‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 97 sur 176 · LÉGUMINEUSES. — FÈVE DE TONKA · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES. — FÈVE DE TONKA

(fig. 676) a la forme d’une grosse amande couverte de son brou, et est d’une composition à peu près semblable : à l’extérieur, on trouve en effet un brou desséché qui recouvre un endocarpe demi-ligneux, renfermant une semence unique, aplatie, longue de

Fig. 676. — Fève de Tonka. Fig. 677. — Fève de Tonka.

27 à 45 millimètres, et ayant à peu près la forme d’un haricot d’Espagne qui serait allongé. Cette semence est composée d’une enveloppe mince, légère, luisante, d’un brun noirâtre, fortement ridée, et d’une amande à deux lobes, d’une apparence grasse et onctueuse [fig. 675 et 677). A l’extrémité, et entre les deux lobes, se trouve un germe volumineux, ayant la forme d’un phallus. Les lobes ont une saveur douce, agréable, huileuse, légèrement aromatique, et une odeur qui est presque identique avec celle du mélilot. Celte odeur est due à un principe volatil concret qui vient souvent se cristalliser entre les deux lobes de l’amande, qui n’est ni de l’acide benzoïque ni du camphre, et qui doit prendre rang parmi les produits immédiats des végétaux. Celte substance est cristallisée en aiguilles carrées ou en prismes courts, terminés par des biseaux, et d’une assez grande dureté. Elle est beaucoup plus pesante que l’eau, qui ne la dissout pas; est soluble dans l’alcool, m’a paru peu soluble dans les acides ; sa dissolution alcoolique n’altère en rien la teinture du tournesol ni celle des violettes.

Tels étaient les résultats auxquels j’étais arrivé depuis longtemps au sujet de la matière cristalline de la fève tonka (matière que j’ai nommée coumarine ), lorsque M. Vogel, de Munich, publia un examen de la môme substance qui le conduisit à la re-

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

garder comme de l’acide benzoïque (1); mais ses expériences ne me parurent pas propres à détruire les miennes, et ma manière de voir s’est trouvée confirmée par MM. Boullay et Boutron, dans leur analyse de la fève tonka (2).

La fève tonka n’est pas employée en pharmacie ; elle est usitée pour parfumer le tabac, soit qu’on l’y mêle après l’avoir réduite en poudre, soit qu’on se contente de la mettre entière dans le vase qui contient le tabac.

Trigonella Fœnum-grœcum, L., tribu des Lotées. Plante annuelle, haute de 22 à 27 centimètres, munie de feuilles courtement pétiolées, à 3 folioles ovales-oblongues, crénelées en leur bord. Les fleurs sont d’un jaune pâle, presque sessiles, solitaires ou géminées dans l’aisselle des feuilles. Le calice est monosépale, partagé en 5 découpures presque égales; la corolle est papillonacée, ayant l’étendard et les ailes presque égaux et beaucoup plus grands que la carène, de sorte que la fleur paraît être à 3 pétales presque égaux; les étamines sont au nombre de 10 et diadelphes; l’ovaire est ovale-oblong, terminé par un style relevé. Le fruit est une gousse longue, un peu aplatie, un peu courbée en arc, terminée par une longue pointe, et contenant plusieurs graines rhomboïdales, jaunes, demi-transparentes, jouissant d’une odeur forte et agréable. Leur parenchyme est amylacé et mucilagineux. Ces semences, employées en cataplasmes, sont émollientes et résolutives. Elles entrent dans la composition de l’élæolé de fenugrec (autrefois huile de mucilage ), auquel elles communiquent leur odeur.

Lupinus albus , L., tribu des Phaséolées. Car. gén. : calice profondément bilabié ; corolle papillonacée, étendard à côtés réfléchis ; carène acurninée ; étamines monadelphes, à gaine entière ; 10 étamines, dont 5 à anthères arrondies, plus précoces, et 5 à anthères oblongues, plus tardives. Style filiforme ; stigmate terminal, arrondi, barbu ; légume coriace, oblong, comprimé, à renflements obliques; cotylédons épais, se convertissant enfeuil-

(1) Vogcl, Journ. de pharm., t. VI, p. 307.

(2) Boullay et Boutron, Journ. de pliann., t. XI, p. 480. — Voir sur la composition de ïa coumarine : H. Bleibtren, Recherches sur la couniarine , d’après le Journal de pharmacie et de chimie , 3e série, XVII, p. 4G7.

Fenugrec.

-L Semences de lapin.

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les par la germination ; feuilles composées de 5 à 9 folioles digitées.

