‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 58 sur 85 · I. CACHOUS BE I.’ARKCA CATECHU · texte numérisé non relu

I. CACHOUS BE I.’ARKCA CATECHU

1. Cachou en houle.s, terne et rougeâtre. Ce CacllOU est eu masses du poids de 90 à 125 grammes, qui ont dû êU’e arrondies d’abord, mais qui ont pris une forme plus ou moins anguleuse et irrégulière pendant leur dessiccation, ou par leur tassement réciproque. Il est d’un brun rougeâtre à l’extérieur et olîre souvent des glumes de riz, reconnaissables à leur épaisseur et à leur face extérieure , marquée d’un réseau à mailles carrées. Ces glumes ont dû servir à empêcher l’adhérence des pains avec le plan qui les supportait pendant leur dessiccation ; mais , eu outre, ce cachou présente souvent à sa surface, et quelquefois à l’in-

LÈGliMliNlîUSES.

térieiir, deux autres enveloppes de graminée. L’une , qui est assez rare, est brunâtre, luisante, et cependant finement rayée longitudinalement. Elle doit appartenir au tégument propre du fruit de Veleusine m'acano,. L’autre , qui est bien jilus abondante , rouge, tiès ])olie et brillante, peut se rapporter à l’enveloppe extérieure du même fruit. A l’intérieur, le cacbou en boules olTrc généralement deux couleurs et deux consistances : près de la surface il est dur, d’uu brun foncé , un peu brillant dans sa cassure ; au centre , il est d’un gris rougeâtre , friable et d’une apparence terreuse ; et comme la séparation des deux couches n’est ni complète ni régulière , il en résulte que la fracture des pains est souvent veinée et marbrée de gris terne et de brun rougeâtre, l.a substance terreuse étant délayée dans l’eau et examinée au microscope, paraît entièrement formée d’aiguilles ou de prismes très aigus , et la partie brune et compacte en offre elle-même une grande quantité. Ce cachou est friable sous la dont, se fond entièrement dans la bouche, et y produit une saveur très astringente et un peu amère, suivie d’un goût sucré fort agréable. La poudre a la couleur de celle du quinquina gris.

Le cachou en boules, traité par l’alcool à 90 degrés, fournit les trois quarts de son poids d’extrait. Le résidu, épuisé d’abord par l’eau froide, |)uis traité par l’eau bouillante , ne cède à cette dernière qu’une minime quantité d’amidon colorable par l’iode.

Le même cachou , traité d’abord par l’eau froide , forme une liqueur trouble comme une décoction de quin([uina. La liqueur fdtrée est peu colorée. Après jilusicurs traitements successifs , les liqueurs évaporées ont fourni 55 parties d’extrait pour 100. Le résidu non dissous, traité par l’alcool, a fourni 33 parties d’un nouvel extrait d’un beau rouge, et 7 parties de résidu paraissant formé principalement de glumes de graminées. La nature de ce résidu explique suffisamment la petite quantité d’amidon trouvée plus haut , et l’on peut dire que le cachou en houles n’en contient pas dans sa propre substance, qui est principalement formée d’acide cachniique cristallisé, et qui est entièrement sosuble dans l’eau et dans l’alcool, employés l’un après l’autre.

Le cachou en boules était bien plus commun autrefois qu’aujourd’hui. L’est, sans aucun doute, la seconde sorte que Lemery dit être plus poreuse , moins pesante et plus pâle que la première. C’est le cachou en boules d’Antoine de Jussieu , et le coiiry de Heyne. C’est lui qui était employé dans les bonnes pharmacies de Paris de 1805 à 1815, et c’est le seul qui fût reçu à cette épotiue pour le service de la pharmacie centrale des hôpitaux civils de Paris. Mais, à partirdcl816,il adisparu peuàpeu, et , depuis longtemps déjà , il est impos.sible de s’en procurer. Quant à l’arbre qui le produit, il me paraît indubitable que la semence dr l'nrcca caiechn est employée à sa fabrication , soit seule , soit avec ad

38ü DlCüll tÆUOiX'KS CALKUtXOKtS.

dition d’écorce d’acacia. Je dois dire cependant que je n’ai jamais trouvé dans ce cachou , comme dans les deux sortes suivantes, de débris de bois d’acacia. Une fois j’y ai trouvé un fragment de myrobalan citrin, fruit astringent qui pourrait très bien servir à la fabrication du cachou; mais comme ce fait ne s’est pas représenté, je suis porté à le croire accidentel. En résumé , je crois que le cachou en boules terne et rougeâtre , ou coury de Heyne , est tiré des semences de l’areca cat.ccliu.

