‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 82 sur 85 · FAMILLE DES CARYOPHYLLÉES DC · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CARYOPHYLLÉES DC

Plantes herbacées à tiges noueuses et articulées , à feuilles simples ,

600 DICOTYI.ÉDONES THALA.V1IFLORES.

opposées ou verticillécs, privées de stipules. Fleurs lcrmiuales ou axillaires; calice a 4 ou 5 sépales distincts ou soudés entre eux ; corolle à 5 pétales onguiculés, manquant rarement. Étamines en nombre égal à celui des pétales, ou double. La corolle et les étamines sont insérées sur un torus plus ou moins élevé qui porte l’ovaire ; ovaire ovoïde ou oblong, présentant de 2 h 5 loges et surmonté d’autant de styles libres, couverts intérieurement de papilles stigmateuses. Ovules nombreux attachés à l’angle interne de chaque loge. Le fruit est une capsule le jtlus souvent uniloculaire ( I ) , à 2-5 valves qui s’ouvrent le plus souvent senlement par le sommet , sous forme de dents; d’autres fois complètement de haut en bas. Les semences sont plus ou moins nombreuses, portées sur un tropliosperme central, tantôt planes et membraneuses, laulôt arrondies ; elles contiennent un embryon périphérique , roulé autour d’un endosperme farineux.

La famille des caryopbyllées peut se diviser en deux tribus dont voici les caractères, les genres et quelques unes des espèces principales.

I. Alsinées. Calice à sépales libres ; pétales courts ou fans onglet.

Céraislc des champs . Cerastnm arvenss.

. f SteUaria meeVa Smith.'

Morgeline ou mouron des oiseaux. | L.

IL SiLÉNÉiis. Calice gamosépale, tubuleux, à 5 dents ; pétales longuement onguiculés.

Lychnide visqueuse Croix de Jérusalem.

Nielle des blés . . .

lichen nostras . . .

Silène visqueux. . .

Cornillet baccifére.

Saponaire oflicinale

— d’Espagne. . . .

— d’Ürient .

OEillet de poëtc . .

— mignardise . . .

— giroflée .

— rouge ou à ratafia

Lychnis viscosa L.

— cliatcedonica L.

— (jithago Lam.

i Silene inflala Smith.

I Cucubalus behen L.

Silene viscosa Pers.

Cucubalus baceiferus L.

Saponaria officinalis L.

Gypsophylla sti'ulhium L.

Dianthus barbatus L.

— plumarivs L.

— caryopliyllus L.

OEillet ronge.

Dianthus caryoph.ijllus L. Les œillets sont carat' térisé.s par un calice tubuleux à 5 dents, entouré à la base de 2 ou de plusieurs bractées

(1) Très rarement une baie.

CAUYOPIiYJLLÉliS.

iii'bi'iquérs. Les 5 pétales sont longncnieiit onguiculés, crénelés ou incisés au sommet ; les étamines sont au nombre de 10 ; l’ovaire est surmonté de 2 styles : la capsule est uniloculaire; les semences sont comprimées, pellées, convexes d’un côté , concaves de l’auirc; l’embryon est à peine courbé. L’œillet rouge {dianthus carijoph.yUus ruber) croît naturellement dans le midi de la France, en Esjiagne et en Italie. Sa racine, qui est ligneuse et fibreuse, produit plusieurs tiges étalées h la base, ensuite redressées, lisses, cylindriques, noueuses d’espace en espace, rameuses à leur partie suitéricure , hautes de ZrO à 65 centimètres, d’un vert glauque ainsi que les feuilles et les calices. Les feuilles nai.ssent à chaque nœud de la tige, opposées, sessilcs, linéaires, lancéolées, canaliciilées, très aiguës au sommet. Les fleurs sont pcdonculées, solitaires à l’extrémité de chaque rameau, entourées à la base du calice par des écailles ovales et très courtes; elles ont une odeur très suave, analogue à celle du girofle, une couleur pourpre foncée , dans la plante sauvage ou non altérée par la culture ; mais elles sont doublées , nuancées et panachées d’une infinité de manières, dans les variétés produites dans les jardins. Pour l’usage des pharmaciens et des liquoristes on cueille les œillets rouges lorsqu’ils viennent de s’épanouir, et l’on en prend uniquement les pétales, dont on a soin encore d’enlever l’onglet. Alors on les fait sécher rapidement dans une étuve, ou bien on les emploie récents à la confection du sirop d’œillet, lequel forme un médicament cordial fort agréable.

Saponaire oOlcinalc ( fig. 404}.

Sa.pdnaria officinalis

L. Cette plante a la tige noueuse et les feuilles opposées et entières des caryopbyllées, et ne diffère guère des œillets que ])ar l’absence des bractées à la base du calice. Ellecroîten France, près des baies et des ruisseaux, et se cultive aussi dans les jardins.

Ses tiges sont droites , hautes de 50 à 65 centimètres , garnies de feuilles ovales-lancéolées

602 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

presque sessiles, glabres comme toute la plante, d’un vert un peu jaunâtre, marquées de trois nervures longitudinales. Scs fleurs, qui paraissent en juillet et août, sont disposées en faisceaux corymbiformcs, h la partie supérieure de la lige ; elles sont d’un rose très pâle et d’une odeur douce et agréable. Les feuilles de saponaire ont une saveur un peu amère et salée. Elles communiquent à l’eau la propriété de mousser comme l’eau de savon , et celle de nettoyer les étoffes , ce qui a valu à la plante son nom officinal et celui plus vulgaire de saronnière ; mais les racines sont préférables iiour cet usage. Elles sont longues, menues, noueuses comme la lige, d’un gris brunâtre au deliors , jaunâtres eu dedans. Dans la racine sèche l’épiderme est ridé longitudinalement ; l’écorce est mince, grise, presque transparente, en partie isolée du bois; elle a une saveur mucilagineuse d’abord et nauséeuse, qui finit par devenir très âcre à la gorge. Le bois est d’un jaune serin , poreux , spongieux sous la dent , d’une saveur douceâtre. Toutes les parties de la plante sont employées en médecine , comme fondantes et dépuratives.

