IIL
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alternativement jusqu'à ce qu’il ne se sépare plus d'huile. Alors on prend toute l'huile , et l'homme qui est chargé de ce soin la fait cuire secrètement, sans souffrir que personne assiste à cette opération; ensuite il la transporte dans le magasin du souverain. La quantité d’huile pure que l’on retire du suc monte, quand elle est passée, à un dixième du total. On m’a assuré qu’on recueillait annuellement environ 20 rotls d'huile (7 kil., 250 gram.) (1). »
Si j'osais modifier quelque chose à la description précédente, je dirais qu’il me paraît peu probable que le baume huileux, épuré par le procédé décrit par Abd-Allatif, et qui était réservé pour le souverain, fût soumis à une cuisson quelconque, qui ne pouvait qu’en altérer la qualité. Je suppose que cette cuisson était appliquée plutôt au produit impur ét mêlé d’eau, d'où le premier avait été séparé, et qu'il pouvait en résulter un baume de qualité inférieure, destiné à être versé dans le commerce.
Augustin Lippi, cité dans la Matière médicale de Geoffroy, indique un autre procédé usité pour obtenir deux autres qualités de baume de la Mecque. Ce procédé cousiste à remplir une chaudière de feuilles et dé rameaux de baumier, à y verser de l’eau jusqu’à ce qu'elle les sur-passe, et à chauffer jusqu’à l’ébullition. Lorsque le liquide commence à bouillir, il vient surnager une huile limpide et suave que l'on recueille à part et qui est réservée pour l'usage des dames turques ; en continuant l'ébullition, il s'élève à la surface de l’eau une huile plus épaisse et moins odorante, qui est destinée au commerce.
Pendant longtemps, ainsi que je l'ai dit ailleurs (2), je n'ai pu énoncer que d’une manière vague ou douteuse les véritables caractères du baume de la Mecque, faute d’en avoir eu à ma disposition un échantillon authentique ; mais en 1838, M. Benjamin Delessert, ayant bien voulu me permettre de puiser dans un flacon qui avait été rapporté d'Égypte par M. le professeur Delile, j'ai pu dire alors à quels caractères on peut reconnaître la pureté de ce produit célèbre, et qui est d’un prix très élevé, même dans les contrées qui nous le fournissent.
Le baume de la Mecque de M. Delessert était renfermé dans un flacon sphérique, bouché en cristal ; il pouvait ÿ en avoir 900 grammes. Renfermé dans ce vase depuis la glorieuse expédition d'Égypte, ce baume s'était séparé en deux couches : une supérieure, liquide, mobile et presque transparente ; une inférieure, opaque, épaisse el glutineuse.
(4) Le jardin d’Ain-Schems, ou de la Matarée , avait 7 feddans d’étendue (plus de 9 arpens). Extrait de la Relation de l'Égypte, par Abd-Allatif, traduite par Sylvestre de Sacy. Paris , 1510.
(2) Observations de pharmacie, de chimie et d'histoire naturelle, Paris,
TÉRÉBINTHACÉES. h67 Ayant mêlé le tout par l'agitation, le baume à pris la consistance uniforme et la demi-opacité qu’il doit avoir lorsqu'il est récent.
Ce baume offre alors la consistance et presque l'aspect du sirop d’orgeat, mais avec une leinte fauve que ne doit pas avoir le sirop. Il a une odeur très forte, analogue à celle de quelque plante labiée que je ne puis déterminer ; cette odeur s’affaiblit promptement à l'air, et alors elle devient suave , tout à fait particulière et ne peut plus être comparée qu’à elle-même. La pureté et la suavité de cette odeur affaiblie forment déjà un bon caractère du baume de la Mecque. Sa saveur est très aromatique, amère et finit par devenir âcre à la gorge.
Une goutte de baume de la Mecque liquide, que l’on fait tomber dans un vase plein d’eau, pénètre d’abord dans le liquide à une certaine profondeur, puis remonte à la surface et s’y étend aussitôt instantané ment et complétement , en une couche très mince et nébuleuse, qu, vue à la loupe , présente une infinité de petits globules uniformément répartis sur toute la surface. Cette couche de baume , touchée avec un poinçon , s’y attache et s’enlève avec lui, comme le ferait une térébenthine. En attendant quelques instants, le baume devient assez solide, à cause de la prompte évaporation de son essence, pour que le tout s’enlève en une seule masse consistante. Ce caractère indiqué par Prosper Alpin, dans son Dialoque du baume (1), est d’une grande exactitude et un des meilleurs pour reconnaître la pureté du baume. J’ai pu l’observer sur un baume très ancien, presque épaissi en consistance de térébenthine, et d’une couleur un peu brunâtre ; seulement le baume reste un peu longtemps sous l’eau et est un peu plus de temps à s'étendre à la surface.
Une goutte de baume liquide, versée sur un papier collé, s’y étend un peu, mais ne pénètre pas le papier et ne le rend pas translucide. Après douze heures d’exposition à l’air, le baume est devenu assez consistant et assez tenace pour que, en pliant le papier en deux , on ait peine ensuite à le séparer sans déchirure.
5 grammes de baume, traités par 30 grammes d’alcool à 90 degrés, forment un liquide blanc comme du lait, qui ne devient transparent qu'après un repos de huit à dix jours. Alors on trouve au fond du liquide un dépôt glutineux, formé par une résine insoluble dans l'alcool et qui est analogue à celle de l’'hymenœæa courbaril. Cette résine se dessèche promptement sur un papier collé, sans le traverser et sans le rendre transparent.
Enfin le baume de ja Mecque, trituré avec un huitième de son poids de magnésie calcinée, ne se solidifie pas comme le font la téré-
(1) Traduction d'Antoine Colin , Lyon , 1619, p. 61.
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benthine des pins et des sapins et plusieurs baumes de copahu, Tels sont les caractères du vrai baume de la Mecque.
Ce baume, à l’état de pureté, est rare, mais n’est pas introuvable. J’en avais vu antérieurement chez plusieurs pharmaciens et droguistes, et, après avoir connu celui de M. B. Delessert, j’en ai acheté deux fois de semblable, renfermé dans des bouteilles carrées en plomb, de la contenance de 250 gram. environ. Mais il faut dire que la plupart des droguistes n'en ont que de falsilié, et que plusieurs même vendent, de bonne foi, de la térébenthine de Chio ou du baume du Canada pour du baume de la Mecque. Antérieurement à 1838, j'avais moi-même acheté d’un brocanteur une grande bouteille en plomb de baume de la Mecque, que je regardais comme bon et qui était cependant altéré avec de l'huile , ainsi que je l'ai reconnu depuis. Comme il peut être utile d’en exposer les caractères, les voici :
Ce baume est semblable , pour la consistance sirupeuse et la demi-opacité , à celui de M. Delessert; mais il a une teinte jaune verdätre que n'offre pas ce dernier.
Dans le vase en plomb qui le renferme, il présente une odeur forte qui tient un peu du romarin. En vieillissant dans un flacon de verre en vidange, fermé en liége et quelquefois ouvert, l'odeur s’affaiblit et se rapproche beaucoup de celle du baume vrai; cependant on y découvre quelque chose de rance, et le bouchon blanchit, comme cela a lieu avec les huiles rances.
La saveur en est aromatique , âcre et amère.
Une goutte versée sur l’eau s’y étend inégalement comme le fait l'huile ; et les yeux ou les dessins formés sur l’eau sont miroitants et transparents, au lieu d’être nébuleux et opaques. La couche résineuse ne peut être soulevée avec un poincon , même après vingt-quatre heures d'exposition à l'air.
Une goutte versée sur du papier collé le pénètre aprés quelque temps et le rend translucide. Le baume ne s’y dessèche pas, même après plusieurs jours d’exposition à l'air, et les deux moitiés du papier, pliées et appliquées l’une contre l'autre , se séparent sans effort et sans déchirure.
Ce baume, traité par l'alcool rectifié , le blanchit comme le véritable ; mais le dépôt qui s’y forme à la longue est un liquide épais, gras au toucher, et qui tache le papier à la manière d’une huile grasse.
Cette huile n’existe dans le baume qu’en petite quantité, mais elle suffit pour lui imprimer des caractères bien tranchés de celui qui est pur de tout mélange (1).
Fruit du Baumier de la Mecque, ou Carpobalsarnum.
Ce fruit est d’un gris rougeâtre , gros comme un petit pois, allongé , pointu par les deux bouts, et marqué de quatre angles plus ou moins apparents. 11 est composé d’un brou desséché et rougeâtre , d’une saveur très faiblement amère etaromatique ; d’un noyau blanc, osseux, convexe d’un côté, marqué d’un sillon longitudinal de l'autre, etinsipide ; enfin,
(4) I est possible que celte petite quantilé d'huile provienne de l'imanude du fruit du
baumier, On lit dans quelques auleurs, qu'on al:ère le baume de la Mecque en y mêlant le
produit oléo-résineux et aromalique provenant de l’expression du carpobalsamunr,
TÉRÉBINTHACÉES. 69 d’une amande huileuse d'un goût agréable et aromatique. Ce frait entier p’a pas d’odeur sensible ; il ressemble un peu aux cubèbes, ou poivre à queue; mais celui-ci est plus arrondi, plus foncé en couleur, plus ridé, non ligneux , et jouit d’une saveur âcre, amère, très aromatique, tout à fait différente. Le fruit du baumier entre dans la thériaque.
Bois de Eaumier, ou Xylobalsamum,
Ce bois, tel qu’on le trouve dans les droguiers, se compose de petites branches longues de 16 centimètres, épaisses comme de petites plumes à écrire, marquées alternativement de tubercules ligneux qui sont un reste des petites branches secondaires fort courtes , qui portent les fleurs mâles (fig. 377 «). L'écorce est d’un brun rougeâtre et marquée de stries longitudinales régulières; le bois en est blanchâtre, dur, d'une odeur douce très faible et d’une saveur nulle, ce qui ne doit pas surprendre, vu l’ancienneté de cette substance dans les droguiers, et la facilité avec laquelle elle perd son odeur première, d'après Prosper Alpin (traduction du Dialogue du baume, p. 76). Cette substance est exactement représentée dans l'édition de Matthiole de G. Baubin, p. 60.
