‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 83 sur 85 · FAMILLE DES CRUCIFÈRES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CRUCIFÈRES

Cette famille , l’une des plus grandes et des plus naturelles du règne végétal, se compose de plantes herbacées dont la plupart croissent en Europe. Leurs feuilles sont alternes, privées de stipules, entières ou plus ou moins profondément divisées. Leurs fleurs sont disposées en épis ou en grappes simples ou paniculées. Leur calice est formé de 4 sépales caducs , dont deux , un peu extérieurs , sont dits placentaires, parce qu’ils répondent aux sutures du fruit et aux trophospermes; tandis que les deux autres, un peu intérieurs, mais quelquefois bossus îi la base, ce qui les fait paraître extérieurs , sont latéraux ou vulvaires, c’est-à-

618 DICOTYLÉDONES THALAMIFLOKES.

(lire opposés aux valves du fruit. La corolle se compose de k pétales onguiculés, insérés sur le réceptacle, alternes avec les sépales. Les lames de ces pétales, étant étalées, forment la croix, ce qui a fait donner depuis longtemps aux fleurs le nom de cruciformes, ou aux plantes qui les portent celui de crucifères. Les étamines sont au nombre de six , dont deux plus courtes, écartées des autres et insérées un peu plus bas, sont opposées aux sépales latéraux. Les quatre autres étamines sont plus longues, égales entre elles, et rapprochées par paires qui répondent aux skl'iûe?, placentaires. C’est sur ce caractère de six étamines, dont quatre sont plus grandes et semblent dominer les autres, qu’est fondée la tétradynamic de Linné. A la base des étamines, on trouve 6, 4 ou 2 glandes vertes et calleuses, diversement disposées. Le pistil est formé de deux carpelles intimement soudés, formant un ovaire biloculaire, dont les ovules sont fixés à deux trophospermes suturaux, réunis par une lame de tissu cellulaire qui forme la cloison. Le style est simple , terminal et semble être une continuation de la cloison ; il est surmonté de 2 stigmates étalés ou soudés, répondant aux trophospermes. Le fruit est une siiique ou une silicule {voy. t. II, p. 21 ) ordinairement déhiscente, bivalve et biloculaire , mais d’autres fois indéhiscente ; quelquefois aussi la siliquë est divisée en plusieurs loges transversales , et se sépare en articles dont chacun renferme une graine. La graine est formée d’un tégument moyennement épais, quelquefois entouré d’une aile membraneuse; l’endosperme est nul; l’embryon présente, dans la disposition relative de ses cotylédons et de sa radicule, des différences qui ont servi de base à la division de la famille des crucifères en cinq sous-familles. Tantôt , en effet , la radicule est recourbée de manière à venir s’appliquér sur le bord ou la commissure des cotylédons , qui sont dits alors accomhants, et qui, dans ce cas, sont toujours planes. On indique cette position respective des cotylédons et de la radicule par ce signe (0=). Les crucifères qui la présentent forment une première sou.s-famille , sous le nom de pleurorhizées. Tantôt la radicule est opposée à la face des cotylédons qui sont dits incombants , mais qui peuvent l’être de quatre manières différentes.

1“ Les cotylédons incombants peuvent être planes et parallèles à l’axe de la radicule qui se trouve appliquée sur le dos de l’un d’eux. On les représente ainsi ( O || ). Les crucifères qui présentent ce caractère portent le nom de notorhizées.

2° Les cotylédons incombants peuvent être courbés longitudinalement, de manière à former une gouttière qui embrasse la radicule. Ces cotylédons sont dits conduplicés , et s’expriment ainsi (O > >). Les plantes qui les portent ont été nommées orthoplocées.

3° Les cotylédons peuvent être roulés en crosse ou en spirale, et sont

désignés par ce signe (O || || ) , qui aurait pu être mieux choisi. Les plantes portent le nom de spirolobées.

4“ Les cotylédons peuvent être deux fois pliés transversalement et sont ainsi représentés (O || || || |! ). Les plantes se nomment col allées.

Si l’on voulait parler de toutes les plantes crucifères qui pourraient être utiles à la médecine ou à l’économie domestique , il faudrait les nommer presque toutes ; car il en est bien peu qui ne soient pourvues d’un principe sulfuré, âcre et stimulant, qui peut les faire employer comme antiscorbutiques. Ce principe disparaît par la cuisson et elles deviennent alors alimentaires ; aucune n’est vénéneuse. Un très grand nombre produisent des semences oléagineuses, et plusieurs sont cultivées en grand pour cet objet. Ne pouvant décrire toutes ces plantes , je donnerai d’abord , ainsi que je l’ai déjà fait plusieurs fois , un tableau sy.stémalique et nominatif des principales espèces, et je me restreindrai ensuite à la description de celles qui ont été plus spécialement appliquées à l’art médical.

P' sous-famille: pleurorhizées. Cotylédons plans, accombants à la radicule ascendante (0=).

Matlhiola incana Brown.

— annua Sweel.

I Cheiranthus cheiri L.

Nasiurtium officinale Brown.

— sylvestre Br.

Bar bar ea vulgaris Br.

Turritis glabra L.

Arable verna Br.

Cardamine pratensis L. .

Denlaria pinnata Lamk.

Ahjssum saxalile L.

Lunaria rediviva L.

Cochlearia officinalis L.

I — armoracia L.

Thlaspi arvense L.

I Iberis umbellalah.

Anastatica hierochuntina L.

IP sous - famille : notorhizées. Cotylédons plans , exactement incombants par le dos sur la radicule (O 1| ).

Julienne des jardins . Hesperis matronalis L.

Êrysimum officinal, ou vélar . . . Sisymbrium officinale Scop.

Giroflée des jardins .

Quarantaine .

Giroflée des murailles .

— jaune ou violier jaune .

Cresson officinal .

• - sauvage .

Herbe de Sainte-Barbe .

Tourette glabre .

Arabelte jirinlanière .

Cardamine des prés .

Dentaire .

Alysson jaune, ou corbeille d’or .

Lunaire vivace .

Cocliléaria officinal .

Cran de Bretagne .

Raifort sauvage .

Thlaspi des champs .

Ibéride ombellée .

Thlaspi des jardiniers .

Rose de Jéricho . . .

DICOTÏLÉDOMES THALAMIFLOUES.

Sophie des chirurgiens. ......

Alliairc ofliciiiale .

Cameline cultivée .

Nasitort, ou cresson alcnois ....

Passerage .

ïhlaspi officinal . .

lloursc à pasteur .

Pastel, ou guèdc .

Cameline perfoliée .

Sisymbrium sophia L.

AUiaria offioinalis Andrz.

Camelina saCwa Crauli.

Lepidium sativum L.

— latifolium\j.

— campestre L.

Capsella bursa-pasloris Mœnch.

Isatis tinctoria L.

Myayrum pcrfolialum L.

IIP sous-famille : oetmopeocées. Cotylédons incombants , pliés longitudinalement , renfermant la radicule dorsale dans la plicature

Chou cultivé

- pommé .

— — dit chou-fleur .

— •— champêtre .

- dit colza .

- chou-navet .

Rabioule, ou turneps .

Navet .

— cultivé .

— agreste, ou navette .

Roquette sauvage I .

Moutarde noire .

— sauvage .

— blanche .

Roquette cultivée .

Chou marin .

Radis cultivé . . .

Petite rave . .

Radis noir . . .

— sauvage . .

IV' sous-famille : spirolobées.

roulés en cercle (O 11 |1 ).

Masse de bedeau .

Brassica oleracea L.

- - acepliala.

- capitata.

- botnjtis.

- caulo-rapa.

— — campestris L.

- oleifera.

- napo-brassica.

— napus L.

- esculenta.

— — oleifera.

— erucastrum L.

Sinapis niyra L.

— arvensis L.

— alba L.

Eruca sativa DC.

Crambe maritima L.

I Rapbanus sativus L.

- niger.

— rapbanistrum L.

Cotylédons linéaires , incombants , Bunias erucago L.

V' SOUS famille : diplécolobées. Cotylédons linéaires incombants, deux fois plissés longitudinalement (O || || || || ).

Senebière pinnatifide.

— corne-de-cerf . . .

Senebiera pinnatifida ÜC.

— coronopus DC.

CUUCirÈRES.

Cresson de fonlalue ( fig. 409 ).

Naslurtium officinale Br., DC. ; sisymbrium nasturtium L. l'ribu des nrabidccs ou des pleurorhizées siliqueuses (0=).

Car. gén. : Silique pi csque cylindrique , raccourcie , un peu recourbée. Stigmate sous-lobe ; calice égal par la base , très ouvert ; semences petites, irrégulièrement bisériées, pourvues d’une marge. Car. spéc. : Feuilles pinnalisectées ; segments ovés sous-cordés, à surface irrégulièrement ondulée.

Le cresson croît dans les lieux humides, au bord des fontaines, ou même au fond de leur lit ; on le cultive aussi à Senlis et dans les environs de Rouen, dans les jardins h demi inondés, nommés cressonnières. Il pou.sse des tiges hautes de 6 pouces à 1 pied, rameuses,

Fig. 409.

creuses , vertes ou rougeâtres. Ses feuilles sont ailées avec impaire , et sont composées de folioles obrondes , ovales ou elliptiques, d’un vert foncé , lisses et succulentes; la foliole terminale est plus grande que les autres. Les fleurs sont petites, blanclics et disposées en une sorte de corymbe très court. Les siliques sont courtes, horizontales, un peu courbées , à peine aussi longues que le pédoncule.

Cette plante contient beaucoup d’eau de végétation , est un peu odorante et d’une saveur piquante non désagréable ; elle est excitante, diurétique et antiscorbutique. On la mange en salade.

âl. Chatin , professeur de botanique à l’École de pharmacie, a fait récemment l’observation que le cresson et toutes les plantes d’eau douce renfermaient de l’iode , le plus souvent en quantité minime ,

622 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

quelquefois en dose très apparente. Il a vu , de plus , que celles de ces plantes qui vivent dans les eaux courantes contiennent plus d’iode que celles placées dans les eaux stagnantes; d’où il suit que le cresson qui croît naturellement dans les eaux de source en contiendrait plus que celui qui est cultivé dans des marais artificiels.

Autres plantes qui portent le nom de cresson :

Cresson sauvage, nosturtium sylvestre Br., DC. ; eruca sylvestris Fuclis. , 263. Feuilles pinnatisectées , à segments lancéolés , dentés ou incisés pétales jaunes plus longs que le calice. Cette plante croît sur le bord des rivières et dans les ruisseaux; on la substitue quelquefois à la première.

Cresson des prés , cardamine pratensis L. ; cardamine altéra simplici et pleno flore (Glus., II, p. 128, fig. 2 , et 129 , fig. 1 ). — Ca7\ gén. : Siliques linéaires , valves planes s’ouvrant avec élasticité ; semences ovées, non marginées; funicules ténus. — Car. spéc. : Feuilles pinnatisectées; segments des feuilles radicales arrondis, ceux de la tige linéaires ou lancéolés , entiers ; style très court , à peine plus mince que la silique ; stigmate en tête. Cette plante croît dans les prés humides de toute l’Europe.

Cresson alénois , cresson des jardins , nasitort , lepidiuiïL

saiivum L. (Blackwell, Herb., t. 23). Tribu des lépidinées ou des notorhizées à cloisons très étroites. — Car. gén. : Silicule ovée ou sous- cordée , à valves Carénées ou plus rarement ventrues , déhiscentes, à loges monospermes ; grappes terminales , fleurs blanches. — Car. spéc. : Silicules orbiculaires ailées. Feuilles diversement divisées ou incisées; rameaux non spinescents. Fleurs très petites. Plante originaire du Levant , maintenant cultivée dans tous les jardins. Elle est âcre , antiscorbulique et sternutatoire ; on la mange en salade dans sa jeunesse.

Cresson de Para , s/) f/ant/iMS oleracea L. Plante bien différente des précédentes, appartenant à la famille des synanlhérées. (Voy. précédemment , page 52.)

GocUléaria officinal ( n». 4I0).

Herbe aux cuillers , cochlearia offcinalis L. Tribu des alyssinées siliculeuses ou à cloison élargie. — Car. gén. : Silicule sessile ou courtemeut stipitée, globuleuse ou oblongue , à valves ventrues ; plu.sieurs semences non marginées; calice ouvert, égal à la base; pétales à onglet très courts, très entiers au sommet ; étamines privées de dent. Fleurs blanches. — Car. spéc. : Silicules ovées-globuleuses , moitié plus courtes que le pédicelle. Feuilles radicales pétiolées , cordées , celles de la tige ovées-anguleuses.

Le cocliléaria est une planie annuelle qui vient naturellement dans les lieux humides, sur les bords de la mer, et près des ruisseaux dans les montagnes. Sa lige est haute de 20 à 30 centimètres, tendre, faible, quelquefois inclinée. Les feuilles radicales sont nombreuses , arrondies , '*10*

cordiformes à la base, lisses, vertes, épaisses, succulentes, un peu concaves ou creusées en cuiller, et portées sur de longs pétioles ; celles de la tige sont sessiles , oblongues , sinuées et anguleuses; les supérieures sont embrassantes. Les fleurs sont blanches et disposées en bouquet terminal peu étalé. Les silicules sont grosses et globuleuses. Cette plante est dans sa plus grande vigueur au commencement de sa floraison : alors ses feuilles sont remplies d’un suc âcre et piquant, et elles exhalent , lorsqu’on les écrase , des parties volatiles très irritantes. Elle est éminemment antiscorbutique ; elle contient la même huile âcre, soufrée, qui existe dans le raifort, et s’emploie presque toujours simultanément avec lui.

Raifort sauvage ( 6g. 411).

Cran de Bretagne, cochlearia armoracia L. Cette plante diffère totalement de la précédente par la forme et par la grandeur de sa racine et de ses feuilles. Elle est vivace et croît dans les lieux humides et rnontueux. Sa racine est longue de 35 à 70 centimètres, grosse comme le pouce , cylindrique , blanche , charnue , d’un goût très âcre et brûlant. Ses feuilles radicales sont très grandes, longuement pétiolées, oblongues, souscordiformes par le bas, crénelées sur le bord ; celles de la tige sont également très grandes d’abord, longuement pétiolées, lancéolées-aiguës, dentées en scie, assez semblables à celles de certaines patiences , mais reconnaissables à leur âcreté. Les feuilles supérieures sont petites , presque sessiles , lancéolées, incisées. La tige est haute de 70 centimètres, droite, ferme, cannelée, ramifiée supérieurement. Les fleurs sont blanches , nombreuses, disposées en pani-

62/i DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

cules il l’exlrémilé de la tige et des rameaux ; le style est eourt et filiforme, terminé par un stigmate en tête et presque discoïde. La silicule est elliptique.