2. Cachou brun noirâtre orbiciilairc cl |»iat, de Ccjlaii. Je ue connais ce cachou que par un fragment qui m’a été envoyé par M. Christison , pi’ofesseur à Edimbourg. Il est connu en Angleterre sotts le nom de cachou de Colombo ou de Ccylan. 11 paraît être en pains ronds et plats de 5 ou 6 centimètres de diamètre , sur 15 à 18 millimètres d’épaisseur. 1,1 est couvert, sur ses deux faces, de glumes de riz, sans mélange de nachani. Il a une cassure nette , brillante et d’un brun noirâtre. Il est translucide dans ses lames minces , et homogène dans sa masse. 11 se broie facilement sous la dent , et offre une bonne saveur de cachou. Délayé dans l’eau et examiné au microscope, il paraît tout formé d’aiguilles agglutinées par une matière gommeuse , dont quelques parties seulement se colorent en bleu par l’iode. Enfin M. Christison en a retiré par l’éther 57 pour 100 d’acide cachutique, ce qui justifie l’épithète âï excellente qualité que lui donne M. Pereira.

3. CachoM brun noirâtre amylacé. Oii trouve dans le Commerce français deux variétés de ce cachou. La première (A) , que j’y ai toujours vue , a été décrite dans ma troisième édition sous le nom de cachou brun noirâtre orbiculaire et plat. Je la désigne aujourd’hui sous le nom de cachou brun et qolat amylacé. 11 est en pains ronds et très plats, de 5 ou 6 centimètres de diamètre et du poids de 30 à 60 grammes. Une des deux faces surtout présente une grande quantité de glumes de riz et de nachani. L’intérieur est brun , compacte, dur et pesant, mais à cassure très inégale et médiocrement brillante. Délayé dans l’eau et vu au microscope, on y découvre encore des aiguilles d’acide cachutique, mais en petit nombre. La presque totalité de la matière est sous forme de masses gélatineuses, dont une grande partie .se colore en bleu foncé par l’iode. Ce cachou donne par l’eau un extrait gélatineux, évidemment amylacé. Épuisé par de l’alcool à 56 degrés centésimaux, il laisse 52 pour 100 d’un résidu , partie blanc, partie rouge, dont la décoction aqueuse filtrée bleuit très fortement par l’iode. On y trouve quelquefois de petits copeaux de bois d’acacia.

B. Cachou brun noirâtre aiuylacé, intermédiaire (1). J’ai VU pour la première fois ce cachou à Paris , vers l’année 1836. Il est de la

(1) Vark caiechu in halls, covered with paddy husks, Pereiua.

même nature que le précédent, et n’en diffère que par sa forme qui le ra))proche un peu du cachou en boules n” 1.

Il est en masses dont le poids varie de 30 à 120 grammes. Quelques unes sont plates; mais la plupart sont épaisses et arrondies , ou plutôt sont un peu cylindriques, les pains offrant souvent une surface supérieure aplatie comme l’inférieure. La face supérieure est généralement propre et privée de balles de riz ou d’autres corps étrangers. Mais la face inférieure en est fortement couverte, et offre souvent, en outre, des éclats de bois d’acacia et des fragments de brique rouge. Ce cachou est du reste dur, compacte , pesant , et présente une cassure presque noire, inégale et peu brillante.

Cent parties de ce cachou , épuisées par l’alcool rectifié, ont produit 50,8 d’extrait sec et 46 de résidu fortement amylacé. Ce résidu a fourni par la calcination 2,9 d’une cendre rougeâtre principalement formée de sulfate de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer. Les sels solubles ont dû se trouver dans l’extrait alcoolique.

Analyse du cachou brun noirâtre amylacé intermédiaire.

Cent grammes de ce cachou pulvérisé ont été traités par de l’éther sulfurique dans un entonnoir à déplacement. La liqueur filtrée et verdâtre n’offre pas de séparation de couches; évaporée , elle a fourni 11,70 d’un produit sec, jaune verdâtre , dur et grenu.

Ce produit , traité par l’eau , augmente de volume en s’hydratant et forme une masse solide. J’ai étendu d’une plus grande quantité d’eau, passé à travers un linge et exprimé (1). La liqueur filtrée précipite le sulfate de fer en vert noirâtre, et la gélatine en blanc jaunâtre caséeux; évaporée, elle a fourni 2,2o d’un extrait sec , rouge , transparent , et d’une forte saveur astringente. La matière blanche exprimée , ayant été traitée par 75 grammes d’eau portée à l’ébullition , s’est dis.^oute incomplètement. La liqueur filtrée , étant renfermée dans une fiole bouchée, a fourni en quelques jours un abondant précipité d’une matière grenue et opaque, que l’on doit considérer comme l’acide cachulique pur, mais hydraté.

La portion de la matière blanche exprimée, qui ne s’était pas dissoute dans l’eau bouillante , est une substance grasse et cireuse , de couleur verte, qui tache le papier comme un corps gras.

Lorsqu’on veut purifier l’acide cachutique en l’altérant le moins possible, il faut prendre une fiole qui contienne environ sept fois autant d’eau que l’on a d’acide. On verse cette eau dans un petit malras avec l’acide , on fait bouillir un instant et l’on filtre au-dessus de la fiole , qui se trouve ainsi parfaitement remplie. On bouche la fiole et on laisse refroidir; après plusieurs jours , on jette le tout sur un linge, on exprime et on fait sécher.

L’acide cachutique se dissout avec une grande facilité dans l’ammoniaque.