On trouve mentionnée , dans le Traité de chimie de M. Berzelius , une analyse de la racine de saponaire , faite par Bucholz, de laquelle il résulte que cette racine ne contient pas d’amidon et qu’elle est formée, sur 100 parties, de :

Résine brune et molle . 0,25

Matière mousseuse , soluble dans l’eau et dans

l’alcool (saponine impure) . 34,00

Gomme soluble dans l’eau . 33,00

Fibre ligneuse . 22,25’

Apothème d’extrait . 0,25

Eau . 13,00

Racine de Saponaire d’Orient.

Cette racine se trouve dans le commerce en morceaux longs de 12 à 50 centimètres, et épais de 25 à 60 millimètres ; elle est cylindrique , assez droite , et couverte d’un épiderme jaunâtre , interrompu par quelques lignes transversales blanclies. La partie cojlicale qui se trouve sous l’cpiderrae est blanche, d’une saveur fade et uuicilagineuse, qui devient ensuite âcre et persistante. La partie centrale est jaunâtre , dure , compacte, d’une structure rayonnée. La poudre de la racine est blanche; elle fait éternuer, même à distance; la teinture

POLYGALÉES. 603

d’iode ne la colore pas (la racine de saponaire officinale se comporte de même); elle devient gluante par la macération dans l’eau, et le liquide fdlré , qui est presque incolore, mousse très fortement par l’agitation.

La racine qui nous occupe paraît être le struthion de Dioscoride , qui, déjà de son temps, était employé au dégraissage des laines. Cet usage, qui s’est perpétué dans l'Orient et dans quelques parties de l’Europe, paraissait cependant ignoré, lorsque, il y a une trentaine d’années, on commença à nous rapporter cette substance , d’abord pulvérisée, puis entière. Elle fut prise d’abord pour la racine du bnjvnia ahyssinica Lamk. ; mais M. Théodore Martius a rencontré plus juste en l’attribuant à une gypsophylle , genre de plantes très rapprochées des saponaires , soit le fjijp&ophylla stnithium L. , connu sous le nom de saponaire d' Espagne, soit quelque autre espèce orientale [G. panicu/ata, altissima, etc.'. Depuis un savant a prétendu, contre toute espèce de raison, que la saponaire d’Orient était produite par le leontiee leontopetalmn L. , de la famille des berbéridées. Or la racine de cette plante est figurée et décrite partout comme un tubercule noirâtre, en forme de pain orbiculaire aplati , semblable h celui du cyclamen europœum , mais plus volumineux. Quel rapport le savant en question pouvaitil trouver entre un semblable tubercule cl la racine blanchâtre, pivotante, longue de plus de 60 centimètres, qui forme la saponaire d’Orient?

M. Bussy a retiré de la saponaire d’Orient, par le moyen de l’alcool, une substance blanche, |)ulvérulente , douée d’une saveur âcre, très soluble dans l’oau , à laquelle elle communique, même en dissolution très étendue, la propriété de inou.sser fortement par l’agitation. Cette substance, à laquelle la saponaire d’Orient doit évidemment ses propriétés , a reçu le nom de saponine. Elle est neutre, non volatile, et formée seulement de carbone , d’hydrogène et d’oxygène. ( Voy. , pour plus de détails, le Journal de pharmacie, t. XIX, p. 1.)

FAMILLE DE, S POLYGALÉES.

Petit groupe très naturel, mais d’affinités douteuses; compris d’abord datisles pédiculaires de Jussieu, puis comparé aux papillonacées dont il dilfère beaucoup , il présente plus de rapports avec les droséracées, les violariées et les fumariacées.

Herbes ou arbrisseaux à feuilles éparses, simples, entières, sans sii- })nlcs. Fleurs complètes irrégulières ; calice ordinairement h 5 sépales, dont 3 extérieurs petits et égaux, et 2 intérieurs latéraux, beaucoup plus

60'l ÜICOTYLIÎÜONES THALAMIFLOHES.

grands cl pnlaloïdes , niais pcrsistanls. La corolle csi îi 3 on 5 pclalcs insérés sur le récepiacle, allernes avec les folioles du calice, soudés par la base avec le lube des étamines; 2 pétales postérieurs sont rapprochés cl répondent à l'étendard despapillonacécs; le pétale opposé ou l’antéricur (carène) est plus grand, concave, unilobé et pourvu d’appendices au sommet, ou trilobé et nu; il renferme les organes sexuels. Les doux pétales latéraux sont très petits, squnmiformes ou tout à fait nuis (genre pülygala). Les étamines sont au nombre de 8, divisées en deux groupes égaux, et portées sur un tube fendu , formé par la soudure des filets. Chaque partie du tube porte donc U anthères, lesquelles sont droites , uniloculaires et s’ouvrent par un pore terminal ou par une petite fente courte. L’ovaire est libre, comprimé, biloculairc ; le style est terminal, simple, courbé, terminé par un stigmate creux, irrégulier. Le fruit est une capsule comiirimée, biloculairc, s’ouvrant par la marge des loges (souvent uniloculaire par avorteiiicnl), contciiaiit dans chaque loge une semence pendante, souvent accompagnée d’une sorte d’arille ou do caroncule; endnspenno charnu, peu développé ou nul. Embryon homotrope, droit, axile, de la longueur de reiidospcrme.

