‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 45 sur 85 · FAMILLE DES MYRTACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES MYRTACÉES

Famille indispensable b connaître , à raison des produits qu’elle fournit au commerce, b la vie domestique et b la médecine. Elle renferme des arbres et des arbrisseaux généralement aromatiques , dont les feuilles sont opposées ou alternes, très entières, .souvent persistantes, marquées de points translucides comme celles des aurantiacées. Les fleurs présentent un calice tubuleux , adhérent b l’ovaire , surmonté d’un limbe à 6 , 5 ou 6 divisions. La corolle est formée de 4 , 5 ou

6 pétales insérés sur un disque, b la gorge du calice, et alternes avec ses divisions ; les étamines sont généralement très nombreuses, le plus souvent libres , d’autres fois différemment réunies par leurs filets , ou polyadelphes. L’ovaire , qui est infère ou semi-infère , est quelquefois

uniloculaire ; niais il présenle le plus souvent de 2 à 6 loges à ovules fixCs à l’angle central et pendants. Le style est simple. Le fruit varie suivant les tribus de la famille ; mais il est le plus .souvent pluriloculaire et polysperme. Les graines sont dépourvues d’endosperme.

M. de Candollc a divi.sé les myrlacées en cinq tribus :

1" tribu , CHAMÆLAUCIÉES : Calice à 5 lobes; corolle à 5 pétales ; 20 étamines libres ou polyadelphes, le plus souvent en partie stériles. Fruit sec , uniloculaire, monosperme, indéhiscent ou incomplètement bivalve. Arbrisseaux de l’Australie, offrant le port de bruyères, ayant pou d’intérêt pour nous.

2“ tribu , EEPTOSPERMÉES : Étamines indéfinies, libres ou polya- (lelphes. Fruit sec, pluriloculaire, à déhiscence loculicide ou septicidc. Cette tribu nous offre les melaleuca , les eAicalyptus , les metrosideros et les leptosjierrmmi. , arbres ou arbrisseaux de l’Australie ou des îles environnantes , à feuilles étroites , ponctuées et aromatiques ; Veucalyptus resinifera fournit en outre un suc rouge , très astringent , qui est une des espèces de kino du commerce. Mais la description en sera réunie à celle des sucs astringents dus .à la famille des légumineuses.

.5' tribu, MYRTÉES : Étamines indéfinies, libres. Fruit charnu à 2 ou plusieurs loges .souvent monospermes par avortement. Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées et ponctuées, répandus dans toutes les régions chaudes du globe, où ils produisent, tantôt des fruits alimentaires très estimés , à cause de leur saveur très parfumée , acidulé et sucrée , tels que les soyaves [psidium) , les jaii>i»o.sc.si [jambo&a] , les nèfles des Ues Maiiricc [jossinia) ; d’autres fois des fruits très aromatiques , connus sous le nom de piment , très usités comme épices. C’est également h cette tribu qu’appartient le gironier dont les Heurs non développées sont si généralement connues sous le nom de girofles ou de clous de girofle.

A' tribu , BARRINGTONIÉES : Étamines nombreuses , souvent raonadelphes. Fruit charnu , à épicarpe coriace, h une ou plusieurs loges, mono- ou oligospermes. Feuilles alternes, non ponctuées. Arbres croissant en Asie et en Amérique, entre les tropiques. Les genres barringtonia, strewadium, gustavia, fœtidia, appartiennent h cette tribu.

5“ tribu, LÉCYTHIDÉES : Anthères très nombreuses, monadelphes , formant d’une part un urcéole très raccourci , à anthères fertiles , et de l’autre une lame pétaloïde portant des anthères stériles et recouvrant le pistil. L’ovaire est demi-infère, pluriloculaire et pluri-ovulé. Le fruit est SCC ou charnu , indéhiscent ou s’ouvrant par un opercule. Arbres de l’Amérique, à feuilles alternes, non ponctuées, à stipules nulles ou caduques, remarquables par la grosseur ou la forme, de leurs fruits, que je vais décrire succinctement, afin de n’y plus revenir.

2/l8 DICOTYLÉDONES CALXCll'LüRES.

