III
338 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
cassia ovata Mérat, Dict. mat. méd. A l’exemple de M. Mérat, je pense que ce séné doit être sé])aré du précédent , à cause de la constance des caractères qui le distinguent, et parce qu’il fournit une sorte commerciale abondante et toujours identique avec elle-même , qui est le séné de Tripoli; mais, au lieu de donner avec M. Mérat, comme représentant de cette espèce , le cassia lanceolata de Golladon { pl. XV, f. C), je dis qu’elle est exactement représentée par le séné de Nubie de Nectoux (ouvrage cité, pl. II). Ce séné s’élève au plus à la hauteur de 50 centimètres ; ses pétioles sont pourvus d’une glande à la base , et d’une autre entre chaque paire de folioles. Les folioles sont au nombre de 3 à 5 paires; elles sont pubescenles, ovales-lancéolées , longues de 16 à 20 millimètres , larges de 7 à 9 , et par conséquent plus petites , moins allongées et moins aiguës que celles du cassia acutifolia. Les fruits sont plats, lisses, non réniformes, arrondis, longs de 25 à 35 millimètres , d’une couleur blonde ou fauve, et ne contiennent que 3 à 5 semences. Celte espèce croît principalement en Nubie, dansleFezzan au sud de Tripoli, et probablement dans toute l’Éthiopie.
Quatrième espèce ou variété ; cassia lanceolata Forsk. Forskal , dans sa Flore d’Arabie, fait mention de liois espèces de séné : La première est son cassia kmceolata foliis qutnquejugis ; foliolis lanceolutis, püllicariis , breviter petiolatis; glandula sessili supra basin petioU ; legum. non maturis linearibus , villosis , compressis , incurvis : celte espèce est celle que M. Fée a décrite sous le nom de cassia elongata. La seconde est le cassia medica pjetiolis non glandulosis, que M. Üelile pense être semblable au cassia acutifolia. La troisième est un senna Meccœ Lohajœ , foliis 5-1 jugis, lineari-lanceolatis , qui est ce que nous nommons séné de la pique ou séné moka; je la regarde comme une simple variété du cassia lanceolata.
Indépendamment des arbrisseaux précédents, il y en a un, totalement différent, qui croît en Égypte et dont les feuilles se trouvent mêlées au séné du commerce. Cet arbrisseau est Xarguel, cynanchmn argel de Delile {solenosternma arghel Hayn), de la pentandrie digynie, et de la famille des asclépiadées. Ses feuilles (fig. 338) sont de forme variable, mais le plus souvent lancéolaires et de diverses grandeurs. Elles sent plus épaisses que celles du séné, peu ou pas marquées de nervures transversales, chagrinées à leur surface et d’un vert blanchâtre; elles ont une saveur beaucoup plus amère que le séné, avec un arrière-goût sucré; elles jouissent d’une odeur nauséeuse assez forte, et sont douées d’une propriété purgative, mais irritante, qui en rend l’usage peu sûr. Les fruits, que l’ou trouve aussi quelquefois mêlés au séné , sont formés d’un vrai follicule (ou péricarpe sec s’ouvraut par une fente longitudinale) ; celui-ci est ovale, terminé par une pointe allongée et
conique , blanchâtre , un peu épais , demi-solide , contenant un grand nombre de semences aigrettées.
Commerce du séné : Scnc de la paitc. ü’après Rouyer {Ann. de chm., t. t.VI , p. 165) , le commerce du séné se fait surtout par la voie de l’Égypte, où les Ababdeh, tribu d’Arabes qui habitent les confins de 338.
l’Égypte supérieure, se le sont approprié. Ce sont eux qui vont chercher le séné au delà de Sienne , principalement dans la vallée de Bicharié, et qui le rapportent dans cette ville , où en est le premier entrepôt. Ils y apportent aussi l’arguel et le séné h feuilles rondes, qu’ils récoltent au-dessus et au-dessous de Sienne.
On trouve à Esné , autre ville de la haute Égypte, sur la rive gauche du INil, un second entrepôt destiné à recevoir tout le séné qui vient de l’Abyssinie, de la Nubie et de Sennar, d’où il en arrive une quantité assez considérable par les caravanes qui amènent les nègres en Égypte. Ce séné est de la même espèce que celui qui croît dans la vallée de Bicharié {cassia acutifolia) ; seulement les feuilles en sont plus petites et plus vertes, et les follicules plus courtes et plus étroites. Ce séné, qui appartient probablement au cassia œthiopica , arrive ordinairement mondé de ses branches , et n’est mêlé ni de séné à feuilles obtuses , ni d’arguel , ce qui le fait estimer davantage. On dépose aussi à Esné tout le séné 5 feuilles obtuses que l’on recueille dans la haute Égypte.
Lorsque la récolte du séné est terminée (on la fait à la maturité des follicules, vers le milieu du mois de septembre) , on embarque sur le Nil tout celui qui a été amassé dans les magasins de Sienne et d’Esné , pour le faire passer au dépôt général à Boulac , auprès du grand Caire , où il vient tous les ans, de Sienne, 7 à 8000 quintaux de séné à feuilles aiguës {cassia acuti folia) , 5 h 600 quintaux de séné à feuilles obtuses {cassia ohovata), et 2000 à 2/i00 quintaux d’arguel ; et de la ville d’Esné environ 2000 quintaux de séné de Sennar {cassia œthiopica), et 800 quintaux de séné à feuilles obtuses. Il y vient, en outre, par Suez et par les caravanes du mont Sinaï , 12 à 1500 quintaux de séné à feuilles obtuses, ce qui fait un total de 15 à 16000 quintaux brut de séné,
340 DlOOTYriDONIiS CAr.IClFLORIiS.
qu'on verse tous les ans au dépôt de Boulac. I.à , on monde le séné des corps étrangers et des branches ; on met à part les follicules, qui sont livrées séparément au commerce ; on concasse légèrement les feuilles des trois espèces, et surtout celles du séné obtus et de l’arguel, pour mieux les confondre entre elles, et l’on fait un mélange du tout, (j’esl ce mélange qui nous arrive sous le nom de séné de la
l'ig. 339.
palf.e , à cause d’un impôt nommé auquel il est assujetti. Il faut avoir soin , dans les pharmacies , de le monder de l’argucl , et des pétioles du séné , ou bûchettes , qui n’ont pas la même propriété que les feuilles : alors il est très estimé et présente les caractères des feuilles du cassia acntifolia, qui en forment la plus grande partie. (Voy. fig. 339.)
SéHé de Syrie OU d’Aicp (fig. 340). Ce séiié , qui vient quelquefois directement de Syrie, offre les caractères des feuilles du cassia obovata, tels qu’ils ont été donnés précédemment; il est inutile de les décrire de nouveau.
Séné du Sénégal. Ce séiié , cloiit le ministre de la marine a fait remettre une fois une certaine quantité aux hôpitaux de Paris, appartient à l’espèce du cassia obovata, comme le précédent; il en diffère cependant par ses feuilles et ses follicules plus petites, et par la couleur glauque de toutes ses parties. Il a été essayé dans les hôpitaux : les feuilles ont été trouvées peu actives, et les follicules pre.squc inertes, {Journ. depliarm., t. XIV, p. 70.)
LÉGUMINEUSES. 3il
Séné <lc Tripoli d’iiri-iqiic (fig. 341). OrdinairGinciU plus brisé que le séné palfe , ce séné est composé de feuilles généralement plus petites, moins aiguës, un peu moins épaisses, plus vertes et d’une
Fig. 340.
odeur herbacée. On n’y trouve ni follicule pake, ni séné à larges feuilles, ni arguel. On n’y voit que des débris de ses propres follicules , reconnaissables à leur petitesse et à leur couleur blonde ; tous ces caractères , qui se rapportent à ceux du séné de Sennar mentionné par Rouyer , m’avaient fait supposer qu’une partie seulement de cette sorte était portée en Égypte, pour y être mêlée au séné pake , et que le reste était transporté par des caravanes dans la régence de Tripoli; mais, d’après les renseignements qui ont été donnés à M. l’outet, de Marseille , par M. Melcbior Aiitran , ce séné est apporté à Tripoli par les caravanes qui viennent du Fezzan : il appartient au cassia œtlrinpica.
DlCOTi'LÉUONES GALICIFLORES.