Le genre polygala , qui est le plus nombreux et le plus important de cette petite famille, renferme des espèces très nombreuses répandues par toute la terre , et principalement dans les contrées tempérées de l’hémisphère boréal. Ce sont des plantes à suc laiteux , très actives, abandonnées aujourd’hui comme la plupart des médicaments ; mais que leur action émélo-cathartique , diurétique, sudorique et fortement stimulante, devrait pouvoir rendre utiles dans plusieurs maladies graves dont on sait fort bien suivre et constater les progrès sans tenter souvent beaucoup d’efforts pour les arrêter.

Polygala de Virginie t lij;. .«jS)

Polygala senega L. Cette plante croît dans l’Amérique septentrionale. Sa racine est vivace, formée de grosses fibres tortueuses; elle produit plu.sieurs tiges un peu couchées à la base, puis dressées, hautes de 30 à éO ceiilimèlrcs, pubescentes, garnies de feuilles alternes , lancéolées, sessiles , glabres. Les [leurs sont blaiichiitrcs , tachetées d’un peu de rouge, disposées en grappes lâches à l’extrémité des rameaux ; leur pétale inférieur (carène) n’est pas frangé.

La racine de polygala de Virginie , telle que le commerce nous la présente, varie depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du petit doigt. Elle est toute contournée , remplie d’éminences calleuses , et terminée supérieurenieiit par une tubérosité difforme. On y remarque

POLYGALÉLS, 605

une côlc saillante qui , suivant toutes les sinuosités de la racine , va du soinniet à l’extrémité. L’écorce en est grise, épaisse, comme rési¬

neuse ; le mcdituUium ligneux est blanc. La saveur de la racine , d’abord fade et mucilagineuse , devient âcre , piquante , excite la toux et la salivation ; son odeur est nauséeuse , sa poussière très irritante.

La racine de polygala , récente , est employée en Amérique contre la morsure des serpents venimeux ; telle que nous l’avons , c’est encore un médicament très actif, qui a été reconnu utile contre l’hydrothorax , le catarrhe ifulmonaire , le croup , l’ophthalmie purulente, le rliumatisme aigu , etc. On peut l’administrer en poudre à la dose de quelques décigrammes à 1 gramme, ou en décoction aqueuse , à celle de A à 8 grammes. Il e.st émétique et purgatif à la dose de 8 à 16 grammes.

D’après une analyse de Gchlen , faite la racine de yolygala senega contient .

Fig. 40.5.

en 1804 et rapportée par Berzelius , , sur 100 parties :

Résine molle . . . . 7,50

Principe acre nommé sénégine . C,1o

Matière extractive douceâtre et âcre . 26,83

Gomme mélée d’un peu d’albumine ............. 9,30

Matière ligneuse . 46

Perte . . . 4

Pour procéder â cette analyse, on épuise la racine pulvérisée par de l’alcool rectifié et l’on distille l’alcool jusqu’à siccité. On traite le résidu pulvérisé par l’élhcr, jusqu’à ce que celui-ci ne dissolve plus rien. L’éther dissout la résine molle, qui est d’un rouge brun , onctueuse, très fusible, odorante, amère , de nature complexe et contenant un acide qui rougit le tournesol. La partie de l’extrait alcoolique non dissoute par l’éther est traitée par l’eau froide, qui dissout la matière extractive douceâtre et un peu âcre. Le nouveau résidu est la sénégine que Gehlcn aurait dû purifier par une nouvelle solution alcoolique, et alors on ne peut guère douter qu’il no l’eût obtenue tout à fait semblable à l’acide polygaligue de M. Quevenne {Jotirn. pharm..

606 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

t. XXII , p. 460) , que l’on doit considérer comme le principe âcre du polygala amené à l’état de pureté. Cet acide polygalique est blanc , pulvérulent, inodore, d’abord peu sapidc , mais devenant bientôt d’une âcreté slrangulante. Sa poudre irrite fortement le ncv. et la gorge et excite réternument. 11 est peu soluble dans l’eau froide , mais facilement soluble dans l’eau tiède , soluble dans l’alcool , plus à chaud qu’,à froid , et s’en précipite en partie par le refroidissement. Il est complètement insoluble dans l’éther et dans les huiles fixes et volatiles. Sa dissolution aqueuse mousse fortement par l’agitation, et il est évident que ce corps est de même nature que la salseparine et la saponine ; mais il est acide, puisqu’il rougit le tournesol et neutralise les bases salifiables.

Polygala vulgaire.

Polygala viilgaris L. Cette plante est commune en France, dans les lieux herbeux, montagneux, non cultivé.s. Ses liges sontgrèles, simples, étalées à leur base, un peu redressées à leur partie stipéri'etire, longues de 16 à 27 centimètres, garnies de feuilles lancéolées-linéaires. Ses lleurs sont petites, ordinairement bleues, quelquefois rougeâtres ou blanches, disposées en une grappe serrée dans la moitié supéi ioure des tiges. A la première vue, la plante ressemble à une véronique. Le commerce nous offre sa racine et sa lige non séparées et séchées, La lige est menue, cylindrique et d’une couleur verte ; la racine est longue de 25 h 30 millimètres, de 2 à 3 millimètres de diamètre, figurée comme le polygala de Yirginie, mais moins contournée, plus unie, cl n’offrant pas la côte saillante qui distingue l’autre cs|)èce : sa couleur est jtlus foncée à l’extérieur, et son intérieur, presque entièrement ligneux, a une saveur très faiblement aromatique, puis un peu .âcre, sans amertume bien sensible ; elle a une odeur faible non désagréable. Cette racine est très peu usitée.

Raciuc de polygala amer, jjolygalci amava L. Cette espèce ne diffère guère de la précédente que parce qu’elle est plus petite dans toutes scs parties et que ses feuilles radicales sont obovées et plus grandes que celles de la tige. Elle s’en distingue aussi par sa saveur amère très marquée : on lui attribue également plus de propriétés médicales, mais if est rare de trouver le polygala amer dans le commerce, et ce qu’on donne sous ce nom n’est ordinairement que du polygala vulgaire.