(I) Le linge qui a servU l’e,vprcsslon s’esl teint en un beau jaune qui paraît résulter Je la

Le dissoluté , qui est d’abord d’un jaune pur, prend bientôt la couleur d’une forte teinture de safran , c’est-à-dire rouge en masse et jaune sur les bords. A cette époque, elle teint encore en jaune , mais ce jaune passe au nankin rougeâtre par le contact de l’air.

En évaporant le soluté ammoniacal à siccité , le résidu est en partie rouge et en partie noir, non entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool , mais très soluble dans l’ammoniaque. La liqueur est d'un rouge très foncé. Après deux nouvelles solutions et deux évaporations à siccité , la matière est devenue noire en masse, mais toujours rouge orangé dans ses lames minces. Elle est alors complètement insoluble dans l’eau et dans l’alcool , toujours très soluble dans l’ammoniaque.

La potasse caustique en dégage de l’ammoniaque, ce qui montre que cette matière insoluble est composée d’alcali volatil et de l’nn des acides formés par l’oxigénation de l’acide cachutique , peut-être de tous les deux.

Les J 00 grammes de cachou, qui avaient été épuisés par l’éther, ont été traités par l’alcool rectifié. L’épuisement a été difficile ; l’extrait alcoolique sec pesait 31 grammes et donnait avec l’eau un soluté trouble. La liqueur fdtrée forme avec la gélatine un précipité couleur de chair, et avec le sulfate de fer au médium un précipité vert noir. Ce précipité, étendu d’eau distillée, forme une liqueur verte transparente ; étendue d’eau ordinaire , elle prend la couleur bleu-noire du tannate de fer et ne devient pas transparente.

Le cachou épuisé par l’alcool a été traité par l’eau, toujours par déplacement; mais l’écoulement du liquide devenant bientôt impossible , on a étendu de beaucoup d’eau , décanté la liqueur trouble et filtré à travers un papier poreux. Le liquide évaporé a fourni 12,8 d’un extrait sec de nature gommeuse et amylacée.

Le cachou, après avoir été traité deux fois par l’eau froide, a été étendu de 1 kilogramme d’eau et soumis à l'ébullition. La liqueur forme une couenne à sa surface, comme le ferait de l’amidon. Il est impossible de la passer autrement (|u’à travers une toile claire et en l’exprimant; mais alors presque tout passe au travers. La liqueur évaporée a fourni 31,7 grammes d’un produit sec de nature amylacée.

"Voici les résultats de l’analyse :

Acide cachutique I gj^tenus par l’éther . 11,70

Matière grasse )

Extrait alcoolique rouge et astringent . 31

Produit aommeux. par l’eau froide . 12,80

Produit amylacé . 31,70

Perle sur les deux derniers produits principalement .... 12,80

Origine des trois cachous précédents. Il me paraît certain que ces trois cachous répondent également au /rassit de Heyne; mais il faut établir une grande différence , par rapport à la qualité , entre le premier et les deux autres. Le cachou de Colombo est un produit pur et bien préparé, et qui est tiré exclusivement de ïareca catechu, puisque l’acam catechu ne croît pas à Geylau. Mais il est évident que ces deux

arbi'es coiicoureiil à la fabrication du cachou brun noirâtre amylacé ; car, d’une part, la matière gra.sse que l’on y trouve me paraît une preuve de l’emploi de la noix d’arec ; et de l’autre , la présence frequente d’un bois brun et dur indique l’usage de Vacacia catechu. Alors, résumant et comparant tous les documents acquis, voici , suivant ce que je pense , quelle est l’origine du cachou brun noirâtre amylacé.

Ainsi que l’indique Herbert de .lager, dans toutes les provinces occidentales de l’Inde on fabrique une grande quantité de cachou avec la noix d’arec. On en fait probablement plusieurs décoctions, et les liqueurs réunies, étant refroidies et reposées, donnent lieu à un abondant dépôt d’acide cachutique, qui sert à fabriquer le coury ou cachou en houles terne et rouyeâtre ; car il est certain que celui-ci provient des mêmes contrées que le cachou brun amylacé. Mais le dépôt étant séparé, il n’est nullement probable qu’on jette comme inutile la liqueur surnageante. On peut presque affirmer, au contraire, qu’on cherche à l’utiliser; et c’est alors sans doute qu’on y fait bouillir du bois d’acacia et qu’on y ajoute , sur la fin , une matière amylacée , afin de donner à l’extrait une consistance qui le rende moins coulant et plus facile à sécher. Je ferai remarquer que l’analyse des cendres de ces deux sortes de cachou s’accorde bien avec le mode de préparation que je leur attribue. Le coury étant fabriqué avec un dépôt qui ne renferme qu’une petite partie du liquide dans lequel il s’est formé , doit contenir très peu de sels solubles; tandis que le kassu , qui provient de la concentration des liqueurs surnageantes, contient, non seulement les sels solubles du végétal, mais encore ceux de l’eau ; aussi ses cendres contiennentelles beaucoup de chlorure , de sulfate et de carbonate alcalins.

h. Faux cachou orhicuiairc et plat. Voir le Mémoire cité.

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