üicnénioka (fig. 3i2). Ce séné est en feuilles longues de 27 à 54 millimètres , très étroites et presque subulées (1) ; elles sont presque
peu courbées , semblables du reste a
toujours jaunies par l’action de l’air humide ; les follicules , qu’on trouve en petite quantité mêlées aux feuilles, sont linéaires , longues de 35 à 80 millimètres, larges de 16 à 18 ;
X follicules palte par leur couleur
verte à la circonférence , noirâtre au centre , et par leur surface unie.
sénederinde (fig. 343). Ce séné nous arrive par le commerce anglais ; malgré son nom , sa grande ressemblance avec le séné moka m’avait fait supposer qu’il provenait aussi d’Arabie, d’autant plus que, suivant Ainslie , le seul séné naturel à l’Inde est celui à feuilles obtuses {Mat. indica, I, p. 389). M. Pereira m’a tiré d’incertitude en m’apprenant que le séné de l’Inde est du cassia lanceolata d’Arabie, transporté à Tinnevelly, dans la partie méridionale de l’Inde , où i! est cultivé en grand , pour le commerce. Ce séné arrive parfaitement mondé et en grandes feuilles minces, vertes, aussi longues, mais moins étroites que le séné moka. Il partage avec le séné moka l’inconvénient de jaunir et de noircir promptement par l’exposition h l’air un peu humide. Ses follicules n’arrivent pas avec ; mais elles ressemblent à celles du séné moka.
Sénés d’Amérique. Les feuilles de plusieurs cassia d’Amérique ont
(1) Ces feuilles sont souvent beaucoup plus étroites que la figure ne le.s représente.
LÉGÜMIINEÜSES. 3Ü3
la propriété purgative du séné , et le remplacent dans cette partie du monde : tels sont entre autres le cassia cathartica , nommé au Brésil sena do Campo ; le cassia ligusirina croissant de Cayenne h la Virginie; hs cassia occidentalis , obtusifolia et emarginata delà Jamaïque, et surtout le cassia marylandica des États-Unis. Celui-ci a les folioles elliptiques , égales , mucronées , plus grandes que celles du cassia ohovata.
Follicules de séné. On connaît dans le commerce trois sortes de follicules de séné , sous les dénominations de follicules palte , Tripoli et CiAlep , qui appartiennent aux sénés de mêmes noms ou de mêmes pays.
Les follicules de la palte (fig. 339), sont grandes, larges, peu recourbées, d’un vert sombre et noirâtre à l’endroit des semences, lisses et aplaties. Les follicules de Tripoli ou de Senuar (fig. 3él), se distinguent des précédentes parce qu’elles sont plus petites, et d’un vert plus clair tirant sur le fauve; elles sont moins estimées. Enfin, les follicules d'Aicp ou de Syrie (fig. 340) appartiennent à l’arbuste qui donne le séné à larges feuilles ; elles sont noirâtres , étroites , très contournées ou d’une forme demi-circulaire , et présentent une aspérité membraneuse sur chaque semence. Beaucoup de personnes donnent à ces fruits le nom de follicules moka; mais c’est tout à fait à tort, car la follicule moka (fig. 342) est bien différente.
Analyse chimique. Le séné de la palte a été analysé par Bouillon- Lagrange , et, plus récemment, par MM. Lassaigne etFeneulle [Joum. de jdiarnu., t. VII, p. 548). Ces derniers chimistes en ont retiré ; 1“ De la chlorophylle ; 2° une huile grasse ; 3" une huile volatile peu abondante; 4“ de l’albumine; 5° une substance extractive qu’ils considèrent comme le principe actif du séné , et qu’ils ont nommée cathartine ; 6’ un principe colorant jaune ; 7° du muqueux ; 8" des malate et tartrate de chaux; 9° de l’acétate de potasse; 10“ des sels minéraux.
Falsification du séné. Si nos commerçants n’ont pas à se reprocher de falsifier le séné avec l’arguel , puisque cette plante pernicieuse y est ajoutée dans le pays même où on le récolte, quelques uns d’entre eux se rendent coupables d’une fraude encore plus condamnable , déjà ancienne , et qui a été signalée de nouveau par M. Dublanc , à l’occasion d’accidents graves survenus h la suite de l’usage d’un faux séné. [Journ. de chim. médic., t. I, p. 284). M. Dublanc reconnut que cette substance n’était pas du séné , mais n’en put déterminer l’espèce , à cause de l’état de division dans lequel elle avait été livrée; plus heureux que lui , j’ai pu me procurer la feuille entière , et Clarion , à qui je l’ai présentée, l’a reconnue pour être celle du redoul {coriaria myrtifolia), arbrisseau qui croît dans la Provence et le Languedoc , dont les feuilles.
Fig. 344.
ShU DICOTYLÉDONES CALIClFLOREs.
très astringenles et vénéiieu.ses , servent clans la teinture en noir et clans le tannage des cuirs, et dont les fruits causent des convulsions, le délire et même la mort, aux hommes et aux animaux.
Je décrirai plus loin cet arbrisseau si dangereux, mais je ne puis me dispenser de faire connaître ici les caractères de ses feuilles (fig.
Elles sont ovaleslancéolées , glabres , très entières , larges de 7 à 27 millimètres , longues de 20 h 50 millimètres ; elles offrent, outre la nervure du milieu , deux autres nervures très .saillantes, qui partent comme la première du pétiole, s’écartent et SC courbent vers
le bord de la feuille et se prolongent jusqu’à la pointe. Dans les jilus grandes feuilles on observe quelques autres nervures transversales qui joignent les trois premières; mais dans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n’aperçoit que les trois nervures principales , et ce caractère suffit pour les distinguer. D’ailleurs ces feuilles sont plus épaisses que celles du séné , un peu chagrinées à leur surface, non blanchâtres comme l’arguel, douées d’une saveur astringente non mucilagineuse, et d’une odeur .assez marquée et un peu nausécu.se.
Pour distinguer encore mieux ces trois sortes de feuilles, je les ai concassées, et j’ai traité une partie de chacune d’elles par 10 parties d’eau bouillante.
Le séné a pris tout de suite une teinte brunâtre; la liqueur filtrée était très brune et avait une saveur peu marquée; le résidu était très mucilagineux.
Les feuilles de redoul ont pris une couleur vert-pomme ; la liqueur était très peu colorée, d’une saveur astringente; le résidu était sec, non mucilagineux, d’un vert-pomme.
Les feuilles d’arguel ont pris une couleur verte; la liqueur était vci-dâtre , presque gélalinetise et d’une saveur amèi e. Elle a filtré avec une grande difficulté.
l.KGUiMINEUSIiS. 2à5
Los trois li(|iicur.s, cxauiinoes par les réactifs, ont offert les résultats suivants :
llÉACTIFS.
KEDOUL.
ARGUEL.
ISoix de (jalle.
Louche.
Gélatine.
Pté blanc très abondant.
Sulfate de fer.
Couleur verdâtre.
Pté bleu très abondant.
Couleur verte et pté géla-!
abondant.
Émétique.
Pté blanc très abondant.
pxakUe eVammoniaque.
l’té très abondant.
Pté très abondant.
Trouble.
Chlorure de barium.
Très trouble.
Deutochlorure de mercure.
Rien d’abord.
Pté blanc.
Chlorure d’or.
Rien, puis trouble brunâtre.
Réduction instantanée; pté pourpre noirâtre.
Réduction^ lente ; précipité jaune métallique.
Nitrate d'argent.
Pté jaunâtre très abondant.
Pté jaunâtre passant
Potasse caustique.
Rien. Odeur de
Pté gélatineux très abondant, rougissant à Pair ; odeur dcpetiteccnlaurée.
Pté gélati-! parent.
Plusieurs personnes assurent que l’on falsifie le séné avec les feuilles du bagucnauclier {coliUca arboresems L.), de la famille des légumineuses égidemeiit. Ces feuilles ont effectivement la forme obovée du séné à larges feuilles; mais elles sont beaucoup ])lus tendres ou plus minces, plus vertes et d’une saveur amère très désagréable; enfin elles ne sont pas rétrécies ii la base, et n’offrent pas à l’extrémité la petite pointe roide qui termine les feuilles du séné obtus. Du reste, ces feuilles paraissent être purgatives comme celles du séné.
Casse ou Friilt du Caiicllclcr.
Cdxsiu ftsfulalj. Le canelicier (fig. o/i5) est un grand et bel arbre qui appartient au même genre que le séné. Ses feuilles sont formées de
346 DICOTÏLÉDOiNES CALICIFLORES.
4 OU 6 paires tle folioles ovées, sous-acuminées et glabres. Ses fleurs sont disposées en grappes lâches, et sont formées d’un calice à .'i divisions, d’une corolle à 5 pétales jaunes et inégaux, de 10 étamines inégales , dont les Fig. 343. t,-ojs supérieures
sont difformes et stériles , et d’un ovaire stipité qui devient une gousse cylindrique et ligneuse, longue de 15 à 50 centimètres et de 25 millimèlres de diamètre. Cette gousse estd’ailleursbrune et unie, formée de deux valves non déhiscentes , réunies par deux sutures longitudinales ; elles offrent dans leur intérieur un grand nombre de chambres formées par des cloisons transversales solides , et contenant une pulpe noire , douce et sucrée, ainsi qu’une semence horizontale , elliptique, rouge, polie, aplatie, et assez dure.