J'ai trouvé dans le commerce deux autres substances vendues comme zylobalsamum. La première est formée de petits bouts de branches longs seulement de 41 à 14 millimètres, épais de 2 millimètres au plus, couverts d’une écorce rougeàtre, très rugueuse et à stries transversales et non longitudinales. Cette substance a une saveur aromatique un peu amère et une odeur douce et agréable, lorsqu’elle est en masse. Froissée dans la main, elle développe une odeur forte, analogne à celle du romarin. Cette substance appartient aux petites branches secondaires de l'individu mâle (fig. 379 a). Elle est évidemment préférable aux rameaux inodores que j'ai décrits d’abord.
L'autre dernière substance, trouvée dans le commerce, est composée de petits fragments grisâtres, anguleux, d’une odeur de genièvre, et sont en effet l'extrémité des rameaux du genévrier commun.
Myrrhe.
La myrrhe est une gomme-résine dont l'usage, comme aromate et comme médicament, remonte à la plus haute antiquité. Elle est prescrite dans l’'£xode, ch. xxx, 23, sous le nom de ur, la première des substances aromatiques les plus exquises qui doivent composer l'huile sainte, Les Grecs la nommaient sxyrna où myrrha, et la supposaient produite par les pleurs de la mère d'Adonis, après que les dieux compatissants l’eurent changée en arbre, pour la soustraire à Ja vengeance de son père Cyniras.
h70 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
La myrrhe découle en Arabie et en Abyssinie d’un arbuste épineux que l’on a longtemps pensé pouvoir être un acacia, mais que Forskal ayait regardé antérieurement comme un végétal térébinthacé, voisin de son amyris kataf. Cette dernière opinion a été confirmée par MM. Ehrenberg et Hemprich , naturalistes prussiens, qui, dans un voyage dans le Dongolah et l’Arabie, ont décrit l'arbre à la myrrhe et en ont rapporté des specimens.
Cet arbre se trouve figuré et décrit dans les Plantes médicinales de M. Nees d’Esenbeck sous le nom de ha/samodendron myrrha. W présente des rameaux épars, très ouverts, terminés en épine aiguë. Les feuilles sont petites, presque sessiles, composées de 3 folioles obovées, dont les 2 latérales sont peu développées et manquent souvent. La foliole terminale est souvent irrégulièrement dentée à l'extrémité. Le fruit ressemble beaucoup au carpobalsamum, à cela près qu'il est terminé par le style persistant et recourbé.
La myrrhe choisie, et telle que les pharmaciens doivent l’employer, est sous forme de larmes pesantes, d’un volume très variable, rougeâtres, irrégulières, comme efllorescentes à leur surface, demitransparentes, fragiles, brillantes et comme huileuses dans leur cassure. Les plus gros morceaux offrent, dans leur intérieur, des stries opaques et jaunâtres, demi-circulaires, qui paraissent dues à une dessiccation moins parfaite, et que l’on a comparées à des coups d’ongle, d’où est venu à cette myrrhe le surnom de unguiculée. Les uns et les autres ont une saveur amère, âcre, très aromatique, et une odeur forte et aromatique toute particulière. On doit rejeter la myrrhe qui est en masses agglomérées , noirâtres , mélangées d’écorces de l'arbre qui la produit ou d’autres impuretés. On prépare avec la myrrhe plusieurs teiutures alcooliques. Elle entre dans la thériaque, la confection de safran composée (ci-devant d’hyacinthes ), le baume de Fioraventi, et dans l’élixir de Garus, auquel elle communique l’odeur qui y domine.
Suivant l'analyse de Brandes, la myrrhe est composée de :
ERA. : 122 GRETA 2,60 Ééaine molle. . . .. . . rm :… .. 22,2h EL de Sd ae L 27:80 Came solubles. : . 24. . 4.00 38 ER ES Loin dés lobt M Ne 9,32 Sels à base de potasse et de chaux. . . . 1,36 Dur C A MES 1,60
Perte. PSS a: déc ile 2,94
TÉRÉBINTHACÉES. 471
M. Bona:tre, dans une note insérée dans le Journal de pharmacie , t XV, p. 281, a signalé l'existence de plusieurs substances qu’il nomme myrrhe nouvelle où fausse myrrhe, mais qu’il ne me paraît pas avoir nettement distinguées. L'une de ces substances est celle qui sera décrite tout à l'heure sous le nom de bdellium de l'Inde, caractérisée par sa couleur brunâtre, sa cassure inégale , résineuse, molle et collante par places, sa saveur très amère et térébinthacée. Une autre est celle que je nomme bdellium opaque , reconnaissable à son opacité blanchâtre et cireuse , et à sa saveur amère, un peu gommeuse , nullement âcre à la gorge. La troisième est une espèce de myrrhe jaunâtre , en grosses larmes d’une transparence imparfaite, toujours amère, mais surtout d'une très grande âcreté à la gorge. Toutes ces substances peuvent être attribuées, sans invraisemblance , à diverses espèces de ha/samodendron , voisines de celles que j'ai déjà nommées.
Parmi les autres espèces de balsamodendron croïssant en Arabie, j'en citerai deux qui ont beaucoup de ressemblance avec le balsamodendron myrrha. Lune est l'amyris kataf de Forskal, qui diffère cependant du balsamodendron myrrha par ses folioles quatre fois plus grandes et presque égales entre elles, et par ses rameaux non épineux. L'autre espèce , l’amyris kafal Forsk., a les rameaux épineux et les feuilles composées de 3 folioles sessiles, desquelles les 2 latérales sont plus petites que la terminale ; de sorte que cette espèce a beaucoup plus de rapports avec l'arbre à la myrrhe et que je ne puis même en indiquer les différences. Ce balsamier kafal produit un bois rouge et aromatique, qui est un objet considérable de commerce pour l’Arabie.
Bdellium.
Suivant Dioscoride, le bdellium est une larme produite par un arbre du pays de Saracène, en Arabie, qui est amère, translucide , ayant l’aspect de la colle de taureau , grasse en dedans , se liquéfiant au feu, et répandant une fumée odorante. On en connaît une autre sorte apportée de l'Inde, qui est noire , sale , agglomérée en gros morceaux, d’une odeur d’aspalathe. Enfin, on en trouve une dernière espèce qui tient le second rang pour la bonté , qui est résineuse , livide, venant de Pétra ( Arabie ).
Le commerce d'aujourd'hui nous offre aussi trois sortes de bdellium, qui paraissent être les mêmes que celles de Dioscoride.
Bdellium d'Afrique. Ce bdelliam est probablement la première sorte de Dioscoride. Je lui donne le nom de 4dellium d'Afrique, parce qu'on le trouve toujours mêlé en petite quantité à la gomme du Sénégal, et qu’on l’a quelquefois fait venir séparément de cette contrée et de
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la côte de Guinée; mais ilen vient aussi d'Arabie qui paraît être de même nature. Il est en larmes arrondies, de 25 à 30 centimètres de diamètre, d'un gris jaunâtre, ou rougeâtre, ou verdàtre, demitransparent, d’une cassure terne ct cireuse ; en vieillissant il devient tout à fait opaque et comme farineux à sa surface. Il a une odeur faible qui lui est particulière et une saveur amère. M. Pelletier l’a trouvé composé de :
RES OMEOS DOTE CNEPORERI 59,0 Gomme soluble, . . . . . . .. 9,2 DONNE PUMA, CONSOREUN, NE 30,6 Huile volatile et perte. . . . . . 7,2
Ce bdellium est produit au Sénégal par un arbrisseau épineux haut de 3 mètres, et de la famille des térébinthacées, qu’Adanson avait désigné sous le nom de xioftout, et que M. Richard et Guillemin ont décrit, dans la Ælore de Sénégambie, sous le nom de heudelotia africana. I appartient au genre balsamodendron, et porte aujourd’hui le nom de balsamodendron africanum. La seule circonstance qui paraissait contraire à cette origine, c’est que les larmes de bdellium recueillies par M. Perrottet sur cet arbrisseau n'étaient guère plus grosses que des pois, et il fallait, ou que le bdellium du commerce fût produit par une espèce différente, ou que le niottout pût devenir un arbre plus fort et plus élevé que M. Perrottet ne l'avait vu. Cette objection a été levée par M. Caillé, qui a trouvé le niottout dans l’intérieur de l'Afrique, sous la forme d’un arbre élevé et d’une grosseur proportionnée. Il à également été trouvé dans le royaume d’Adel; d’où il est probable qu'il traverse l'Afrique de part en part, et rien n'empêche de penser qu'il ne croisse également en Arabie.
Bdellium de inde, Cette substance est en masses noirâtres, souvent salies de terre à l'extérieur, et mélangées de tiges ligneuses et d’une écorce feuilletée comme celle du bouleau ; elle a une cassure terne ou brillante, et presque toujours l’une et l’autre à la fois, offrant comme un suc résineux, poisseux el brillant, qui exsude par gouttes d’une masse gommo-résineuse terne. Exposée entre l'œil et la lumière, elle paraît translucide et d’un gris brunâtre ; elle a une odeur assez forte et une saveur très amère et âcre, accompagnée tantôt d’un léger arome de myrrhe, tantôt d’un goût fortement térébinthacé. Cette substance se rapproche de la myrrhe et est vendue par les droguistes sous le nom de myrrhe de l'Inde. C’est elle également que M. Bonastre a décrite sous
TÉRÉBINTHACÉES. 473 le nom de #yrrhe nouvelle première espèce, dans le Journal de pharmacie, t. XV, p. 283.
Il est extrêmement probable, ainsi que l’a pensé M. Royle, que le bdellium de l’Inde est produit par l'amyris commiphora Roxb. (balsamodendron Roxburghii Arnott), qui porte dans l’Inde le nom de googool , googul ou gooqula. On lit en effet, dans la #lora indica, t. IL, p. 245, que le tronc et les principaux rameaux de cet arbre sont couverts d’une pellicule légère et colorée, comme celle du bouleau, qui s’exfolie de temps en temps, en laissant à nu une enveloppe verte et unie qui, successivement, produit de nouvelles exfoliations : on vient de voir que le bdellium de l’Inde présenté un débris d’écorce tout à fait semblable.
Bdellium opaque, Je désigne ainsi un suc gommo-résineux, d’origine inconnue, que j'ai sous forme d’une larme ovoïde, large de 4 centimètres et longue de près de 8 centimètres; il est jaunâtre comme de la cire jaune à moitié décolorée , uniformément laiteux, presque opaque , d'une saveur très amère un peu aromatique, ct nullement âcre à la gorge.
