‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 107 sur 121 · LE · texte numérisé non relu

LE

514 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Clusius à figuré les fruits dans ses Zxoticæ (lib. FT, cap. xxu ); le fagara heterophylla Lamk., croissant à l’île Bourbon , et le fagara piperita L., que l’on trouve décrit et figuré par Kæmpfer, dans ses Am«nitates (p. 892 et 893). Tous les fruits de ces espèces paraissent être de petites capsules charnues , de la grosseur d’un grain de poivre à celle d’un très petit pois, tuberculeuses à leur surface , simples ou didymes, contenant une semence noire, luisante et peu aromatique, le principe acuf résidant surtout dans l’enveloppe glanduleuse de la capsule. Mais j'en possède une espèce différente, faisant partie d’une collection de plantes de la Chine, que je décrirai aussitôt que le temps

me le permettra, mais dont j’extrais ce qui a rapport au fruit en queslion.

Hoa-1sia0 ({leur-poivre). Ce fruit, dans son état normal , me parait composé de 4 capsules sessiles à l'extrémité d'un pédoncule; mais il est rare que ces Capsules se développent complétement toutes les quatre, et le plus que j'en aie trouvé, c’est trois avec une quatrième moitié moins grosse que les autres. Le plus ordinairement il n’y en a que deux et souvent une seule ; mais la différence que je trouve entre cette capsule solitaire et célles qui ont été décrites par d’autres auteurs, c'est qu’elle est constamment accompagnée à la base de 1, 2 ou 3 iubercules , qui représentent autant de capsules avortées. i

Les capsules développées sont de la grosseur d'un grain de poivre. Elles sont formées d’un mésocarpe tuberculeux , rougeâtre, translucide , äcre et tres aromatique, enveluppant une coque blanche, de la consistance d’un parchemin, soudée avec le mésocarpe dans la plus grande partie de son étendue. Tous deux s'ouvrent par une fente qui part du point d'attache interne, où les ovaires se touchaient, s’élève et se prolonge du côté externe, jusqu'aux trois quarts de la circonférence, el se termine vers la partie inférieure externe, par une pelite couronne qui indique la place de l'insertion du style. L’ovaire était cependant formé de 4 carpelles accolés, dont les styles devaient partir de leur sommet et plutôt du côté interne ; mais chaque carpelle, en se développant, a éprouvé une évolution qui a porté le point d'insertion du style tout à fait au dehors du fruit. Dans chaque capsule ouverte, l'endocarpe présente seulement un commencement de séparalion du côté interne. La semence est noire, luisante, portée sur un funicule qui, en s’allongeant, a porté la base de la graine à la parte supérieure de la capsule, ainsi que le représente le zanthozylum carolinianum figuré par Gærtner (tab. LX VIII). La semence est dure sous la dent et n’a qu’un léger goût huileux. Ce fruit, qui justifie la réunion opérée entre les fagara et les zanthozylum, me parait appartenir au jamma sansjo de Kæmpfer, p. 895.

Bois de Quassi amer ou Bois amer de Surinam,

(Quassia amara L., tribu des simaroubées, Ce végétal a pris le nom d’un nègre de Surinam, nommé Quassi , qui, touché des bons procédés de Charles-Gustave Dahlberg , officier de la milice hollandaise, lui

RUTACGÉES. 515 fit connaître les propriétés de la racine de Parbre, qu'il appliquait depuis longtemps, en secret, à la guérison des fièvres pernicieuses. Dahlberg communiqua cette découverte à Linné, qui en fit le sujet d’une dissertation imprimée dans le sixième volume des Ameænitates academicæ , p. 416.

Le quassi ou quassia (fig. 387) est un arbrisseau de la Guyane, à feuilles alternes , pétiolées, composéés de une ou deux paires de folioles avec impaire. Les folioles sont sessiles, oblongues , pointues aux deux extrémités, glabres et entières; les pétioles sont ailés et articulés à l'endroit de l'insertion des folioles. Les fleurs sont hermaphrodites, disposées en grappes allongées, presque unilatérales ; le calice est fort petit, à 5 divisions profondes ; la corolle est assez grande et formée de 5 pétales rouges, contournés avant l’anthèse.