Ce fruit est tellement différent de celui du séné, que plusieurs botanistes ont cru devoir en former un genre différent : c’est ainsi que Pçrsoon nommait hcîiS'iQcatlwrtocarpusfistula^ et Willdenow bar.tyrilübhmi. fistida; mais M. Colladon et de Cantlolle en ont formé seulement une section du genre cassia.
Le caneficier paraît originaire de l’Éthiopie , d’où il s’est répandu en Égypte, clans l’Arabie , dans l’Inde et l’archipel Indien. On croit qu’il a été transporté en Amérique; mais il y croît en si grande abondance et cette partie du monde offre tant d’autres espèces analogues , qu’on peut l’y regarder comme indigène.
Quoi qu’il en puisse être, la casse, ejui venait autrefois du Levant, nous arrive aujourd’hui d’Amérique presque en totalité, et l’on nere-
LÊGUMINliUSES. 3^7
marque véritablement aucune différence entre les produits de l’un et de l’autre continent. On doit choisir la casse récente, pleine, non moisie et non sonnante; pour lui conserver ces propriétés, il faut la garder dans un lieu frais , mais non humide.
On emploie la casse en pulpe et en extrait ; la pulpe entre dans l’élecluaire calholicum et dans le lénitif : c’est un purgatif doux , mais ven teux .
La casse a été analysée par Vauquelin , qui en a d’abord retiré , pour 1,000 grammes {Ann. dechim., t. VI , p. 275) :
Valves . 351,55
Cloisons . 70,31
Semences . 132,82
Pulpe . 445,32
La pulpe , traitée par l’eau froide, a laissé une matière parenchymateuse , noire et azotée , pesant sèche 285'' ,44. L’extrait a fourni par divers procédés :
Sucre . 148,44
Gélatine (pectine) . 31,25
Gomme . 15,62
Glutine . 7,92
Matière extractive amère. . 5,10
Kau . • 236,99
Antres espèces :
i'etitc casse ti’Aniériquc. H y a vingt- cinq aiis environ qu’une maison de Paris reçut d’Amérique une sorte de casse , qu’on aurait pu prendre d’abord pour de la casse ordinaire cueillie avant sa maturité , mais qu’un examen plus attentif doit faire reconnaître comme une espèce, ou au moins comme une variété distincte. Cette casse est en bâtons longs de 33 à 50 centimètres, n’ayant guère que 14 millimètres de diamètre ; elle est d’un brun peu foncé et grisâtre h l’extérieur, et est remplie d’une pulpe fauve, d’un goût acerbe, astringent et sucré. Les valves qui forment le péricarj)e sont beaucouj) plus minces que dans la casse ordinaire, et le fruit est aminci en pointe aux deux extrémités, tandis que la casse ordinaire e.st arrondie par les bouts. Cette casse a été examinée par Henry père {Journ. de chùn. méd., t. II) ; elle n’a pas reparu depuis dans le commerce.
Casse dit Brésil, cttssia brasüiaiia Lam. L’arbre qui produit cette
3Zl8 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
casse est un des plus beaux du genre. Il croît au Brésil , dans la Guyane et dans les Antilles; ses gousses sont recourbées en sabre, longues de 50 à 65 ceniimèires, larges de 4 à S centimètres, en allant d’une suture b l’autre, comprimées dans l’autre sens , et olTrant une surface entièrement ligneuse, rugueuse et marquée de fortes nervures. Une des deux sutures longitudinales offre deux côtes cylindriques très proéminentes , et l’autre suture n’en offre qu’une seule; les cloisons sont très rapprochées et très nombreuses; la pulpe est amère et désagréable. Cette casse n’est pas usitée en Europe; mais elle est employée comme purgative en Amérique.
Tauiariiiicr ci ïamariii.
Le tamarin est la pulpe du fruit du tuuw.rindui indim L., bel arbre des Indes, de l’Asie occidentale et de l’Égypte, qui a été transplanté en Amériijtic.
Cet arbre ( fig.
346) appartient b la famille des légumineuses. Il est très élevé ; son écorce est épaisse, brune et gercée ; scs rameaux sont très étendus , ses feuilles alternes et pinnées. Ses fleurs sont roses, irrégulières, pourvues seulement de 3 étamines monadelplics, les 7 autres étant stériles et réduites b l’état rudimentaire, ce qui est cause que Linné a rangé le tamarinier dans .>;a triandrie. Le fruit est une gousse solide, longue de 11 centimètres, large de 27 millimètres, comprimée ou aplatie, inégalement renflée et recourbée en sabre; il offre b l’intérieur, dans une seule loge centrale , 3 ou 4 semences rouges, luisantes, comprimées et irrégulièrement carrées; enfin, entre l’endocarpe qui borne cette longue loge et l’épicarpe du fruit, se trouve une pulpe jaunâtre , acide et sucrée; cette
Fig. 34 L
LÉGDJIINEUSES. 3Zl9
pul|)0 est traversée par trois forts filaraeiits qui se réunissent ît la base de la gousse (1).
C’est cette pul])C qu’on nous envoie séparée de sa gousse, mais contenant encore ses filaments et ses semences , et ayant subi une légère évaporation dans des bassines de cuivre, afin qu’elle puisse mieux se conserver. Elle est ordinairement brune ou rouge , d’une saveur astringente , légèrement sucrée.
Le tamarin contient assez souvent du cuivre, qui provient des bassines où il a été préparé ; on reconnaît facilement la présence de ce pernicieux métal en plongeant dans la pulpe une lame de fer, qui prend alors une couleur rouge. On doit rejeter le tamarin ainsi altéré, de même qu’il faut éviter de prendre celui qui aurait été falsifié avec de la pulpe de pruneaux et de l’acide* tartrique. Auparavant on employait à cet elîet l’acide sulfurique; mais, comme cet acide est facilement reconnaissable par la baryte, je crois qu’on y a renoncé.
Le tamarin a été analy.sé par Vauquelin {Ann. de eftim , t. V, 92), qui en a retiré approximativement, sur 100 parties:
Acide citrique . 9,t\Q
— tartrique . 1,5.')
— malique . 0,é5
Surtartrate de potasse . .3,25
.Sucre . 12,50
Gomme . é,70
Gélatine végétale (pectine). . . . (3,25
Parenchyme . 3é,35
Eau . 27,55
Le tamarin est laxatif et antiputride. Il entre dans la composition des électuaires lénitif et catholicum double.
Fruit ilu Carou»)ier ou Garoiige.
Ceratonia siliqua L. Siliqiia dulcis des anciennes pharmacopées. Le caroubier (lig. 3A7), est un arbre de médiocre grandeur, qui croît surtout dans le Levant, en Afrique et dans l’Europe méridionale. Il s’élève à la hauteur de 7 à 10 mètres, sur un tronc droit, très épais, formé d’un
(1) Il parait exister une différence constante entre le fruit du tamarin oriental et celui d’Amérique : le premier est six fois et au delà plus long que large et contient 8 à 12 semences ; le .second est à peine trois fois aussi long que large et contient de 1 à 1 semences. ( De Candolle, Prodr., t. II, p. 489.)
350 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
aubier abondant et d’un cœur rouge foncé , dur, veiné, propre à la menuiserie et à l’ébénislerie. L’écorce sert au tannage. Les feuilles sont alternes, persistantes, ailées sans impaire, composées de 2 ou 3 paires de folioles presque sessiles , elliptiques, sous-ondulées , coriaces , brillantes eu dessus. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires ; elles sont dioïques ou rarement polygames. Les fleurs mâles ont un calice
Lig. 347.
fort petit , à 5 divisions ovales et inégales ; pas de corolle; 5 étamines libres , opposées aux lobes du calice , insérées sous la marge d’un disque hypogyne. Les fleurs femelles présentent un ovaire constammentstipité, sous-falciforme , terminé par un stigmate sessile. Le fruit est un légume indéhiscent, linéaire, aplati, un peu arqué, entouré de deux sutures très épaisses et à deux .sillons. Il est long de il h 14 centimètres , large de 27 millimètres, luisant, d’un gris brunâtre, divisé intérieurement en plusieurs loges, dont chacune contient une semence. L’espace compris entre l’épicarpe et les loges est rempli d’une pulpe rousse, d’un goût doux et sucré. Ce fruit faisait autrefois partie de plusieurs électuaires laxatifs. Il sert à la nourriture des pauvres, et les enfants le mangent également avec plaisir, dans les pays qui le produisent. En Égypte, on
en extrait un sirop, ou sucre liquide , qui sert à confire le tamarin et les inyrobalans.
Scnieuce ou Fève tonka.