Oliban, ou Encens,
L'oliban est une gomme-résine qui a été apportée de tous temps de l'Arabie, où elle est produite par un arbre encore inconnu , assez semblable au lentisque. On à cru pendant longtemps, mais à tort, que cet arbre était le juniperus lycia L. ; il est plus que probable que c’est un balsamodendron, ou au moins un arbre de la tribu des burstracées. Cette opinion se trouve en effet appuyée par la découverte qui a été faite au Bengale d’un arbre burséracé qui produit de l'encens, et qui maintenant fournit abondamment au commerce la plus belle sorte qui s'y trouve. Cet arbre est le hoswellia serrata (Decand., Prodr., t. IT, p. 76) ; mais il est difficile de décider si c’est lui qui fournit également l’encens d’Arabie, et celui qui, moins beau, vient de l’Abyssinie et de l’Éthiopie , par la voie de Marseille.
Quelle que soit la solution de cette question, on connaît aujourd’hui deux sortes d’encens, dans le commerce : celui d'Afrique, venu par Marseille, comme il vient d’être dit, et celui de l'Inde, apporté directement de Calcutta en Europe.
Encens d'Afrique. Cet encens est formé d’un certain nombre de larmes jaunes, mêlées d’une quantité plus considérable de larmes et de marrons rougeâtres. Les larmes les plus pures sant oblongues ou arrondies, la plupart d’un petit volume, d’un jaune pâle, peu fragiles, à cassure terne et cireuse, non transparentes. C’est ce défaut de transparence qui les distingue du mastic, auquel elles ressemblent beaucoup.
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Mises dans la bouche , elles se ramollissent sous la dent comme le mastic, et offrent une saveur aromatique faiblement âcre; elles jouissent d'une odeur assez marquée, analogue à celle de la résine de pin et de la résine tacamaque réunies.
Les marrons sont rougeâtres , faciles à ramollir entre les doigts, d'une odeur et d’une saveur beaucoup plus fortes que les larmes, souvent mêlés de débris d’écorce, et, ce qui les distingue surtout, conlenant une quantité assez considérable de petits cristaux de spath calcaire (carbonate de chaux) dont plusieurs sont d'une régularité parfaite (M. Marchand). On trouve également de ces cristaux isolés dans le menu des ballots; il est très probable qu’ils ont été ajoutés par fraude à la résine.
Les larmes rougeâtres tiennent le milieu pour la couleur, la saveur et l'odeur, entre les larmes jaunes et les marrons; elles ne sont pas à dédaigner sous le rapport des propriétés où de l'usage qu’on en peut faire comme aromate.
Encens de l'Inde. Cel encens arrive en caisses d’un poids considérable; il est presque entièrement formé de larmes jaunes, demiopaques, arrondies, généralement plus volumineuses que celles de l'encens d'Afrique ; les plus grosses larmes sont à peine rougeûtres et contiennent peu d’impuretés ; il jouit d’une saveur parfumée et d'une odeur forte qui tient beaucoup plus de la tacamaque que de la résine de pin. Cet oliban est, avec raison, plus estimé que le premier.
L’oliban n’est qu’en partie soluble dans l’eau et l'alcool ; il se fond difficilement et imparfaitement par la chaleur, brûle avec une belle flamme blanche lorsqu'on l'approche d’une bougie, enfin donne une petite quantité d’huile volatile à Ja distillation. |
D'après l'analyse de M. Braconnot , 100 parties d’oliban sont composées de : résine soluble dans l’alcool, 56,0 ; gomme soluble dans l’eau, 30,8 ; résidu insoluble dans l’eau et dans se contenant probablement une résine insoluble dans ce dernier, ; huile volatile et perte, 8,0 (Ann. chim., t. LVIIT, p. 60).
On distingue dans les anciens traités de drogues simples deux sortes d'oliban ou d’encens : l’un méle , l’autre femelle. Le premier se compose des larmes les plus nettes, les mieux détachées , les plus pures; le second, des larmes moins sèches, ordinairement irrégulières et soudées ensemble. Ces noms ridicules peuvent être oubliés.
L’oliban a, de toute antiquité , été brûlé dans les temples, en l’honueur de la divinité. Cet usage, qui a passé dans l’église catholique, tire son origine de l'habitude où ont été presque tous les peuples de sacrifier des animaux, ce qui remplissait leurs temples d’émanations
TÉRÉBINTHACÉES. h75 désagréables, souvent putrides, et nécessitait l'emploi des vapeurs aromatiques, le seul moyen qu’ils connussent d’y remédier.
En pharmacie, l'oliban fait partie de la thériaque de l'alcoolat de Fioraventi, de différents emplâtres, etc.
Résine élémi,
On a donné d’abord le nom d’é/émi à plusieurs résines d'Amérique, jaunes et très odorantes, produites par différents arbres de la tribu des burséracées et de celle des amyridées. Ensuite et assez récemment, lorsque la résine élémi est sortie du domaine de la matière médicale pour entrer dans celui des arts industriels, on a fait venir des résines p'us ou moins analogues de toutes les parties du monde, et notamment de la côte occidentale d'Afrique, de Madagascar, de l'Inde, des îles Malaises et des Philippines. Enfin, on apporte des mêmes pays, et surtout d'Amérique, un grand nombre d’autres résines nommées chrbou ou cachibou, tacamahaca où tacamaque, alouchi, aracouchint, caragne, elc., toutes retirées d'arbres des mêmes tribus et jouissant de propriétés plus ou moins semblables, ce qui rend l’histoire de ces produits et leur distinction fort difficiles à faire.
Geoffroy distinguait deux sortes d’élémi : une vraie ou d'Éthiopie , en masses cylindriques , souvent enveloppées de feuilles de roseau ou de palmier ; et une fausse ou d'Amérique, en masses considérables, de couleur blanchâtre, jaunâtre, verdâtre’, etc., produite par un arbre du Brésil, nommé #cicariba. Ces deux sortes d’élémi existent toujours dans le commerce , mais toutes deux viennent d'Amérique ; et celle du Brésil , que Geoffroy nommait fausse, est aujourd’hui la plus estimée et est considérée comme le vrai type de la résine élémi. Il ne vient pas d’élémi d’Éthiopie ; l’erreur de Geoffroi était causée par l’idée que l’on avait eue d’abord que cette résine n’était autre chose que la gomme d’olivier mentionnée par les anciens, et qui avait disparu du commerce. Il est possible même que ce soit là l’origine du mot é/émi , dont la racine paraît être £\œoc , nom grec de l'olivier.
ÏJ. Résine élémi du Brésil, L'arbre qui produit cette résine a été décrit par Pison et Marcgraff sous le nom d’écicariba (icica icicariba DC.). La résine en découle abondamment , à la suite d’incisions faites au tronc. On la récolte vingt-quatre heures après , el on la renferme dans des caisses qui peuvent en contenir 400 à 150 kilogrammes. Elle est molle et onctueuse , mais elle devient sèche et cassante par le froid ou par la vétusté. Elle est demi-transparente , tantôt d’un blanc jaunâtre assez uniforme, mêlé de points verdâtres ; tantôt formée de parties larmeuses dont la couleur varie du blanc jaunâtre au jaune et
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au vert jaunâtre. En vieillissant elle prend une teinte jaune plus foncée et plus uniforme. Elle à une odeur forte, agréable, analogue à celle du fenouil, et due à une essence qu'on peut en retirer par la distillation. Comme elle doit en partie ses propriétés à cette essence, il faut la choisir récente , pas trop sèche et bien odorante. Elle a une saveur très parfumée, douce d’abord, mais devenant très amère après quelque temps de mastication. Elle est soluble , en partie seulement , dans l’alcool froid, entièrement soluble dans l'alcool bouillant, à l'exception des impuretés qu’elle peut contenir, et la dissolution bouillante et concentrée laisse déposer, par le refroidissement , une résine aiguillée, blanche, opaque, très légère, inodore et insipide, qui a recu le nom d’élémine.
La résine élémi contient , suivant M. Bonastre :
Résine transparente , soluble dans l'alcool froid. . 60
Fini OT) ME 0 2 DRE ANT Kf
ESSCRE SERA: EN ART CPP ORNNRENN HE SAN 12,50
EX ANT ere LE SITES EUR 0
ET I PRIT de ansliole se ete ae 1,50 100,00
La résine élémi du Brésil est quelquefois falsifiée avec du galipot ou de la poix résine, qui se reconnaissent à leur odeur propre , et par la solubilité beaucoup plus grande du mélange dans l'alcool.
IT. Résine élémi en pains, Cette résine est en masses triangulaires et aplaties, du poids de 500 à 1000 grammes, enveloppées dans une feuille de palmier. Elle paraît avoir été plus molle ét plus coulante que l’élémi du Brésil ; elle est d’une substance plus homogène, d’une transparence plus marquée , et d’une teinte verdâtre uniforme. Elle offre çà et là des parcelles de matière ligneuse rougeâtre. Son odeur ct son amertume sont celles de l’élémi du Brésil.
J'ai trouvé dans le commerce, à deux fois différentes, une résine semblable à la précédente, non en pains et venue probablement dans des caisses. Elle était tout à fait récente, très huileuse , presque coulante, mélangée d’une assez grande quantité de petites écailles rougeàtres.
S'il faut s’en rapporter à l'autorité de Lemery, la résine élémi en pains serait apportée du Mexique ; mais il est possible qu’elle provienne de la Colombie ou de la Guiane. Dans tous les cas , cette résine diffère d’une autre sorte d’élémi importée de Mexico en Angleterre, et qui paraît due à une espèce d’elaphrium. La résine élémi en pains ressemble
TÉRÉBINTHACÉES. 477 trop à celle du Brésil pour n'être pas due à un 2cca Voisin de l’icicariba.
IL], Résine élémi du Mexique, Cette résine a été importée directement de Mexico en Angleterre, avec des parties de l'arbre qui ont permis à M. Royle d’y reconnaître une espèce d’elaphrium qu'il a nommée elaphrium elenuferum (4). La résine porte au Mexique le nom de copal, qui est appliqué, suivant ce que j'ai déjà dit (page 424), à toutes les résines odoriférantes usitées comme parfums. Cette résine, iorsque je l’ai reçue il y a quelques années , était très molle , presque transparente et d’un gris verdâtre ; elle est devenue aujourd’hui dure, sèche et friable, tandis que la résine élémi en pains, et la même résine reçue en caisse, conservent leur mollesse depuis beaucoup plus longtemps; de plus, l’élémi du Mexique présente, sous la friction des doigts, une odeur plus forte que celle de l’élémi en pains ou du Brésil, tenace, peu agréable et tenant de celle du cumin. Elle est dépourvue d’amertume. Cette résine diffère donc véritablement des deux précédentes.