Racine de Ralanhia.

Krameria triandra R. P. (fig. 406). Les krameria sont mis à la suite des polygalées dont ils ne peuvent être séparés; mais ils en diffèrent assez cependant pour qu’on doive au moins en former une tribu distincte. Ces plantes ont un calice à 4 divisions, rarement à 5, soyeuses

POLYGALÉES. 607

en dessus , colorées en dedans; les pétales sont au nombre de 5, dont 2 postérieurs orbiculaircs, sessiles, un peu épais, et 3 antérieurs, séparés des premiers, allongés, soudés par leurs onglets. Les étamines sont au nombre de 3 ou Li, sous-monadelphes à la base, à anthères terminales, Fig. 406.

biloculaires, s’ouvrant par un double pore. Le fruit est globuleux , indéhiscent, couvert de poils terminés en aiguillon; il ne présente ;i l’intérieur qu’une loge et une semence inverse , à test membraneux et à ombilic nu. L’embryon est dépourvu d’endosperine , et formé de 2 cotylédons bî-auriculés à la base, embrassant une radicule supère. L’espèce qui nous fournit la racine de ratanbia croît au Pérou. Ses fleurs .sont pourvues de U sépales d’un rouge foncé à l’intérieur, et n’ont que 3 étamines.

I.a racine de ratanbia est ligneuse, et divisée en plusieurs i-adicules cylindi'iques , longues, ayant depuis la grosseur d’une plume jusqu’à celle du pouce; elle est composée d’une écorce rouge-brune, un peu fibreuse, ayant une saveur très astringente, non amère, et d’un cœur entièrement ligneux, très dur, d’un rouge pâle et jaunâtre. Comme ce cœur a moins de saveur et de propriétés médicales que l’écorce, il convient de choisir les racines les plus petites, ou au moins les moyennes, parce qu’elles contiennent proportionnellement plus de cette écorce que les grandes.

U’après l’analyse de M. Vogcl, la racine de ratanbia contient un principe ronge, résiiuiïde, astringent, de la gomme et de l’amidon; plus, quel- (jues sels de chaux, de la magnésie et delà silice, qui résultent de son incinération. Le commerce nous fournit quelquefois l’extrait de ratanbia tout préparé. Il est sec, cassant, à cassure vitreuse, presque noire, d’une saveur très astringente, donnant une poudre d’une couleur de sang. Ces propriétés le rap|)rochent beaucoup du kino, dont il est assez difficile de le distinguer, même à l’aide des réactifs chimiques (t’oy. page Zi07).

Le ratanbia et son extrait sont employés comme astringents et toniques , dans les hémorrhagies, les écoulements vénériens, etc.

mCOÏYl.ÉDOMES THALAMIFLüBliS.

JFAMILLE Dns VIOLAIÎIÉES.

Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes (ti'ès rarement opposées) et stipulées. Fleurs axillaires, pédonculées, irrégulières ou régulières; calice à 5 sépales libres ou légèrement souciés ; corolle à 5 pétales irréguliers ou réguliers, dont le pétale inférieur se prolonge à sa base, dans le premier cas, en un éperon plus ou moins allongé. Les étamines, au nombre de 5, sont presque scssiles, à anthères biloculaires contiguës latéralement; les 2 étamines correspondantes au pétale inférieur sont souvent pourvues d’un appendice lamelliforme recourbé, qui s’enfonce dans l’éperon. L’ovaire est globuleux, uniloculaire, contenant un grand nombre d’ovules attachés à 3 trophosperme ; pariétaux. Le style est simple, coudé à sa base, renflé à sa partie supérieure qui se termine ■par un stigmate couvert de g’andes et percé latéralement. Le fruit est une capsule uniloculaire , s’ouvrant en 3 valves portant chacune Un trophosperme chargé de graines, pourvues à la base d’une petite caroncule charnue. L’embryon est droit, placé dans l’axe d’un endosperme charnu.

Les violariécs liassent pour être plus ou moins vomitives. Celte propriété est surtout manifeste dans les racines de plusieurs violettes d’AmériciuCj dont on a formé le genre ionidium, et qui sont usitées comme succédanées de ripécacuanha. Les ayant mentionnées à la suite de cette dernière racine, pages 87 à 89 de ce volume, je crois inutile d’y revenir. Parmi les espèces d’Europe, il n’y en a guère que deux qui soient usitées en médecine.

violette odorante (iig. M7).

munie de fibres menues. Elle

Viola odorata L. Car. gén. : Calice à 5 divisions pi-esque égales , prolongées au-dessous du point d’insertion, dressées après l’anthèse ; 5 pétales inégaux , dont le plus inférieur est prolongé à la base en un éperon creux ; 5 étamines à anthères rapprochées , surmontées d’un appendice membraneux , les deux antérieures étant pourvues d’un appendice dorsal qui s’enfonce dans l’éperon.

La violette odorante croît dans les bois et SC cultive dans les jardins. Sa racine est cylindrique , horizontale , donne naissance à des jets traçants,

VIOLARIÉliS. 609

semblables à de petites tiges couchées, garnies à leur extrémité supérieure de plusieurs feuilles pétiolécs, cordiformes , glabres , crénelées sur le bord , plutôt obtuses qu’aiguës. Les fleurs naissent immédiatement des rejets, portées sur des pédoncules aussi longs que les feuilles; les divisions du calice sont ovées-obtuses ; l’éperon est très obtus; le stigmate est crochu et nu ; la capsule est renflée et velue ; les semences sont lurbinées et blancbfitres ; les pétales sont d’un bleu pourpre , sauf l’onglet, qui est d’un blanc verdâtre. Une variété a les fleurs blanches.