L’arbre qui produit la fève tonka croît dans les forêts de la Guyane, et a été décrit par Aublet sous le nom de coumarouna odorata [dipterix odorata Willd.). Il appartient h la diadelphie décaudrie et à la tribu des geoffrées delà famille des légumineuses. J’ai dit précédemment que son bois, qui est très dur et très pesant, porte à Cayenne le nom de bois de cjdiac (p. 432). Le fruit entier (fig. 348) a la forme d’une grosse amande couverte de son brou , et est d’une composition à peu près semblable : h l’extérieur, on trouve en effet un brou desséché qui recouvre un endocarpe demi - ligneux , renfermant une semence unique , aplatie , longue de 27 à 45 millimètres, et ayant à peu près la forme d’un haricot d’Espagne qui serait allongé.
Cette semence est composée d’une enveloppe mince, légère, luisante, d’un brun noirâtre, fortement ridée, et d’une amande:! deux lobes, d’une apparence grasse et onctueuse. A l’extrémité, et entre les deux lobes, se trouve un germe volumineux, ayant la forme d’un phallus. Les lobes ont une saveur douce, agréable, huileuse, légèrement aromatique, et une odeur qui est presque identique avec celle du mélilot. Celte odeur est due à un principe volatil concret qui vient souvent se cristalliser entre les deux lobes de l’amande, qui n’est ni de l’acide benzoïque ni du camphre, et qui doit prendre rang parmi les produits immédiats des végétaux. Cette substance est cristallisée en aiguilles carrées ou en prismes courts, terminés par des biseaux, et d’une assez grande dureté. Elle est beaucoup plus pesante que l’eau, qui ne la dissout pas; est soluble dans l’alcool, m’a paru peu soluble dans les acides; sa dissolution alcoolique n’altère en rien la teinture du tournesol ni celle des violettes.
Tels étaient les résultats auxquels j’étais arrivé depuis longtemps au sujet de la matière cristalline de la fève tonka (matière que j’ai nommée coumarime), lorsque M. Vogel , de Munich, publia un examen de la même substance qui le conduisit h la regarder comme de l’acide benzoïque {Journ. depharm., t. VI, p. 307); mais ses expériences ne me parurent pas propres à détruire les miennes , et ma manière de voir s’est trouvée confirmée par MM. Boullay et Boutron , dans leur analyse de la fève tonka {Journ. de pharm. , t. XI , p. 480).
La fève tonka n’est pas employée en pharmacie ; elle est u.sitée pour parfumer le tabac, soit qu’on l’y mêle après l’avoir réduite en poudre, soit qu’on se contente de la mettre entière dans le vase qui contient le tabac.
Fciiiigrec,
Trigonella fœnum-grcecum L. , tribu des lolées. Plante annuelle , haute de 22 à 27 centimètres , munie de feuilles courtement pétiolécs , à 3 folioles ovales-oblougues, crénelées en leur bord. Les lleurs sont d’un jaune pâle, presque sessiles, solitaires ou géminées dans l’aisselle des feuilles. Le calice est monosépale, partagé en 5 découpures presque égales; la corcdle est papillonacée , ayant l’étendard et les ailes presque égaux et beaucoup plus grands que la carène , de sorte que la fleur paraît être à 3 pétales presque égaux ; les étamines sont au nombre de 10 et diadelpbcs; l’ovaire est ovale-oblong, terminé par un style relevé. Le fruit est une gousse longue , un peu aplatie , un peu courbée en arc, terminée par une longue pointe, et contenant plusieurs graines rhomboïdales , jaunes , demi-transparentes , jouissant d’une odeur forte et agréable. Leur parenchyme est amylacé et mucilagineux. Ces semences, employées en cataplasmes, sont émollientes et résolutives. Elles entrent dans la composition de l’élæolé de fenugrec (autrefois huile de mucilage], auquel elles communiquent leur odeur.
Semences Uc Lupin.
Lupinm albus L., tribu des pbaséolées. Car. gén. : Calice profondément bilabié ; corolle papillonacée, étendard à côtés réfléchis; carène acuminée; étamines monadelphes, à gaîne entière; 10 étamines, dont 5 à anlbènes arrondies, plus précoces, et 5 à antbènes oblongues , plus tardives. Style filiforme; stigmate terminal, arrondi, barbu; légume coriace, oblong, comprimé, à renflements obliques ; cotylédons épais, se convertissant en feuilles par la germination ; feuilles composées de 5 à 9 folioles digitées.
Le lupin blanc est une plante annuelle , originaire de l’Orient ; on la cultive dans le midi de la France pour en récolter les graines et pour
LÉGUMINIiliStS. 353
la donner connue fourrage aux bestiaux. Il pousse une tige droite, haute de 35 à 50 niillimèlres, munie de feuilles péliolées et composées de 5 à 7 folioles digitées, ovales-oblongucs, velues comme toute la plante. Les fleurs sont blanches, alternes, pédicellées, accompagnées de bractées très caduques, et disposées en grappes terminales; la lèvre supérieure du calice est entière et l’inférieure à 3 dents. Les semences du lupin sont blanches , assez grosses , aplaties , d’une saveur amère désagréable, dont on peut les priver en les faisant tremper dans l’eau chaude; elles peuvent ensuite être mangées comme des pois ou des haricots, mais elles sont peu usitees. La farine de lupin faisait autrefois partie des quatre farines résolutives, avec celles de fève {faba sativa) et d’orobe [orobus vernus), que l’on remplaçait souvent par celle de l’ers [ervum ervilia) ou de la vesce [vicia sativa). Mais aujourd’hui toutes ces farines sont aussi peu employées les unes que les autres.
Les fèves forment un aliment très nourrissant, dont l’usage n’est pas assez répandu en France , où il pourrait être d’un grand secours pour la classe pauvre ou peu aisée. Cette graine , de même que les pois {pisum sativum), les haricots [pkaseolus vulgaris) et les lentilles [ervum lens) , renferme une proportion assez considérable d’une matière azotée, soluble dans l’eau et coagulable par l’acide acétique [légumine Braconnot) , qui a beaucoup d’analogie avec la caséine animale et qui contribue beaucoup à la qualité nutritive des semences. Ces différentes semences sont d’ailleurs tellement connues, que je crois inutile de m’y arrêter.
Je ne m’arrêterai pas davantage à un grand nombre de semences légumineuses exotiques , que leur épisperme poli et peint de vives couleurs, faisait employer comme objets d’ornement par les naturels de l’/^mérique, avant que les Européens leur eussent donné le désir de bijoux plus coûteux. Je citerai seulement V erythrina corallodendron , arbre des Antilles , remarquable par ses grappes de fleurs d’un rouge foncé , et par ses semences arrondies , plus grosses que des pois , lisses , d’un rouge vif , avec une large tache noire. Je citerai encore le condor! [adenanthera pavonina L. ) dont les fleurs sont petites et d’un blanc jaunâtre ; mais dont les semences lenticulaires , lisses , rouges et sans tache , sont d’un poids assez constant pour avoir servi , sous le nom de kuara , à fixer l’unité de poids qui sert , dans l’Inde , à peser l’or, les diamants et les autres pierres précieuses ( k grains poids de marc ou *212 milligrammes). Ces deux végétaux, qui portent également le nom d’arfo’fi au corail, ont un bois blanc et ne doivent pas être confondus avec le pterocarpus draco qui fournit le *»«»« de, corail des ébénistes.
mCOTYLÉDONES CAUCIFLORIÎS.
On donne ce nom vulgaire aux gousses de plusieurs plantes légumineuses , recouvertes de
Fiff. 349.
poils piquants qui, en
s’introduisant dans la peau , y causent une dévv mangeaison insupporta-
espèces sont particulièrement con-
timètres, larges de 5 à 6, coinpriinées, renflées à l’endroit des semences, plissées transversalement, et couvertes de poils caducs, roux, lins, durs et piquants, qui causent une grande démangeaison eu s’attachant à la peau. A l’intérieur, ces gousses sont séparées en plusieurs loges par des cloisons celluleuses , et chaque loge contient une semence cornée, ronde, aplatie, large de 25 à 30 millimètres, épaisse de 18 à 20 , brune et chagrinée à sa surface , entourée , sur plus des deux tiers de sa circonférence , par un hile circulaire sous la forme d’une bande noire , d’autant plus remarquable que la couleur brune de l’épisperme s’affaiblit et
LÉGUMlNEUSliS.
blanchit dans toute la partie qui touche le hile. Cette semence porte vulgairement le nom cl’œtY de bourrique, à cause de la ressemblance avec l’œil de l’àne; mais elle représente encore mieux celui d’une chèvre.
Petit pois pouilleux , stizolobium Browiie ; mucuna pruriens DC. ; dolichos pruriens L. (fig. 350). Cette plante est répandue dans l’Inde et aux îles Moluques, tout aussi bien qu’aux Antilles. Ses tiges sont très longues, volubiles, munies de feuilles à 3 folioles , dont les deux latérales sont très rétrécies par le côté interne, à cause de la proximité de la Fig. 330.
foliole terminale. Les fleurs sont disposées en longues grappes pendantes : elles sont formées d’un calice campanulé, bilabié; d’un étendard court, droit, à peine relevé, coloré en rouge; de deux ailes beaucoup plus longues , d’un violet pourpre, enfermant la carène et le tube des étamines.