IV. Copal de Santo de Guatimala, Résine sous forme d’une boule brune, luisante, vernissée, ayant une odeur et une saveur de galipot : elle est produite par un sumac voisin du 7hus copallina (Journ. pharm., & XX, p. 523).
V. Résine élémi de Manille, En 1824, M. Maujean , pharmacien , fut chargé d'examiner, pour la Société linnéenne de Paris , une résine récoltée par M. Perrottet, aux îles Philippines, sur un grand arbre térébinthacé. Cette résine était molle , verdâtre , faiblement amère, d’une odeur de fenouil très prononcée et très analogue à celle de l’élémi du Brésil. Elle a fourni à M. Maujean la même résine cristallisable que M. Bonastre a retirée de l’élémi (Journ. pharm., L& IX, p. 47).
La résine élémi de Manille est arrivée depuis, plusieurs fois, dans le commerce & elle est en masses molles et d’un vert noirâtre à l'extérieur ; grises, opaques, et d’une consistance de cire à l’intérieur ; l’odeur et la saveur sont semblables,
VI. Résine de la Nouvelle-Guinée, à odeur d'élémi, Cette substance a été rapportée par M. Lesson, de son voyage autour du monde : elle est en une masse d’un blanc jaunâtre , recouverte d’une efflorescence blanche , qui est de nature résineuse comme le reste. Cette masse est solide, mais paraît avoir été molle pendant longtemps, et se ramollit encore facilement dans les doigts , en acquérant une élasticité très marquée. Elle a une odeur peu sensible à froid ; mais par la chaleur ou la
(4) A Manual of materia medica. London , 1847.
478 DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.
simple trituration , elle en acquiert une presque semblable à celle de la résine élémi. Cette odeur et la mollesse habituelle de cette substance pourraient faire croire que c’est celle que Rumphius a décrite sous le nom re , produite par le canarium zephyrinum , Vequel appartient à un genre térébinthacé très voisin des zc?ca. Sans oser déci= der la question , je rapporterai ici la description de Rumphius :
« Ces arbres (les canarium commune et zephyrinum), qui croissent » à Céram et dans les autres grandes îles environnantes ; produisent » une résine si abondante, qu’elle pend'en gros morceaux et en grosses » larmes coniques , du tronc et des principales branches. Cette résine. » est d’abord blanche, liquide, visqueuse ; ensuite elle jaunit et se » durcit comme de la cire. Elle ressemble tellement , par son odeur et » sa couleur, à la résine élémi, qu’ellé pourrait passer pour elle. »
Au reste , la résine de la Nouvelle-Guinée ne ressemble pas autant à l’élémi d'Amérique que la résine rapportée des Philippines par M. Perrottet:; car, lorsqu'on la traite par l'alcool, elle laisse pour résidu une substance molle très élastique, soluble de l’éther, et qui conserve longtemps à l'air de la molesse et de lélasticité; on pourrait presque considérer cette substance comme une sorte de-caoutchouc (4).
VII. Résine élémi du Bengale. Cette résine a été importée en France, de Calcutta, antérieurement à l’année 1830. Elle est blanchâtre, molle et douée d’une odeur forte qui devient très suave lorsqu’elle est affaiblie à l'air ; mais cette odeur est tout à fait distincte de celle de l’élémi du Brésil. Quand elle se dessèche à l'air, la résine devient jaune et friable. Elle est contenue dans des retos de tige de bambou; longs de 33 centimètres et de 68 millimètres de diamètre. Cette résine ayant été présentée par M. Pereira au docteur Wallich , cé savant botaniste crut ÿ reconnaître une résine molle , nommée dans l'Inde j quyqul où ooggula, produite par l'amyris Tnt Roxb. Mss.; mais maintenant qu'il paraît certain que le guggul est le bdellium de l'Inde , produit par l'amyris commiphora R., qui paraît être le même que l’amyris agallocha, Roxb. Mss., il vaut mieux considérer cette synonymie comme non avenue et déclarer que nous ne connaissons pas l’origine de la résine élémi du Bengale. M. Pereira dit avoir reçu de M. Christison la résine odoriféranté du canarium balsamiferum W. (boswellia glabra Roxb. ), cultivée à Ceylan. Je ne sais si cette résine se rapporte à celle qui fait le sujet de cet article.
(4) On trouvera d’assez longs détails , extraits de Rumphius, sur les nombreuses résines des canarium, dans mon Mémoire sur les résines dammar, ele, (Revue scientifique ,t. XVI, 1844).
à © TÉRÉBINTHACÉES. h79
Résines de Gommart, £
Le gommart, bursera qummifera L. (lg. 378), est un grand arbre d'Amérique, répandu depuis là Guyane jusqu’au Mexique et dans toutes les Antilles. Il fournit une inst quantité “srl résine jaunâtre et aromatique qui arrive souvent sous des noms diffé- , Fig. 378.
rents et avec des caractères = particuliers, ce qui m'’oblige à en donner plusieurs descriptions. x
I. Résine chibou ou cachibou, Cette résine arrivait anciennement de la Guyane ou de la Colombie , en masses aplaties du poids de 430 à 440 grammes , enveloppées chacune dans une feuille de maranta lutea, entière et plusieurs fois roulée sur ellemême ; et comme ce ”74aranfta porte, en langage caraïbe, le nom de chibou ou caehibou , le même nom a été donné à la résine et même à l'arbre qui la produit. Cette résine , telle que je l’ai, et fort ancienne, est en masses aplaties, dures, sèches, un peu translucides, d’un blanc jaunâtre, d’une odeur très forte et peu agréable , d’une saveur immédiatement amère, L'étiquette en carte blanche , que j'ai renfermée dans le bocal , a pris une teinte brunâtre. La résine , traitée par l'alcool, est composée d élémine et de résine soluble , de même que la résine élémi.
IT. 11 y a quelques années qu’il est arrivé une quantité considérable d’une résine en masses assez volumineuses , à la Surface desquelles on aperçoit des restes de feuilies d’une plante monocotylédone , différente du maranta lutea. J'ai reçu deux échantillons de cette résine : l'un sous le nom de résine élémi de l'Aquyara , l’aatre sous la désignation de résine d'un arbre nommé tacamahaca, à Caracas. Tous deux étaient vendus comme résine élémi. Cette résine présente à l’intérieur l'aspect uniforme , translucide et d'un blanc un peu verdâtre de l’élémi en pains. Cependant on y trouve quelques larmes jaunes et opaques. Elle
80 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
a une odeur forte, moins désagréable que celle de la résine précédente et se rapprochant un peu plus de celle de l'élémi. Elle à une saveur amère ; elle se durcit promptement ; enfin, l’unet l’autre échantillon, enfermés dans deux bocaux séparés, ont également communiqué au papier de l'étiquette une couleur brune très marquée.
III. Tacamaque jaune terne de l'Aistoire abrégée des drogues simples. Cette résine est en larmes ou en plaques opaques, d'un jaune blanchâtre assez uniforme , et ressemble assez à du galipot. Beaucoup de larmes sont volumineuses, aplaties, creuses à l’intérieur et comme formées d’une lame résineuse mal roulée sur elle-même. Cette résine, lorsque je l'ai eue, était vendue sous le nom de facamaque ; je l'ai trouvée dans l’ancien droguier de l’École sous celui de résine de gommier, bursera gunmifera, et le papier de l'étiquette était bruni et tombait par parcelles, comme s’il avait été altéré par un acide. Enfin, ayant placé de cette même résine dans une des montres de l'École , et deux étiquettes sur là résine, le papier en a êté promptement bruni, et cet effet s’est étendu , jusqu’à une certaine distance , aux étiquettes des substances voisines. Cette coloration, due à un principe volatil émané de la substance, forme donc un caractère propre à distinguer la résine du bursera de l’élémi , qui ne le possède pas.
IV. Tecomajaca de Guatimala, Cette résine , apportée en 1834, par M. Bazire, a la forme d’une masse aplatie, jaune , à demi opaque, à cassure en partie terne , en partie brillante , recouverte d’une couche mince tout à fait opaque, blanche du côté de la résine et noire au dehors; elle acquiert par la friction une odeur forte, peu agréable. Cette résine présente la plus grande analogie avec les précédentes. On peut raisonnablement l’attribuer au fecomahaca d'Hernandez (p. 55), qui pourrait bien être une espèce de bursera à feuilles simples , ovaleslancéolées et dentées, non connue des botanistes.
V. Résine de gommart d'Afrique, En 1840, le navire francais Le Brésilien a rapporté de la côte occidentale d’Afrique une partie considérable d’une résine à laquelle je trouve tous les caractères de celle de bursera. Elle est en stalactites ou en morceaux de toutes formes, couverts d’une couche noire, opaque , en partie blanchie par le frottement, ce qui lui donne l'aspect de morceaux de plâtre noireis. Elle est à l’intérieur d’une teinte uniforme, d’un blanc verdâtre ou jaunâtre , translucide et d’un aspect un peu glacé. Elle se durcit promptement à l'air. Elle a la saveur amère et l'odeur forte et fatigante de la résine de bursera ; enfin elle brunit le papier qui se trouve renfermé avec elle.
VI. Résine de Madagasear, On à trouvé en 4844, dans une caisse de copal dur de Madagascar, une quantité assez considérable d’une résine stalactiforme, formée de couches superposées de différentes
TÉRÉBINTHACÉES. AS1 nuances de jaune et de transparence ou d’opacité variables. Cette résine présente une saveur très amère et une odeur forte, non désagréable , qui tient un peu du citron. Je dois à l’obligeance de M. Ménier une stalactite de cette résine qui, quoique rompue, est encore longue de 35 centimètres , large de 10 à 12 et pèse 1200 grammes. Cette résine brunit le papier de son étiquette. Je suppose qu’elle peut être produite par une des deux espèces de bursera trouvées par Commerson à l’île de France, où ils portent le nom de bois de colophane, et qui doivent habiter également Madagascar. L'un de ces arbres est le bursera paniculata Law. (colophonia mauritiana DC.) ; l’autre est le bursera obtusifolia Lam. (marignia obtusifolia DC.).