ConroupKa «le la Guyane , couroupita guiwiensis [Aublet , t. II, p. 708; deTussac, Flore desAntill., t. II, p. US, fig. 10 et 11). Arbre très élevé des forêts de la Guyane , dont les fleurs sont grandes, à 6 pétales dont 2 plus grands , d’une belle couleur rose et d’une odeur très suave. Le fruit , nommé vulgairement boulet de canon , est sphérique , de la grosseur de la tête d’un enfant , quelquefois du poids de 5 kilogrammes ; il présente , vers les deux tiers de sa hauteur, un rebord circulaire qui marque l’endroit où le tube du calice cessait d’être soudé à l’ovaire ; mais il est indéhiscent. Le péricarpe est peu épais , formé d’un épicarpe ligneux , d’un mésocarpe pulpeux et d’un endocarpe mince et osseux , divisé intérieurement en 6 loges qui sont remplies d’une pulpe acidulé, non désagréable, mais qui, dans son état sauvage, ne paraît pas être recherchée comme aliment. Les semences sont remplies par un embryon dont la radicule, très grosse et courbée en cercle, entoure 2 cotylédons foliacés et chiffonnés; elles ne sont d’aucun usage, de sorte que jusqu’à présent cet arbre, qui est un des plus beaux de l’Amérique , offre peu d’utilité.

Quatelé de la Guyane , marmite de singe. Lecythis grandiflora d’Aublet, pareillement son lecythis zabucajo et le lecythis ollaria L., qui paraît être le zabucajo de Pison {Bras., p. 65). Ces différents arbres portent des fleurs semblables à celles du couroupita ; mais leurs fruits consistent en une capsule ligneuse, très épaisse, en forme d’urne pourvue, vers le milieu de la hauteur, d’un bourrelet plus ou moins proéminent et à six angles plus ou moins marqués ; au-dessus de ce bourrelet, la capsule se rétrécit brusquement, puis s’ouvre par une fissure circulaire , et se termine par un opercule ligneux , arrondi en forme de calotte en dessus, mais prolongé en dessous en un axe conique quadrangulaire , et marqué de quatre cavités qui répondent aux quatre loges du fruit. C’est h la base de cet axe que sont fixées les semences qui sont peu nombreuses et quelquefois solitaires dans chaque loge, enveloppées d’une membrane charnue, et pourvues d’une amande huileuse , bonne à manger et usitée comme aliment et pour l’extraction de l’huile , au Brésil et dans la Guyane. On trouve dans les cabinets des curieux un assez grand nombre d’espèces de ces fruits , variables par leur forme et leur grosseur.

Ghsïtaigiiicr du Brésil , nommé jiivîa sur Ics bords de l’Orenoque et touka à Cayenne; bertholletia excelsa II. B. Très grand arbre du Brésil et des forêts de l’Orénoque, dont M. de Ilumboldt n'avait jtas vu les fleurs, ce qui l’a empêché d’en reconnaître les affinités naturelles ; mais que la structure de sa fleur, observée par M. Poiteau à Cayenne, et celle de son fruit , "placent tout auprès des lecythis. La structure des fleurs est exactement celle des lecythis et des couroupita ; et ([uant

MYIITACÉIÏS. 2ii9

au fi’uit, que M. de II uinboldt avait cru supèrc , il est au contraire presque complètement infère, et le limbe du calice, en tombant, n’y laisse presque aucune trace. Ce fruit, d’après M. de riumboldt, est sphérique et peut acquérir le volume de la tête d’un enfant; mais ceux cultivés à Cayenne n’ont guère que 10 h 12 centimètres de diamètre et sont sensiblement déprimés sur leur hauteur. Ce fruit, à l’état récent, est formé d’un brou vert, uni et luisant, peu épais, sous lequel se trouve une coque ligneuse assez épaisse , très raboteuse à sa surface. L’intérieur est divisé en 4 loges contenant chacune 6 ou 8 semences fixées à un axe central, ligneux, quadrangulaire , s’épaississant vers l’extrémité et se terminant par un bouton qui servait de base au style. Ce bouton se détache par la dessiccation du péricarpe, et y forme une ouverture circulaire fort petite , à travers laquelle les semences et l’axe ligneux lui- môme ne peuvent sortir. Les semences sont trigones , longues de 3 ou 4 centimètres, épaisses de 2 ou 3, formées d’un lest osseux, de couleur cannelle, très raboteux à sa surface, et d’une amande blanche, très bonne à manger, dont on peut retirer par expression une huile propre à remplacer celle d’olive, soit pour l’usage de la table, soit pour la fabrication du savon {Journ. phurm., t. X, p. 61 ; Journ. [jharm. et cltim. , t. VI, p. 132).