Les gousses sont indéhiscentes , à peu près longues et grosses comme le doigt , non plissées transversalement , plus ou moins recourbées en S, munies d’une suture tranchante, et toutes couvertes de poils roussâtres , brillants, qu’on ne peut toucher sans éprouver à l’instant des démangeaisons insupportables aux mains et au visage. Ces gousses sont divisées intérieurement en 3 ou 4 loges obliques , dont chacune renferme une semence ayant la forme d’un petit haricot, brun et luisant; le hile est uni , latéral, très court, entouré par un rebord proéminent, qui a la dureté et la blancheur de l’ivoire.
Nota. Les botanistes se fondent sur la présence ou l’absence de plis iransverses du péricarpe, pour diviser le genre mucuna en deux sections zooplillicdmum et stizolobium. Il me semble qu’un caractère plus important pourrait être tiré delà forme des semences, de la grandeur du hile et de la présence ou de l’absence de la caroncule qui entoure le hile. Dans tous les cas , deux semences aussi différentes que celles des deux pois à gratter doivent appartenir h deux genres différents. Le premier devra porter le nom de zoophthahnum, et le second celui de stizolobium..
Arachide ou Pistache de terre.
Avachis hypoycea L. ; Mundubi Marcgr., Bras., p. 37, tribu des
SSe DlCOTYI.tüOiNRS CALICIFLORES.
phaséolées? Cette plante (fig. 351), dont la fructification est des plus singulières, paraît être originaire du Brésil, d’où elle a été propagée aux Antilles, en Afrique et dans les autres contrées chaudes du globe. Elle est annuelle, herbacée, velue et touffue. Quelques uns de ses rameaux s’élèvent droit , tandis que d’autres sont couchés sur la terre.
Les uns et les autres sont pourvus de feuilles accompagnées de 2 stipules à la base, et formées de 2 paires de folioles , sans impaire.
Les fleurs sont toutes hermaphrodites, d’après Turpin et M. Poiteau , polygames suivant Endliclicr.
Elles naissent 2 à 2, quelquefois en plus grand nombre , dans l’aisselle des feuilles ; elles sont sessilcs ; mais le calice, qui renferme l’ovaire à sa base, est pourvu d’un tube filiforme, long de 5 à 8 centimètres, ayant toute l’apparence d’un pédoncule surmonté d’un calice à quatre divisions profondes. La corolle est jaune-orangée, veinée de rouge, composée d’un étendard recourbé en arrière, de deux ailes conniventes et d’une carène recourbée. Les étamines sont au nombre de 10 et diadelpbes, mais l’étamine libre est oblitérée et stérile. Le style part du sommet de l’ovaire, traverse dans toute sa longueur le tube du calice , et s’élève en dehors un peu au-dessus des étamines ; le stigmate est capité.
Toutes les fleurs portées sur les tiges droites avortent ; celles placées sur les tiges couchées, ou qui sont peu éloignées de terre, sont les seules qui fructifient, et voici la manière dont s’opère cette fructification : Après la fécondation, tous les organes floraux tombent, laissant l’ovaire à nu (1) , porté sur un torus qui bientôt s’allonge en se recour -
(1) Suhant Endlicher, les fleurs fertiles sont privées de calice, de corolle et d’étamines, et se composent seulement de l’ovaire sous-sessile, terminé par un stif;mate terminal un peu dilaté.
r.ÉGUMINEljSt'S. 357
bant vers la terre , de manière à y faire pénétrer l’ovaire : et ce n’est que lorsque celui-ci est parvenu à une profondeur de 5 à 8 centimètres, qu’il commence à grossir de manière à former une gousse longue de 27 à 36 millimètres , épaisse de 9 à H , un peu étranglée au milieu. Cette gousse est formée d’une coque blanche, mince , veineuse, réticulée , renfermant ordinairement deux semences d’un rouge vineux à l’extérieur, blanches à l’intérieur, très huileuses et d’un goût de haricot. On en fabrique , dit-on , du chocolat en Espagne , où Varackis a été apportée de l’Amérique. On cultive aussi cette plante dans le midi de la France et en Italie , h cause de l’huile qu’elle contient et dont ses semences fournissent près de 50 pour 100. MM. Payen et Henri fils en ont donné l’analyse {Journ. de chim. méd., t. I, p. ù31).
Scmcncc de Beu , dite IVotx de Ben.
Cette semence était connue des Grecs , qui la nommaient |3aA«vo? pupsxjjixï) , et des Latins , qui l’appelaient glans uncjuentario,. Ils la recevaient d’Egypte et d’Arabie , comme nous le faisons encore à présent ; il est en conséquence surprenant que l’arbre qui la produit n’ait été bien connu que dans ces dernières années. Cela tient surtout à ce qu’il existe une autre espèce de ben, très répandue dans un grand nombre de pays, et qui a été prise pour la véritable , ce qui a détourné les botanistes de rechercher cette dernière.
Le genre mort ng'u, auquel appartient la semence de ben, se distingue des autres légumineuses par des caractères si tranchés, que plusieurs botanistes ont pensé à en former une petite famille particulière , dans laquelle le calice est à 5 divisions sous-égales, imbriquées pendant l’estivation ; la corolle est à 5 pétales périgynes , oblongs-Iinéaires , dont 2 postérieurs un peu plus longs, ascendants, imbriqués pendant l’estivation. Les étamines sont au nombre de 10 , insérées sur un disque cupuliforme revêtissant la base du calice ; elles sont presque libres par la base, monodelphes vers le milieu des fdets , distinctes au sommet , les postérieures plus longues; elles sont alternativement fertiles et stériles; les anthères sont uniloculaires. L’ovaire est uniloculaire, à 3 placentas pariétaux , nerviformes , portant des ovules nombreux , unisériés et pendants. Le fruit est une capsule siliquiforme , à 3 ou à plusieurs côtes , uniloculaire, trivalve , contenant au centre des valves une seule série de semences séparées par des renflements fongueux du péricarpe. Les semences sont trigones-arrondies , pourvues ou dépourvues d’ailes sur les angles. L’embryon est droit, privé d’endosperme ; les cotylédons sont charnus, la radicule très courte et supère, la plumule polyphylle.
Semence de ben ailée, moviliga pterf/gOif/K’rma Grerlll. ; hgpef-
358 DICOTYLIÎDONES CALICIFLOlîlîS.
anthera moringa Willd. ; anoma morunga Lotir. L’arbre qui produit la noix de ben ailée (fig. 352) croît aux îles Moluques, dans la Gochiiichine, dans l’Inde, àCeylan et dans les Antilles, où il a probablement été introduit. 11 est de grandeur médiocre , avec des rameaux étalés et des feuilles bi-ou tripinnécs avec impaire. Les folioles sont opposées, pétiolécs , ovales , très entières, glabres et très ]M’lites. Le fruit est jaunâtre à l’extérieur, long de plus de 30 centimètres, épais de 25 millimètres environ , triangulaire , strié longitudinalement, formé par la réunion de 3 valves épaisses, à chair blanche et légère, renfermant au centre et dans autant de cavités qui cependant communiquent entre elles, 12 à 18 semences rangées sur une seule ligne longitudinale. Ces semences sont noirâtres h l’extérieur, grosses comme de gros pois, arrondies, triangulaires et pourvues de 3 ailes blanches et papyracées. L’épisperme est très blanc à l’intérieur, fragile et un peu spongieux ; l’amande en est blanche, huileuse et très amère. Elle pourrait fournir de l’huile par expre.ssion ; mais elle n’a pas été appliquée à cet usage, et ce n’est pas elle qui constitue la semence de ben du commerce.
On connaît une autre espèce de moringa à semences ailées, dont le fruit, aussi long que le précédent, est presque cylindrique ou sousoctogone , bien qu’il parai.sse s’ouvrir également en 3 valves. C’est le moringa polygona DC. , Y hypernnthera decandra AVilld. , Yanoma moringa Lour.
Semence «ïe ben aptère , moringa aptera Gæi'tn. , Decaisne [Ann. SC. nat., 1835, t. IV, p. 203). Cette espèce n’a pas été complètement inconnue à Linné, qui remarque que si les semences venues 4’Asie sont ailées sur les angles, celles d’Afrique sont dépourvues d’ailes,
L’arbre a vécu dans le jardin de Farnèse à Rome, et Aldini en a donné une description et une figure qui se font remarquer par l’avortement ou la caducité des folioles, fait observé également par M. Decaisne sur les échantillons rapportés d’Égypte par Sieber et par M. Bové. Cependant je suis porté à croire qu’il y a deux espèces de ben aptère , la description du fruit donnée par M. Decaisne ne s’accordant pas entièrement avec le fruit qui a été trouvé, à différentes époques, dans les semences du commerce.