Les fleurs de violettes parai.ssent au mois de mars et durent peu. 11 faut les récolter dans les premiers moments de leur épanouissement, parce qu’elles sont alors d’une plus belle couleur bleue, et que plus tard elles deviennent pourpres. Elles sont douées d’une odeur très douce et très agréable; elles se doublent par la culture.

On a cru pendant longtemps , sur l’autorité de Leniery et de Baumé , que les violettes simples étaient préfér.ibles aux doubles , pour la couleur et l’odeur; mais en 1840, M. Mouchon ayant annoncé que les pharmaciens de Lyon SC servaient exclusivement de violettes doubles, dont ils avaient reconnu la supériorité , j’ai pris des renseignements sur les violettes que l’on peut se procurer à Paris, cl j’ai appris qu’on en trouve de quatre sortes :

1“ Une variété de viola odorala , nommée violelle des (inatrc saisons, parce qu’elle fleurit plusieurs fois dans l’année; on la cultive sous châssis , pendant l’hiver ; les fleurs paraissent à la fin de février, et sont les premières que l’on vende dans la ville , sous forme de petits bouquets.

2'’ La seconde variété est la vlolcHc simple ciillivée (o)o/a odorala ) , qui donne vers le milieu de mars et vient principalement de Montreuil. Elle est bien odorante et d’une belle couleur bleue.

3" A la lin de mars, arrive la violi'tle des bois que l’on attribue au viola canina L. (1), apportée par les gens de la campagne. Les pétales sont inodores et d’un pourpre un peu pâle et rougeâtre. Ces pétales se vendent à Paris moitié du prix des fleurs précédentes, ce qui engage beaucoup de personnes à les employer.

4" Enfin , dans le courant d’avril , paraissent les violettes cultivées doubles (variété du viola odorala) , fournies par les jardiniers de Paris et des environs. Elles sont d’une belle couleur bleue , très odorantes , et l’essai que j’en ai fait m’a prouvé qu’elles sont préférables à la violette cultivée simple ; la plus inférieure est la violette des bois. (Voj'. le Journal de chimie médicale de 1842, p. 404.)

Quelques personnes recommandent , pour faire sécher la fleur de violette, de l'arroser préalablement d’eau chaude , afin d’enlever une matière mucilagincuse qui fermente pendant ou après la dessiccation, et détruit très promptement la couleur; mais celte méthode est défectueuse, car les pétales,

610 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

mouillés et collés les uns contre les autres , sèchent moins promptement et s’altèrent davantage que lorsqu’on ne leur a fait subir aucune préparation. On obtient de la fleur de violette fort belle en étendant simplement les pétales en couches ^minces dans une étuve , et en la renfermant , lorsqu’elle est bien sèche , dans des bocaiix de petite dimension et hermétiquement fermés. ( Pharmacopée raisonnée , p. 746.)

Les pharmaciens jaloux de donner véritablement de la fleur de violette sèche à ceux qui le désirent doivent la faire sécher eux-mêmes ; car tout ce qu’on trouve dans le eommerce comme fleur de violette n’est que de la fleur de pensée tricolore {viola tricolor L.) récoltée dans le Midi, et séchée avec son calice.

La racine de violettes a quelquefois été employée comme émétique ou purgative. Elle est de la grosseur d’une plume , tortueuse, irrégulière, munie d’un grand nombre de radicules chevelues ; formée d’une écorce fongueuse facilement détruite parles insectes, et d’un médilullium dur et ligneux : elle est d’un Jaune blanchâtre , d’une odeur faible , indéterminée, et d’une saveur peu sensible. Les semences de violette ont aussi quelquefois été prescrites comme purgatives , et font partie de l’électuaire de rhubarbe composé , dit catholicum double; elles ont à peu près le volume et l’apparence du millet, mais elles sont huileuses à l’intérieur. M. Boullay a retiré des différentes parties de la violette (racines, feuilles, fleurs et semences) un principe alcalin, amer, âcre , vireux et même vénéneux , auquel il a donné le nom de violme. {Journ. de pharm., t. X , p. 23. )

Violette tricolore , ou Pensée.

Herbe de la Trinité , viola Iricolor L. Car. spéc. ; Stigmate urcéolé, couvert de poils fascicules, à ouverture grande et munie d’un labelle ; style atténué du sommet à la base; capsule obscurément hexagone ; 3 pétales inférieurs à onglet barbu ; éperon court et obtus ; semences oblongues-ovales. Racine sous-fusiforme. Tige triangulaire diffuse. Feuilles oblongues incisées ; stipules piunatifides.

La pensée vient naturellement dans les champs de l’Europe, de la Sibérie et de l’Amérique septentrionale. Elle présente de très grandes variations dans la forme de ses feuilles, dans la couleur et la grandeur de ses fleurs, suivant les lieux où elle croît, et ses variétés cultivées ont encore été modifiées presque à l^nfini. Les deux variétés principales, pour nous , sont celles qui portent en France les noms de pensée sauvage et de pensée cultivée. La première, dite viola tricolor ar~ vernis, croît dans les champs, les terres cultivées et les jardins. Sa tige est rameuse, redressée, glabre, haute de 16 à 22 centimètres. Ses fleurs sont axillaires et portées sur des pédoncules plus longs que les feuilles; les pétales sont à peine plus longs que le calice, d’un blanc jaunâtre mélangé de violet pâle; la capsule est globuleuse, glabre, s’ouvrant en 3 valves et remplie d’un grand nombre de petites semences blanches.

CISTINÉES. 611

Toute la plante a une saveur mucilagineuse non désagréable, et est employée comme dépiirative.