VII. Résine de gommart balsamifère, On trouve dans les Antilles un grand arbre très voisin des bursera, dont Persoon à fait une espèce sous le nom de bursera balsamifera , mais qui avait été décrit précédemment par Swartz sous celui d’Ledwigia balsamifera, aujourd’hui adopté, Get arbre diffère du gommart par son bois rougeâtre , par ses feuilles à folioles longues et étroites ; par ses fleurs dont les 4 pétales sont soudés dans leur moitié inférieure , et par son fruit drupacé , à 2, .3 ou 4 osselets volumineux, renfermant une amande grasse et amère (1).
Cet arbre porte dans les Antilles le nom de sucrier de montagne , soit à cause de la pulpe sucrée de son fruit, soit parce que son bois sert à faire des douves pour les tonneaux à sucre. On le nomme aussi bois cochon , d’après l’opinion que les cochons marrons entament son écorce avec leurs défenses, dans la vue de frotter leurs plaies avec le suc balsamique qui en découle , lorsqu'ils ont été blessés par les chasseurs. Ce suc, quand il n’a pas été solidifié à l’air, est liquide, rougeâtre, d’une consistance semblable à celle du copahu, dont il offre aussi un peu l'odeur et la saveur. Il a été analysé par M. Bonastre, qui en a retiré :
Hude vole. co és , -, 12 Résine soluble dans l'alcool froid. . . . . 74 — insoluble dans l'alcool (bursérine) . . 5 Extra Les AROr diugits its inf 2,8 Matière organique combinée à la chaux. . 5 Sels à base de potasse et de magnésie. . . !\ Pertéralaiel té s'alliiore sta 5 100,0
(4) Le gommart ( bursera qummifera) a le bois blanc, les folioles ovales, pointues, cordiformes par le bas; les pétales distincts, le fruit drupacé, ovale, triangulaire , arrondi , assez semblable à une pistache , ordinairement réduit à un seul noyau monosperme par l'avortement des deux autres.
182 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
On trouve dans les forêts de la Guyane un grand arbre à bois rouge foncé , qu’Aublet a décrit sous le nom de houmiri balsamifera , intermédiaire pour les caractères entre la famille des méliacées et celle des aurantiacées, et qui fournit par incisions un suc résineux rouge et liquide, qui doit avoir beaucoup d’analogie avec le précédent. Cependant Aublet dit qu’on ne peut mieux en comparer l'odeur qu’à celle du styrax et qu'il est dépourvu d’âcreté, ce qui suflira pour le distinguer du suc résineux de l’hedwigia.
Résines tacamaques ou Tacamahaca.
Suivant Monardès (chap. 2), on apporte de la Nouvelle-Espagne une résine nommée facamahaca par les Indiens, et par les Espagnols qui lui en ont conservé le nom. On l’obtient par incisions d’un arbre grand comme un peuplier, très aromatique , à fruit rouge comme la semence de pivoine. La résine a la couleur du galbanum avec des larmes blanches; elle est douée d’ane saveur et d’une odeur fortes, au point qu’elle calme sur-le-champ les femmes qui ont des suffocations de matrice, étant jetée sur des charbons ardents et approchée des narines.
Cette description, la plus ancienne de toutes, à porté Linné à croire que la résine tacamaque était produite par un peuplier, et il a indiqué son populus balsamifera , croissant dans l'Amérique septentrionale et en Sibérie, dont les bourgeons laissent découler une résine liquide , très odorante, Cette opinion avait cependant contre elle deux fortes objections, tirées de la différence de contrées et de celle des fruits ; aussi est-elle tout à fait abandonnée aujourd’hui.
Jacquin est venu ensuite, qui a cru pouvoir attribuer la résine tacamaque à son elaphrium tomentosum (fagara octandra Y,.). Cet arbre cencorde avec la description de Monardès par son fruit , qui consiste en une petite capsule verdâtre, presque globuleuse, contenant une semence enveloppée à sa base par une pulpe rouge; mais il ne s'élève qu’à la hauteur de 6 à 7 mètres, et, sous ce rapport, ne peut être comparé à un peuplier. Nonobstant cette objection, l'opinion de Jacquin a été adoptée par Bergius et par Murray. Bergius décrit d’ailleurs deux espèces de résine tacamaque : une solide, en morceaux volumineux , à peine transparente, brune , marbrée de taches jaunâtres ou rougeûtres, fragile, friable, à cassure plane et brillante ; une molle, verdûtre, sous-diaphane, un peu grasse, tenace aux doigts, renfermée dans des calebasses.
Beaucoup plus récemment, MM. de Humboldt, Bonpiand et Kunth, ont décrit dans leur Vova genera, sous le nom d’icica tacamahaca, ua arbre térébinthacé peu différent de l’icica heptaphylla d'Aublet ,
Po
TÉRÉBINTHACÉES. - 83
qui s'élève à plus de 40 mètres, et dont le fruit , capsulaire et déhiscent , renferme de 2 à 4 osselets entourés d’une pulpe rouge. On pourrait croire encore que cet arbre est celui dont a voulu parler Monardès, d'autant: plus qu’on ne peut douter qu'il ne fournisse, conjointement avec ses congénères, la plus grande partie des résines lacamaques que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce ; mais il faut remarquer que ces tacamaques ne répondent pas aux descriptions de la tacamaque donnée par Monardès et Bergius, et qu’elles ont été décrites, au contraire, par ces deux auteurs, sous le nom d’animeé ; il reste donc douteux qu'aucun des iciquiers qui les produisent soit l'arbre de Monardès. Au reste, voici mes conclusions : 4° la résine tacamaque décrite par Monardès et Bergius , et attribuée par ce dernier à l’elaphrium tomentosum , ne fait pas habituellement partie de celle du commerce ; 2° la tacamaque du commerce actuel a été décrite par Monardès et Bergius sous le nom d’animé : et est produite par les iciquiers d'Amérique ; 3" il existe dans les droguiers d’autres résines tacamaques dont l’origine est moins certaine, et qu'il convient peut-être de rapporter à des caloplyllum. Je vais décrire successivement toutes ces résines.
Résines tacamaques provenant des iciquiers.
I. Tacamaque jaune huileuse, Cette résine est celle que nous avons reçue de Hollande comme facamaque et comme antmé , et que presque tous les auteurs ont décrite comme résine animé (1) ; elle se présente sous deux formes qu'il convient de distinguer.
(4) L’animé est de couleur blanche, tournant à celle de l’encens, plus huileuse que le copal ; ses larmes ressemblent à celles de l’encens, mais sont plus grosses, et d’un jaune de résine à l’intérieur : elles ont une odeur très agréable et très suave, et sont facilement consumées sur les charbons. (Monardèés.)
Il faut choisir la gomme animé blanchâtre ou jaunâtre , en larmes, huileuse, jaune en dedans, d’une odeur très excellente et d’un goût fort agréable. Elle doit se fondre facilement sur les charbons : elle se dissout dans l’huile et dans l’esprit-de-vin bien rectifñié. ( De Meuve.)
Résine blanche, sèche, friable, de bonne odeur, se consumant facilement sur les charbons. ( Lemery.)
Geoffroy répète la description de Monardés.
L’animé est une résine d’un jaune blanchâtre, comme farineuse à sa surface, mais brillante et transparente dans sa cassure ; elle est en morceaux isolés et friables ; elle a une odeur résineuse et une saveur presque nulle. Elle se ramollit entre les dents, s’enflamme par l'approche d’une bougie, brûle presque entièrement sur les charbons , en répandant une odeur agréable ; elle se dissout en entier dans l’esprit-de-vin : elle donne un peu d’huile volatile par sa distillation avec l’eau. ( Murray.)
Toutes ces descriptions se rapportent à la tacamaque jaune huileuse.
h8li DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
A. La première est en larmes ou en morceaux irréguliers, qui varient en grosseur depuis celle d’une aveline jusqu'à celle de 55 à 80 millimètres en tous sens. Ces morceaux sont ou un peu opaques, ou transparents, souvent recouverts d’une poussière blanch ; ils sont jaunes, quelquefois un peu rougeätres; leur odeur, que je trouve très agréable, quoique forte, acquiert par la chaleur quelque chose du cumin. La résine a une saveur douce et agréable, devenant cependant un peu amère par une mastication prolongée ; elle se fond très facilement par la chaleur, donne de l'huile volatile à la distillation ; enfin se dissout promptement dans l'alcool, à l'exception d’un petit résidu blanc, composé d’une gomme soluble dans l’eau et d’une résine insoluble dans l'alcool et l’éther.
B. Cette résine ne diffère de la précédente que parce qu’elle paraît avoir fait partie de bâtons cylindriques de 45 millimètres de diamètre. Ces bâtons sont généralement opaques , friables et comme micacés à la circonférence, transparents et mous à l’intérieur; de sorte que leur friabilité et leur opacité paraissent dues à l’évaporation de l’huile volatile qui primitivement imbibait la résine. Aussi la résine a t-elle une odeur un peu moins forte que la précédente ; mais c’est absolument la même, Cette résine doit cristalliser avec une grande facilité.
II. Tacamaque huileuse incolore, Vers l’année 1832 ou 1833, il est arrivé une résiae qui a été vendue comme élémi, bien qu’elle eût une forme et une odeur toutes différentes. Cette résine était en bâtons demi-cylirdriques, longs de 16 à 22 centimètres, larges de 27 à 34 millimètres, amincis aux extrémités ; elle était incolore, opaque à l'intérieur par l’interposition d’un peu d'humidité naturelle , mais elle devenait transparente et s’agglutinait à la surface. Elle avait une odeur très forte, semblable à celle de la résine précédente, et elle contenait une si grande quantité d'huile volatile, que ce principe se condensait en gouttelettes tout autour du vase qui la renfermait. Sa saveur était très parfumée et devenait un peu amère par une mastication prolongée. Cette même résine m'a été remise par un employé supérieur de la colonie de Cayenne, sous le nom d’encens de Cayenne, Elle est donc produite par l’icica heptaphylla ou par l’icica quianensis d’Aublet, qui paraissent devoir constituer une seule espèce à laquelle on réunira probablement l’icica tacamahaca H. B. Ces arbres laissent en effet couler un suc limpide, d’une odeur de citron, qui se dessèche promptement en une résine blanchâtre connue sous le nom d’eneens ( Aublet). Quant à la tacamaque jaune huileuse, elle doit être produite par les mêmes arbres, à moins qu’on ne préfère l’attribuer à l’icica decandra, dont le suc résineux, balsamique, blanchâtre, liquide, d’une odeur qui approche de celle du citron, devient, en se desséchant, une résine
TÉRÉBINTHACÉES. 185 jaune , transparente, qu’on trouve en morceaux plus ou moins gros sur l'écorce et au bas du tronc (Aublet).