La racine de raifort sauvage e.st un des plus puissants excitants et antiscorbutiques que nous ayons. Jointe au cochléaria , elle forme la base de l’alcoolat de cochléaria ; réunie au cochléaria , au cresson et d’autres substances toniques ou excitantes , elle concourt puissamment aussi aux propriélés du sirop et du vin aritiscorbutiques. Elle est complètement inodore lorsqu’elle e.st entière , et présente peu d’odeur lorsqu’on l’ouvre longitudinalement ou lorsqu’on la coupe immergée dans de l’alcool rectifié.

Mais par la section transversale ou par la contusion opérées à l’air , elle développe un principe volatil d’une telle âcretéque les yeux ne peuvent le supporter. Cette circonstance indique que ce principe âcre, volatil, n’est pas tout formé dans la racine et qu’il ne prend naissance que lorsque, par la rupture des vaisseaux et par l’intermède de l’eau, des principes différents, isolés dans des vais.'eaux particuliers, viennent à se mêler et à réagir les uns sur les autres. Einhoff a fait anciennement l’analyse de la racine de raifort et en a retiré r/r«i7e uo/aüVe produite par la réaction précédente , âc V albumine , de V amidon, de la gomme, du sucre, une résine amère , de Y acétate et du sulfate de chaux, du ligneux. L’huile volatile est liquide, épaisse, d’un jaune clair, plus pesante que l’eau , d’une odeur insupportable et qui provoque la sécrétion des larmes. Cette huile est âcre, caustique, un peu soluble dans l’eau , à laquelle elle communique la propriété de rubéfier la peau ; elle est soluble dans l’alcool; ses dissolutions sont neutres et précipitent en noir les sels de plomb et d’argent; elle contient du soufre au nombre

CRLCiFÈBES. 625

(le scs éléments. C’est à la présence de ce corps que le raifort doit la propriété de noircir les vaisseaux de métal dans lesquels on le distille, et Baumé a vu des cristaux de soufre se former dans un esprit dé cochléaria très chargé , qu’il avait préparé à ce dessein.

Jérosc hygrométrlfiuc.

Ilosc de Jéi-icJio , anastatica hierochuntina L. Petite plante fort curieuse , haute de 8 h 11 centimètres , croissant dans les lieux sablonneux et maritimes de la Syrie , de l’Arabie et de la Barbarie. Elle pousse , d’une racine pivolanfe et ramifiée , une tige divisée dès sa base en jilusieurs rameaux ouverts , subdivisés eux-mêmes en rameaux plus petits, garnis de feuilles alternes, spathulécs, légèrement dentées, parsemées de poils blancs fasciculés, de même que les rameaux. Les fleurs sont blanches , petites , placées sur des épis sessiles , axillaires , courts et velus. Le fruit est une silicule arrondie , surmontée du style persistant , recourbé en forme de crochet. Il s’ouvre en deux valves munies chacune d’un appendice dorsal arrondi , et pourvues à l’intérieur d’un diaphragme incomplet qui n’atteint pas la cloison. Les semences sont au nombre de deux dans chaque loge, séparées par le diaphragme , sous-orbiculaires , un peu aplaties.

Lorsque cette plante a terminé sa végétation annuelle , et que scs fruits ont mûri , toutes ses feuilles tombent ; ses rameaux alors se dessèchent , se rapprochent , s’entrelacent , se courbent en dedans et se contractent en un peloton arrondi, moins gros que le poing, que les vents de l’automne arrachent de terre et portent sur les rivages de la mer. On la recueille en cet état et on l’apporte en Europe , comme un objet de curiosité, sous le nom très impropre de rose de Jéricho. Placée dans un air humide , ses rameaux s’ouvrent et s’étendent ; elle se resserre de nouveau et.se remet en boule, à mesure qu’elle se dessèche. Des charlatans profitaient autrefois de cette propriété pour prédire aux femmes enceintes un heureux accouchement, si, mettant celte rose tremper dans l’eau, pendant leurs douleurs, elles la voyaient s’épanouir; c’est ce qui avait presque toujours lieu.

Ècysimum ou Vélar (lig. 412).

Nommé aussi tot-teiic et herbe aux chantres ; sisymbrhtm offici-; raie DO. ; erysimum. officinale L. Tribu des sisymbriées ou des notorhyzées siliqueuses (OU).

Caractères du genre sisymhrium : Calice h k sépales lâches , égaux par la base ; corolle h A pétales onguiculés, indivis ; étamines privées de lit. fiO

626 DICOTYLÉDONES THALAMIFEORES.

dents ; stigmate simple ; silique bivalve, cylindrique-liexagone, à valves convexes, à 3 nervures; semences nombreuses, pendantes, unisériées, non marginées , lisses , à funicules filiformes. — Car. spécifiques : Feuilles roncinées, velues; tige velue; siliques subulées , terminées en style très court , appliquées contre la tige.

L’érysimum croît dans les lieux incultes ,, contre les murs et sur le bord des champs , dans toute l’Europe. Il est annuel et s’élève à la hauteur de 60 à 100 centimètres. Ses tiges sont cylindriques, dures, rameuses , étalées. Ses fleurs sont jaunes et très petites. Ses siliques grêles et anguleuses , amincies en pointe de la base au sommet , et s’ouvrant en deux valves.

L’érysimum n’est ni âcre ni piquant , comme un grand nombre d’autres plantes crucifères ; ses feuilles sont seulement acerbes et astringentes.

On les emploie en infusion théiforme dans le catarrhe pulmonaire , et elles forment la base du sirop d’érysimum composé.

On emploie encore quelquefois en médecine deux autres plantes que Linné avait compri.ses dans le genre erysimum, mais qui s’en trouvent aujourd’hui séparées. L’une est l’aiiiaire {erysimum alliaria L. , alliaria officmalis DG. , sisymbrium alliaria Endl.). Cette plante est vivace , croît le long des haies et s’élève à la hauteur de 50 à 60 centimètres. Sa racine est longue, blanche et menue, pourvue d’une odeur d’ail , ainsi que les feuilles. Les feuilles sont cordiformes. Les fleurs sont blanches, petites, terminales, pourvues d’un calice lâche. Les. siliques sont grêles , prismatiques , plusieurs fois plus longues que le pédoncule et longues de 50 à 80 millimètres ; les semences sont sous-cylindriques. Toute la plante est diurétique et anliscorbutique.

L’autre plante porte le nom de barbarcc ou d’herbe de Sa»n«e- Barbc [erysimum barbarea L. , barbarea vulgaris Brown. ) ; elle appartient à la tribu des arabidées ou des pleurorhyzées siliqueuses. Elle croît en France, dans les prairies humides et sur le bord des ruisseaux. Sa racine est fusiforme , ligneuse , vivace. Sa tige est striée , glabre , rameuse à la partie supérieure, garnie de feuilles glabres, dont les inférieures sont pétiolées et lyréés , et les supérieures sessiles et irrégulièrement dentées. Les fleurs sont d’un jaune d’or, disposées en grappes

serrées à l’extrémité de la tige et des rameaux. Les siliques sont courtes, redressées, terminées par le style persistant sous la forme d’une longue corne, marquées de quatre angles peu saillants et presque cylindriques,

Camellne cultivée.

Camelina sativa Crautz. Cette plante croît dans les champs et est cultivée dans le nord de la France pour retirer de ses semences, par expression , une huile propre à l’éclairage. Elle est annuelle , et pousse une tige ramifiée , haute de 30 centimètres , garnie de feudles arnplexicaules, auriculées par le bas, molles, un peu velues, h dentelure espacée. Les fleurs sont jaunes, disposées eu grappes terminales paniculées. Ses siliques sont très courtes , biloculaires , polyspermes , renflées supérieurement en forme de coin ou de poire, à 4 côtes, et terminées par le style persistant. Les semences sont très petites et rougeâtres.

TUIaspl otncioal.

Lepidium campestre Br. Le nom de thlaspi, comme tous les anciens noms grecs ou latins de plantes imparfaitement décrites , a été appliqué à un très grand nombre de crucifères que l’on trouve aujourd’hui dispersées dans les différentes tribus de cette vaste famille ; mais il a été principalement donné au plus grand nombre de celles qui forment les genres thlaspji, hutchinsia, iberis , biscutella de la tribu des thapsidées ou pleurorhyzées à cloison rétrécie , et les genres capsella et lepidium de la tribu des lépidinées ou notorhizées à cloison étroite. Il était cependant intéressant de connaître à laquelle de ces plantes il faut rapporter la semence de thlaspi qui doit faire partie de la thériaque , semence que j’ai trouvée plusieurs fois chez les droguistes, où elle se trouve probablement encore. Cette semence , d’abord , ne peut pas appartenir au thlaspi des champs [thlaspi avvense L.) dont la graine , bien représentée par Gærtner (lab. CXLI) , est orbiculaire, un peu aplatie, brune, luisante, marquée, sur toute sa surface, d’une rayure fine et régulière, parallèle à son contour. Mais elle appartient dtVi lepidium cmnpestre'Qr. {thlaspi campestre L.), qui est indiqué par les meilleurs auteurs comme la plante dont les semences doivent entrer dans la thériaque, thlaspi verum cujus semine in theriaeâ utimur, dit Camerarius (1). La racine

(1) Le thlaspi arvense L. et le lepidium camj.estre Br. ont été souvent confondus par les botanistes, etDccandolle lui-même, dans sou Syslema naturaicf a commis à leur sujet quelques erreurs de synonymie. On est tout d’abord étonné qu’il ait indiqué également, comme synonymes des deux plantes, le thlaspi latifolium de Fuchsius et le thlaspi secundum de Matthiole. Voici, quelques uns des synonymes les plus certains :

Thlaspi arvense L. , thlaspi or treacle mustard de Blackwell (pl. 68 ) ;,

628 DICOTYT.ÉDONES THALAJIIFLORES.

de celte plante est àniiuelle, pivotante , peu divisée. Sa lige est droite , pubescente, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 22 à 27 centimètres. Ses feuilles radicales sont ovales ou en lyre , pétiolées , glabres, ou presque glabres ; celles de la tige sont lancéolées , pubescentes , plus ou moins dentées , sessiles et prolongées à la base en fer de flèche. Ses fleurs sont blanches , petites , d’abord resserrées en corymbe, ensuite allongées en grappes. Les silicules sont ovales, entourées d’un rebord distinct, tronquées au sommet , planes d’un côté, convexes de l’autre , contenant dans chacune des deux loges une seule semence ovoïde, noirâtre , suspendue à la cloison par un funicule , et un peu terminée en pointe à l’extrémité supérieure. Examinée h la loupe , celte semence paraît toute couverte de petites aspérités rangées par lignes parallèles très serrées, et elle offre comme un commencement de séparation à la partie supérieure , de sorte qu’elle présente d’une manière moins marquée, il est vrai, et sauf sa forme ovoïde , les mêmes caractères que celle du thlaspi ciwense. Elle possède une saveur âcre et piquante , analogue à celle de la moutarde. On l’apporte de la Provence et du Languedoc.

Pastel aes Teinturiers ( ng. 413). •

Gnèdc ou vouède , isatis thictoria L.

Tribu des isatidées ou nolorhyzées nucamentacées (O |1 ).

Cette plante croît naturellement dans les contrées méridionales et tempérées de l’Europe , mais on l'y cultive aussi pour l’usage de la teinture. Elle est bisannuelle. Sa racine est un peu ligneuse et pivotante. Sa tige, haute de 60 à 100 centimètres, est simple inférieurement , ramifiée par le haut , garnie de feuilles dont les plus inférieures sont lancéolées et rétrécies en pétiole à la base, tandis que celles de la tige sont hastées et amplexicaules; elles sont glabres ou un peu poilues, suivant que la plante est cultivée ou sauvage. Les

thlaspi drabœfoUo de Lobel (obs. 108, fig. 1); thlaspi cum siliquis làtis J.-B., (Hist. II, p. 923) ; thlaspi II de Matlhiole (lib, 2, cap. 160).

Lepidiüm campestre Br. ; thlaspi campeslre L. ; thlaspi vulgare or mithridate fnustard Blackw. (t. 407 ) ; thlaspi vulgatissimum vaccariœ folio Lobel (obs. 108, fig. 2) ; thlaspi vulgatius 3.-B. [Uist. II, p. 921) ; thlaspi de Lemery ci thlaspi T des différentes éditions de Matlhiole.

fleurs fornient à l’exlrémité de la tige et des rameaux une panicule très garnie. Les silicules sont pendantes, comprimées, oblongues, obtu.scs à l’extrémité, terminées en pointe du côté du pédoncule, indéhiscentes, uniloculaires et monospermes.

L’usage du pastel , comme plante tinctoriale , remonte à une époque très reculée ; les anciens Bretons l’employaient poür se peindre le corps en bleu , et avant la connaissance de l’indigo en Europe le pastel était devenu un objet de culture et d’industrie très importantes. J’ai exposé précédemment (page è46) comment , pendant la grande guerre -continentale , on est parvenu à en extraire une certaine quantité d’indigo pour le commerce ; mais dans les circonstances ordinaires , celui des indigo fera obtiendra toujours la préférence, tant pour le prix que pour la qualité.

Clionx.

Brassicæ. Car. géii. : Calice à 4 folioles droites , connivenles , un pou bossues à la base ; 4 pétales longuement onguiculés, à lame entière; 4 glandes sur le réceptacle , dont 2 entre les petites étamines et le pistil , et 2 entre les grandes étamines et le calice. Silique allongée , cylindracée , un peu comprimée ou tétragone, s’ouvrant par deux valves longitudinales convexes, portant au milieu une nervure droite, et deux autres latérales peu marquées; semences globuleuses, unies, disposées sur une série. Cotylédons conduplicés , renfermant la radicule ascendante (0>>).