La pensée cultivée (üm/a tricolor hortensis] diffère de la précédente par l’ampleur et la beauté de ses pétales, dont les deux supérieurs sont d’un violet foncé et velouté, et les trois autres d’un jaune vif, taché de violet h l’extrémité, et de lignes rougeâtres à la base; la culture les a d’ailleurs parés des dessins les plus riches et les plus variés. Il y a une variété de pensée dont les pétales sont entièrement teints d’un violet pourpre foncé, et servent à faire un sirop d’une couleur magnifique, mais inodore. La pensée tricolore croît aussi naturellement dans les Alpes et les Cévennes : on la récolte pour le commerce de l’herboristerie, où elle remplace la fleur de violette; elle conserve mieux sa couleur que celle-ci, quoiqu’elle la perde également lorsqu’elle reste exposée à la lumière du soleil ou à l’humidité.

FAMILLE DES CISTINÉES.

Les cistes et leshéliantlièmes, qui composent principalement la famille des cistinées, sont des herbes ou des arbrisseaux, à feuilles opposées entières , accompagnées ou dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont généralement terminales , grandes, élégantes, pourvues d’un calice à 5 sépales persistants, dont deux extérieurs plus petits. La corolle esta 5 pétales réguliers, hypogynes, sessiles, étalés en rose , contournés en sens opposé des sépales du calice, et très caducs. Les étamines sont nombreuses, libres, à anthères biloculaires; l’ovaire est à 5 ou 10 loges dans les cistes, à une seule loge dans les hélianthèmes, surmonté d’un style et d’un stigmate. Le fruit est une capsule à 5 ou 10 loges dans les cistes, à 5 ou 10 valves septifèros; ou bien uniloculaire, à 3 valves et à 3 trophospermes pariétaux dans les hélianthèmes. Les semences sont nombreuses, petites, pourvues d’un embryon plus ou moins recourbé ou roulé en spirale, dans un endosperme farineux.

Les cistes et les hélianthèmes habitent pour la plupart le bassin de la Méditerranée. Je ne citerai que deux espèces du premier genre à cause du produit résineux qu’elles fournissent au commerce, où ce produit est connu sous le nom de ladanmn.

Ladanum de Crète.

Cette substance exsude spontanément, sous la forme de gouttes, des feuilles et des rameaux d’un arbrisseau de l’île de Candie, nommé cistuscreticus. Autrefois on récoltait le ladanum en peignant la barbe des chèvres qui broutent les feuilles du ciste ; mais aujourd’hui on l’obtient

612 DICOTYI.ÈDONES THAI.AMII'LORES.

en promenaïUsur les arbrisseaux des lanières de cuir altacliées ensemble Cl disposées connue les dents d’un peigne. On racle ensuite ces lanières avec un couteau, et l’on renferme la résine dans des vessies, où elle acquiert plus de consistance.

Le ladanum ainsi obtenu est rare dans le commerce. J’en ai cependant vu une masse de 12 à 13 kilogrammes renfermée dans une vessie. 11 était noir, solide, mais tenace et peu sec. Sa cassure était grisâtre, noircissant promptement à l’air ; il se ramollissait avec la plus grande facilité sous les doigts, et y adhérait comme de la poix. Il développait alors une odeur toute particulière, très forte et balsamique. Un morceau de ce ladanum conservé dans mon droguier a perdu beaucoup de son poids, en raison surtout de l’eau qu’il contenait, .âlaintenant il est très sec, poreux, assez léger, d’une cassure grisfitre permanente. Il se ramollit moins facilement dans les doigts, et y adhère un peu moins. Son odeur est toujours forte, et présente une analogie assez grande avec celle de l’ambre gris. Il se fond très facilement et entièrement par l’action de la chaleur.

liadanuin d’Espagne. J’ai reçu, SOUS cc noiti, uil ladaiium massif, noir, coulant et s’arrondissant un peu comme de la poix noire, dont il n’ülTre pas cependant la cassure nette et vitreuse. Il ressemble plutôt au storax noir, dont il se distingue par son odeur .semblable à celle du ladanura de Crète. On dit que ce ladanum est obtenu en Espagne, en faisant bouillir dans l’eau les sommités du cistus ladaniferus L.

Le ladanum ordinaire du commerce est bien différent de ceux que je viens de décrire. Il est tout h fait sec, dur et formé en rouleaux que l’on a tournés en spirales, ce qui lui a fait donner le nom de ladanum in toi'tis. Un reste, il est impossible de lui assigner des propriétés, parce Ique chaque fabricant a sa recette. J’en ai vu deux sortes venant de Holande : l’une est encore un peu résineuse, mais ne contient pas un atome de ladanum, et n’est qu’un mélange de résine ordinaire et de cendres ou de sable; l’autre, dans laquelle l’odeur indique une petite quantité de ladanum, est tellement chargée de terre, qu’elle se réduit en poudre sous les doigts, fume à peine sur les charbons, et qu’on ne conçoit même pas comment on a pu la malaxer à l’aide de la chaleur ; il faut avoir une conscience bien cuirassée pour donner à de pareilles préparations le nom do ladanwn.

Pelletier a publié uneanalyse de ladanum, que voici [BidL de pharm. , t. IV, p, 503) :

CISTJKÊKS.

Résine . - . 20

Gomme contenant un peu de malate de cliaux. . . 3,60

Acide malique. . . ' . 60

Cire . 1,90

Sable feiTugineux . 72

Huile volatile et perte . 1,90

Il est évident qu’il a opéré sur un ladanum très impur. J’ai traite 100 giains de celui que j’ai décrit d’abord, par l’alcool à AO degrés, bouillant. Le liquide filtré s’est presque pris en masse par le refroidissement. Étendu d’alcool et filtré de nouveau, il m’est resté 7 grains de cire sur le filtre. La dissolution alcoolique a laissé, par son évaporation, S6 grains d’une résine rouge, transparente, molle, très odorante, donnant de riuiile volatile par sa distillation avec l’eau. La portion de ladanum insQluble dans l’alcool n’a cédé à l’eau qu’un grain d’une substance dont le soluté ne rougissait pas le tournesol, ne précipitait pas par l’alcool, se troublait h |)eine par l’oxalate d’ammoniaque, et ne précipitait le sous-acétate de plomb qu’au bout d’un certain temps. Ces divers résultats n'indiquent que peu ou pas de gomme, d’acide malique et de malate de chaux.