Hjrtc coiiiniiiii.

Myrtuscommimhlj. Car. gcn. : Calice à tube globuleux soudé avec l’ovaire, à limbe libre à 5 parties, rarement à 4. Pétales en nombre égal aux divisions du calice ; étamines nombreuses, libres. Baie globuleuse , à 2 ou 3 logos , couronnée par le limbe du calice ; plusieurs semences ( très rarement une seule ) dans chaque loge , réniformes , à lest souvent osseux. Embryon arqué, à cotylédons très courts, demicylindriques , à radicule deux fois plus longue que les cotylédons.

Le myrte commun n’est qu’un arbrisseau très élégant dans nos jardins; mais dans le midi de l’Europe et dans le Levant, c’est un arbre il lige droite, divisée en nombreux rameaux. Les feuilles sont opposées, presque sessiles , assez petites, ovales-lancéolces , très entières , lisses , d’un vert foncé , formes, persistantes, parsemées do points glanduleux translucides, et douées d’une odeur forte et très agréable lorsqu’on les froisse. Les fleurs sont blanches, solitaires dans l’aisselle des feuilles. Le fruit est une petite baie globuleuse, d’un bleu noirâtre, douée d’une odeur aromatique assez forte également. On préparait autrefois avec les feuilles de cet arbuste, qui était consacré à Vénus, une eau distillée aromatique très recherchée pour la toilette, et les baies faisaient partie de compositions astringentes qui jouissaient aussi d’une grande réputation.

DICOTYLÉDONES GALICIFLORES.

filronicr et Girofles.

Caryophyllus aromalicus L. ( fig. 315). Le giroflier est un iirhi e originaire des îles Jloluquos, d’où il a passé dans l’île Bourbon en 1770 , deux ans plus lard à Cayenne, et de là dans nos autres colonies. Il a les feuilles opposées, coriaces, ponctuées, oblongues, rétrécies en pointe aux deux extréiiiités. Les fleurs sont disposées en cyincs terminales, ou en coi'yinbes parlant de l’aisselle des rameaux; elles sont composées d’un calice tubuleux, cylindracé, divisé supérieurement en 4 lobes ; d’une corolle à h pétales insérés au haut du tube du calice , adhérents par leur sommet et se sé|)arant du calice, sous forme de coiffe, lors de l’anthèse. Les étamines sont insérées sur un anneau charnu, téti agone; elles sont libres, mais disposées en k phalanges ([ui s’écartent en rayonnant du centre de la fleur. L’ovaire est infère et à 2 loges, contenant chacune 20 ovules; mais le fruit est une baie à 1 ou 2 loges qui ne contiennent qu’une seule semence ovoïde ou demiovoïde, suivant qu’elle est solitaire ou double. Les cotylédons sont épais et charnus, convexes en dessus , sinués sur la face interne ; la radicule naît du centre des cotylédons et s’élève perpendiculairement entre eux.

Le girofle du commerce , qui porte le nom vulgaire de clou de yirofle , est la fleur du giroflier cueillie avant que la corolle se soit détachée , et lorsque les pétales , encore soudés , forment comme une tête ronde au-dessus du calice. On le fait sécher au soleil , et non , comme quelques uns l’ont dit , h la fumée; car le bon girolle no présente d’autre couleur brune que celle que peut prendre h la dessiccation un corps éminemment huileux, et dont l’huile possède spécialement la propriété de brunir h l’air et à la lumière.

On distingue dans le commerce trois principales sortes de girofle : 1” le yirofle des Moluqiies , dit au.ssi girofle anglais , parce, que c’est la Compagnie des Indes qui en fait le commerce. Il est d’un brun clair

Fis;. 31b.