Espèces principales :

I. Le CHOU POTAGER , brassica olcracea L. Cette espèce est connue de tout le monde par l’usage général qu’on eu fait comme aliment; mais cultivée depuis un temps immémorial , elle a produit un si grand nombre de variétés, qu’il est difficile de reconnaître au milieu d’elles le type primitif et d’en donner les caractères. Tout ce qu’on peut dire du chou cultivé , c’est qu’il est pourvu d’une racine caulescente et charnue, qui donne naissance à une tige rameuse, glabre, haute de 35 centimètres à 2 mètres, garnie de feuilles glabres et d’un vert glauque, dont les inférieures sont amples, pétiolées , roncinées à leur base, plus ou moins sinueuses, tandis que les supérieures sont plus petites, entières et amplexicaules. Les fleurs sont assez grandes, jaunes ou presque blanches, disposées en grappes lâches et terminales ; les siliques sont presque cylindriques. Les principales variétés sont :

1“ Le chou x-ert (brassica oleracea acepkala), dont les feuilles larges et vertes, écartées les unes des autres, ne pomment jamais. On en connaît un grand nombre de sous-variétés cultivées pour la nourriture de l’homme et des animaux.

eSO DICOTYLÉDONES THALAMTFLORES.

2“ Le chou bouillonné [brassica oUracea bullata), dont les jeunes feuilles sont un peu rapprochées en tête , puis étalées , honillonnées ou crispées : telles sont les variétés nommées choii pommé frisé , chou de Milan, chaude Hollande, chou pancalicr , et la variété si curieuse nommée chou de Bruxelles ou chou à mille têtes , toute garnie le long de sa tige et des rameaux de pciites têtes de la grosseur d’une, noix.

3“ Le chou pommé OU chou cahus [brassica oleracea capitata), dont là tige est raccourcie , et dont les feuilles concaves , non bouillonnées, et peu découpées, se recouvrent les unes les autres avant la .floraison , de manière à former une grosse tête arrondie et serrée, dont le centre est étiolé. C’est dans cette variété que l’on trouve le chou roMg'e'employé en pharmacie pour faire le sirop qui en porte le nom.

Le ehou-Hcur [brossica oleracea botrytis). Dans cette variété, une surabondance de sève se porto sur les rameaux naissants de la véritable tige , et les transforme en une masse épaisse, charnue, tendre, mamelonnée ou grenue. Quand on hisse pousser celte tête, elle s’allonge, se divise, se ramifie, et porte des fleurs et des fruits comme les autres choux. Les brocolis, compris dans cette variété , diffèrent des choux-fleurs proprement dits , parce que les jeunes rameaux , au lieu de former une tête arrondie, sont longs de plusieurs pouces et terminés par un groupe de boutons à fleurs.

5° Le chou-rave [brassictt oleracea caulo-rapa). Dans cette variété, la surabondance de nourriture se porte sur la souche ou fausse tige de la plante, et y produit un renflement remarquable , tubéreux , succulent et bon à manger.

IL Le CHOU CHAMPÊTRE {brassica campestris L.). Cette espèce diffère de la précédente par ses jeunes feuilles inférieures sous-hispides ou ciliées, et lyrées-dentées ; les autres sont cordées-amplexicaules, acuminées. On en connaît deux variétés principales :

1° Le colza (brassica campestris oleifera) , dont la racine est grêle et fusiforme, là tige allongée, les feuilles sinuées étroites, les fleurs jaunes, les semences sphériques, noires, non chagrinées à leur surface, ternes cependant, d’un goût de navet. Cette plante est cultivée en grand , dans le nord de la France et en Belgique , pour l’extraction de l’huile contenue dans ses semences , qui est très employée pour l’éclairage.

2“ Le chou-mavct (brassica campestris napo-brassica). Dans celte variété, la racine devient renflée près du collet, tubéreuse , presque ronde, de 8 à 11 centimètres de diamètre. Elle se distingue du véritable navet , dont il va être question , par une chair plus ferme , une peau dure et épaisse et par une saveur de chou.

III. La RABIOULE, GROSSE RAVE ou TüRNEP (ômssica TOjua L. ). Cette

espèce a la racine caulescente, orbiculaire, déprimée, charnue, quelquefois aussi grosse q«e la tête d’un enfant; on l’emploie comme aliment pour i’homme ou les animaux. Les feuilles radicales sont lÿréès , inégalement dentées , d’un vert foncé , rudes au loucher , munies de poils courts. Celles du milieu de la tige sont incisées, et les supérieures sont lancéolées, amplexicaules, très entières, lisses et glauques. Les fleurs sont d’un jaune pâle, à sépales ouverts. La silique est longue de 27 millimètres; les semences sont sphériques, brunes-rougeâlres, âcres, plus petites que celles du chou cultivé.

IV. La NAVETTE et le navet, brassica napus L. (fig. 414). Car. spéc. : Feuilles glabres , glauques, les radicales lyrées, les caulinaires piunatilides crénelées, les supérieures cordées-lancéolées, amplexicaules. Siliqucs très écartées. Cette espèce présente deux variétés très distinctes. L’une , nommée navette ( brassica napus oleifera DC. ) , croît naturellement dans les champs ; mais on la cultive aussi en plein champ, dans plusieurs endroits, comme fourrage ou pour récolter sa graine , dont on retire l’huile par expression. Sa jacine est oblongue , fibreuse , à peine plus épaisse que la lige, non charnue; elle donne naissance à une tige glabre, rameuse, haute de 60 centimètres, dont les feuilles inférieures sont rudes au toucher; les feuillés supérieures sont très glabres. Les fleurs sont petites, jaunes, et ont leur calice à demi-ouvert. Les semences sont plus petites que le colza , sphériques ou un peu oblongues, luisantes, paraissant chagrinées à la loupe, d’uné saveur un peu âcre et mordicante.

Le navet, brassica napus esculenta DC. , paraît avoir été très anciennement produit par la culture. Sa racine est épaisse, charnue , orbiculaire ou fusiforme , d’une saveur sucrée , un peu piquante et agréable. Elle est très usitée comme aliment pour l’homme et les bestiaux , et quelquefois aussi comme médicament.

V. La roquette sauvage, brassica erucastrum L. (Bulliard, t. 331). Plante annuelle , commune dans les champs et dans les vignes, pourvue de tiges grêles, rameuses , hautes de 60 centimètres , un peu rudes au

632 DICOTYLIÎDONES THALAiMIFLORES.

loiiclicr. Les feuilles sont roncinées , à lobes inégalement déniés ; les sépales du calice sont rapprochés ; les pétales sont jaunes , à linibes un peu spalliulés, étalés horizontalement, formant par leur opposition une croix de Saint-Audré, Les siliques sont très grêles, longues de 30 centimètres , portées sur des pédoncules de même longueur, terminées par un rostre court et conique, contenant des semences uuisériées.

Plusieurs autres plantes crucifères ont porté le nom de roquette sauvage; la plus connue est le sisymbre brûlant de la flore française [sisymbrium tenid folium L.), devenue aujourd’hui le diplotaxis tenuifolitim DC.

Roquette cultivée.

£ruco, saliva LmA. y brassicaenwa L. (Bulliard, t. 313; Blackwell, t. 2A2). Cette plante est annuelle. Sa lige est simple , un peu velue , ramifiée à sa partie supérieure. Ses feuilles sont lycées, vertes, presque glabres. Ses fleurs sont blanches ou d’un jaune pâle , striées par des veines brunes , semblables du reste à celles du hrassica erucastrum ; mais les siliques sont bien différentes. Elles sont courteraent pédoiiculées , l approchées de la lige , courtes et épaisses , terminées par un ample style conique et ensiforme; elles sont bivalves, biloculaires et renferment des semences globuleuses , disposées sur deux séries.

La roquette croît naturellement en Espagne , eu Suisse, en Autriche et dans le midi de la France. Il faut la cultiver sous le climat de Paris. Elle a une odeur forte et désagréable et une saveur âcre et piquante. Ou la regarde comme anliscorbutique et très stimulante. Les Italiens l’aiment beaucoup, et l’emploient comme assaisonnement dans leurs salades.

moutarde notre ou SénevC (fig- via).

Sinapis nigra L. — Car. gén. : Calice ouvert ; onglets des pétales dressés ; glandes entre les étamines les plus courtes et le pistil et entre les plus longues et le calice. Silique sous-cylindrique , biloculairc , bivalve, polysperme, terminée par le style tantôt court et aigu, tantôt rostriforme , asperme ou monosperme. Semences globuleuses , uuisériées; cotylédons conduplicés (O»). — Car. spéc. : Feuilles inférieures lycées ; celles du sommet lancéolées , entières , péliolécs. Siliques glabres, lisses, sous-tétragoncs , dressées contre la lige.

La moutarde noire croît dans les lieux pierreux et dans les cbrinps d’une grande partie de l’Europe , et on la cultive sur une grande échelle dans plusieurs contrées, à cause de l’usage que l’on fait de .sa semence en médecine et pour la fabrication de la moutarde des vinaigriers. Elle est annuelle et porte une tige rameuse , haute de 1 mètre à l'",5 , chargée de quelques poils qui la rendent rude au toucher. Scs

CRUCIFÈRliS. 633

ileuis sont jaunes, assez petites, disposées en grappes qui s’allongent beaucoup à mesure que la floraison s’avance. Les .semences sont très menues, rouges, mais quelquefois recouvertes d’un enduit blanchâtre; elles sont douées d’une saveur très âcre, et n’ont aucune odeur, à moins qu’on ne les pile avec de l’eau , alors elles en exhalent une très pénétrante.

Examinée h la loupe , cette semence , dans son état parfait , est presque ronde ou elliptique-arrondie , et marquée d’un ombilic à une des extrémités de l’ellipse ; l’épisperme est rouge , translucide et très chagriné à sa surface ; l’amande est d’un jaune vif ; des grains moins Fig. 418.

parfaits, ou moins mûrs , sont plus allongés et offrent des rides longitudinales ; les grains blancs ne diffèrent des autres que par une sorte d’enduit crétacé qui adhère à leur surface.

La semence de moutarde nous vient surtout d’Alsace , de Flandre et de Picardie; la première est plus grosse que les deux autres, et offre beaucoup de grains anguleux ou comprimés en différents sens. Elle est pourvue d’une saveur plus forte , et est plus estimée. Elle donne une farine presque jaune, et tout à fait jaune lorsqu’on en sépare l’épisperme. La moutarde de Picardie est la plus petite des trois ; elle donne une farine d’un gris noirâtre mêlé de jaune verdâtre ; elle est moins forte et moins estimée.

MoHiardc uiauclic , sinapis ülba L. (fig. élG). — Car. spéc. : Siliques hérissées, étalées, étroites; corne longue et ensiforrae. Feuilles lyrées; feuilles et tiges presque glabres. Q,

634 DICOTYLÉDONES THALAMIFLOUES.

La semence de moutarde blanche est beaucoup plus grosse que la moutarde noire et d’une couleur jaune; elle est formée de grains elliptiques-arrondis, qui renferment une amande jaune sous une coque mince , demi-transparente. L’ombilic est à nue des extrémités de l’ellipse ; la surface de l’épisperme n’est pas parfaitement lisse; elle paraît légèrement chagrinée à la loupe.

jfîonta>-tie sajivîige OU sauve , sinapis anwnsis L. — Car. spéc. : Tige et feuilles munies de poils. Siliques horiz ntales , glabres, multangulaires, renflées, trois fois plus longues que la coi'iie terminale.

Cette plante croît trop abondamment dans les champs, qu’elle couvre quelquefois entièrement d’un magnifique lapis de [leurs jaunes. Sa graine, mélangée au millet, sert à la nourriture des oiseaux de volière. Elle est tout à fait sphérique, luisante et d’un brun noir à maturité: c’est elle, plutôt que la moutarde oHicinale , qui devrait porterie nom de moutarde noire. Elle est plus grosse que la moutarde oiïicinale , moins volumineuse que la blanche , offi-ant à la loupe une surface à peine chagrinée , et pourvue d’un goût de moutarde assez prononcé, mais beaucoup plus faible cependant que la moutarde officinale ; ce qui montre le tort que font ceux qui la mélangent à cette dernière. D’autres, plus blâmables encore, y ajoutent de la navette (irassfea napus oleifera) ou du colza [brassica campesiris) ; la fraude est difficile à découvrir lorstpie la moutarde est pulvérisée, ce qui doit engager les pharmaciens h préparer eux-mêmes leur poudre de moutarde. Le col*.-» entier ne peut pas d’ailleurs être confondu avec la moutarde noire : il est plus gros que la sauve même, sphérique comme elle, noir, non chagriné, mais terne à sa surface et d’un goût de navet. La naveue , beaucoup plus rapprochée de la moutarde, est un peu plus grosse que la sauve , un peu allongée, souvent ridée, chagrinée à sa surface, mais moins que le sinapis nigra ; d’une saveur un peu âcre et mordicante.

Composition chimique de la moutarde officinale. Quoique la semence de moutarde noire ait été l’objetdcs recherches d’un grand nombre de chimistes, la composition n’en est peut-être pas encore complètement connue, lioerhaave, et, sans doute, d’autres avant lui, avaient reconnu que cette semence fournil deux espèces d’huiles ; une par expression , parfaitement douce et usitée contre les douleurs néphrétiques; l’autre, par distillation, d’une qualité âcre

M. Thibierge, pharmacien*, a indiqué l’existence du soufre dans l’huile distillée de moutarde, et celle de l’albumine dans le macéré aqueux ; il a vu que ni l’éther ni l’alcool ne dissolvaient le principe âcre de la moutarde ; l’huile exprimée avait une très 'légère odeur que l’alcool lui a enlevée aisément; celle huile est soluble dans 4 parties d’éther, dans 1200 parties d’alcool, et forme un savon solide avec la soude caustique. M. Thibierge supposait que l’huile volatile existait toute formée dans la semence de moutarde , mais

qu’elle avait besoin de la température de l’eau bouillante pour se développer ; et il admettait qu’elle se développait aussi bien par l’action du vinaigre que I)ar celle de l’eau (Journ. pharm., t. V, p. 439).