Le résidu insoluble dans l’eau n’était composé, à ce qu’il m’a semblé, que de terre et de poils. 11 pesait 6 grains. Cet es.sai d’analyse donne, pour la composition du ladanum :

Résine et huile volatile . 86

Cire . 7

Extrait aqueux . 1

Matière terreuse et poils . 6

La présence de la cire dans le ladanum est sans doute une suite de la manière dont il est récolté. Beaucoup de végétaux, indépendainuient des sucs propres contenus àrintérienr, et qui souvent, en raison de leur surabondance, transsudent au dehors, présentent à leur, surface un grand nombre d’utric'ules remplies de cire. Le ciste de Crète est probablement dans ce cas; alors les lanières de cuir que l’on promène sur ses rameaux et sur ses feuilles doivent déchirer ces utricules, dont le suc se mêle à celui fourni par les vaisseaux résineux.

Le ladanum n’est plus usité en médecine, quoiqu’il paraisse doué de propriétés assez actives. Pourquoi faut-il aussi qu’on l’ait presque toujours falsifié?

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

FAMILLE DES BIXACÉES.

Cette petite famille, réunie aujourd’hui aux flacourtiacées de Richard, forme un petit groupe de végétaux à placentation pariétale, qui a été séparé , pour ce caractère , des tiliacées auxquelles il avait été joint d’abord, afin de le rapprocher des autres familles de dicotylédones polypétaleshypogynes à placentation pariétale, telles que les tamariscinées, les droséracées, les violariées, les cisfhiées, les résédacces, les capparidées, etc. Ce sont des végétaux ligneux, indigènes aux contrées chaudes de l’Amérique et aux îles Maurice, et dontunseul produit, connu sous le nom de Kocou, est usité en Europe comme matière tinctoriale ; ce sera le seul aussi dont nous parlerons.

Rocouier ei Bocon ( fig. 408).

Bixa orellana L. Le rocouier est un élégant arbuste de 4 à 5 mètres d’élévation, dont la tige est droite, divisée par le haut en branches qui forment une cime touffue. Les feuilles sont alternes, pétiolées, cordiformes par le bas , acuminées, entières et glabres. Les fleurs sont disposées en panicules terminales. Le calice est entouré à sa base de 5 tubercules et se compose de 5 folioles orbiculaires , colorées en l ose , caduques. La corolle est formée de 5 pétales oblongs, blancs, lavés de rose; les étamines sont très nombreuses, insérées sur le réceptacle.

L’ovaire est supère , surmonté d’un style filiforme et d’un stigmate à 2 lobes. Le fruit est une capsule assez volumineuse , d’un rouge pourpre , hérissée d’aiguillons mous , un peu creusée en cœur par le bas, pointue à l’extrémité, s’ouvrant en deux valves dont chacune porte un trophosperme linéaire. Les semences sont nombreuses, moins grosses qu’un pois , entourées d’une matière gluante, d’un rouge vif, qui colore fortement les mains, et qui constitue le rocou. L’embryon est droit, dans l’axe d’un endosperme charnu; les cotylédons sont foliacés; la radicule supère, placée près de l’ombilic.

Pour obtenir le rocou on détache et l’on rejette la première enveloppe

BIXACÉES. 615

du fruit. On écrase les graines dans des auges de bois et on les délaie dans l’eau chaude. On jette le tout sur un tamis peu serré. L’eau passe, entraînant avec elle la matière colorante et quelques débris. On la laisse fermenter sur son marc, ce qui atténue et divise davantage la matière colorante ; on la décante et l’on fait sécher la matière à l’ombre. Lorsqu’elle a acquis la consistance d’une pâte solide, on en forme des pains de 1 à 2 kilogrammes » que l’on enveloppe dans des feuilles de balisier.

On doit choisir le rocou d’un beau rouge de colcotar. Dans le commerce, on entretient sa molles.se en le malaxant de temps en temps avec de l’urine. Il offre alors, comme l’orseille, des points blancs et brillants dus à l’efflorescence d’un sel ammoniacal. Il serait préférable défaire sécher complètement la pâte de rocou et de la conserver à l’état sec. On a proposé également de livrer au commerce les semences de rocou simplement séchées à l’air. Il est certain qu’elles fournissent alors à la teinture une magnifique matière colorante ; mais elles ont l’inconvénient de se décolorer à la lumière et de noircir à l’humidité, et demandent par con.séquent à être abritées de ces deux agents destructeurs. Le même inconvénient n’a pas lieu pour la pâte d’orseille préparée et desséchée. Le rocou paraît être de nature résineuse. Il se ramollit au feu, s’enflamme et brûle avec beaucoup de fumée, en laissant un charbon léger et brillant. Il est à peine soluble dans l’eau, qu’il colore seulement en jaune pâle; mais il est facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther, qu’il colore d’une belle couleur orangée. Les alcalis caustiques ou carbonatés le dissolvent en très grandes proportions et forment des solutés d’un rouge foncé, d’où les acides le précipitent sous forme de flocons très divisés. En traitant ainsi le rocou par une dissolution alcaline, et en le précipitant sur la soie non alunée par le moyen de l’acide acétique , on en obtient une teinture d’un jaune doré magnifique, qui, à cause de son éclat, ne peut être remplacée par aucune autre ; mais elle est malheureusement très fugace.

On se sert du rocou pour colorer le beurre et la cire. On l’a aussi quelquefois employé en médecine comme purgatif. Les anciens Caraïbes s’en servaient pour se peindre le corps, surtout lorsqu’ils allaient en guerre.