Cl coiiiiiic cendré à la surface , gros , bien nourri , obscurément quadrangulairc, obtus, pesant, d’une saveur âcre et brûlante. 2° Le flirirfle do Bourbon , qui diffère peu de celui des Moluques ; cependant il est un peu plus petit. S" Le girofle de Cayenne, qui est grêle , aigu, sec, noirâtre, moins aromatique et moins estimé.

Le girolle fournit à la distillation une huile volatile plus pesante que l’eau (1) , d’une consistance oléagineuse, d’une saveur caustique, incolore lorsqu’elle vient d’être préparée, mais se colorant fortement avec le temps , lorsqu’elle a le contact de l’air et de la lumière. Cette huile rougit instantanément par l’acide nitrique et jouit de la propriété de forme 1 lus; cristallisables avec les alcalis (Bonastre).

Pour l’extraire des girofles, on ajoute du sel marin à l’eau de l’alambic , dans le but d’élever la température à laquelle ce liquide entre en ébullition, et l’on recoliobe plusieurs fois l’eau distillée sur les mêmes girofles . afin do les épuiser. L’huile de girofle du commerce se prépare en Hollande, où elle est très souvent falsifiée; c’est un devoir pour les pharmaciens de préparer eux-mêmes celle qu’ils emploient.

Tl résulte de l’analyse faite par Trommsdorlî. que les girofles contiennent, sur 100 parties ; huile volatile 18, matière extractive et astringente 17, gomme 13, résine 6, fibre végétale 28, eau 18 [JournnJ de pharmacie , ann. 1815 , p. 3041.

Plus récemment Lodibert a découvert dans le girofle des Holuques un principe peu soluble à froid dans l’alcool , et facile à faire cristalli.ser en aiguilles rayonnées , très déliées. Ce principe , qui est sans saveur et sans odeur lorsqu’il est bien privé d’huile volatile, a reçu le nom de caryophylline. Le girofle de Bourbon a offert la même substance à M. Bonastre, mais en très petite quantité, et le girofle de Cayenne ne lui en a pas donné du tout [Journal de pharmacie , t. XI,

L’csscncc «le girontî , d’après les recherches de M. Ettling , est un mélange de deux huiles dont l’une , peu abondante , est neutre et formée de de môme que les essences de térébenthine et de

dryohalanops camphora ; l’autre essence, qui est acide, et qui forme des sels cristallisables avec les alcalis, ainsi que l’avait vu M. Bonastre, a reçu le nom A'acide eugénique. Pour l’obtenir, on combine l’essence de girofle avec la potasse ; on traite par l’eau, qui ne dissout pas sen-

(T) L'essence, de fyirofle pèse 1,0030, h la température de 20 degrés. Il arrive souvent , lorsqu’on la Oislillo . qu’une huile ])lus légère s’en sépare et vient nager à la surface de l’eau du récipient, tandis qu’elle est chaude. A froid, cette essence dite légère est plus dense (luc l’eau : elle pèse 1 ,0033 à 20 d. c.

252 DICOTYLÉDONES CALICIFLOUES.

siblement l’huile neutre; on filtre et l’on fait bouillir pour chasser la portion d’essence dissoute. On décompose alors l’eugéuate de potasse par un acide et l’on distille dans une cornue. L’acide eugénique est liquide ; il rougit le tournesol, possède une saveur brûlante, pèse 1 ,079 et bout à 2'i3 degrés. Il est formé, d’après M. Dumas, de et

d’après fli. Ettling , de C^‘'n>20'* à l’état de combinaison avec les bases. La caryophylline est composée, suivant M. Dumas, de Elle

a la même composition que le camphre des laurinées et peut être considérée comme un oxide de l’essence de girofle indifférente

On rencontre quelquefois dans le commerce le fruit du giroflier, provenant des fleurs qui ont été laissées sur l’arbre; on le nomme autofle ou mère «le giroac, et OU le trouve SOUS deux formes. Tantôt il a été récolté à une époque plus ou moins éloignée de sa maturité , et alors il est plus ou moins tubuleux, cylindrique, terminé par les quatre pointes du calice, et sans aucune apparence de la corolle et des étamines qui sont tombées. Il possède une très forte odeur de girofle et contient d’autant plus d’huile volatile qu’il est plus jeune. D’autres fois il est complètement mur : alors il est ovoïde, toujours terminé par les dents du calice qui se sont recourbées en dedans, formé d’une pulpe sèche à l’extérieur et d’une semence dure, marquée d’une rainure longitudinale, ondulée. Ge fruit mûr est beaucoup moins aromatique que le girofle et mérite peu d’être employé.