C’est moi qui ai dit le premier, dans la seconde édition de cet ouvrage , que la semence de moutarde ne contenait pas d’buile volatile toute formée En effet, disais-je, la semence de moutarde pilée à sec n’a aucune odeur ; la poudre traitée par l’alcool et l’éther ne cède à ces deux menstrues aucun principe âcre ni volatil : ce principe n’y existe donc pas en quantité appréciable ; mais le contact de l’eau sulïitpour le développer en très grande abondance , et, une fois formé, on peut l’obtenir par la distillation, sous forme d’un liquide huileux , plus pesant que l’eau , très volatil , très âcre, caustique, soluble dans l’alcool et l’éther, donnant du soufre par sa décomposition élémentaire. Quant à l’influence de la chaleur sur la formation de l’huile , j’ajoutais que , suivant M . Thibierge , une température élevée était nécessaire à son développement ; mais que c’était une erreur : que le contact de l’eau suffisait, et que seulement une chaleur modérée rendait le développement plus considérable. Enfin , pour ce qui regarde l’action dos acides , et spécialement du vinaigre, sur la moutarde, c’est encore moi qui ai dit le premier, dans la Pharmacopée raisonnée, que si l’on se plaignait si souvent du peu d’action des sinapismes , cela tenait, d’une part , à ce qu’on employait de la farine de moutarde du commerce , qui est presque toujours altérée ; et de l’autre , à ce qu’on se servait de vinaigre pour la réduire en pâte. Car, disais-je , bien que celle addition ait été faite dans la vue de rendre le sinapisme plus actif, il est remarquable qu’elle neutralise presque tout l’effet de la moutarde, comme on peut s’en convaincre par le goût et l’odorat , et par l’application sur la

En examinant à leur tour la moutarde noire , Robiquet et M. Boulron ont cru reconnaître que le tourteau de. cette semence, traité par l’alcool, se conduisait comme celui d’amandes amères; c’est-à-dire qu’il ne cédait à ce véhicule aucun principe âcre, et que l’eau ne pouvait plus ensuite y développer d'huile volatile, preuve que cette huile n’y existait pas toute formée {Journ, pharm., t. XVII, p. 294).

Dans un premier travail sur la moutarde noire, M. Fauré aîné, pharmacien h liordeaux, a reconnu comme moi que l’huile volatile ne préexiste pas dans cette semence et que le vinaigre s’oppose h son développement ; mais il a supposé, à l’exemple de .M. Thibierge, que ce développement de l’huile volatile dans l’eau est d’autant plus prompt que la température est plus élevée ( Jbid., p. 300). M. Fauré a constaté dans la moutarde noire la présence de la sinapisinc. Il a cru voir, comme MM. Boutron et Robiquet, que la farine épuisée d’huile grasse par l’éther conserve la propriété de devenir âcre et rubéfiante avec l’eau , tandis que l’alcool lui enlevait celle propriété.

Dans un travail plus récent sur lu moutarde noire, M. Fauré est arrivé à un résultat beaucoup plus important et qui n’a pas été sans influence pour la découverte de la véritable manière dont se forme l’huile volatile dans les amandes amères. M. Fauré a constaté que l’eau chauffée au-dessus de 70 degrés centigrades , l’alcool , les acides , certains sels métalliques , le chlore, la noix de galle, tous corps qui coagulent l’albumine, mutent la poudre de moutarde ou s’opposent à la formation de l’essence, et il en a conclu que cette albumine, à l’étal de dissolution, est indispensable à la production de l’essence, et qu’elle

636 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

perd celte propriété en se coagul.mt. Enfin M. Bussy est venu découvrir ce qui restait encore à connaître sur celle réaction. Jusqu’à lui on s’était bien aperçu que l’alcool enlevait au tourteau de moutarde noire la propriété do produire de l’essence, mais on supposait que cet effet était dû à ce que l’alcool enlevait au tourteau un corps très complexe et sulfuré , trouvé dans la moutarde blanche et nommé sulfosinapisine ou sinapisme j et \e séparait ainsi de l’albumine qui restait dans le résidu. Les deux points importants du travail de M. Bussy sont : 1" d’avoir montré que l’alcool laisse, au contraire , dans le résidu , le principe sulfuré propre à produire l’essence ; 2“ que , à la vérité , ce résidu ne développe pas immédiatement d’odeur acre par l’eau ; mais que, par un séjour dans l’eau de vingt-quatre à quarante-huit heures , l’albumine recouvre la propriété d’agir sur le principe sulfuré. Pour obtenir ce principe, il suffit donc de traiter brusquement par l’eau le tourteau épuisé par l’alcool. Ou fait évaporer en consistance sirupeuse , et l’on traite par l’alcool, qui fournit ensuite , par l’évaporation , des cristaux d'un sel à base de potasse , dont l’acide , nommé acide myronique, est positivement le cori)s qui forme l’essence de moutarde lorsqu’il se trouve mis en contact avec l’albumine particulière de la moutarde noire et blanche. Cette albumine , qui jouit seule de la propriété d’opérer cette transformation , a reçu le nom de myrosine , de même que celle des amandes a été nommée émnisine.

L’essence de moutarde est composée de carbone, d’hydrogène, d’azote et de soufre, et a pour formule CD- Az S-. Celle composition représente un sulfooyanure d’allyle (t. II, p. 162) , ainsi que le montre l’équation suivante :

C^^'S* -1- C«I1’* = C8n“^.SC

Sulfücyaiiogciie 'esschco di: moiiUirdij

L’essence de moutarde présente d’ailleurs un grand nombre de réactions des plus intéressantes. Elle se combine avec un équivalent d’ammoniaque pour former une base organique crislallisable nommée ihiosinammine ;

= Cii^Az^SL

Cette base alcaline forme des sels complexes en se combinant aux chlortires de platine , de mercure et d’argent.

La Ihiosinammine traitée par l’oxide de mercure (ou par l’oxide de plomb) devient noire , liquide , perd son soufre et forme une nouvelle base alcaline puissante et crislallisable, nommée sinammine, composée de C* IÇ Az^O lorsqu’elle est hydratée , et de C* Ha az* h l’état anhydre . Enfin l’essence de moutarde traitée par l’oxide de plomb hydraté forme du sulfure de plomb, du carbonate de plomb et une troisième base salifiable , cristallisable et non sulfurée , composée de C”'H‘’‘ Az^ O’’. On la nomme sinapoUne.

La moutarde blanche n’a pas été l’objet de moins de recherches chimiques que la noire ; mais on est loin d’être aussi éclairé sur sa composition. 11 est probable que rinlermède de l’eau est également nécessaire à la production de son principe âcre ; mais ce principe n’est pas volatil ; aussi les pédiluves préparés avec la moutarde blanche, quoique très âcres au goût et très actifs, sont-ils presque inodores et n’exercenl-ils pas à distance, sur les yeux , l’action irritante des pédiluves de moutarde noire.

FÜMARUCÈES. 637

MM. Ossian Henry el Garot, en Irailant d’abord par l’alcool l’huile exprimée de moutarde blanche, en ont extrait un corps cristallisabic , azoté et sulfuré , jouissant de la propriété de colorer les sels de sesquioxide de fer en rouge cramoisi et qui paraissait acide ; aussi les auteurs l’ont-ils nommé acide sulfosinapique. Mais M. l’elouze ayant contesté l’existence de cet acide, les deux premiers chimistes ont repris leur travail, et en traitant la moutarde blanche par l’eau, puis l’extrait aqueux par l’alcool , ils ont obtenu un corps cristallisé , jouissant des propriétés précédemment reconnues à l’acide sulfosinapique , hors l’acidité , ce qui les a engagés à changer ce nom d’acide en celui de sulfosinapisine {Journ. pharm., t. XVII, p. 1 ).

Robiquet et M. lîoulron se sont aussi occupés de la moutarde blanche. Cette semence, pulvérisce|ct presque épuisée d’huile fixe par expression, a été traitée par l’éther, et a fourni un produit huileux d’une ûcreté très prononcée, d’où l’alcool a extrait un principe âcre, non volatil, rougissant les sels de fer, et une matière cristallisée. La moutarde«blanche, épuisée par l’éther, traitée ensuite par l’alcool , a produit de la sulfosinapisine rougissant les sels de fer, comme celle de MM. Henry et Garot.

Robiquet et M. Routrou ont ensuite traité directement le tourteau de moutarde blanche par l’alcool. Cette fois' toute âcreté a disparu, non seulement dans le tourteau , mais encore dans la liqueur et la matière cristalline qui en est provenue. Cette matière différait de la sinapisme de MM. Henry et Garot par plusieurs propriétés , entre autres par celle de ne pas rougir les persels de fer, et par sa composition élémentaire ( ibid., p. 279 et suiv.).

On peut voir par ces résultats, qui sont, je crois, les derniers obtenus, que nous sommes encore loin d’être éclairés sur la compo.sition chimique de la moutarde blanche.

FAMILLE DES FÜMARIACIÎES.

Cette petite famille a été formée pour le genre fumaria L. , que Laurent de Jussieu avait réuni aux papavéracées , dont il se rapproche par son calice diphylle caduc , et par sa corolle tétrapétale ; mais cette corolle est irrégulière et forme comme une gueule jn’ofonde à deux mâchoires, et les élamines sont en nombre de six et diadelphes : ces deux caractères suffisent pour les en séparer.

Le genre fumaria L., une fois constitué en famille, a bientôt été divisé en plusieurs genres ; aujourd’hui il en forme six , dont voici les noms et les caractères ;

1. Diclytra. k pétales, dont 2 extérieurs également gibbeux ou éperonnés à la base. Silique bivalve polysperme.

2. Adhmia. h pétales soudés en une corolle monopétale, gibbeuse h la base , fongueuse et persistante. Silique bivalve polysperme.

3. Cysticapnos (1). 4 pétales, dont un seul gibbeux à la base. Capsule vésiculeuse polysperme.

(I) Cysticapnos de zvtti; , vessie, el xanvo: , fiiMeterre, Dé capnos sont aussi dérivés les noms capnoides , capnites , capnorchis , sarcocapnos , sphwrocap-

638 DICOTYLÉDONES THALAUIFLORES.

U. Corydalis. U pétales , dont un seul éperôuné à la base. Silique bivalve, comprimée, polysperrae.

5. Sarcocapnos. Zt pétales, dont un seul épcronné à la base. Capsule bivalve, indéhiscente, dispermc.

6. Fumaria. k pétales, dont un seul gibbeux ou éperonné à la base. Fruit capsulaire, indéhiscent, monosperme (cariopse).

Fameterrc oinclnale ( tig. 417).

Fumaria officinatis L. Cette plante paraît être originaire de l’Orient ; elle était très rare en Europe du temps de Conrad Gesner (mort en 1565); mais elle y est très commune aujourd’hui dans les jardins, , dans les champs et

Fig. 417. dans les vignes culti¬

vées. Sa racine est fusiforme et menue; scs tiges sont rameuses, dressées ou diffuses , hautes de 16 à 27 centimètres, carrées ou pentagones; lesfeuilles radicales sont pinnatiseclées , celles de la tige deux ou trois fois iripartites, à segments multiûdes, dilatés et incisés au sommet , d’un vert glauque.

Les fleurs sont petites, d’un rose foncé mêlé de noir , disposées en grappes simples, opposées aux feuilles.

Le calice est formé de 2 folioles latérales , caduques. La corolle réésenle U pétai'es dont l’antérieur est caréné , et le postérieur un peu éperonné à la base et soudé aux deux pétales latéraux et intérieurs. Les ptaminessont divisées en deux faisceaux opposés aux deux pétales anté-

nos, plalycapnos , que l’on rencontre dans les ouvrages descriptifs de bola-

FüMARIACÉES. 639

rieur et postérieur. Chaque faisceau se compose d’un support élargi à la base, portant au sommet trois anthères, dont celle du milieu est à 2 loges et les deux latérales à une loge. L’ovaire est uniloculaire , à un seul ovule pariétal; il est surmonté d’un style terminal tombant, et d’un stigmate biparti. Les fruits sont des cariopses sous-globuleux , portés sur des pédicelles deux fpis plus longs que les bractées, contenant une semence réniforme à ombilic nu.

La fumeterre po.ssède une amertume prononcée et désagréable; elle est employée comme stomachique et dépurative. Elle entre dans la composition du vin antiscorbutique.

M. AVinckler a retiré du suc de fumeterre mi acide qui s’y trouve combiné à la chaux et qui est cristallisable, volatil, soluble dans l’alcool et dans l’éther, inattaquable par l’acide nitrique. Cet acide , nommé d’abord acide fumarique, a ensuite été trouvé semblable à V acide pammaléique obtenu par M. Pelouze de la disiillaiion de l’acide malique (I-Ior. Demarçay, Annales de chimie et de physique , t. LVI, p. 81 et é29).

On trouve dans le midi de la France et de l’Europe une fumeterre grimpante [fumaria capreolata L. ) , dont la lige est rameuse, haute de 60 à 100 centimètres , et susceptible de s’attacher aux corps qui sont dans le voisinage, au moyen des pétioles de ses feuilles qui s’entortillent en manière de vrilles. Scs feuilles sont deux fois pinnatisectées , un peu glauques, divisées en lobes cunéiformes, tripartis. Ses fleurs sont longues de 11 à lé millimètres , blanchâtres , d’un pourpre noirâtre à l’extrémité.

On trouve fréquemment dans nos contrées , dans les mêmes lieux que la fumeterre officinale, une fumeterre moyenne [furncoHa media Lois.) , intermédiaire entre les deux espèces précédentes. Elle est plus élevée que la fumeterre officinale, à liges droites, moins rameuses , moins diffuses; à feuilles plus grandes et plus glauques , dont les pétioles cherchent à s’entortiller autour des corps environnants. Les fleurs sont également plus grandes. Celte plante est employée concurremment avec la fumeterre officinale et ne paraît pas lui être inférieure en propriétés. Il n’en est pas de même d’une autre espèce qui croît également dans nos champs, où elle fleurit en mai et juin , qui ressemble beaucoup à la fumeterre officinale, (nais qui n’en a pas l'amertume, suivant l’observation qu’en a faite AL Chatiii , de sorte qu’il faut éviter de les confondre.

Celte espèce, dite fumeterre de Vaillant [fumuria Vaillantii), a les pédicelles fructifères plus longs que les bractées, les grappes courtes, les fleurs roses , les feuilles surdécomposées , à lobes linéaires et planes entièrement glauques.

6iO niCOTYLIÎDONKS THALAMIFLORES.

Les coryclales se distinguent des fuineterres par leurs fruits en forme de silique, uniloculaires, bivalves, polysperines. Un assez grand nombre ont une racine tubéreuse, une tige simple, des feuilles alternes plus ou moins divisées. Les plus communes sont la corydaie à racine creuse ( COrydalis tuberosa DC. ) , la eorydale à raeîne solide {corydalis bulbosa DG.), la eorydale à Heurs jaunes [corydalis cojmoides DC.) , etc. M. "Wackenroder a retiré des racines des deux premières un alcali organique cristallisable , dépourvu de saveur, nommé corydcdine.

FAMILLE DES PAPAVÉRACÉES.