D’après RI. Decaisne, le fruit est léguminiforme , terminé par un rostre, obscurément trigone, bosselé, sillonné longitudinalement et à 6 côtes, dont 3 répondent aux placentas et 3 aux sutures; il est uniloculaire , à 3 'ü(dms septifères , les cloisons s’accroissant en forme de séparation transversale blanche et fongueuse.
Les semences sont ovées ou trigones-turbinées, pendantes, marquées d’un bile blanc, subéreux; le testa est sous - crustacé , d'un (jris noirâtre au dehors, revêtu intérieurement d’une membrane blanche et épaisse.
Enfin , la figure donnée par RL Decaisne indique un fruit assez long, trigone, à 3 valves, semblable à celui du moringa pterigosperma, et contenant une série linéaire de 6 à 8 semences.
Or on trouve quelquefois, dans les semences de ben du commerce, un fruit assez différent du précédent, que l’on voit représenté dans Pomet, dans le Mattbiole de G. Bauhin , dans VHistoria plantarum de .J. Bauhin et dans le.s /cônes de Chabræus. Je possède un de ces fruits , et j’en donne ici la figure, faite d’après nature (fig. 353). Ce fruit est long de ü5 millimètres, pointu par l’extrémité supérieure; atténué et se confondant insensiblement avec le pédoncule, par le côté opposé. Il est formé seulement de 2 renflements ovoïdes, dont la coupe horizontale est circulaire et non triangulaire, et il ne renferme que deux semences d’un blanc un peu verdâtre , ovoïdes , triangulaires , avec 3 angles saillants, mais non ailé.s. Ces semences, dont le test est assez dur et cassant, sont exactement les noix de ben blanches du commerce, qui sont les plus estimées, mais qui sont en effet mélangées de noix de ben grises , plus petites et aptères, qui me paraissent être celles décrites par RJ. Decaisne. Le péricarpe est d’un gris rougeâtre à l’extérieur, solide, fibreux, strié, avec quelques nervures longitudinales un peu proéminentes , mais qui
360 DICOTÏLÈOONIÎS CALlCU’LOliliS.
ne répondent pas aux 3 sutures. Celles-ci ne sont marquées sur le fruit que par 3 légers sillons blancs , provenant de l’interruption du derme brunâtre , et indiquant un commencement de déhiscence; cependant je n’oserais dire que le fruit est déhiscent : lorsque j’ai voulu l’ouvrir par l’extrémité supérieure, pour en connaître' les semences, il s’est déchiré irrégulièrement en 7 ou 8 parties, sans suivre les sutures, qui sont restées intactes. Enfin , le péricarpe est mince et entièrement fibreux dans toute la partie renflée , occupée par les graines , et no s’épaissit en une cloison transversale que dans leur intervalle. Celte cloison est percée de 3 trous qui répondent aux 3 trophosperraes pariétaux , correspondant cux-mèmes exactement avec les trois sutures extérieures ; l’un de ces trous est plus ouvert que les deux autres, et permet de voir que la semence contenue dans la loge inférieure est suspendue par un funicule membraneux au trophosperme qui lui répond.
La semence de ben est amère et purgative ; mais on ne l’emploie plus en médecine. Elle fournit, par expression , une huile douce, inodore et difficile à rancir, qui est très propre à se charger, à l’aide de la macération, de l’odeur fugace du jasmin et des fleurs liliacées. Cette huile, au bout de quelque temps , se sépare en deux portions , dont l’une est épaisse et facilement congelable , et dont l’autre reste toujours fluide. C’est de cette dernière huile que les horlogers se servaient pour adoucir le frottement des mouvements de montres, avant qu’on eût trouvé, dans la saponification incomplète de l’huile d’olive , le moyen de se procurer une élaïne beaucoup plus pure , non oxigénable et sans action •sur les métaux , notamment sur le cuivre.
Il y a une autre semence qui est connue sous les noms de henmagnwm et àe. noisette purgative : c’est le imkùnjatrophamultifida L. (Voyez t. II , p. 335. )
Fruits rt’Aracias ou Bablali.s.
Les arbres de la famille des légumineuses qui composent la tribu des mimosées avaient été séparés , par Tournefort, en deux genres, savoir : les mimosa et les acacia; le premier caractérisé par ses gousses articulées, et le second par ses fruits continus. Linné les a tous réunis en un seul genre, sous le nom de mimosa; mais plus tard Willdenow en forma les genres inga , inimosa , schrankia , desmanthus et acacia , auxquels il faut joindre aujourd’hui les prosopis, algarobia, entada, vachelia et plusieurs autres. Parmi tous ces genres, nous nous arrêterons au seul genre acacia , et nous nous bornerons encore à décrire les espèces f[ui nous fournissent la gomme arabique, le cachou et plusieurs fruits astringents usités pour la teinture et le tannage.
Les acacias gummifères, quoique quelque.s uns, originaires de l’Orient, aient été connus des anciens, et que les autres, naturels au Sénégal, aient été décrits par Adanson, il y a plus de soixante-dix ans, sont encore mal définis et plus ou moins confondus par la plupart des botanistes. Ne voulant entrer ici dans aucune discussion à ce sujet, je me bornerai à décrire les espèces d’acacias telles qu’elles me paraissent devoir être établies , en rejetant toutes les synonymies autres que celles que j’indiquerai.
I. Acacia vera Willd. Cette espèce comprend deux variétés qui diffèrent par le nombre de leurs pinnules , mais qui ne sont peut-être que deux âges différents du même végétal.
1'® VARIÉTÉ, A 4-6 FIMNÜLES.
Acacia^ Vesling. in Pr. alp,, cap. 4; Plukenet, Phytogr., t. 2S1, fig. 1 ; lilackw., t. 377.
Mimosa nilotica, Hasselq., Itin., 475;
Gommier rouge ou nebneb d’ Adanson, Supplément à l’Encyclopédie botan., 1. I, p. 80.
Acacia d’Égypte, Lamarck., Suppl., t. I, p. 19.
Acacia vera, Valmontde Bomare, Dict., t. I, p. 81.
Acacia nilotica , Delile. Fl. œgypt., p. 79; Th. Fr. Nees, Plant, med., 1. 332.
Arbrisseau (fig. 35A) de 3 à 6 brune, l’aubier jaunâtre, le bois très dur et d’un rouge brun. Ses feuilles sont deux fois ailées et portent 4 à 6 pinnules (quelquefois davantage ) , dont cbacune est pourvue de 15 à 20 paires de folioles, longues de 4 ou 5 millimètres, obtuses et imparfaitement glabres. Le pétiole commun porte une petite glande concave entre la première paire de pinnules et une autre entre la dernière. 11 est accompagné à la base , au lieu de stipules , de deux épines droites, écartées horizontalement , et dont l’une est d'un tiers plus courte que l’auire. D’ailleurs ces épines ne sont pas d’égale grandeur sur
362 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
toutes les branches; celles (jui poussent au moment où la sève est près de s’arrêter, sont brunes, coniques, longues de 11 à 15 milliraèlres ; les branches, au contraire, qui poussent pendant la force de la sève portent des épines longues de 55 à 65 millimètres sur 2 millimètres de diamètre , et d’un jaune de bois (Adanson).
Les fleurs sont jaunes, disposées en capitules sphériques de 16 millimètres de diamètre, qui naissent au nombre de deux (ou plus) dans l’aisselle des feuilles supérieures. Ces capitules sont portés sur des pédoncules longs de 25 millimètres environ , articulés vers leur milieu , où ils portent une petite gaine couronnée par U denticules. Cliaqué capitule est composé d’une soixantaine de fleurs très rapprochées, séparées les unes des autres par une écaille plus courte que le calice, figurée en palette orbiculaire, velue, et dont la moitié inférieure forme un pédicule très délié. Chaque fleur est hermaphrodite ( Adanson ) , composée d’un calice d’une seule pièce , d’un tiers plus long que large, couvert de poils denses, et partagé par le haut en 5 dents triangulaires égales. La corolle est deux fois plus longue que le calice, tubuleuse, terminée par 5 dents oblongues. Les étamines, au nombre de 70 à 80, sont disposées snr 5 rangs circulaires , et naissent d’un disque qui s’élève du fond du calice en touchant à la corolle; elles sont égales entre elles, deux fois longues comme la corolle , et en F'g- 33S. sortent sous la forme d’un faisceau un
peu divergent. Les anthères sont arrondies , cà deux loges s’ouvrant , du côté interne, par une fissure longitudinale, et surmontées d’un petit appendice blanc, globuleux, denticulé, pédicule. Le pollen est jaune, pulvérulent et d’une grande ténuité.