On a également introduit dans le commerce les pédoncules brisés du girofle, sous le nom do griUfra de girofle. Gette substance est sous la forme de petites branches menues et grisiitres, d’un goût et d’une odeur assez marqués. Les distillateurs l’emploient en jilace do girofle.

On emploie au Brésil, sous le nom do creweiro da terra, ou de girofle indigène, les boutons de fleurs du culyptranthes aromoXica St.-Ilil. , et les jeunes fruits de Veugenia pseudocargop/iifUus DG.

Ptmcnl rtc la Xainalqiic.

Dit aussi arnomi , piment des Anglais , toute-épice , poiure de la Janidigue. On a donné ces différents noms aux fruits, desséchés avant leur maturité, d’un arbre nommé par Linné myr tus pimenta {ùg. 316). Get arbre est cultivé avec .soin à la .lamaïque, où il forme des promenades agréables par son feuillage qui dure toute l’année. Toutes les parties en sont aromatiques, et sont usitées dans le pays; mais nous n’en recevons que le fruit. Gc fruit récent est une baie biloculaire : tel que nous l’avons , il est sec, gros comme un petit pois, presque rond, d’un gris rougeâtre, très rugueux à sa surface , ou mieux tout couvert de petites glandes tuberculeuses , et couronné par le limbe du calice. La couronne

.MYliTACÉES. 253

est petite et presque toujours réduite à l’état d’un simple bourrelet blancliittre, par le frottement réciproque des fruits; mais lorsqu’elle est entière, elle présente toujours un limbe à k parties recourbées en dedans. La baie sèche est formée d’une coque demi-ligneuse, partagée intérieurement en 2 loges dont chacune renferme une semence noirâtre, à peu près hémisphérique , c’est-à-dire bombée du côté externe, et aplatie sur la face interne; mais en outre cette semence est rénifoi me et placée de manière que la convexité du rein regarde le bas de la loge , et la partie échancrée le haut ; et c’est à cette partie échancrée que se trouve le point d’attache par lequel la semence est suspendue à la partie supérieure de la loge et de la cloison , ainsi que l’a décrit Gærtner. L’embryon est courbé en spirale et tout couvert de glandes oléifères ; la radicule est ascendante ou supère, beaucoup plus grande que les cotylédons, qui sont petits, complètement soudés, figurant un seul cotylédon cylindrique.

Le piment de la .Jamaïque possède, surtout dans son péricarpe, une odeur très forte et très agréable qui tient h la fois du girolle et de la cannelle ; aussi lui a-t-on donné le nom de toute-épice. H fournit, h la distillation, une huile pesante qui jouit des mêmes propriétés que l’essence de girofle.

Observations. En attribuant le piment de la Jamaïque au myrtus pimenta L. , qui est le myrtus arborea foliis laurinis, aromoMca, de Sloanc [Hist. ufJam.,\3\). 191 , fig. 1) (1), J’ai suivi le sentiment de tous les botanistes , fondé sur l’autorité de Sloane, qui nomme cet arbre piment de la J an laïque. Cependant Clusius {Ëxot., p. 17) etPlukenet (tab. 155, fig. 3) ont décrit un autre arbre h feuilles elliptiques nerfs

Willd.), que Plukenct donne aussi comme étant celui qui produit le

(1) C’est également le caryophylhis aromatievs americaniis , lauri acumimlis foliis , fructxi orbiculàri , de Plukenct (tab. loo , fig. et le piper jamaicense Ao lîlackwell, tab. libti.

Fig. 316.