Plantes herbacées, très rarement sous-ligneuses , ii feuilles alternes, enlicres ou plus ou moins profondément découpées. Leurs fleurs sont pourvues d’un calice à 2, très rarement à 3 sépales concaves, très caducs; la corolle est à U pétales (très rarement 6) planes, chiffonnés avant leur épanouissement. Les étamines sont libres et très nombreuses (très rarement définies); ,1’ovaire est libre, ovoïde ou linéaire, à une seule loge , contenant un grand nombre d’ovules attachés à des Irophospermes pariétaux , saillants h l’intérieur sous forme de lames ou de fausses cloisons. Le style , très court ou presque nul , se termine par autant de stigmates qu’il y a de trophospermes. Le fruit est une capsule ovoïde , couronnée par les stigmates , ou une capsule linéaire , siliquiforme , s’ouvrant en deux valves ou se rompant transversalement par des articulations. Les graines sont ordinairement fort petites et accompagnées d’une caroncule charnue ; l’embryon est très petit , placé à la base d’un endosperme charnu.

Les papavéracées sont pourvues d’un suc laiteux, blanc ou jaune , acre, amer, d’odeur vireuse, et de propriétés diverses. Dans les pavots , ce suc se fait remarquer par une propriété fortement narcotique, et c’est lui qui , obtenu par des incisions faites aux capsules d’une des espèces, constitue l’opium. Nous traiterons de ce produit d’une manière toute spéciale, après avoir décrit quelques plantes moins importantes, mais pouvant cependant rendre des services à l’art médical.

Sanguinaire du Canada.

Sanguinaria canadensis L. Cette jolie plante fait l’ornement des bois dans l’Amérique septentrionale, depuis le Canada jusqu’à la Floride. Elle est pourvue d’une racine de la grosseur du doigt, presque horizontale, d’un rouge sanguin. Du collet de la racine sort une feuille, quelquefois deux, entourées par la base de plusieurs spathes membraneuse.s. Ces feuilles sont longuement pétiolées, arrondies, profondément échan-

PAPAV’KRACliliS. 6/ll

crées en ctt'ui'du côlédu péiiole, incisées sur leur conlour ù la manière des feuilles de figuier. Elles sont vertes en dessus , d’un blanc bleuâtre en dessous, avec des veines rouges. Les fleurs sont blanches, solitaires à l’extrémité d’une ou de deux hampes de la même longueur que les pétioles. Ces fleurs présentent un calice diphylle très caduc, une corolle à 8 pétales, dont les h intérieurs, alternes et plus étroits, ne sont sans doute que des anthères transformées. Les étamines sont au nombre de 2/i , à anthères linéaires. Le fruit est une capsule ovalcoblongue , amincie en pointe aux deux extrémités , couronnée par le stigmate persistant. Les semences sont portées sur deux trophospermes épais et persistants. Elles sont rouges , accompagnées d’une caroncule blanche.

La racine de sanguinaire est nommée par les Indiens pnccoon, et par les Anglo-Américains turmeric, c’est-à-dire curcuma. Elle est pourvue d’un suc rouge sanguin , qui teint la salive de la même couleur; elle a une saveur âcre , brûlante , et agit comme émétique, étant desséchée et pulvérisée, à la dose de 10 à 20 grains (Os™™, 647 h ls'“"’,295). Le docteur Dana en a extrait en 1824 une substance alcaline qui a reçu le nom de sanguincirine , mais qui paraît être de même nature que la , chélérytlirim extraite de la chélidoine. Dans tous les cas, le nom de sanguincirine , étant le plus ancien, devra être préféré (voir le Traité de chimie organique de M. Liebig , t. III, p. 503).

Grande Chélidoine, ou Éclaire.

Chelidonium majus L. (fig. 418). Cette plante se rencontre fréquemment dans les haies et au pied des murs, par toute l’Europe. Sa racine est fibreuse et donne naissance à plusieurs tiges rameuses, hautes de 35 à 60 centimètres. Ses feuilles sont pinnatisectées, h segments arrondis, dentés-lobés. Ses fleurs sont jaunes et portées sur despédicellcs qui sont réunis en nombre variable et comme ombellés à l’extrémité d’un pédoncule opposé aux feuilles. Les pétales sont jaunes et cruciformes; les étamines sont très nombreuses. Le fruit est unesilique bivalve, s’ouvrant de bas en haut, pourvue de deux trophospermes qui se réunissent à l’extrémité en un stigmate bilobé, et dont l’intervalle est libre de fausse cloison. Les semences portent sur l’ombilic une crête glanduleuse , comprimée.

Toutes les parties de la grande chélidoine exhalent une odeur forte et nauséeuse, et il en découle, à la moindre blessure, un suc propre abondant , d’un jaune foncé, amer, âcre et même caustique. On s’en sert pour détruire les verrues ;. il a même été usité autrefois pour faire disparaître les taies qui se forment sur les yeux, et c’est de là que lui ni. ” 41

642 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

est venu le nom A'éclaire; mais son application doit exiger les plus

grandes précautions.

M. Probst paraît avoir découvert dans le suc de grande chélidoine un acide particulier auquel il a donné le nom A’ acide chélidonique, et deux alcaloïdes azotés nommés cliélidonine et chélérythrine ( Traité de chimie de M. Liebig , t. II, p. 603 et 605 , et t. III , p. 503).

On donne à la plante que nous venons de décrire le nom de grande chélidoine pour la distinguer d’une autre plante plus petite, mais d’apparence assez semblable , nommée ficaire ou petite chélidoine ( ficaria ranunculoides Mœnch. , ranunculus ficaria L. , famille des renonculacées).

Pavot corna, ou Glancier jaune.

Glaucium flàvum Crantz {chelidonium glaitcium L.). Racine fusiforme, vivace. Tige cylindrique, lisse, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 35 à 50 centimètres, glauque comme toute la plante. Feuilles radicales allongées , pinnatifides, dentées, rétrécies en pétiole à leur base; les supérieures sont amplexicaules , simplement sinuées en leurs bords. Les fleurs sont d’un beau jaune d’or, larges de 30 à 55 millimètres , solitaires sur de courts pédoncules opposés aux feuilles supérieures. Le fruit est une silique linéaire, tuberculeuse, un peu rude au toucher; il est long de 14 à 22 centimètres, courbé en forme de corne, s’amincissant insensiblement en allant vers l’extrémité et terminé par un stigmate épais et glanduleux. Celte silique s’ouvre en deux valves, en allant du sommet à la base, et présente des semences nues, scrobiculées, nichées dans les cellules de la cloison spongieuse qui sépare le fruit en deux loges.

Le pavot cornu croît dans les lieux caillouteux et sablonneux des rivages de là mer, des lacs et des fleuves, dans l’Europe moyenne et méridionale. Par sa couleur glauque et par la forme de ses feuilles

Fig, 418.

PAPAVÉIiACIÎES. 643

supérieures, il a tout à fait le port d’un pavot; mais il s’en distingue par la couleur jaune de ses pétales et par la forme si remarquable de son fruit. Il est rempli d’un suc jaune, âcre, caustique et vénéneux. Sa racine contient, d’après M. Probst, les deux mêmes alcaloïdes dont il a constaté la présence dans la chélidoinc.

On trouve dans les mêmes lieux une autre espèce de pavot cornu ou de glaucier, assez semblable au précédent, mais en différant par ses pétales d’un rouge pâle; c’est le glaucium fulvum Smith. One troisième espèce plus petite, le glaiicium corniculaturn, a les feuilles piiinatifidesincisées, les fleurs d’un rouge écarlate et les siliques couvertes de poils, ainsi que toute la plante.

Pavot blanc (fit?. 4I0).

Papaver albvm Lob. ; papavar sommfernm « L. (1)..— Car; gén.

2 sépales concaves, très caducs; 4 pétales; étamines indéfinies ; ovaire

ovoïde, stipité ; style nul ; stigmates au nombre de 4 à 20 , sessiles, appliqués sur l’ovaire comme un disque terminal, radié et persistant. Capsule oblongue ou arrondie , uniloculaire, offrant à l’intérieur, sous forme de cloisons incomplètes, autant de trophospermes pariétaux qu’il y a de stigmates rayonnés. Semences très nombreuses, très petites, réniformes, à surface réticulée.

Le pavot blanc est une plante annuelle, haute de 1 à 2 mètres, dont la tige est ronde, lisse, ramifiée à la partie supérieure, et munie de feuilles amplexicaules oblnngues , ondulées , irrégulièrement divisées en lobes dont les dents sont obtuses.

Les fleurs sont .solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux. Elles sont

Eig. 419.

(1, Regardant le.s caractères différentiels du pavot blanc et du pavot noir comme suffisants pour en former deux espèces, et ne sachant pas qu’on ait pu les faire passer de l’un à l’autre par le semis ou la culture , je les désignerai spécifiquement par leurs noms communs , déjà employés par Lobel, papaver album etpapavernigrum. Les noms âe papaver officinale ijmel. eldepapaver

Fig. 420.

6kU DICOTYLÉDONES THALAMIFI.ORES.

peucliées Unt qu’elles sont renfermées dans leur calice diphylle ; mais elles se relèvent en s’épanouissant. Les pétales sont d’une belle couleur blanche, grands, étalés, orbiculaires avec un onglet très court , quelquefois laciniés et doublés par la culture. La capsule est ovoïde , complètement indéliiscente , d’abord verte et succulente , puis sècbe, blanchâtre et très légère. Elle est séparée par un stipc court d’un bourrelet formé par le lorus qui portait les étamines, et couronnée par un disque sessile, assez étroit, offrant de 10 h 18 rayons étalés , dont les extrémités sont moins élevées que le centre (Gg. él9 et é20). Les dimensions de ces capsules sont très variables; les plus ordinaires ayant 8 centimètres de longueur sur 5 centimètres de diamètre, et d’autres acquérant 11 centimètres sur 7. A l’intérieur, les capsules sont spongieuses , très blanches et présentent des trophospermes pariétaux, sous forme de lames longitudinales, régulièrement espacées , minces , jaunâtres , et dont chacune répond h un des stigmates linéaires du disque rayonné.

Ces trophospermes portent un nombre très considérable de semences très petites, réniformes, d’un blanc jaunâtre, translucides , dont la surface est marquée d’un réseau proéminent (voirlaGgure 420 a, qui représente la semence grossie). Linné a trouvé qu’une forte tête de pavot pou- Aait contenir 32000 graines , et comme un pied donne un certain nombre de têtes, ' on a calculé qu’au bout de peu d’années , si toutes les semences produisaient, la descendance d’une seule plante couvrirait la surface de la terre.

Les semences de pavot blanc ont été usitées de tout temps comme aliment, en Perse, dans la Grèce et en Italie. Tournefort rapporte qu’à Gênes les dames mangent ces graines recouvertes de sucre. Suivant Matthiole , on les mêle en Toscane à des pâtisseries qui portent le nom de p'averata, Les oiseaux en sont très friands. Cés semences n’ont rien

somniferum L., admis par M. Nces dans ses plantes niédicinale.s, sont moins exacts : d’abord parce que le pavot blanc n’est pas la seule espèce olïicinule ; ensuite parce que le nom papavur somniferum L, appartient également aux deux espèces , et convient d’autant moins au pavot noir que ce n’est. pas lui qui est u.sité comme somnifère.

PAPAVÉIÎACÉliS. 6^l5

de iiarcoliquc , cl l’on pourrait en extraire l’huile (1) , pour la table , comme on le fait avec la semence de pavot noir. Mais leur usage alimentaire et médicinal s’y oppose pour la plus grande partie.

Les têtes de pavot blanc sont d’un usage excessivement commun en médecine, comme calmantes; mais elles doivent être employées avec prudence, surtout pour les jeunes enfants qui ont été plusieurs fois victimes de l’abus qu’en font les nourrices pour Tes endormir. Elles contiennent évidemment de la morphine, puisqu’elles sont susceptibles de fournir de l’opium par incision; mais elles ont une activité très variable suivant l’âge auquel elles ont été récoltées. C’est lorsqu’elles sont encore vertes et qu’elles ne font que commencer à jaunir qu’il faut les cueillir, et non lorsqu’elles ont blanchi cl séché sur la plante.

Pavot itianv st cap^^iiics dé;>riinécs {papavcr album dcpressum). Les pavots blancs (luc l’on emploie en médecine, à Paris , provenaient déjà, du temps de Pomet, de la plaine d’Aubervilliers ; non seulement cette culture n’a pas cessé depuis, mais elle a pris une grande extension et s’est propagée jusqu’à Gonesse , dont le territoire contribue aussi aujourd’hui à l’approvisionnement du commerce d’herboristerie de Paris. Mais depuis un certain nombre d’années , il s’est opéré dans la forme et la grosseur des capsules du pavot un changement remarquable qui, ayant été adopté par le commerce, tend à devenir de plus en plus général , les cultivateurs n’employant plus que la semence de la nouvelle

L'ig. 421.

variété (2) , à laquelle je donne le nom de papaver album depressum (Pig. 421). La plante porte des pétales complètement blancs, comme a variété première. La différence réside dans la capsule, qui est plus ou

(1) Elles en Ibiiraissent de 42 à 4o pour 100 de leur poids.

(2) Cette variété n’est nouvelle que relativement au commerce de Paris ; car c’est elle qui se trouve figurée dans VHerbarlum de Blackwell , l. 483 , bien que la capsule ne présente pas toute la dépression qu’elle est susceptible d’acquérir.

646 DICOTYLÉDONES THALAUIFLORES.

moins déprimée , de manière à devenii' souvent beaucoup plus large que haute. Le bourrelet inférieur, formé par le torus, est très gros et le plus souvent rentré dans un sinus profond, cieusé à la base de la capsule. Celle-ci présente souvent des sillons longitudinaux répondant aux trophospermes de l’intérieur, et la capsule offre alors une singulière ressemblance avec le fruit luira crepitans. Les capsules ont souvent, dans ce cas , lü centimètres de diamètre sur 5 centimètres seulement de hauteur ; mais elles ont plus ordinairement 9 centimètres de diamètre sur 6 de hauteur. De môme que la base, le sommet en est déprimé et creusé en un sinus qui renferme plus ou moins les stigmates, et ceux-ci présentent un centre très déprimé et creusé , tandis que les rayons sont au contraire redressés en forme de couronne , parallèlement à l’axe. Les capsules me paraissent plus épaisses, plus compactes , plus chargées de suc que celles de la première variété. Les lro|)hos|)cr!nes sont plus larges, d’un jaune plus foncé, et sont munis de chaque côté, à la base, d’une petite aile plus marquée que dans la variété, oblongue. Les semences ne présentent aucune différence appréciable.