III. Tacamaque jaune terreuse, Cette résine est abondante dans le commerce, où elle se vend presque seule aujourd’hui comme résine animé. Elle est en masses assez considérables , la plupart aplaties, ayant à l'extérieur l’apparence de morceaux de plâtre noirci; ce qui tient encore plus à une sorte d’efflorescence résineuse qui les recouvre qu’à une vraie matière terreuse. L'intérieur est jaune, de différentes nuances disposées par couches, et ayant assez l’apparence de l’arsenic jaune artificiel, à la couleur près, qui est beaucoup plus pâle. Cette résine est opaque, friable , ayant une odeur analogue à celle de la racine d’arnica , et une saveur peu sensible, qui ne devient un peu amère que par une mastication prolongée. Elle est entièrement soluble dans l'alcool, et se fond facilement par la chaleur.
Cette résine partage avec la tacamaque du Mexique de M. Bazire , et la résine d'Afrique attribuée à un bursera, la propriété de se couvrir à l'air d’une couche noire, pulvérulente et opaque. Il est évident d’ailleurs qu’il existe une grande ressemblance entre toutes ces résines , el que leur distinction en élémi, résines de gommart, tacamaques , etc., est quelquefois assez incertaine.
IV. Tacamaque rougeâtre, Je n’ai pas encore décrit cette résine que j'ai trouvée, postérieurement à l’année 1836 , mélangée en assez grande quantité à la tacamaque jaune huileuse. Je ne suis pas éloigné de croire que c’est elle qui est la tacamaque de Monardès et la première tacamaque de Bergius, attribuée par lui à l’elaphrium tomentosum. Elle est en larmes détachées, dont les plus petites ressemblent encore un peu, par leur couleur jaune un peu rougeâtre , à la tacamaque jaune huileuse ; mais elles ressemblent encore plus, par cette même couleur et par leur cassure terne, à l’oliban d'Afrique. Les grosses larmes sont très irrégulières et les plus volumineuses ont été réduites, par la cassure, au volume de lextrémité du pouce. Ces larmes sont grisâtres et farineuses à leur surface, brunâtres à l’intérieur, non transparentes et d’une cassure terne. Au total, cette résine ressemble beaucoup, soit à l’oliban d'Afrique, soit au bdellium , et je présume qu’elle doit contenir une quantité notable de matière gommeuse, Elle a une odeur forte, agréable cependant, analogue, mais non semblable à celle de la tacamaque jaune huileuse,
Tacamaques non produites par les iciquiers.
V. Tacamaque angélique: tacamaque en coque OÙ sublime. Suivant Pomet, cette résine viendrait de Madagascar, où les habi-
186 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
tants auraient coutume de mettre la première qui sort de l'arbre dans de petites gourdes coupées en deux, qu'ils recouvriraient ensuite d’une feuille semblable à cellé d’un palmier. Bergius la fait venir du Brésil et de la Guyane; Geoffroy, de la Nouvelle-Espagne et de Madagascar. On voit que rien n’est moins certain que son origine; c’est tout ce que nous pouvons faire que d'en indiquer les propriétés.
J'ai trouvé dernièrement dans les collections du Muséum d'histoire naturelle un bel échantillon de cette résine. Il consiste en un fond de calébasse ayant la forme d’un segment de sphère très peu profond , rempli de résine et recouvert d’une feuille mince, appartenant à une monocotylédone, adhérente à la surface de la résine. Cette substance est tout à fait semblable à celle que j'ai depuis longtemps et dont j'ai vu un reste de calebasse en la possession de M. Bonastre. Elle est d’un gris blanchâtre à l'extérieur, d’un gris jaunâtre ou rougeûtre à l’intérieur, à demi opaque, d’une cassure terne et d’une saveur amère; sa poudre est d’un gris jaunâtre. Son principal caractère réside dans son odeur , qui est une des plus suaves que je connaisse, et presque semblable à celle de la racine d’angélique. Elle n’est pas entièrement so- Juble dans l'alcool rectifñié, même à l’aide de l’ébullition.
VI. Tacamaque ordinaire, OU baume focot, Celte sorte est en masses jaunâlres ou rougeâtres, formées par l’agglomération de petites larmes molles et transparentes, et mêlées des débris d’une écorce jaune, très mince, à fibres apparentes très serrées, droites et parallèles. Cette résine est amère, inodore en masse, donne une poudre blanchâtre lorsqu'on l'écrase, et exhale alors une odeur analogue à la précédente ; mais moins suave, faible et disparaissant bientôt,
Il existe une dernière résine, verte, molle, gluante, nommée taeamaque de lile Bourbon, baume vert OU baurme Marie, produite par le calophyllum tacamahaca Wild. Elle sera décrite à la famille des guttifères,
Résine alouchi.
Pomet et Lemery supposent que l'arbre à l'écorce de Winter ou à la cannelle blanche, qu’ils confondent ensemble ct qu’ils confondent aussi avec un arbre de Madagascar nommé /impt, fournit la résine alouchi. Du reste , ils ne donnent aucune description de cette résine, Pomet dit seulement que la résine alouchi ne peut être confondue avec le bdellium ni avec la résine de lierre, parce qu’elle est mollasse, de différentes couleurs et fort vilaine.
En 1822, M. Bonastre à fait l'analyse d’une résine alouchi qui se trouvait en fragments de 4 à 32 gramines, mais qui provenait d’une masse cylindrique de 3 à 4 centimètres de diamètre, laquelle s'était
TÉRÉBINTHACÉES. 487 desséchée après avoir. été moulée et enfermée, à l’état mou, dans une grande feuille de dicotylédone. Cette résine est d’ungris noirâtre, terne, presque opaque , à cassure sub-luisante , et offre dans son intérieur des parties lamelleuses blanchâtres, qui la font paraître marbrée. Elle possède une odeur forte et agréable, analogue à celle des résines d’écica, dont sa composition la rapproche également ; car elle est formée de :
Résine soluble dans l'alcool froid, . ... . , . 68,2 - — cristallisable, insoluble dans l’alcool froid. 20,5
Hule-volbsile 45 una are ter bre De 100 3 1,6 Exiraitamer: soma sa éo:faos lon 249 < 4,1 Acide libre, sel ammoniacal. . . . . . . . .. 0,6 Enbareééoine gris tar 0015085 di L,1 Petlasceneourén teroetentilr ja) some 5h35 de 3,9
Je ne mets pas en doute que cette résine n’appartienne à un 2cica, et je ne suis pas éloigné de penser que son nom ne soit une altération du nom aracouchint, que porte à Cayenne l’?cica aracouchini d’Aublet ; de sorte que je la suppose produite par cet arbre.
Je possède dans mon droguier deux résines semblables pour la forme à la résine alouchi de M. Bonastre. Elles sont toutes deux noirûtres, opaques, avec des larmes blanchâtres entremélées, et sont formées en cylindres de 4 centimètres de diamètre ; mais l’une est enveloppée d’une feuille de canne d’Inde, et l’autre d’une écorce fibreuse, qui lui sert d’étui. Toutes deux ont une odeur distincte , différente de la résine de M. Bonastre, de sorte que ce sont encore deux espèces différentes de résines d'arbres burséracés,
Résine caragne,
Suivant Monardès (chap. 3), on apporte de la partie intérieure du continent d'Amérique et des environs de Carthagène, ou du Nom-de- Jésus, une résine de la couleur de la tacamaque, nommée caranna chez les Indiens et par les Espagnols. Cette résine a une odeur de tacamaque , mais plus forte; elle est brillante, oléagineuse et tenace ; elle à été apportée pour la première fois vers l'année 1560. Tout ce qu'on a ajouté depuis à l'histoire de fa caragne, c’est de l'attribuer à un arbre du Mexique nommé par Hernandez arbor insaniw, caragna nuncupata, et de dire qu'elle nous est apportée en masses enveloppées dans des feuilles de roseau, Peut-être pourrait-on la croire produite par l’icica carana DG,; mais, suivant le docteur Hancock, elle est produite par
L88 DICOTYLÉDONES GALICIFLORES.
un autre arbre térébinthacé , qui est l’aniba guranensis d'Aublet (cedrota longifolia Willd.).
La description la plus pr écise qui ait été donnée jusqu'ici de la résine caragne est celle de la Pharmacopée de Wirtemberg : résine tenace , ductile comme de la poix lorsqu'elle est récente, devenant dure et fragile en vieillissant. Elle est d’un vert noirâtre, d’une saveur amère et d’une odeur forte et agréable, principalement lorsqu'on la brûle. On l’apporte de la Nouvelle-Espagne , sous forme de morceaux cylindriques enveloppés dans des feuilles de roseau.
N'ayant pas recu d’échantillon authentique de résine caragne , je ne puis que décrire ceux qui sont en ma possession.
A. Le premier: est en morceaux de la grosseur d’une noix, diversement comprimés à leur surface, durs, mais paraissant avoir été d’une certaine mollesse. Cette résine est d’un noir grisâtre, opaque, à cassure rne, couverte dans les sillons de la surface d’une poussière fauve. Elle présente , lorsqu'on l’écrase, une odeur mixte de tacamaque et de résine de pin. Elle se fond facilement au feu et se dissout complétement dans l'alcool.
B. Le second échantillon constitue une masse du poids de 500 grammes environ , un peu aplatie et paraissant avoir été enveloppée dans une feuille dont l'impression ressemble à celle d’une feuille de maïs. Elle est d’un vert noir, opaque, à cassure grenue et brillante, et elle offre une odeur mixte d’élémi et de résine de pin ; je ne serais pas étonné quand ce produit serait artificiel.
C. La troisième résine caragne que je possède est en larnies grosses comme des fèves, plus ou moins, et elle est généralement aplatie, comme à pu le faire une résine molle qui serait tombée sur un corps dur. La surface des larmes est inégale, souvent plissée, brillante et d'un vert noir foncé. Elles sont très fragiles et leur cassure est inégale, mais très brillante et vitreuse, et les parcelles qui s’en détachent paraissent transparentes. L’odeur de la résine est forte, analogue à celle des résines tacamaques , mais beaucoup moins agréable. Elle se ramollit en partie sous la dent et présente une saveur résineuse peu inarquée, ni âcre ni amère. Elle forme avec l'alcool une teinture rougeàtre et ie un résidu composé de deux sortes de parties : 1° un peu de matière terreuse accidentelle ; 2° une substance pulvérulente, d’un vert foncé, qu’on doit considérer comme la matière colorante de la résine. Cette matière verte est insoluble dans lalcool bouillant ; elle fond imparfaitement à l’aide de la chaleur, en dégageant nne fumée blanche aromatique ; elle finit par brûler sans flamme, et laisse une cendre grise, faisant effervescence avec les acides.