254 DICOTYtÉDOSES CALIClFtORES.

piment de la Jamaïque, Et il est vrai de dire que si ces deux arbres diffèrent beaucoup quant à la forme de leurs feuilles, leurs fruits sont enlièremeut semblables; de sorte que Fuii et l’autre peuvent en réalité fournir le piment de la Jamaïque. Cepeiidaul de Caiidolle , dans sou Prodromus , nomme le nujrlus pirncnla L, , etigenia pimenta , et le myrtus aais Willd., myrcia acris , les séparant ainsi dans deux genres dilïéreuls; de plus il décrit le fruit du premier comme étant une baie mouosperme , dont , suivant lui , rembryon arrondi et à cotylédons soudés, noir distincts, différerait complètement de la figure de Gærtner. On serait tenté de croire, d’après cela , que de Candolle a pris quelque autre fruit pour le piment de la Jamaïque; car, indépeiidamment de l’exaclilude de la figure et de la description de Gærtner, tous les botanistes , saus exception , ont décrit les fruits des deux piments comme formant également une baie à 2 loges, dont cbacune contient une semence bémispbérique. J’ajoute qu’il m’a fallu ouvrir un très grand nombre de fruits de piment de la Jamaïque pour eu trouver nu à une seule loge et ou autre à 3 luges monospermes.

Piuifiit Tabago. Ce fruit est tout à fait semblable au piment de la Jamaïque, pour sa forme spiiérique , son ondjilic , ses 2 loges et ses 2 semences réniformes; mais il est plus gros, d’une couleur grisâtre à l’extérieur et beaucoup moins rugueux, ce qui tient au peu de développement des glandes oléifères de la surface. Sa courouiie est beaucoup plus petite, et c’est à peine si l’on peut y découvrir un vestige tics lobes du calice ; mais quand il en reste , ils paraissent être au nombre de quatre seulement, comme dans le piment delà Jamaïque. Lasulislance du péricarpe est plus sèche et moins aromatique ; les semences et leur embryon sont entièrement semblables , sauf leur volume plus considérable.

Je ne saurais dire si ce fruit est produit plus spécialement ])ar le myrtus acris ; dans tous les cas , il paraît avoir été cueilli dans un état de maturité complète, et cette circonstance suffirait pour e\(iiiqufr .sou odeur plus faible. Enfin quelques auteurs un peu anciens font mentiou d’un piment de Tabasca au Alexique , et ne parlent pas de piment tabago : serait-ce donc par une fausse locution que le fruit actuel ivuterait ce dernier nom 1

S'iment OU puivre de Thevet. Ce fruit, meUtinnn- pa:’

Pomet, Cliomei et Murray, avait cumplétemeut disparu du commerce, lorsqu’il eu est arrivé , il y a un certain nombre d’années , et depuis je ne l’ai plus revu. 11 vient des Antilles et principalement de l’ïle Sahil-Viiiceiil , où il est produit par le nuji tus pimeulmiit s Ae yicxa d’Eseubeck [myrcia pinmdoüles UG. ). Get arbre (lig. 317) rcs-

semble compléienicnt nu rmjrtus ucris, par ses feuilles ovales-obtuses ou cllipiiques , coriaces, fortement veinées , toutes couvertes (le poiuls glanduleux , et par la disposition de ses fleurs en panicules tricholomes ; mais il en diffère par ses fruits , dont voici les caractères :

Baies sèches , males , rougeâtres, tuberculeuses , très aromatiques , terminées par une large couronne un peu évasée en entonnoir, et offrant' les vestiges des 5 dents du calice. Intérieurement on y trouve le plus souvent 2 loges, avec indice d’une 3' avortée ; assez souvent 3 loges, très rarement une seule, et cbaqiie loge contient 2 semences brunes et luisantes (1), qui sont d’autant plus petites et plus irrégulières qu’elles sont plus nombreuses. Dans leur complet développement , elles sont un jteu réniformes et offrent un embryon recourbé, qui m’a paru semblable à celui du myrtus pimenta; de sorte que je partage l’avis de M. Th. Fr. L. Nees d’Esenbcck , qui réunit tous les piments aromatiques dans une section du genre nommée caractérisée j)ar une radicule exté¬

rieure très développée et roulée en spirale autour des deux cotylédons qui sont beaucoup plus courts , charnus et soudés en un petit corps cylindrique. Je pense que c’est la dernière espèce, \q myrf.us pimentoides (\ü\ a été désignée par Plukenct, sous le nom de caryopkyllus aronu'ticus omericanus, folio et fruclu oblonyo , polypyrene , acinis angulosh iwarum vinaceîs siniilibus. Sweet bay barbadensis dicta {Phytogr., tab. 155, fig. 2).