Les RÉSÉDACÉES oiit les feuilles alternes , simples, entières, trifides ou pinnatifides. Les fleurs forment des épis simples et terminaux ; elles sont pourvues d’un calice à 4 ou 6 sépales persistants, et d’une corolle à un même nombre de pétales, généralement composés de deux parties : la partie inférieure est entière , et la supérieure divisée en un nombre variable de lanières. La corolle manque quelquefois. Les étamines sont nombreuses, libres, hypogynes, entourées à la base, entre les filets et les

616 DICOTYLÉDONES THALAMIFLOHES.

pétales, par un anneau glanduleux, plus élevé du côté supérieur. Le pistil , légèrement stipilé à la base , paraît composé de trois carpelles soudés bord à bord, dans les deux tiers de leur hauteur, et se continuant sous la forme de trois cornes qui portent chacune un stigmate à leur sommet. Le fruit est ordinairement une capsule un peu allongée, ouverte au sommet , uniloculaire et contenant des graines réniformes, fixées h trois tropbospermes pariétaux. L’embryon est recourbé en forme de fer h cheval, nu ou entouré d’un endospcrme très mince.

Cette petite famille doit son nom au genre merfa dont une espèce, originaire d’Égypte et nommée réséda odorala, est très recherchée dans nosjardinspour l’odeur suave de scs fleurs. Une autre espèce, le merfa/îjfco/a, est très employée dans la teinture en jaune sous le nom de gaudc. Elle croît naturellement en France, dans les terrains incultes; mais onia cultive aussi en grand pour l’usage des teinturiers. Elle produit une tige droite, effilée, haute do 50 centimètres à 1 mètre, et pouvant atteindre 2 mètres; mais celle de hauteur moyenne paraît plus riche en matière colorante. Ses feuilles sont linéairesdancéolées, un peu obtuses, légèrement ondulées , glabres comme toute la plante. Les (leurs sont très petites , verdâtres , courtement pédonculées , disposées en un long épi terminal. Le calice est quadrifide et la corolle h h pétales. On récolte la plante entière, dans les mois de juillet et d’août ; on la fait sécher et on la met sous forme de hottes qu’on livre au commerce. Le principe colorant de la gaucle a été obtenu par âl. Ghevreul et par M. Preisser {Joiirn. pharm. et chim., t. V, p. 255). 11 a reçu le nom de lutéoline.

Les CAPPAHIDÉES .sont des plantes herbacées ou des végétaux ligneux qui portent des feuilles alternes, simples ou digitées, accompagnées h leur ba.se de 2 stipules foliacées ou transformées en aiguillons Leurs fleurs sont solitaires ou disposées en grappes; leur calice est à h sépales caducs ; la corolle est formée de 5 pétales et manque rarement. Les étamines sont souvent au nombre de six ou de huit, quelquefois indélinies, insérées à la base d’un disque irrégulier; l’ovaire est simple, souvent élevé sur un support plus ou moins allongé , nommé podogijne, à la base duquel se trouvent le disque, les étamines et les pétales. 11 est uniloculaire et pourvu de plusieurs tropbospermes pariétaux. Le fruit est sec ou charnu. Dans le premier cas , le fruit est une silique assez semblable à celle des crucifères (tribu des cléomées) ; dans le second {capparées), le fruit est une baie dont les semences, quoique pariétales, paraissent éparses dans la pulpe qui remplit le fruit. Les graines sont réniformes et renferment un embryon recourbé , dépourvu d’endosperme.

Les capparidées présentent de très grands rapports avec les crucifères et s’en rapprochent également par un principe âcre et volatil qu’elles

CliUCJl''ËRliS. 617

pi-L'senlenl clans plusieurs de leurs parties. Lee/eome (jiganteah. est employé vulgairement comme rubéfiant , dans les contrées inter tropicales de l’Amérkiue. Les gynandropsis pentaphylla et iriphylla DC., des mêmes contrées chaudes, jouissent des mêmes propriétés que les lepidium et les cochlearia, et leurs semences oléifères possèdent l’âcreté de la moutarde. Les cleome hepiaphylla et polygama L., herbes américaines, sont pourvues d’une odeur balsamique et sont usitées comme vulnéraires et stomachiques; h polanisia graueolens Raf. , de l’Amérique du Nord, présente au contraire une fétidité repoussante, et possède les propriétés de la vulvaire et de l’ansérine anthelmintique.

Partni les capparidées baccifères , nous devons nommer d’abord le câprier cominiin OU câprier épineux (capparis spinosa L.), arbrisseau que l’on suppose originaire d’Asie ou d’Égypte; mais qui est répandu et cultivé dans tous les pays qui entourent la Méditerranée. Cet arbuste a les feuilles alternes , pétiolées , accompagnées de 2 stipules épineuses que la culture peut faire disparaître. Ces feuilles sont arrondies, lisses, épaisses et très entières; les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées dans l’aisselle des feuilles. On les récolte, lorsqu’elles sont encore en boutons fermés, et on les vend confites dans le vinaigre sous le nom de cûpres; elles servent d’assaisonnement dans les cuisines. Les fleurs développées sont grandes et d’un aspect très agréable. Elles sont formées d’un calice b h sépales, d’une corolle à 4 pétales, blancs et très ouverts ; d’un nombre considérable d’étamines dont les filets , très longs, sont terminés par des anthères de couleur violette. Le fruit est une baie ovoïde , amincie en pointe aux deux extrémités , portée sur un long podogyne.

L’écorce de racine de câprier a été usitée autrefois en médecine comme apéritive et désobstruante. On la trouve encore chez les droguistes en morceaux roulés, d’une teinte grise un peu vineuse à l’extérieur, blancs en dedans, d’une saveur amère et piquante, inodores.

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