Du milieu du vide que laisse le disque des étamines, au fond du calice, s’élève l’ovaire , qui est pédiculé , allongé , terminé par un long style filiforme, tronqué horizontalement et creusé d’une petite cavité hérissée de pointes visibles seulement à la loupe. Le fruit ( fig. 355) est un légume aplati , long de 6 à 11 ou l/l centimètres , vert brunâtre , lisse , luisant , composé de 6 à 10 articles discoïdes, si étranglés qu’ils paraissent comme attachés bout à bout , en forme de chapelet , par un collet qui n’a pas souvent
LÊGUMINEUSliS. 363
2 millimètres de largeur. Ces articulations ne .se séparenl pas naturellement , mais elles se rompent très facilement par l’emballage ou le transport , de sorte que le fruit reçu par la voie du commerce est presque toujours brisé et séparé en autant de parties qu’il y a de loges et de semences. Le péricarpe renferme un suc desséché rougeâtre , d’une saveur gommeuse et astringente. Les semences sont elliptiques , aplaties , d’un gris brunâtre, marquées, sur chacune de leurs faces, d’uu sillon qui enferme un grand e.space pareillement elliptique. Elles sont attachées au bord supérieur de la loge par un court funicule; elles portent , en Égypte, le nom de quarat , le même qui est donné dans l’Inde à celles de \' adenanthera pcwoniiia, et probablement pour la même cause. L’arbre est connu sous le nom de sont. La description du fruit a été donnée, presque dans les mêmes termes, par Geoffroi, Adauson, Lamarck et Valmout de Bomare. Ce fruit était connu des anciens, qui l’employaient , au lieu de galle, pour le tannage des peaux, et en retiraient, par le moyen de l’eau, un extrait astringent , très connu sous le nom de suc d'acacia, èlais ce fruit a été complètement oublié pendant très longtemps, et n’a reparu dans le commerce que postérieurem.ent à l’année 1825 , époque à laquelle on reçut de l’Inde, sous le nom de bablah , les gousses de V acacia arabica , pour servir au tannage et à la teinture. Alors on fit venir d’Égypte et du Sénégal, pour remplacer ce bablah , ou pour les employer concurremment avec lui, les gousses de V acacia vera, et on les vendit aussi sous le nom de bablah: elles sont bien moins riches en principe astringent, et .sont peu estimées. On les distingue du bablah de l’Inde par leur surface lisse, leur couleur rougeâtre , et par le grand étranglement de leurs articles , qu est cause qu’ils sont presque tous entièrement séparés et réduits à l’état d’une loge lenticulaire et mono.sperrne.
2“ V.\RIÉTÉ , A PINNL'LES BIJUGUÉES.
Acacia vera, DC. etWilld.
Acacia vera seu spina ægyptiaca , subrotiindis foliis, flore luleo, siiiquà brevi , paucioribus islhmis {dabris et cortice iiigricanlibus donala. Pluk., Almag., p. 3, Phytogr., 1. 123, fig. 1.
Acacia ægyptiaca, Eab. Col. Lync. in Hern., Slex., p. 866, lig.
Acacia ægyptiaca , Dalech., l. I, p. 160, fig. ; Dodon., Pempt., p. 782.
Spina acaciœ , Lobel, Observ., p. 336, fig.
Cette variété est née une première fois, dans le jardin de Padoue, de fruits envoyés de Syrie (Lobel , Advers., p. 409) , et une seconde fois, à Naples, de gousses qui avaient été remises à Fab. Col. Lynceus par l’empereur Ferdinand. Les fruits étaient bien ceux de V acacia vera, et cependant, dans les deuîf cas, la plante a paru avec (leux paifcf; dp
o6ù niœriLÉDUiNiis camciklohes.
pinnules seulement à chaque feuille. Celte circonstance a conduit 'Willclenow et Decaiidolle à regarder ce nombre de piimules comme un caractère essentiel de l’espèce, tandis que, suivant ce que je pense, il était accidentel et dû seulement au jeune âge des deux individus et au peu de développement qu’ils ont dû prendre dans une serre de jardin. C’est dans la description donnée par Adanson de son gommier rouge , et surtout dans celle du fruit, qu’il faut chercher les vrais caractères de cette espèce.
II. Acacia arabica Roxb. {Plants of Coroin., t. II, p. 26, tab. 1Û9).
Acacia arabica AVilld. ; mimosa arabica Lam.
Acacia vera altéra seu spina ma.zcatensis vel arabica, foliis angusti.o ribus, flore albo {vel luteo), siliqua longa, villosa, pluribus isthrnis et cortice candicantibiis donata , Pluk. , Alm. , p. 3. Excluez tous les autres synonymes , et notamment la fig. 1 de la pl. 251 de Plukenet , qui n’est autre que l’acacia de Vesling.
Cette espèce est très répandue dans l’Inde et en Arabie. Elle présente presque tous les caractères Fig. 3o6. de l’acacia vera; cepen¬
dant ses deux épines stipulairessont plus courtes, ses feuilles sont velues , et ses fruits (fig. 356) , qui sont longs de 10 à 20 centimètres et larges de 11 h 15 millimètres, sont tout couverts d’un duvet court et blanchâtre, et sont partagés , dans leur longueur, en 12 ou 15 lobes arrondis, par des étranglements généralement beaucoup moins étroits que dans l’acacia vera (1). Iis sont terminés par une pointe grêle et recourbée de 15 centimètres environ. Dans le
(1) La ligure donnée par Roxburgli, dans les plantes du Coromandel, représente le fruit plus étranglé qu’il ne l’est ordinairement et trop semblable à celui de Vacaoia vera. La figure que je donne ici représente beaucoup mieux le fruit pris dans son ensemble ; seulement elle est un peu plus grande que la généralité des fruits du commerce.
LliGUMINliUSES. 365
ii'uit sec du commerce, qui porte le nom de bablali[\), l’épiderme de la gousse est noir dans les endroits où le duvet blanc a disparu ; l’espace fort mince compris entre l’épicarpe et l’endocarpe est rempli par un suc noir desséché qui lui donne plus de consistance que dans \' acacia vera; la gousse est souvent entr’ouverte par une des sutures , et se sépare facilement en deux valves d’un bout à l’autre, à l’aide d’une lame de couteau. Ces deux valves sont encadrées d’un bout à l’autre par les deux sutures ligneuses et étroites, qui leur donnent, très en petit, une certaine ressemblance avec celles de Ventada gigalobium ; mais elles ne sont pas articulées transversalement. Les semences sont enveloppées d’une pulpe desséchée, réduite à l’état d’une membrane blanchâtre; l’épisperme est dur et corné, d’un gris brunâtre, marqué d’un sillon elliptique comme dans X acacia ver a.
Les gousses de X aca.cia aralnca sont usitées dans l’Inde pour le tannage et la teinture. Depuis 1825 , il en arrive d’assez grandes quantités dans le commerce sous le nom de bablah. Le bois de l’arbre a été décrit précédemment sous le nom de diababul ( p. 326).
ni. Acacia Adansonii, Flor. seneg. , p. 2ù9.
Gommier rouge Gonaké d’Adanson, Suppl, à l’Encycl. bot., 1. 1, p. 83. Arbre du Sénégal, haut de 8 à 10 mètres, dont les jeunes branches sont couvertes d’un duvet très serré; les épines stipulaires sont droites, écartées, pubescentes et blanchâtres. Les feuilles n’ont que k paires de pinnules (Adanson) , composées chacune de 12 à 16 paires de folioles, oblongues-linéaires, très petites, rapprochées. Le pétiole porte 2 glandes, l’une entre la dernière paire de pinnules, et l’autre entre la troisième paire en descendant. Les capitules sortent au nombre de A de l’aisselle de chaque feuille. Les fleurs sont jaunes , odorantes , semblables à celles des acacia vera et arabica, de sorte que , ici encore , c’est le fruit surtout qui distingue l’espèce. Ce fruit , que j’ai fait représenter fig. 357, e.st long de 16 h 19 centimètres, large de 18 à 20 millimètres, couvert de duvet , comme les jeunes branches , souvent un peu recourbé , ni articulé ou étranglé , mais seulement un peu rétréci entre les semences, étayant les bords ondulés. Ce fruit ressemble beaucoup à celui de X acacia arabica ; mais il est généralement plus grand , plus large , profondément ridé au-dessus des semences, qui n’occupent pas toute la largeur de la gousse , de sorte que celle-ci paraît comme un peu ailée tout autour. Enfin , le duvet qui recouvre le fruit est moins dense que dans X arabica , et laisse entrevoir la couleur rougeâtre assez claire du péricarpe. Les semences sont semblables.
IV. Acacia seyal Delile, Flore d'Égypjte, p. 286, fig. 52. Arbre de
(f) Ce
altération de l’indien babul oub ibul fi.