J’ai décrit précédemment (tome II, p. 467) les piments non aro-

(1) J’ai trouvé une seule fois 1 loge et 2 semences; très souvent 2 loges avec 4 semences; assez souvent 3 loges et 4 semences; une fois 3 loges et 6 semences ; une autre fois 3 loges et 7 semences ; une fois 2 loges et 4 semences, plus 2 vestiges de loges dont une complètement oblitérée , et dont l’autre présentait 2 semences atrophiées , fixées à la partie supérieure de l’angle interne des cloisons.

inatiques, produits par le genre cnpsicwn, de la famille des solanacées.

Huile rte Cajeimt.

Cette huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un arbuste des îles Moluques , nommé caju-puti, c’est-à-dire arbre blanc : ce nom lui a été donné h cause de l’écorce blanche dont il est revêtu.

Cet arbre appartient à la famille des myrtacées, et Rumphitis l’a décrit sous le nom A'arbor alba minor , pour le distinguer d’autres espèces voisines , nommées aussi cajuputi , mais qui ne paraissent pas servir à l’extraction de l’huile.

Linné a réuni ces différents arbres en une seule espèce , sous le nom de melaleuca Imcadendron; mais aujourd’hui on les sépare de nouveau , et celui qui nous occupe porte, dans le Prodromiis de de Candolle , le nom de melaleuca minor (fig. 318).

L’huile de cajeput, telle qu’on pourrait l’obtenir par la distillation des feuilles récentes de eet arbre, doit être verte; car j’ai distillé anciennement les feuilles de plusieurs melaleuca , metrosideros et eucalyptus, cultivés au Jardin des Plantes , et toutes m’ont fourni des bulles volatiles d’une belle couleur verte. Mais soit que cette couleur disparaisse avec le temps , ou qu’elle se trouve détruite par le mode vicieux de préparation décrit par Ruraphius ( par la distillation des feuilles fermentées , desséchées , puis macérées dans l’eau ) , il est certain que l’huile de cajeput du commerce doit sa couleur verte à de l’oxide de cuivre qu’elle lient en dissolution. J’ai déterminé la quantité de cet oxide pour une huile très verte, et je l’ai trouvée de 05'-,137 pour 500 grammes , ou de 0, 00270 par gramme. I^a dose est ordinairement plus petite et ne nuit pas à radministratiou de l’huile de cajeput. Il est d’ailleurs facile de l’en priver, soit en la distillant avec de l’eau , soit en

CiliANATKI'.S. 257

l’agitaiU sculeinenl avec un soluté de cyanure fen oso-polassique, qui en sépare à l’instant même le cuivre sous forme d’un préci|)ilé rouge [Journ. de chivi. méd., t. VII, p. 586).

L’huile de cajeput est liquide, très mobile, verte, transparente et d’une odeur forte et très agréable, qui tient à la fois de la térébenthine, du camphre, de la menthe poivrée et de la rose. C’est cette dernière odeur qui domine lorsque l’huile est en partie évaporée spontanément. Elle est entièrement soluble dans l’alcool ; sa pesanteur spécifique varie de 0,916 à 0,919. D’après 51M. Blanchet et Sell, sa composition répond à G>“HnO.

FAMILLE t)i;s GRANAÏÉES.

La famille des myrtacées comprenait d’abord un arbrisseau connu sous le nom de grenadier [punica granatum L. ) , qni s’en rapproche par son calice soude avec l’ovaire , persistant et formant l’enveloppe extérieure du fruit , par

ses étamines indéfinies et *'*S- ^tO.

])ar sa forme générale.

Mais , d’un autre côté , cet arbuste diffère des myrtacées, et plus spécialement des leptospermées et des myrtées , par ses feuilles non ponctuées, par la structure interne de son fruit et par ses cotylédons foliacés qui se recouvrent l’un l’autre en se tournant en spirale : aussi la plupart des botanistes en formentils aujourd’hui une petite famille séparée , celle des granatées.