Petit pavot blanc d’Arménie. Dans une note sur la culture de l’opium en Arménie {Journ. pharm. et chim. , t. XIII, p. 105), M. Gaultier de Claubry fait mention de quatre espèces ou variétés de pavots qu’il distingue par leurs semences blanches , jaunes , noires ou bleu de ciel. Les graines blanches produisent des fleurs d’un blanc de lis; les jaunes donnent des fleurs rouges, les noires des fleurs noires; enfin les semences bleu de ciel donnent des fleurs d’un iiourpre foncé assez vif.

Les graines blanches ou bleu de ciel produisent de grosses capsules oblongues ; les graines jaunes ou noires produisent des tètes petites et complètement rondes.

Les fabricants d’huile se servent souvent des graines blanches qui sont très oléagineuses , quoique de médiocre grosseur. Elles sont préférées par les cultivateurs.

Ces quatre espèces ou variétés de pavots paraissent servir à l’extraction de l’opium , quoique la note ne soit pas explicite à cet égard ; mais les capsules qui ont été remises à M. Gaultier de Claubry, avec une incision circulaire qui indique qu’elles ont servi à l’extraction de l’opium , étant des capsules de pavot blanc , il est probable que c’est celte espèce surtout qui sert à l’extraction de l’opium en Arménie. Les semences sont très petites, blanches et translucides; les capsules sont fort petites , très blanches , très minces et probablement très peu productives en suc. J’en ai fait représenter une ici de grandeur naturelle (fig. 422 ).

PAPAVÉRACÉI'S.

Pavot noir.

Papaver nigrum Lob. Ce pavot ressemble au précédent , sauf qu’il ne s’élève qu’à 1 mètre ou 1“,20 ; que scs feuilles sont d’un vert plus prononcé, que ses pétales sont d’un rouge violacé pâle, avec une tache noirâtre h la base, et que ses capsules sont arrondies, plus petites, plus nombreuses, couronnées par un large disque rayonné, et contiennent des semences noires, opaques, réniformes, dont un des lobes est manifestement plus petit que l’autre et un peu aigu. Mais le caractère principal de CO pavot résulte de coque, au moment de la maturité des graines , le disque stigmatifère se sépare de la capsule et s’élève à une petite distance, par suite de l’allongement des lanies qui unissent les trophospermes aux stigmates. 11 en résulte , dans l’intervalle de deux stigmates, une petite fenêtre répondant à une fausse loge de l’intérieurj et par laquelle les semences s’échappent et se dispersent (voir la figure è23, qui représente une capsule de pavot noir de grandeur naturelle).

Le pavot noir est cultivé dans les jardins , où il se sème de lui-même à l’automne, pour paraître au printemps suivant , en quantité considérable qu’on a beaucoup de peine à détruire. On en cultive aussi des Fig. 422.

variétés à grandes fleurs , simples ou doubles , à pétales entiers ou iaciniés. Enfin , en Allemagne , dans le nord de la France et dans la Belgique, on cultive très en grand, dans les champs, le pavot noir, pour l’extraction de son huile, qui est très usitée sous le nom d’hnîlc

6i8 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

d’ociiicuc (1) dans la peiiilure, comme siccative , et dans le commerce de l’épicerie, pour falsifier ou pour i cmplacer l’iiuile d’olive. On a cru pendant longtemps en France que cette huile était narcotique, et des peines sévères menaçaient, sans beaucoup les atteindre, ceux qui la substituaient h celle d’olive. Aujourd’hui cette substitution se fait presque partout; si elle ne nuit pas à la santé de ceux qui usent de l’huile comme aliment , elle n’en constitue pas moins une tromperie h leur égard , puisqu’ils paient comme huile d’olive un produit d’une valeur bien inférieure. Cette substitution est encore itlus préjudiciable à ceux qui voudraient appliquer l’huile, sans le savoir, à la fabrication des savons et des emplâtres; les savons et les emplâtres formés avec l’huile d’œillette étant d’une grande mollesse et siccatifs à l’air, en même temps qu’ils y acquièrent une rancidité fort désagréable. J’ai indiqué précédemment (t. II, p. 537 et suiv.) les moyens de reconnaître la pureté de l’huile d’olive.

Pavot roiis'c sanvage , ou CoRuclicot.

Papaver rhœas L. Racine annuelle, fibreuse, pivotante. Tige droite, feuillue, plus ou moins rameuse , haute dé 35 à 60 centimètres, chargée , ainsi que les feuilles , de poils rudes. Feuilles d’un vert foncé , étroites, profondément pinnatifides, à lobes allongés, incisés-dentés, aigus. Les fleurs sont larges de 8 centimètres et plus , portées à l’extrémité de la tige et des rameaux sur de longs pédoncules. Les sépales du calice sont velus; les pétales sont d’un rouge éclatant, avec ou sans tache pourpre-noirâtre à la base.

La culture peut doubler les coquelicots, et les faire passer par toutes les nuances depuis lë rouge pourpre jusqu’au blanc. Les capsules sont fort petites , glabres, obovées ou turbiuées , couronnées ou plutôt couvertes par un large disque à 10 rayons ; elles s’ouvrent par des trous qui se forment au-dessous du disque. Les semences sont très petites et presque noires.

Le coquelicot croît par toute l’Europe dans les champs de blé , où il produit un bel effet en juin et juillet, par le rouge éclatant de ses pétales. Ceux-ci sont récoltés et séchés pour l’usage de la médecine. Ils doivent être conservés dans un endroit très sec ; car ils sont très hygrométriques et se détériorent promptement. Ils sont mucilagineux , adou-

(1) Ce nom est la traduction du mot italien olielto (petite huile). La semence vendue par les grainetiers de Paris , sous le nom de semence d'œillelle, n’csl cependant pas celle du pavot noir figuré ci-dessus. Cette semence est plus grosse, toujours opaque, mais d’un gris bleuâtre, et non noire. Elle SC rapporte probablement aux semences bleu de ciel d’Arménie.

PAPAVÉRACÉES. G/lO

cissants et calmants ; ils sont très utiles dans la coqueluche , les rhumes , les irritations intestinales, etc. On les emploie en infusion aqueuse, sous forme de sirop ou en extrait.

Pavot d’Orîent , papciver orientcdis L. Cette belle espèce de pavot a été découverte dans l’Arménie par ïournefort, et depuis ce temps elle est cultivée dans les jardins de l’Europe. Sa racine est grosse comme le doigt, pivotante, très vivace et peut durer, à ce qu’il paraît , un grand nombre d’années. Elle produit tous les ans une ou plusieurs tiges hautes de 50 à 70 centimètres, munies de feuilles pétiolées, grandes, profondément pinnalifides, à lobes oblongs, dentés et pointus ; elles sont toutes couvertes do poils l’udes , ainsi que les liges, les pédoncules et les calices. Chaque tige est terminée par une fleur longuement pédonculéc , d’abord renfermée dans un calice à 2 ou 3 sépales; les pétales développés sont au nombre de U ou 6 , très grandi , d’un rouge foncé , avec, une tache pourpre noirâtre à la base; les étamines sont très nombreuses, terminées par des anthères d’un violet noirâtre; l’ovaire est turbiné, vert, lisse, terminé par un large disque à 12 ou 16 stigmates linéaires, d’un violet foncé. Capsule turbinée, déhiscente; semences noires.

Le nom Ac pavot eVOrient, que porte cette plante, a fait supposer à quelques personnes que c’était elle qui produisait l’opium. Mais Tournefort dit positivement que les habitants n’en tirent pas d’opium , quoiqu’ils lui en donnent le nom [aphion], et que ses capsules, qui sont d’une grandeâcreté, soient mangées par les Turcs, probablement dans le but . de produire un effet narcotique analogue h celui de l’opium.

On doit à M. Petit , pharmacien à Corbcil , un bon mémoire sur le pavot d’Orient. Il en résulte que ce pavot contient de la morphine dans ses différentes parties, et surtout dans sa capsule. 100 parties d’extrait alcoolique de ces capsules vertes en ont fourni 5 de morphine {Journ. pharm.,t. XIII, p. 183).

On cultive dans les jardins un pavot presque semblable au précédent, mais plus grand dans toutes ses parties , h folioles plus nombreuses et plus aiguës, à fleurs accompagnées de bractées, ce qui lui a fait donner le nom Ae papaver bracteattmi. Il paraît originaire des contrées asiatiques et méridionales de l’empire russe.

Opium.

L’opium est un suc épaissi fourni par les capsules du pavot blanc. Celui que nous employons est tiré surtout de la Natolic et de l’Égypic ; mais il en vient aussi de la Perse et de l’Inde ; enfin, on peut récolter de l’opium dans beaucoup d’autres pays , et plusieurs personnes eu ont

650 DICOTYLÉDONUS THALA.MIFLORES.

obtenu en France et en Angleterre, par l’incision des capsules de pavot,

qui Était peu inférieur à celui du commerce. Cependant les essais tentés

jusqu’ici n’ont guère servi qu’à constater l’identité des produits, le prix

du terrain , la main-d’œuvre et la petite quantité du suc obtenu , faisant

revenir l’opium indigène à un prix au moins aussi élevé que celui du

commerce.

L’opium est connu depuis un grand nombre de siècles. Les ancietis en distinguaient de deux sortes : l’un extrait par des incisions faites aux capsules de pavots , qu’ils nommaient proprement opium (1) ; l’autre, beaucoup plus faible, obtenu par la contusion et l’expression des capsules et des feuilles de la plante : ils l’appelaient méconium {Bioscoride , lib. iv, cap. 60 ). Beaucoup d’auteurs modernes ont prétendu qu’on n’en préparait plus de la première sorte, et que le seul opium que nous eussions était le méconium. D’autres , en admettant que l’on prépare encore de l’opium par incision, pensent que cet opium est entièrement consommé par les riches du pays, et que, |iar conséquent, nous n’avons toujours que le méconium des anciens ; mais il n’eu est pas ainsi : non seulement parce qu’un extrait obtenu avec le suc de la plante, évaporé au feu, n’aurait en aucune manière l’odeur vireuse de l’opium du commerce , mais encore parce que tous les voyageurs s’accordent à faire récolter l’opium par incision , comme l’indique Dioscoride.

Ainsi , d’après cet ancien auteur, le malin , après que la rosée s’est évaporée, on fait aux capsules des pavots des incisions obliques et superficielles ; on ramasse avec le doigt le suc qui en découle et on le reçoit dans une coquille. Peu de temps après ou y retourne pour ramasser le nouveau suc écoulé. On mêle dans un mortier le suc obtenu tant de cette fois que le jour suivant, et l’on en forme des Irochisques.

D’après Kæmpfer {Ainœnit., p. 6A3), en Perse, la récolte de l’opium se fait dans le courant de l’été, en incisant supciTicielleraenl les capsules des pavots proches de leur maturité (il remarque , comme Dioscoride, que les incisions ne doivent pas pénétrer dans l’inlérieur de la capsule). On se sert à cet effet d’un couteau à cinq lames, qui fait d’un seul coup cinq incisions parallèles. Le suc est enlevé le lendemain avec un racloir et reçu dans un vase suspendu à la ceinture de l’opérateur. Alors on incise une autre face de la capsule , afin d’en recueillir le suc de la même manière. Celte opération se répète plusieurs fois sur le même champ , à mesure que les pavots arrivent au point convenable de maturité.

PAPAVÉRACÉES. 651

La préparation de l’opium en Perse consiste principalement à l’humecter d’un peu d’eau , afin de pouvoir l’agiter et le pétrir dans un vase de bois aplati , jusqu’à ce qu’il acquière la consistance et la ténacité de la poix ; alors on le malaxe dans les mains, et l’on en forme de petits cylindres qui sont exposés en vente.

Suivant Belon {Singularités, liv. iii, ch. 15), l’opium se récolte principalement dans la Paphlagonie , la Cappadoce , la Galalie et la Cilicie , provinces de l’Asie ftlineurc. Là on sème des champs de pavots blancs, comme nous faisons pour le blé; et, quand les têtes sont venues, on y fait de légères coupures, d’où sortent quelques gouttes de lait qu’on lai.sse un peu épaissir. Tel paysan eu recueille 5 kilogrammes, l’autre 3, plus ou moins. Un marchand assura à Belon qu’il n’y avait pas d’années qu’on n’en enlevât la charge de cinquante chameaux , pour transporter en Perse , aux Indes et en Europe.

Le meilleur opium, dit toujours Belon, est fort amer, chaud, et âcre au goût; il est de couleur fauve et formé de petits grains de diverses couleurs; car ces grains ne sont autres que les larmes recueillies sur les pavots, lesquelles se sont soudées ensemble en une seule masse.

Olivier, dans son Voyage dans l’empire ottoman , rapporte l’extraction de l’opium de la môme manière que Belon. D’après lui, b Aphioum Kara-Hissar, ville de l’Asie âlineure, on obtient l’opium on faLsant des incisions successives aux capsules de pavot blanc, avant leur maturité. Ces incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur du fruit. On recueille le suc à mesure qu’il s’échappe et se concrète.

Enfin, plus récemment, un autre voyageur français, M. Charles Texier, a encore décrit l’extraction de l’opium presque dans les mêmes termes {Journ. de pharm. , t. XXf, p. 197). Seulement M. Texier ajoute qu’on pile le suc épaissi en crachant dessus, les paysans assurant que l’eau le fait gâter.

Comme on le voit, les auteurs les plus recommandables s’accordent à dire que l’opinm du commerce est obtenu par des incisions faites aux cajisules des pavots ; mais de ces auteurs, trois, Dioscoride, Kæmpfer et W. Texier, font piler ou malaxer l’opium , ce qui doit en former une masse homogène ; tandis qu’Olivier, et Belon surtout, font sécher le suc directement , puisque ce dernier déci it l’opium comme formé par l’assemblage des . petites larmes recueillies sur les capsules. Nous allons retrouver ces deux caractères dans les différents opiums du commerce, ce qui en montrera à la fois l’origine et l’exactitude des descriptions citées.

On trouve dans le commerce français trois sortes d’opiums qu’il importe de savoir distinguer, à raison de leur valeur bien différente en

652 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

morphine et en propriétés médicales : ce sont les opiums de Smjjrnc, de Constantinople et d’Egypte. J’y joindrai la description des opiums de Perse et de l’Inde. Quant à ceux qui ont été récoltés à différentes reprises à Naples , en France , en Suisse et cn^ Angleterre , à part l’odeur forte et vireuse et la saveur amère des opiums du Levant , ils n’ont pas de caractère de forme particulière qui puisse les faire reconnaître.