Le lupin blanc est une plante annuelle, originaire de l’Orient; on la cultive dans le midi de la France pour en récolter les graines et pour la donner comme fourrage aux bestiaux. 11 pousse une tige droite, haute de 35 à 50 millimètres, munie de feuilles pétiolées et composées de 5 à 7 folioles digitées, ovales-oblongues, velues comme toute la plante. Les fleurs sont blanches, alternes, pédicellées, accompagnées de bractées très-caduques, et disposées en grappes terminales ; la lèvre supérieure du calice est entière et l’inférieure à 3 dents. Les semences du lupin sont blanches, assez grosses, aplaties, d’une saveur amère désagréable, dont on peut les priver en les faisant tremper dans l’eau chaude ; elles peuvent ensuite être mangées comme des pois ou des haricots, mais elles sont peu usitées. La farine de lupin faisait autrefois partie des quatre farines résolutives, avec celles de fève ( Faba sativa) et d’orobe ( Orobus vernus ), que l’on remplaçait souvent parcelle de l’ers (Ervum Ervilia) ou de la vesce {Vicia sativa ). Mais aujourd’hui toutes ces farines sont aussi peu employées les unes que les autres.

Les fèves forment un aliment très-nourrissant, dont l’usage n’est pas assez répandu en France, où il pourrait être d’un grand secours pour la classe pauvre ou peu aisée. Cette graine, de même que les pois ( Pisum satiourn), les haricots (Phaseolus vulgaris ) et les lentilles {Ervum lens ), renferme une proportion assez considérable d’une matière azotée, soluble dans l’eau et coagulable par l’acide acétique {légumine Braconnot), qui a beaucoup d’analogie avec la caséine animale et qui contribue beaucoup à la qualité nutritive des semences. Ces différentes semences sont d’ailleurs tellement connues, que je crois inutile de m’v arrêter.

Je ne m’arrêterai pas davantage à un grand nombre de semences légumineuses exotiques, que leur épispermc poli et peint de vives couleurs faisait employer comme objets d’ornement par les naturels de l’Amérique, avant que les Européens leur eussent donné le désir de bijoux plus coûteux. Je citerai seulement Y Erythrina corallodendron, arbre des Antilles, remarquable par ses grappes de fleurs d’un rouge foncé, et par ses semences arrondies, plus grosses que des pois, lisses, d’un rouge vif, avec une large tache noire. Je citerai encore le comiori {Adenanthera pavonina, L.,) dont les fleurs sont petites et d’un blanc jaunâtre ; mais dont les semences lenticulaires, lisses, rouges et sans tache, sont d’un poids assez constant pour avoir servi, sous le nom de kuara , à fixer l’unité de poids qui sert, dans l’Inde, à peser l’or,

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les diamants et les autres pierres précieuses (4 grains poids de marc ou 212 milligrammes). Ces deux végétaux, qui portent également le nom d 'arbre au corail , ont un bois blanc et ne doivent pas être confondus avec le Pterocarpus draco qui fournit le bois «le corail des ébénistes.

l'ève d’épreuve «lu Calabar.

\Physostigma venenosum, Balfour. Sous le nom de fève d’épreuve du Calabar on désigne les semences vénéneuses d’une Euphaséolée , que les naturels du golfe de Biafra, sur la côte occidentale d’Afrique, emploient dans leurs épreuves judiciaires. Ces semences, apportées en Europe vers 1846, ont été successivement étudiées par M. Christison (1) qui a montré en 1855 que leurs propriétés toxiques étaient concentrées dans leur extrait alcoolique, par M. Balfour (2), qui a pu donner de la plante une description complète, par M. Fraser (3), qui a principalement montré leur action contractile sur la pupille, enfin par MM. Hanbury (4), Jobst et Hesse (5), Yée (6), etc. De nos jours, elles peuvent rendre des services principalement dans certaines maladies des yeux»

La plante qui donne ces semences a été nommée Physostigma venenosum. Elle présente les caractères suivants : tige vivace, grimpante, longue quelquefois de 50 pieds ; feuilles alternes, trifoliolées, à folioles ovales-acuminées, portant deux stipelles à leur base. Inflorescence axillaire, en grappes, à axe primaire, marqué de nœuds irréguliers, portant des fleurs pédicellées. Fleurs papillonacées, longues d’un pouce, larges d’un demi-pouce ; corolle rouge-pourpre, sillonnée de veines d’un jaune pâle; étamines en 2 faisceaux, l’un de 9 étamines, l'autre d’une seule; pistil long, à style recourbé, couvert de poils dans sa face concave à son extrémité supérieure; stigmate recouvert d’une espèce de capuchon. Gousse légèrement falciforme, elliptique-oblongue , longue de 7 pouces, déhiscente, contenant deux ou trois graines.

(1) Christison, Transactions cf (lie Royal Society of Edmburgh , vol. XXII. Monthly Journal of Medicine , 1855.

(2) Balfour, Transactions of ihe Royal Society of Edimburgh.W ol. XXII, p. 305.

(3 1 Fraser, On the char aciers, action and therapeutic uses of the Ordeal Beau

of Calabar (a graduât, thesisj, Edinburgh, 1802.

(4) D. Hanbury, Pharmaceutical Journal. 2e série, IV, 559; V, 25.

(5) Hesse, Annalender Chimie und Pharmacie , CXIX, p. li5, extrait dans le Journal de pharmacie et de chimie, mars 1804.

(0) Vée, Recherches chimiques et physiologiques sur la fève du Calabar (Thèses de l’École de médecine de Paris, 1805).

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