Le grenadier (fig. 319) est originaire d’Afrique, et principalement des environs de Carthage, ce qui lui a fait donner le nom de punica ; et il a reçu celui de grcmatum , à cause de la grande quantité de semences ou de grahs contenus dans son fruit. Il croît très bien c:i pleitie lit. 17

258 DICOTYI.ÉDONIÎS CALICIFtOnES.

terre , dans tout le midi de l'Europe , et supporte même les hivers ordinaires de noire climat, étant mis en espaliers abrités du Nord, et il y porte fruit. Il aies feuilles simples, oblongues, entières, caduques, le plus souvent opposées, mais quelquefois aussi ternées , verticillées ou épar.ses. Les fleurs sont rassemblées en petit nombre vers l’extrémité des rameaux ; le calice est turbiné , épais , charnu, lisse cl d’une belle couleur rouge, partagé à son bord en 5 lobes. La corolle est à 5 pétales souvent doublés par la culture , et d’un rouge éclatant ; les étamines sont très nombreuses et libres ; l’ovaire est infère , surmonté d’un style simple et d’un stigmate en tôle. On nous apporte les Heurs de grenadier sèches du midi de la France , et l’on peut également faire sécher soi-même celles des arbustes cultivés à Paris. Elles doivent être d’un rouge vif et nullement noirâtre , et d’une saveur très a.stringente ; leur infu.sion précipite fortement le fer en bleu noirâtre. On les employait autrefois sous le nom de balaustes.

Le fruit du grenadier, que l’on nomme grenade, est une grosse baie sphérique , offrant souvent six angles saillants arrondis , et recouverte d’une écorce dure, coriace, rougeâtre à l’extérieur, d’un beau jaune à l’intérieur, très astringente et propre à tanner le cuir. Cette écorce se nomme en X&ùnmalicorium [cuir de pomme). A l’iiUérieur, le fruit se trouve divisé en deux grandes cellules inégales par une membrane transversale. La cellule inférieure , plus petite , est elle-même divisée en A ou 5 loges irrégulières, et la cellule supérieure, qui est plus grande, forme 6 loges régulières ( quelquefois 7 ou 8). Vers la partie médiane de chaque loge , contre l’écorce, se trouve un placenta spongieux, jaune, ramifié, portant un grand nonibre de grains qui remplissent entièrement la loge. Chaque grain est composé d’une vésicule mince , remplie d’un suc aqueux , aigrelet , sucré , rouge , et contient au centre une semence triangulaire allongée. Ce suc , qui contient de l’acide gallique, comme tout le reste de l’arbre, est très rafraîchissant et antibilieux. On en fait un sirop jouissant des mêmes propriétés.

La racine de grenadier, employée par les anciens pour détruire le ténia (1) , était tombée dans un oubli total , lorsque de nouveaux essais faits dans l’Inde , il y a une vingtaine d’années , firent retrouver dans cette substance un remède presque certain contre le plus dangereux parasite du corps humain (2).

La racine de grenadier est ligneuse, noueuse, dure , pesante, d’une couleur jaune , d’une saveur astringente. De môme que dans le plus

(1) Dio.scoride , liv. i, chap. 127. — Pline, liv. xxiii, chap. (î.

(,2) Voyez F.-V. Mcrat, Du tœnia ou ver solitaire, et de sa cure par l’écorce déraciné de grenadier, Paris, 1S32, in-8.

radicale

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grand nombre de racines, l’écorce est plus active que le bois , et c’est elle exclusivement que l’on emploie en médecine ; elle est d’un gris jaunâtre ou d’un gris cendré au dehors , Jaune au dedans , cassante , non fibreuse , et d’une saveur astringente non amère , ce qui sert surtout a la distinguer de l’écorce du buis , qui est très amère. Humectée avec un peu d’eau et passée sur un papier, elle y laisse une trace jaune qui devient d’un bleu foncé par le contact du sulfate de fer.

11 paraît que l'écorce de racine de grenadier est quelquefois falsifiée dans le commerce avec celle de la racine de berberis ou d’épine-vinetle, que les maroquiniers do Paris tirent toute fraîche d’Alsace pour teindre les peaux en jaune. L’écorce d’épine-vinette desséchée est très mince , grise au dehors , d’un jaune très foncé en dedans , formée de fibres très courtes ; elle colore très fortement la salive en jaune , développe une saveur amère , et offre une odeur de racine de patience.

Les deux écorces , traitées par l’eau , présentent les résultats suivants :

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