Opium de Sniyrnc. Cet opium cst en iiiasscs presque toujours déformées et aplaties, h cause de leur mollesse primitive. Sa surface est tout à fait irrégulière, grossièrement granuleuse , et offre des fissures qui indiquent la réunion de plusieurs masses en une seule. Elle présente quelques restes de feuilles de pavot , mais elle est surtout couverte de semences de rumex, qui souvent sont passées à l’intérieur par la soudure et la confusion en une seule de masses plus petites et d’abord isolées. Cet opium , d’abord mou et d’un brun clair, noircit et se durcit h l’air; il a une odeur forte et vireuse, et une saveur amère , acre et nauséeuse.

L’opium de Smyrne est, à n’en pas douter, l’opium de Belon, qui a été tiré par incision des capsules , et séché sans aucune opération intermédiaire ; car, lorsqu’on le déchire avec précaution quand il est encore mou, et qu’on l’examine à la loupe, on le voit tout formé de petites larmes blondes ou fauves, transparentes, agglutinées ensemble comme celles du sagapénum , dont elles présentent l’aspect. C’est donc là l’opium le plus pur que l’on puisse trouver; c’est aussi celui qui donne le plus de morphine et qui est le plus estimé.

Je pense que c’est h l’opium de Smyrne qu’il faut rapporter les principaux travaux chimiques qui ont été faits sur cette substance et les résultats qui en ont été obtenus. Quelles que soient la simplicité du procédé par lequel on se l’est procuré , et l’homogénéité apparente de la matière , sa composition est des plus compliquées ; puisque , en réunissant les travaux des chimistes qui s’en sont occupés à plusieurs reprises , tels que Derosne , Séguin , Sertuerner, Robiquet , Pelletier, Couerbe , etc. , on ne trouve pas moins d’une vingtaine de principes , dont six cristallisables , azotés et plus ou moins alcalins, ont reçu les noms de morphine , codéine, pseudomorphine , paramorphinc , narcotine, narcéine; un autre, également cristallisable , non azote, nommé méconine; deux acides, les acides acétiqice cl méconique ; nwe huile fixe, une huile volatile, une résine, du caoutchouc, m\c matière extractive , de la gomme , des sulfates dépotasse et de chaux , etc. On peut croire cependant , en raison de la facilité bien reconnue aujourd’hui avec laquelle les principes organiques se transforment les uns dans les autres, que tous ces corps n’existent pas simultanément dans

PAPAVÉllACÉES. 653

un nièine suc végélal, et que plusieurs d’entre eux résultent du procédé qui a servi à les en extraire.

De toutes les analyses quanlitaiives d’opium qui ont été publiées et qui varient considérablement, je n’en rapporterai qu’une, due à M. Miilder, qui me paraît présenter assez bien la composition moyenne des opiums du commerce :

Morphine . 10,842

NarcOlinc . 6,808

Codéine . 0,678

Narcéine . . 6,662

Méconine . 0,804

Acide niéconiquc . 3,124

Caoutchouc . 6,012

Résine . 3,882

Matière grasse . 2,166

— extractive . 23,200

Gomme . . 1 ,042

Mucilage . 19,086

Eau . 9,846

Perte . . 2,148

Celle analyse n’est cependant pas complètement satisfaisante, puisqu’elle ne fait pas mention des sulfates dont la présence a été constatée dans l’opium. Je remarquerai, de plus, que , bien qu’elle ait été donnée comme se rapportant à la première sorte d’opium de Smyrne, je la considère comme ayant été opérée sur de l’opium de Smyrne inférieur ou sur de l’opium de Constantinople.

L’opium de Smyrne bien divisé , traité par l’eau froide , donne une liqueur fauve rougeâtre, qui s’éclaircit facilement par le dépôt de son résidu insoluble , lequel possède une propriété glutineuse très marquée lorsqu’on le malaxe entre les doigts. La liqueur filtre avec une grande facilité : elle rougit fortement le tournesol , devient d’un rouge de sang par l’addition d’un sel de sesquioxide de fer ( réaction due à l’acide méconique), et forme avec l’ammoniaque un abondant précipité blanchettre caillebotlé, principalement composé de morphine. Elle produit avec le nitrate de baryte un précipité abondant de sulfate de baryte, et devient seulement louche par l’oxalate d’ammoniaque, en raison de ce que l’acide sulfurique se trouve combiné dans l’opium , principalement à la morphine et à la potasse , et fort peu à la chaux, qui n’y existe (]u’cn minime quantité.

L’opium de Smyrne, devenu sec à l’air, bien épuisé par l’eau froide, fournit de 58 à 61 pour 100 d’extrait sec et cassant ; mais cet extrait, étant redissous dans 15 parties d’eau froide et ramené à siccité , se trouve réduit à 55 ou 57. Le résidu insoluble desséché , réuni à celui

654 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

du premier iraitement , pèse 37 ou 38 pour 100; d’où l’on voit qu’en

moyenne , l’opium de Smyrne sec fournit :

Extrait aqueux purifié . 56,0

Résidu insoluble . 37,5

Eau et perte . 6,5

L’extrait purifié qui précède, étant redissous de nouveau dans l’eau froide et additionné d’ammoniaque en léger excès , fournit de 23 à 26 de précipité sec , pulvérulent et de couleur fauve , de morphine impure. Ce précipité , lavé d’abord avec de l’alcool à 40 degrés centésimaux, puis traité deux fois par de l’alcool à 90 degrés bouillant, fournil facilement de 15 à 17 pour 100 du poids de l’opium brut , de morphine cristallisée. Ce qui revient à 28 pour 100 du poids de l’extrait purifié.

Opium de Constantinople. Je présume que cet opium cst tiré des parties les plus septentrionales de la Natolie et qu’il est apporté des ports de la mer Noire à Constantinople. Il y en a deux sortes bien distinctes.

L’un, que je nommerai opium de Constantinople en boules OU en gros pains, est en pains assez volumineux dont les plus gros, pesant de 250 à 350 grammes, ont été mis sous forme de boules; mais ils ont pris, en se tassant réciproquement, la forme de pains carrés et un peu coniques. Les autres, du poids de 150 à 200 grammes, sont aplatis, allongés et déformés à la manière de l’opium de Smyrne , mais ils le sont beaucoup moins. Tous sont entourés d’une feuille de pavot presque entière , ont une surface propre et assez unie , et ne présentent qu’un petit nombre de semences de rumex. Ces pains ayant été formés avec un opiuut beaucoup moins mou que l’opium de Smyrne, ne se soudent pas entre eux; à l’intérieur ils sont formes de petites larmes agglutinées, comme l’opium de Smyrne, mais d’une couleur plus foncée, quelquefois pures, d’autres fois mélangées, surtout dans les gros pains arrondis , de raclures de têtes de pavot. Cet opium se rapproche donc beaucoup de l’opium de Smyrne , et bon nombre de commerçants à Paris l’achètent ou le vendent sous ce nom ; mais il lui est inférieur en qualité. Traité de la même manière que l’opium de Smyrne, il m’a donné , après que l’extrait a été redissous dans l’eau et ramené à siccité :

PAPAVÉRACÉES.

Extrait aqueux purifié. . . 51,98

Résidu insoluble desséché . 38,05

Eau et perte . 10,07

L’extrait , redissous dans l’eau et précipité dans l’ammoniaque , a fourni 16,37 de morphine brute, d’où j’ai retiré 10,9 de morphine cristallisée.

Opium de Constantinople en petits pains. Cet opium CSt en petits pains aplatis, assez réguliers, de forme lenticulaire, larges de 55 à 80 millimètres et du poids de 80 à 90 grammes. Il est recouvert d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties ; il a une odeur semblable aux deux opiums précédents , mais plus faible. Quelques personnes pensent que cet opium a été remanié et altéré a Constantinople; mais peut-être a-t-il été préparé en Asie même, en ajoutant au produit de l’incision celui de l’expression des pavots. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’il est jjlus mucilagiiieux que l’opium de Smyrne et qu’il contient beaucoup moins de morphine. Dans un essai fait anciennement , cet opium, traité par infusion dans l’eau, m’a donné 60,94 d’extrait non purifié, lequel, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, n’a produit que 11,68 de morphine impure, répondant, d’après les essais précédents , à 7 ou 8 pour 100 de morphine cristallisée.

Opium d’Égypte, 11 est probable qu’autrcfüis l’opium venait principalement d’Égypte, comme l’indique le nom A' opium thébaïque qu’ on lui donne encore aujourd’hui dans la pratique médicale. Mais celte sorte avait pendant très longtemps disparu du commerce , lorsqu’elle y reparut il y a de vingt à vingt-cinq ans. Je me rappelle avoir assisté à rouveilure do la pi’emière caisse qui en vint à Paris, (ilet opium me surprit par son aspect tout particulier; je le crus cependant de bonne qualité, et j’en pris une certaine quantité; mais, l’ayant essayé, comparativement avec l’opium de Smyrne, je vis qu’il contenait moins de inor|)hine : on doit donc le rejeter.

L’opium d’Égypte est en pains orbicülaires aplatis , larges de 8 centimètres environ, réguliers, très propres à l’extérieur, et paraissant avoir été recouverts d’une feuille dont il ne reste que des vestiges. Cet opium se distingue de celui de Smyrne par sa couleur rousse permanente , atialogne à celle de l’aloès hépatique; par une odeur moins forte, mêlée d’odeur de moisi ; parce qu’il se ramollit à l’air libre au lieu de s’y dessécher, ce qui lui donne une surface luisante et un peu poisseuse sous les doigts ; enfin, parce qu’il est formé d’une substance unie et non

656 DICOTYLÉDONES THALAMIFI.ORE?.

grenue , ce qui indique qu’il a été pisté ou malaxé avanl d’être mis en

masses, comme l’ont indiqué trois des auteurs précités.

Je n’ai fait anciennement qu’un seul essai sur l’opium d’Égypte, qui, tout en monlrant que cet opium était inférieur à celui de Smyrne, le plaçait au-dessus de celui de Constantinople. J’avais trouvé, en effet, que 100 parties de cet opium fournissaient, par infusion dans l’eau, 61 parties d’extrait non purilié, et cet extrait, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, m’avait donné 10,72 de précipité que je supposais contenir proportionnellement la même quantité de morphine que les autres, ce qui faisait environ 9,5 pour 100 du poids de l’opium.

Ce résultat a été contredit implicitement par d’autres chimistes. D’après M. Berthemot, la solution aqueuse d’opium d’Égypte contiendrait de l’acide acétique libre qui dissoudrait toute sa narcotinc; de sorte que ce principe, au lieu de rester en grande partie dans le marc, comme cela a lieu avec l’opium de Smyrne , se trouverait dans la liqueur et ferait partie du précipité formé par l’ammoniaque. D’autres n’admettent que 3 ou U pour 100 de morphine dans l’opium d’Égypte; mais M. Merck en a retiré 6 à 7, et M. Ghristison a obtenu du même opium 10,4 de chlorhydrate de morphine très pur, ce qui répond à 8,43 de morphine cristallisée.

A l’occasion de l’opium d’Égypte , je vais revenir sur l’espèce de pavot qui doit fournir l’opium. Il est remarquable que tous les auteurs, jusqu’à Bclon , aient annoncé que l’opium était tiré du pavot noir. Dioscoride et Pline le disent pour l’opium en général ; Avicenne, Abd- Allalif, Ebn-Beitar, et Prosper Alpin l’énoncent spécialement pour l’opium d’Égypte. J’avais cru trouver là la cause de l’infériorité de cet opium ; mais il paraît , d’après un renseignement qui m’a été fourni par M. riassan-Hachim , élève égyptien de notre école , que c’est le pavot blanc qui sert aussi à l’extraction de l’opium d’Égypte. M. Hassan- Hachim m’a dit avoir vu au Caire les capsules de pavot qui y sont apportées en très grande quantité de la haute Égypte, à cause de l’usage que l’on fait de leurs semences comme aliment. Ces semences sont blanches, et les capsules portent l’empreinte des incisions qui ont servi à l’extraction de l’opium.

Opium de Perse. Cet opium paraît venir par la voie de Trébizonde ; tel que je l’ai reçu de M. Morson . de Londres , il est en bâtons cylindriques ou devenus carrés par leur pre.ssion réciproque ; il est long de 95 millimètres, épais de 11 à 14 , enveloppé d’un papier lustré, maintenu avec un fil de coton. Chaque bâton pèse environ 20 grammes ; la pâte en est fine, uniforme, offrant cependant encore à la loupe l’aspect de petites larmes agglutinées , mais bien plus petites et plus atténuées que dans l’opium de Smyrne. Cet opium est bien celui dont la prépara-

PAPAviir.ACÉES. 657

lion a (jlé dcci itc pai- Kœiiipfer ; il a la couleur liépaliquo de l’opium d’Kgyi)to , une odeur semblable, c’rsl - à - dire vireuse , niêliîe de l’odeur de moisi , une saveur très amère. 11 se ramollil également à l’air humide. Cet opium diffère beaucoup par sa nature de celui de Smyrne ; il ne contient pas de sulfate de chaux et ne renferme que très peu d’un autre sulfate soluble. Il fournit par l’eau froide 80,55 d’extrait, qui se réduisent à 78,76 par une seconde solution dans l’eau. Les deux résidus insolubles réunis ne pèsent que 18,26 : il ne reste que 2,78 liour l’eau et la perte.

L’extrait, redissous dans l’eau et additionné d’ammoniaque, n’a fourni que é,95 de précipité contenant de la morphine; mais le temps m’a manqué pour terminer l’essai , et je n’ai pu le reprendre depuis. M. Merck a obtenu avec peine, du même opium, 1 pour 100 de morphine et une trace de narcotine.

Lorsqu’on évapore la solution d’opium de Perse , elle forme pendant l’évaitoralion un dépôt blanc cristallin , et, vers la fin, elle se présente comme un miel grenu , de couleur orangée.

Opium «le l’intic. Oit lisait dans plusieurs ouvrages que l’Inde fournit à l’Angleterre une immense quantité d’opium ; mais quand je me suis adressé à M. Pereira, à Londres, pour avoir de l’opium de l’Inde, il m’a répondu que cet opium était extrêmement rare en Angleterre, et que le seul échantillon qu’il en eût (et qu’il voulut bien partager avec moi) lui avait été envoyé de Bombay par un de ses élèves [Journ. depharm., t. XVII, p. 716). L’Inde cependant produit une grande quantité d’opium; mais celui qui n’y est pas consommé passe tout entier aux îles de la Sonde, en Chine et dans les autres contrées orientales de l’Asie, où l’usage de fumer l’opium est généralement répandu (1).