D, Résine caragne d'Ambhoince, Rumphius, dans son Æerbariuru
TÉRÉBINTHACGÉES. L89 amboinense , décrit une espèce de canarium (canarium sylvestre DC.) dont la partie inférieure du tronc produit une grande quantité d’une résine noirâtre, liquide, mais non visqueuse, et devenant fragile. Cette résine, que Rumphius dit être presque semblable à la caragne d’Ainérique , est arrivée en 4843, en même temps que le dammar sélan. Elle ressemble en effet beaucoup à la résine caragne ; mais sa couleur est moins foncée, d’un fauve verdâtre , et elle est translucide sur les bords. Elle se pulvérise entre les dents, et ne présente qu'un goût peu sensible. Elle a une odeur analogue à toutes les résines de ce genre, moins forte que celle de la caragne, dont elle peut être regardée comme une espèce inférieure.
Je possède un nombre assez considérable d’autres résines de térébinthacées , dont les suivantes m'ont été communiquées avec leur nom.
Résine curucay de la Colombie (Journ. pharm.,t. XVI, p.136). Résine fauve , translucide, d’une odeur très forte et peu agréable.
Résine sandaraque de Guatimala (Journ. pharm., t. XX, p. 524).
Copal de Santo (Journ. pharm.,t. XX, p. 523).
Résine eaciearita de la côte de Terre-Ferme, employée contre les affections du foie ; donnée par M. Aug. Delondre. Résine grise, ayant aggloméré un grand nombre de petites larmes blanches et opaques, et beaucoup d'impuretés. Cette résine, par son odeur, se rapproche de la tacamaque angélique.
Bois de Citron des ébénistes,
On donne dans le commerce le nom de bois de citron à plusieurs bois de couleur jaune ct d’odeur analogue à celle du citron, mais qui n'ont aucun rapport avec le bois de citronnier, lequel est blanc et inodore.
’est ainsi que déjà, en traitant des laurinées (t. II, p. 370), j'ai décrit le bois de licari de Cayenne, qui porte aussi les noms de bois de rose mâle et de bois de citron de Cayenne, et, à son occasion, j'ai mentionné un autre bois de Cayenne nommé bois de rose femelle et bois de cèdre blanc, lequel me paraît dû à l’un des icica d'Aublet, soit peut-être à son antba yuianensis, qui porte également à Cayenne le nom de bois de cèdre.
Quoique les bois de citron dont je dois traiter en ce moment soient bien plus anciennement employés que les deux précédents , et qu'ils soient l’objet d’un commerce considérable, ils sont encore moins connus sous le rapport de leur origine ; ayant été attribués , tantôt à l’ercthalis fruicosa L. (rubiacées), tantôt aux amyris sylvatica ou toxifera L., qui ne paraissent pas pouvoir les produire, à cause de leur peu d’élé-
h90 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,
vation et du petit volume de leur tige. Un seul arbre, parmi ceux dont l'espèce est déterminée , pourrait être supposé en produire un : c’est le zanthozylum emarginatum de Swartz, que Sloane a défini : Lauro affinis arbor, terebenthi folio alato, ligno odorato candido, flore albo ; mais on ignore si cet arbre croît à Saint-Domingue, d’où nous arrivent les bois en question.
Le premier de ces bois est celui que Pomet et Lemery ont décrit sous les noms de boïs de citron, bois de jasmin et bois de chandelle , et ce sont ces noms mêmes, donnés aussi à l'eriéhalis frubicosa, qui ont fait supposer que cet arbrisseau devait produire le bois de citron. Ce bois porte aussi, dans le commerce , le nom d’hispanille, parce qu'il vient surtout de l’ancienne partie espagnole de l'île de Saint- Domingue, qui a porté elle-même, pendant longtemps, le nom d’Æespaniola. I arrive sous la forme de madriers équarris et privés d’aubier, longs de 2 à 4 mètres, larges de 33 à 50 centimètres, épais de 16 à 22 centimètres , et d’un poids considérable. Il est assez tendre et facile à travailler, susceptible d’un beau poli satiné, et fait de fort beaux meubles. 11 est d’un jaune pâle et d'une odeur persistante, mixte et très agréable, de citron et de mélilot. Je lui trouve une saveur rance due sans doute à l’altération de l'huile qu’il contient. Sa coupe, perpendiculaire à l’axe, présente des lignes circulaires nombreuses, régulièrement espacées, et des lignes radiaires très serrées , très apparentes, non continues, et longuement amincics à leurs extrémités. Les points ligneux sont dispersés également partout, sur les lignes radiaires comme dans leur intervalle (1).
En 1846, il est arrivé en France une partie de bois d’hispanille de Porto-Rico, et jen possède depuis longtemps une bûche apportée de Cayenne. Cette bûche est cylindrique, épaisse de 15 centimètres, pourvue d’une écorce grise peu épaisse , assez compacte, amère et non aromatique, L’aubier est épais de 2 centimètres. Le canal médullaire existe encore au centre.
Petit bois de citron, Ce bois arrive en poutres carrées de 11 à 19 centimètres d'épaisseur ; il est plus dur et plus pesant que le précédent, d’un jaune plus prononcé, avec des veines concentriques plus marquées et des restes d’aubier blanc sur les angles. 11 a une odeur analogue à celle de l’hispanilte, mais beaucoup plus faible et disparais-
(1) Les Anglais nomment le bois d’hispanille satin-wood ; mais ils distinguent deux bois satinés, l'un de Saint-Domingue et l’autre de Pinde. Ce dernier est produit par le chloroxylum swielenia , de la famille des cédrélées. En France, c’est principalement le bois de Féroles (ferolia quianensis d'Aublet) qui porte le nom de bois satiné, Il est d’un rouge jaunâtre veisé de rouge, et susceptible d’un beau poli satiné,
TÉRÉBINTHACÉES. h91
sant à l'air. Lorsqu'on le râpe, cette odeur devient plus sensible , peu agréable et acquiert quelque chose de l’odeur des bêtes fauves.
Ce bois constitue certainement une espèce différente du précédent. Je ne sais si c’est lui que Nicholson à décrit sous le nom de bois de chandelle dans son Histoire de Saint-Domingue (p. 167) :
« Bois de chandelle, Taouia et alacoaly. On en distingue de deux sortes, le blanc et le no:r. Le premier est un arbre de moyenne grandeur. Son trone ne s'élève guère au-dessus de 12 à 15 pieds ; son diamètre est tout au plus de 3 à 4 pouces; son écorce est lisse et d’un brun cendré ; son bois jaunâtre, dur, odorant , résineux, pesant. Ses feuilles sont pointues, en forme de lance, fermes, odorantes , sans dentelure, paraissant percées lorsqu'on les regarde au soleil, luisantes , disposées par trois à l'extrémité des branches, qui sont toujours terminées par une impaire ( feuilles pinnées, à 3 folioles, dont une impaire ). Les fleurs sont petites, blanches, et produisent de petites baie: noires d’un goût aromatique et de très bonne odeur. On fait avec le bois de cet arbre des flambeaux pour s’éclairer la nuit : c’est de là que lui vient son nom. »
La description qui précède convient très bien à un emyris. Bots de Citron du Mexique,
Ce bois porte au Mexique le nom de /2gnaloe ou linalué (bois d’aloès )}; trompé par ce nom, il y a plusieurs années, un négociant français en rapporta une assez grande quantité à Bordeaux ct fut fort désappointé qu’on ne voulût pas le lui acheter au prix de 48 ou 20 francs le kilogramme. Ce bois aurait cependant une certaine valeur pour la parfumerie, Il est blanc à l’intérieur, avec des veines longitudinales très irrégulières, légèrement brunâtres. Il est très léger, poreux et pourvu d’une très forte odeur de citron. Il contient une si grande quantité d'essence, qu’on dirait qu’il en a été imprégné par immersion, et que celte essence se condense par gouttelettes , contre le vase qui le renferme , et pénètre entièrement la carte de l'étiquette.
Ce bois se trouve décrit et attribué à un amyris, dans un petit ouvrage intitulé : Znsayo para la materia medica mexicana, Pucbla,
Bois de Gonzalo-Alvés,
Ce bois, qui est un des plus beaux que l’on puisse employer pour l’ébénisterie , est confondu en France avec le courbaril, dont il porte le nom dans le. commerce, Il vient de Rio-Janeiro et est produit par un arbre de la tribu des anacardiées, nommé astrontum fraxinifoliumn. H vient en bûches ou en gros madriers carrés, Il est très dur, compacte,
Le
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susceptible d’un beau poli, et présente , sur un fond qui varie du rouge de feu au rouge foncé, de larges veines noires du plus bel effet. Il exhale une légère odeur désagréable lorsqu’on le râpe, et est astringent au goût.
Ce bois porte en Angleterre le nom de bois de zebre, et dans plusieurs contrées de l'Amérique celui de gateado , ce qui veut dire bots de chat, toujours à cause de sa rayure noire que l’on a comparée à celle du zèbre, du chat ou du tigre. Indépendamment de celui qui vient du Brésil, j'en ai de fort beaux échantillons venus de la Nouvelle- Grenade et de la Vera-Cruz. Le Brésil en fournit d’ailleurs plusieurs qualités, qui doivent être produites par plusieurs espèces d’as/ronium.
FAMILLE DES RHAMNÉES.
Arbres ou arbrisseaux , à feuilles simples et alternes , très rarement opposées, accompagnées de 2 stipules caduques ou persistantes, et épineuses. Les fleurs sont petites, hermaphrodites ou unisexuées, pourvues d’un calice gamosépale, plus ou moins tubuleux par la partie inférieure, où il adhère plus ou moins avec l'ovaire ; le limbe est évasé, à 4 ou 5 lobes valvaires. La corolle est formée de 4 ou 5 pétales très petits, souvent voûtés. Les étamines sont en même nombre que les pétales , placées devant eux , insérées à leur base et souvent renfermées dans la concavité du limbe. L’ovaire est tantôt libre , tantôt demi-infère, quelquefois complétement adhérent, à 2, 3 ou 4 loges contenant chacune 1 ovule dressé. Les styles sont en nombre égal aux loges de l'ovaire, mais soudés entre eux el terminés par autant de stigmates soudés ou distincts. Le fruit est charnu et indéhiscent , contenant ordinairement 3 nucules, ou sec et s’ouvrant en à coques. La graine est dressée et contient dans un endosperme charnu , qui est quelquefois très mince, un embryon homotrope, à cotylédons planes et appliqués.