DICOTYLÉDOiNES CAEICiFLORES.
grandeur médiocre, armé d’épines faibles et courtes ù la base des branches, devenant plus fortes et plus longues en montant vers l’extrémité , où elles acquièrent plus de 3 centimètres de longueur. Les feuilles sont rarement solitaires, et le Fiiî- 337. plus souvent géminées ou
ternées dans l’aisselle des épines. Elles sont deux fols ailées, à deux paires de pinnules, quelquefois à une ou à trois paires, portant 8 à 12 paires de petites folioles linéaires, obtuses. Les fleurs sont jaunes , ramassées en capitules sphériques courtement pédonculés, qui sortent sous forme d’ombelle sessile ou de panicule, de l’aisselle des feuilles. Les fruits, bien distincts des précédents, sont jaunâtres, longs de 7 centimètres , falciformes , terminés en pointe , un iieu comprimés et un peu renflés par places, renfermant 8 à lü semences dont l’auréole linéaire forme un fer à cheval ouvert vers le sommet de la graine.
L'acacia seyal se trouve dans le désert, entre le Nil et
la mer Rouge , et au Sénégal. Il fournit une gomme blanche, vermi-
culée , qui fait partie de celle du commerce.
V. Acacia fariiesiana Willd. ; mimosa farnesiana L. ; vachcllia farnesiana "NVight et Aruott ; acacia indica Aldini , Hort. farn. , tab. 2. Blackw. , t. 3A5. Arbre élevé à peine de 5 mètres, qui ne diffère encore presque des précédents que par son fruit (fig. 358), qui est une gousse longue de 5 à 7 centimètres, un peu arquée, cylindrique ou à peine comprimée, avec des renflements nombreux et peu marqués, qui indi¬
quent la place des semences. Sa surface est d’un brun rougeâtre, lisse très probablement lorsqu’elle est récente , mais marquée de stries fines et assez régulières par suite de la dessiccation. Elle porte 2 sutures
presque semblables , formées d’un sillon blanc dû à un commencement
de déhiscence du péricarpe, et de 2 nervures parallèles, un peu proéminentes et de couleur rouge. A l’intérieur, cette gousse présente un mésocarpe très mince rempli par un suc desséché , vitreux et très astringent ; l’endocarpe est blanc , spongieux , très mucilagineux et un peu sucré ; il forme, au moyen de replis intérieurs, des loges obliques dont chacune contient une semence elliptique-arrondie, un peu comprimée, marquée sur chaque face d’une sorte d’auréole ou de ligne elliptique qui se prolonge en pointe et s’ouvre du côté du hile. Quand on brise le fruit transversalement, il arrive souvent que les semences et les loges qui les contiennent paraissent placées sur deux rangs parallèles et former deux séries , et c’est probablement ce caractère qui a porté MM. Wight et Arnolt à former A&Vacacia farnesiana un genre particulier; mais ce caractère différentiel n’est qu’apparent, et il serait véritablement singulier qu’un arbre aussi semblable aux autres acacias à fleurs capilulées en différât par un caractère aussi essentiel. En réalité , de môme que dans toutes les légumineuses , les semences de l’acacia de Farnèse ne forment qu’une seule série suturale , mais dont chaque graine est attachée alternativement de chaque côté de la suture; et comme, dans cette espèce, les semences sont très nombreuses sur une longueur peu considéi-able et très rapprochées , elles sont obligées , pour prendre leur développement , de se diriger alternativement à droite et à gauche de la suture qui les supporte. C’est là ce qui les fait paraître opposées ou en série double ; mais elles sont alternes , placées l’one au-dessus de l’autre et en série simple.
L’acacia de Farnèse est très commun à l’île Maurice , où il porte le nom de cassier ou de cassie. Ses gousses y sont usitées pour le tannage et la teinture en noir. Elles ont été apportées en France vers l’année 1825, en même temps que le bablah de l’Inde , sous les noms de balibabidah et de graine de cassier, ce qui est cause que Yirey les avait attribuées au cassia sophera (Journ. Pharm., t. XI, p. 313). L’acacia de Farnèse est aussi très cultivé en Italie et en Provence , à cause de ses fleurs, qui ont une odeur très agréable et un peu musquée , et qui
Fig. 338.
368 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
sont aujourd’hui usitées dans la parfumerie , sous le nom de fleurs de
cassie.
Vf. Acacia Verek, Flor. Seueg. ; acacia Sénégal Willd. (excluez les figures citées) ; mimosa Sénégal L.; gommier blanc on W?re/: d’Adansou (fig. 359). Arbre peu élevé, couvert de branches tortueuses et de feuilles petites, deux fois ailées, composées de 3 à 5 paires de pinuules à 12 ou 15 paires de folioles glabres, longues de 2 millimètres, étroites, avec une très petite pointe au sommet. A la base de chaque feuille se trouvent 2 ou 3 épines coniques, courtes, crochues, noirâtres et luisantes. Les fleurs sont blanches, polyandres , disposées en épis axillaires , pédonculés, cylindriques, longs de 8 centimètres. Les fruits sont jaunâtres, très aplatis, linéaires, pointus aux deux bouts, longs de 95 millimètres, larges de 18 à 20 , veinés h l’exlérieur et chargés de poils courts peu sensibles. Les semences sont au nombre de 6 environ , très aplaties , orbiculaires ou un peu cordiformes. Cet arbre fournit la plus grande partie de la gomme du Sénégal.
A la suite des fruits d’acacias, utiles pour le tannage et la teinture , je décrirai deux autres fruits importés d’Amérique et qui servent aux mêmes usages.
L Coiisscs de lihidibi OU de dividivi , IMacascol , ouatta-pana.
On donne ces différents noms aux fruits du cœsalpinia coriariayfWïà. , arbre très répandu dans les lieux maritimes de la Colombie , des Antilles et du Mexique. Ses fruits (fig. 360) fortement comprimés , longs de 7 ou 8 centimètres et larges de 1 5 à 20 millimètres , sont reconnais-
LÉGUMIMiUSES. 369
s:il)l(i.s à leur l'oniic rcconrhùe (.‘ii (J ou en S, (jui leur donne une cer- Uiine lossenihlance avec !a racine de bislorle. Ils sont indéhiscents et renrei'inent , sous une enveloppe mince, lisse et d’un rouge-brun , une pu !po desséchée jaunâtre , d’une saveur très astringente et amère. Au centre de cette pulpe se trouve
un endocarpe blanc ligneux, cjui liis. 300.
divise le fruit d’une suture à l’autre et d’un bout à l’autre, sous la forme d’une lame formée de fibres plates , tran.sversales et d’une grande ténacité. Cette lame se dédouble sur sa ligne médiane , de manière à former une série de très petites loges distinctes, contenant chacune une petite .semence allongée dans le sens transversal, un peu aplatie, très unie, lisse et d’un brun clair.
jUiKsirobo ou «isaroviiia. J’ai trouvé daiis le commerce , sous l’un ou l’autre de ces noms, un fruit qui me paraît difficilement ])ouvoir se rapporter aux arbres qui portent ces noms en Amérique , et qui sont :
Vii)ga Martiiœ Spreng. , dit algarovilla ;
Le prosopis horrida Kunlli. , dit algarobo ;
Leprosopis siliqiiasirtmL DC. , dit algarobo de chile.
Le fruit dont il est ici question (fig. 362) est presque droit, long de 25 à 35 millimètres, épais de 10 à 12, arrondi ou terminé on pointe
aux extrémités; il est tantôt presque cylindrique , d’autres fois inégalement renflé, quekiuefois encore plus ou moins comprimé. Il est formé d’un épicarpe très mince et ridé , dont la couleur varie du rouge orangé au jaune orangé et au rouge brun. A l’intérieur se trouve un endocarpe ITT. 1k
370 DICOTYLÉDONES CALICIFLORhs.
membraneux dont les replis forment de 2 à /i loges imparfaites , contetenant chacune une grosse semence lenticulaire , rouge , unie , assez semblable pour la forme et la grosseur h celle des lupins. Entre les deux enveloppes ci-dessus, se trouve un tissu fort remarquable , consistant en fibres ligneuses assez fortes , qui vont , en s’anastomosant, se réunir à l’une et à l’autre suture, de manière à former une tunique générale, à tissu de dentelle , plongée au milieu du suc amer et très astringent , jaune et d’apparence de succin , qui remplit tout l’intervalle compris entre l’épicarpe et l’endocarpe. Ce suc astringent et vitreux est si fragile qu’il se brise souvent et se réduit en poussière, avec l'cpicarpe qui le recouvre; alors la tunique fibreuse dont j’ai parlé subsiste, en formant comme un squelette ligneux que des insectes auraient mis à nu.
On trouve souvent mélangés, avec les fruits que je viens de décrire , des masses formées des mêmes légumes entiers ou brisés, incorporés avec le suc astringent qui en est sorti. Je pense que ce fruit est celui dont Virey a parlé dans le Journal de Pharmacie, t. XII , p. 296, sous le nom A' algarovilla , et sur l’origine duquel il s’est trompé en l’attribuant à \'inga Marthæ.