On connaît d’ailleurs dans l’fnde trois sortes principales d’opiums, savoir ceux de Maiwa, de Patna et de Bénar'es, L’opium de Malwa passe à Bombay, ceux de Patna et de Bénarès sont transportés à Calcutta et constituent Vopium de Bengale des commerçants anglais. Ces deux derniers opiums , récoltés dans deux contrées limitrophes, sur le bord du Gange , sont en effet presque semblables ; l’opium de Malwa seul est différent et paraît se rapprocher de celui de Perse , par sa nature et sa préparation.

Opium de tilaina (Pereira). Masse uniforme, ovale - allongée , aplatie, pesant moins de 30 grammes; extérieur propre , sans feuilles ni semences; intérieur d’un brun noirâtre, assez mou, luisant comme

(l) En 1827 ou 1828 , l’exportation de l'opium de l’Inde pour la Chine a été de 530703 kilogrammes ; en 1833 elle était de 1397887 kilogrammes. Il est probable qu’elle est encore plus forte aujourd’hui.

G58 DICOTÏLÉDONES ïHALAMIl'LORES.

un extrait; saveur piquante ; très amère, laissant un goût nauséeux. Odeur de fumée un peu vireuse , bien différente de celle de l’opium du Levant: Cet opium, traité par infusion dans l’eau , m’a donné 57,12 pour 100 d’extrait, lequel, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, a produit 8,33 de morphine impure, répondant il 5,5 de morphine cristallisée. C’est ce même opium qui , traité anciennement par le professeur 'l’hompson , lui a fait dire que l’opium de l’Inde ne contenait que le tiers de morphine de celui de Turquie. C’est lui encore qui a fourni à M. Smyttan , inspecteur de l’opium à Bombay, de 3 à 5 centièmes de son poids de morphine. Un opium de qualité supérieure, mais non commercial , obtenu dans le jardin de culture , a fourni de 7,75 à 8,25 de morphine pour 100 [Journ. pharm., t. XXI , p. 54ù).

Depuis l’envoi de cet opium, M. Pereira a décrit dans la seconde édition de sa Matière médicale, une autre .sorte d’opium de iMalwa , consistant en un pain rond et aplati, du poids de 10 onces , qui semble avoir été enveloppé dans une poudre grossière faite de pétales de pavot broyés. La consistance de cet opium est celle de l’opium de Smyrne moyennement dur; son odeur est semblable; sa substance intérieure paraît homogène.

Opium de Pafna OU de Bénarès. Cet opium, dont je (lois un bel échantillon à M. Christison , est sous forme d’une boule grosse comme une tête d’enfant, pesant 3 livres 1/2 avoir-du-poids, ou 1587 grammes. Cette boule est enfermée dans une enveloppe solide , épaisse de près de 1 centimètre , formée de pétales de pavot serrés et agglutinés entre eux, et pesant h elle seule une demi-livre (227 grammes/ comprise dans les 3 livres 1/2 ci-dessus. Dans l’état d’altération où sont ces pétales, il est difficile de décider s’ils appartiennent au pavot blanc ou noir. Cependant beaucoup paraissent blancs, ce qui s’accorde avec un passage de Roxburgh, qui se borne à dire que la variété blanche de papaver somnife^mm, à semences blanches, est cultivée sur une très grande échelle dans plusieurs parties de l’Inde {Flora indica, II, 571). A l’intérieur, la masse est molle, d’un brun très foncé , possédant une odeur et un goût forts et purs d’opium.

M. Smyttan annonce n’avoir retiré de l’opium du Bengale que 2 ou 3, et jamais plus de 3,5 de morphine pour 100. Mais d’aprèsM. Morson, chimiste et pharmacien très distingué de Londres, l’opium de Bénarès contiendrait environ moitié de la quantité de morphine trouvée dans les bonnes sortes d’opium de Turquie.

Opinm du jardin de Patna. Cct opiuUl lu’a été douilé l)ar M. Christison sous le nom A' opium de Malwa , et je l’ai décrit sous ce nom dans ma dernière édition, tout en le distinguant soigneusement de l’opium de Malwa envoyé par .M, Pereira. Postérieurement, AI. Chris-

PAPAVÉRACÉES. 659

tison m’a appris que cet opium , non commercial , avait été préparé dans le jardin de Patna , par les ordres de iM. Fleming, dans la vue de trouver les moyens de remédier à la mauvaise qualité des opiums de l’Iiide; on peut donc considérer ce nouveau produit comme indiquant le degré de supériorité que l’opium de l’Inde peut acquérir. Ce produit présente la forme d’un pain carré, de 7 centimètres de côté et de 1*’, 5 d’épaisseur. 11 est enveloppé dans une lame très mince et transparente de mica, et a l’aspect lisse et homogène d’un extrait pharmaceutique bien préparé. Traité par l’eau froide, il a produit 63,89 d’extrait sec, qui se sont réduits à 61,11 par une nouvelle solution à froid. Le marc insoluble pesait 36,11 ; il était huileux et graissait le papier. L’extrait, redissous dans l’eau, lui donnait la couleur rouge d’un bain de bois de teinture. Précipité par l’ammoniaque, il a fourni 10,07 de morphine impure, de laquelle j’ai retiré 6,7 de morphine cristallisée. M. Cbristison a obtenu du même opium 9,5 pour 100 de chlorhydrate de morphine très pur, une quantité considérable de narcotine , et, suivant M. Pereira , 8 pour 100 de codéine; mais ce dernier nombre est sans doute entaché d’erreur. M. Merck a retiré du même opium 8 de morphine, 3 de narcotiue , 0,5 de codéine, 1 de thébaïne, des traces de méconine et 0,5 d’un nouvel alcaloïde auquel il a donné le nom de porphyroxine. Enfin, c’est encore le même opium qui a fourni à M. Mouchead 10,5 de morphine, et 10,7 à M. Payen [Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. XVII, p. 849).

Opium indigène. C’est Belon qui a conseillé le premier de préparer en Europe, et spécialement en France, de l’opium, en employant le procédé usité dans l’Anatolie. Ceux qui s’en sont le plus occupés sont MM. Cowley et Slaincs en Angleterre , Yoniig en Écosse, Petit et le général Lamarque en France, Hardy et Simon en Algérie. Le plus beau de ces opiums m’a été envoyé d’Angleterre par M. Pereira ; il a la forme d’un pain aplati, dont la cassure est très liomugènc , luisante et de couleur hépatique brune; il offre une odeur assez forte d’opium de Smyrne et une saveur très âcre et très amère. Je ne doute pas qu’il ne soit d’une excellente qualité et supérieur à celui de MM. Cowley et Staines , qui n’a fourni à M. liennel que 7,37 de morphine pour 100. Un opium préparé aux environs de Provins a donné à M. Petit, de Corbcil, 10 à 18 pour 100 de morphine [Journ. pharm., t. XIII, p. 183), ce qui le montre égal au meilleur opium de Smyrne , et M. Caventou parait avoir obtenu un résultat analogue.

L’opium récolté i)ar le général Lamarque , à Eyrès , dans le département des Landes , n’a pas la belle apparence de l’opium anglais décrit plus haut, étant en grumeaux agglomérés auxquels on ji’a pas cherché à donner la forme d’une masse homogène ; mais il est également d’une très bonne qualité. M. Caventou annonce, en effet, en avoir extrait , en 1828 , plus de 14 de morphine pour 100 [Comptes rendus, t. XVII, p. 1073); et Pelletier, en employant la précipitation à chaud par le carbonate d’ammoniaque (ce qui est

660 DICOTYLÉDONES THALASIfFLOKES.

un mauvais procédé), en a retiré 10,3 do morphine. Le résultat le plus singulier de l’analyse faite par l’ellelier, c’est qu’il n’a pas trouvé de narcolinc dans l’opium d'Eyrès ( Jourre. p/iorm., t. XXI, p. 371).

Je ne puis passer sous silence les tentatives faites de 1843 à 1848, par M. Hardy et par M. Simon , pour récolter de l’opium en Algérie , tentatives qui ont été l’objet de plusieurs rapports faits par ftl. Payen à l’Académie des sciences ( Comptes rendus, t. XVII, XV^III, XX et XXII ). L’opium récolté en 1843 par M. Hardy, directeur de la pépinière d’Alger, paraissait être de bonne qualité; mais il n’a rendu que 8 de morphine pour 100 , ce qui n’est que la moitié de la quantité fournie par les opiums moyens du commerce et le tiers de ce que produisent les qualités supérieures.

M. Simon , directeur du Jardin des Plantes de Metz , a eu l’idée de renfermer l’opium recueilli par lui à Alger dans des capsules de pavot vides , ce qui donne au produit une forme spéciale qu’il serait facile de faire admettre dans le commerce. Cet opium , analysé par M. Herpin , pharmacien en chef de la Pharmacie centrale, à Alger, a fourni 12 pour 100 de morphine, qui s’est réduite à 10,73 par la purification que M. Payen lui a fait subir. Mais cette bonne qualité ne s’est pas soutenue en 1848, oiiTopium récolté par M. Simon n’a offert que 3,74 à 3,84 de morphine, et celui do M. Hardy 4,84 à 4,94. On ne voit pas la raison , cependant, pourquoi on n’obtiendrait pas en Algérie un opium aussi bon que celui récolté en France, à moins que la chaleur du climat ne soit nuisible à sa qualité.

Enfin, on trouve publié dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXII , p. 838 , l’extrait d’un mémoire de M. Aubergier sur la récolte de l’opium , qui mérite une sérieuse attention, à part les faits que l’auteur a crus nouveaux et qui étaient connus depuis longtemps. Ainsi son couteau à quatre lames , pour abréger l’opération de l’incision des pavots , est surpassé par celui à cinq lames décrit par Kæmpfcr et rappelé par Geoffroy et par moimême dans V Histoire des drogues simples. Pareillement Kæmpfer et Geoffroy, d’après lui , ont fait connaître que « la larme que l’on recueille la première , nommée gobaar, est d’un jaune pâle et la plus calmante; que la seconde, qui est le plus souvent d’un roux noirâtre, n’a pas autant de vertu et n’est pas aussi chère ; enfin que quelques uns font une troisième opération , de laquelle on retire une larme très noire et de peu de vertu. » Il n’en est pas moins intéressant de voir ce fait confirmé par l’analyse chimique. Ainsi le pavot blanc à capsule ronde (var. dejjressa) ayant été exclusivement cultivé par M. Aubergier en 1843 , le premier opium qu’il en a obtenu a donné 6,63 de morphine, le deuxième 8,83, le troisième 3,27. Un autre fait important à mentionner et à vérifier, consiste eu ce que le premier opium récolté en 1844, ayant fourni 8,78 de morphine , au lieu de 6,63 donné par le premier opium de 1843, M. Aubergier attribue cette différence à ce que l’opium de 1844 provenait d’un mélange de pavots à têtes longues et à têtes rondes, tandis que celui de 1848 avait été fourni exclusivement par cette dernière variété; d’où il résulterait que la variété à tête longue, quoique donnant moins de suc, devrait être préférée, en raison de la supériorité du produit.

M. Aubergier mentionne également unpavot pourpre qui a fourni, en 1844 et 1843, un opium variant de 10,8 à 11,2 de morphine ; et un pavot blanc à graine noire, très productif pour la semence, mais à coque tellement mince, qu’on ne peut l’inciser sans pénétrer dans 1 intérieur. Celui-ci a fourni un

NYMl>HÉA(;ÉES.

opium de première récolle, produisant 17,83 pour 100 de morphine très pure, et un opium de seconde récolte produisant 14,78. Nous retrouvons encore là la ricliesse des opiums de Smyrne de la première qualité.

Opiiiiii falsiOe. Selon plusieurs auteurs , l’opium du Levant, quand il arrive à Marseille , y est ramolli, incorporé avec des substances étrangères et remis ensuite dans le commerce. Je n’ai vu , quant b moi , que quelques morceaux d’opium qu’on pouvait supposer avoir subi une semblable falsification , reconnaissable b leur cassure qui n’offrait pas la netteté et la pureté des bons opiums delaNalolie, et qui présentait, au contraire, des aspérités dues au mélange d'une substance étrangère. Mais j’ai été b même d’examiner deux opiums falsifiés d’une nature différente , et dont voici la description.

Le premier, qui n’aurait pu être vendu seul , en raison de sa dureté et de sa densité comparables b celles d’une pierre , a été trouvé mélangé dans de l’opium de Smyrne dont il représente exactement l’aspect extérieur ; mais à l’intérieur il était composé d’une matière siliceuse pulvérisée et de marc d’opium épuisé par l’eau , le tout incorporé au moyen d’un mucilage.

Le second opium faux parait avoir été fabriqué à Londres en 183C ou 1837, sur une grande échelle , avec le résidu glutineux de l’opium qui avait servi b l’extraction de la moridiine. Cet oi)iuni faux présentait si bien , b l’extérieur, rapparcnce de l’opium de Smyrne ou de celui de Constantinople en gros pains , et, à l’intérieur, l’aspect de petites larmes brunes , agglutinées , mais non entièrement confondues, ainsi que les offrent les bons opiums, qu’il était très difficile de l’en distinguer ; mais il avait , sous la pression des doigts, une consistance élastique qui appelait sur lui l’attention ; alors voici ce qu’on découvrit.

Cet opium n’offrait qu’une faible odeur vireuse et une saveur mucilagineuse dépourvue d’amertume et d’àcreté; il blanchissait par le contact de l’eau ou de la salive, comme le fait la scammonée ; traité par l’eau froide ou chaude, il s’y délayait facilement et formait une sorte d’émulsion mucilagineuse, qui filtrait très difficilement. IjC liquide évaporé fournissait un peu plus de la moitié du poids de la substance employée , de même que cela a lieu avec le bon opium ; mais cet extrait, redissous dans l’eau, ne rougissait pas le tournesol, précipitait fortement par l’alcool et ne se troublait pas par l’ammoniaque, toutes propriétés contraires à celles du véritable opium. Enfin, le résidu insoluble dans l’eau était gras au loucher et tachait comme une huile le papier sur lequel on le faisait sécher. Tous ces essais m’ont convaincu que ce prétendu opium était un mélange de marc d’opium , d’un extrait végétal quelconque , de gomme, et d’une petite quantité d’huile qu’on y avait ajoutée très habilement pour rompre la continuité de l’extrait et lui donner l’apparence de petites larmes à moitié agglutinées. Par suite du rapport qui fut fait sur ce faux opium , des quantités considérables en ont été saisies chez plusieurs commerçants de Paris et dans la maison entrepositaire du Havre qui le leur expédiait. Par suite d’une condamnation prononcée , toute la quantité saisie a été détruite par le feu,

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