La famille des rhamnées, depuis qu’on en a séparé les staphyliers, les fusains et les houx, pour en former les familles des célastrinées et des ilicinées, ne se recommande plus guère à nous que par les genres ziziphus et rhamnus, qui nous fournissent les jujubes et les baies de nerprun.
Juiubier et Juijubes.
Ziziphus vulgaris Lam. ; rhamnus ziziphus L. (fig. 379). Le jujubier est un arbrisseau très rameux qui s'élève à la hauteur de 5 à 7 mètres. Ses rameaux sont garnis d’aiguillons géminés, dont l’un est droit et l’autre recourbé. Ses feuilles sont alternes, lisses, très ferme ,
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ovales-allongées, légèrement dentées, avec trois nervures longitudinales. Les fleurs sont très petites, jaunâtres , réunies en paquet dans l’aisselle des feuilles. Elles sont formées d'un calice à 5 divisions ouvertes et caduques ; d’une corolle à 5 pétales très petits , alternes avec les divisions du calice; de 5 étamines opposées aux pétales et d’un ovaire biloculaire surmonté de 2 styles. Le fruit est un drupe ovoïde ou elliptique, du volume d’une grosse olive, recouvert d’une peau rouge, lisse, coriace, et renfermant une pulpe jaunâtre, douce, sucrée, assez agréable lorsque le fruit est récent. Au centre se trouve un noyau osseux , allongé , surmonté d’une pointe ligneuse, et divisé intérieurement en deux loges dont l’une est ordinairement oblitérée. La loge développée contient une amande huileuse. Ce noyau n’est d’aucun usage ; on le rejette lorsqu’on emploie les jujubes. Le jujubier est originaire de Syrie, d'où il a été apporté en Italie sur la fin du règne d’Auguste.
Il est depuis longtemps naturalisé dans le midi de la France, el principalement aux îles d’Hyères, d’où les jujubes nous arrivent sèches avec les autres fruits du Midi. On en fait une tisane , un sirop et une pâte qui porte son nom, mais d’où on les retranche à tort, le plus ordinairement.
On trouve en abondance, sur les côtes d'Afrique, principalement dans la régence de Tunis, et dans l’île de Zerbi, pays habité autrefois par les Lotophages, une espèce de jujubier (ziziphus lotos Desf.) haut de 13 à 16 décimètres, dont les fruits jouissaient, sous le nom de /otos , d’une grande réputation chez les anciens. Ces fruits sont rougeâtres, presque ronds, de la grosseur de ceux du prunier sauvage : ils contiennent, sous une chair pulpeuse, d’une saveur agréable, un noyau globuleux à 2 loges. Homère suppose que ce fruit avait un goût si délicieux, qu'il faisait perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, et qu'Ulysse fut obligé d'enlever de force ceux de ses compagnons qu’il avait envoyés pour reconnaître le pays.
49% DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Baies de Nerprun.
Éhannus catharticus L.— Car. gén. : Calice à 4 ou 5 divisions, dont la base persiste souvent après l’anthèse, sous la base du fruit ; 4 ou 5 étamines opposées aux pétales; style bi- on quadrifide; fruit bacciforme ou presque sec, à 2, 3 ou 4 loges monospermes, s’ouvrant intérieurement par une fente longitudinale. Semence cblongue , marquée, du côté extérieur, d’un sillon profond plus large à la base. Arbrisseaux ou petits arbres dont les rameaux sont souvent spinescents à l'extrémité. Fleurs souvent unisexuelles. Fruits non comestibles.
Le nerprun (fig. 380) croît à la hauteur d’un petit arbre; son écorce est lisse; ses branches sont garnies d’épines terminales. Ses feuilles sont ovées, glabres, assez larges et dentées sur leurs bords. Ses fleurs
sont petites, verdâtres, dioiques Fig. 380. ou polygames, munies d’un calice et d’une corolle quadrifides.
Ses fruits sont gros comme ceux du genévrier, verts d’abord, noirs quand ils sont mûrs. Ces fruits contiennent au centre quatre nucules accolées, et sont remplis d’ailleurs d’un suc rouge-violet très foncé ; ce suc devient rouge par les acides, vert par les alcalis, et offre un bon réactif pour reconnaître la plus petite quantité de ces corps à l’état de liberté. C’est en combinant le suc de nerprun avec la chaux que l’on obtient la couleur . connue sous le nom de vert de vessie.
On récolte les baies de nerprun dans les mois de septembre et octobre ; on les choisit grosses, luisantes et abondantes en suc. On en fait un extrait et un sirop qui sont purgatifs ; on ne les fait pas sécher ordinairement.
L'écorce du nerprun peut servir à teindre en jaune. Le bois du tronc est formé d’un aubier blanchâtre peu épais, et d’un cœur d’un rouge rosé, devenant satiné et comme transparent à la surface lorsqu'il
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est poli. On en ferait de très jolis meubles s’il offrait des dimensions plus considérables.
Autres espèces :
Nerprun des teinturiers, 7hamnus infectorius L. Cette espèce croît surtout dans le midi de la France et de l’Europe. Ses fruits, connus sous le nom de graine d'Avignon, sont usités dans la teinture , à laquelle ils fournissent une belle couleur jaune, mais peu solide. D'autres nerpruns, plus ou moins analogues, produisent dans l'Orient des graines jaunes plus estimées que celles d'Avignon, et connues sous les noms de graine de Perse, d'Andrinople, de Morée, etc., suivant le pays d’où elles proviennent. Ces nerpruns paraissent être surtout les rhamnus amygdalinus, oleoides et saxatilis.
La graine &e Perse est la plus estimée de toutes; elle est grosse comme un petit pois, arrondie, formée d’un brou mince, d’un vert jaunâtre , appliqué immédiatement sur 3 ou 4 coques jaunes, monospermes, réunies au centre, ce qui donne au fruit une forme trigone ou tétragone régulière; elle a une saveur amère très désagréable, et une odeur nauséeuse assez forte.
La graine d’Avignon est beaucoup plus petite, plus verte, quelquefois noirâtre, et paraît avoir été cueillie avant sa maturité. Elle offre rarement 3 coques réunies, et n’en à ordinairement que 2 , par l’avortement des autres; elle a une odeur moins forte et une saveur beaucoup moins marquée.
On prépare avec la graine d'Avignon et la craie unc sorte de laque jaune , connue en peinture sous le nom de séil de grain.
La hourgène Ou aune noir, 7hamnus frangula L. Cet arbrisseau non épineux est commun dans les bois ; son écorce peut servir à teindre en jaune, comme celle du nerprun ; ses fruits sont également purgatifs et peuvent être employés à faire du vert de vessie. Le bois, qui est tendre et poreux, donne un charbon très léger qui sert à la fabrication de la poudre à canon.
L'alaterne , 7/amnus alaternus L. Arbrisseau toujours vert, à feuilles luisantes, très souvent panachées, très employé pour la décoration des jardins paysagers.
FAMILLE DES ILICINÉES.
Très petit groupe de végétaux arborescents, confondu d’abord avec les rhamnées, puis avec les célastrinées , lorsque celles-ci ont été séparées des rhamnées, formant enfin aujourd’hui une petite famille qui se distingue des rhamnées par ses étamines qui alternent avec les pétales, et par ses ovules pendants du sommet de chaque loge ; et des célastri-
nées, par l'absence d’un disque entourant l'ovaire , par sa corolle souvent gamopétale, par ses étamines insérées au réceptacle et par ses evules pendants.
Le principal genre est celui des houx (/eæ L.), dont voici les caractères : Calice à 4 dents, persistant ; corolle hypogyne, à 4 pétales contigus à leur base ; À étamines alternes avec les pétales, réunies à eux par leur base et servant à établir la connexité qui existe entre eux ; un ovaire supère surmonté de 4 stigmates sessiles ; un drupe arrondi contenant 4 osselets monospermes, à semence inverse.
Moux commurs, {/ex aqguifolium L. (fig. 381). Grand arbrisseau ou petit arbre haut de 7 à 8 mètres. Son tronc est droit, garni de rameaux souvent verticillés, souples, à écorce lisse et verte. Les feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, coriaces , luisantes , d’un beau vert, le plus souvent ondulées , anguleuses, dentées et épineuses. Les fleurs sont blanches , petites, disposées en bouquets serrés et axillaires. Les fruits sont globuleux, de la grosseur d’un grain de groseille, d’un rouge vif, d’une saveur douceâtre , désagréable.
Cet arbuste croît naturellement dans les bois montagneux de l’Europe tempérée. On le cultive dans les jardins paysagers, où il produit un bel effet par la persistance de ses feuilles pendant l'hiver, et par ses fruits d’un rouge éclatant, qui restent sur l'arbre presque jusqu’au printemps. La culture en à produit un grand nombre de variétés, dont une à feuilles panachées de blanc ou de jaune.
Les feuilles de houx ont été usitées en médecine comme diaphorétiques et fébrifuges. M. Deleschamps, pharmacien, en a extrait un principe cristallisé et amer, nommé #/licine, qui a été proposé comme propre à servir de succédanée à la quinine. L'écorce de houx contient beaucoup de glu et c’est elle surtout qui sert à la préparation de cette singulière substance (page 181). Le bois de houx est très blanc dans les jeunes arbres, très dur, très pesant, susceptible d’un beau poli et prenant très bien la teinture noire , ce qui le fait servir à contrefaire l’ébène. IL est très recherché pour les ouvrages de tour et
de marqueterie.
Houx apalachine Où thé des Apalaches, let vomitoria Ait.
Fig. 381.
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Arbrisseau des lieux humides et ombragés de la Floride , de la Caroline et de la Virginie. Les sauvages de ces contrées en emploient les feuilles en manière de thé, et leur attribuent une grande vertu tonique , diaphorétique et diurétique ; mais à forte dose elles purgent et excitent le vomissement. La célèbre herbe maté ou thé du Paraguay, dont on fait un grand usage dans toute l'Amérique méridionale, jouit des mêmes propriétés. C’est l’i/ex paraquariensis de Lambert. Le cassine gouguba de Martius possède des propriétés à peu près semblables et lui est quelquefois substitué.