirksame Principe und einige andere Beistnndtheile der SennesbUitter , Dorpat, 18G5. Résumé dans Jahresbericht von Wiggers and Husemann, 1 Jahrgang, 1866.

(2) Dublanc, Journ. de chim. méd., t. I, p. 284.

LÉGUMINEUSES. — SÉNÉ

très nervures transversales qui joignent les trois premières; mais clans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n’aperçoit que les trois nervures principales, et ce ca-

ractère suffit pour les distinguer. D’ailleurs ces feuilles sont plus épaisses que celles du séné, un peu chagrinées à leur surface, non blanchâtres, comme l’arguel, douées d’une saveur astringente non mucilagineuse, et d’une odeur assez marquée et un peu nauséeuse.

Pour distinguer encore mieux ces trois sortes de feuilles, je les ai concassées, et j’ai traité une partie de chacune d’elles par 10 parties d’eau bouillante.

Le séné a pris tout de suite une teinte brunâtre ; la liqueur filtrée était très-brune et avait une saveur peu marquée; le résidu était très-mucilagineux.

Les feuilles de redoul ont pris une couleur vert pomme ; la liqueur était très-peu colorée, d’une saveur astringente; le résidu était sec, non mucilagineux, d'un vert pomme.

Les feuilles d’arguel ont pris une couleur verte; la liqueur était verdâtre, presque gélatineuse et d’une saveur amère. Elle a filtré avec une grande difficulté.

Les trois liqueurs, examinées par les réactifs, ontofFert les résultats suivants :

Fig. 670. — Feuilles du redoul.

Gi’ibojjht, Drogues, 6e édition.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

RÉACTIFS

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