Les élamines sont au nombre de 10, accompagnées d’une écaille à la base interne des filets, qui sont fort longs et contournés. L’ovaire est formé de 5 carpelles surmontés d’un style “simple. Le fruit est formé de 5 drupes ovoïdes isolés , portés sur un disque, contenant une semence pendante, privée d’endosperme.

Le bois de quassia que Von trouve dans le commerce provient de la racine; il est sous forme de bâtons cylindriques, de 35 à 95 millimètres de diamètre, couverts d’une écorce unie, très mince, très légère, très amère, blanchâtre, tachetée de gris, peu adhérente au bois. Celui-ci est d’un blanc jaunâtre, léger, d’une texture assez fine cependant et susceptible d’un assez beau poli. Il est inodore, pourvu d’une amertume forte et franche, due à un principe cristallisable, nommé quassine, qui en a été extrait par M. Winckler et examiné par M. Wiggers. La quassine est fort peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l'alcool et

Fig. 387.

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dans l’éther, fusible par l’action de la chaleur ; elle parait composée de C2H 12 D$. k

J'ai trouvé à Londres un morceau de tronc de quassia ayant 9 centimètres de diamètre, et pourvu d’une écorce toujours très mince, blanche à l’intérieur, couverte d’un épiderme d’un gris noirâtre ; le bois est d’un jaune très pâle, un peu moins serré que celui de la racine, mais susceptible encore d’un beau poli et satiné. Il ferait un joli bois d’ébénisterie (1).

Quassia de la Jamaïque.

Picræna excelsa Lindley, simaruba excelsa DC., quassia excelsa Swartz. Arbre d’une grande dimension, pourvu de feuilles pinnées avec impaire. Les fleurs sont petites, d’un jaune verdâtre, polygames ; le calice est petit, à 5 divisions; la corolle a 5 pétales plus longs que le calice ; les étamines sont au nombre de 5, aussi longues que la corolle, velues; 3 ovaires placés sur un réceptacle charnu; 3 fruits drupacés, globuleux, bivalves, implantés sur le réceptacle.

Le bois de cet arbre a été introduit dans le commerce, pour être substitué au quassia de Surinam. Il arrive en bûches qui ont souvent 35 centimètres de diamètre. Il est couvert d’une écorce très amère, épaisse de 1 centimètre environ, blanche et fibreuse à l’intérieur, mais cependant dure et compacte ; l’épiderme est mince et noirâtre. La surface extérieure présente des stries longitudinales et souvent des nervures proéminentes, formant une sorte de réseau lâche, longitudinal ; la surface intérieure, qui est blanche, présente souvent aussi des nervures longitudinales et un peu ailées qui pénètrent dans le bois. Celui-ci est d’un jaune plus prononcé que le bois de quassia de Surinam; mais il est d’une fibre beaucoup plus grossière , et moins susceptible de poli. Cependant comme il est satiné, qu'il présente des dimensions considérables et que sa grande amertume le rend inattaquable par les insectes, il pourrait être très utile dans la menuiserie, Il a une amertume au moins aussi forte que celle du quassia de Surinam et ne paraît pas lui être inférieur sous le rapport de l'application médicale.

(1) M. Théodore Martius m'a envoyé , sous le nom de quassia de tupurupo ou quassia pardensis , une racine qui ressemble beaucoup au quassia amara, mais que son frère pense être la racine d’un arbrisseäu grimpant nommé tachi (tachia quianensis Aubl.), de la famille des gentianées, Cette racine diffère de celle de quassia par son écorce plus épaisse et adhérente au bois ; par une teinte plus grise à l’intérieur et par des taches bleuâtres offertes par la coupe

transversale ; enfin par une structure rayonnée que ne présente pas le quassia.

RUTACÉES. 517

Écorce de Simarouba.

Simaruba officinalis DC., simaruba amara Aubl., quassia simaruba L. Le simarouba (fig. 388) s'élève à 20 mètres de hauteur et plus, sur un tronc de 8 décimètres de diamètre. Son écorce est assez épaisse, blanche, fibreuse, légère et poreuse à l'intérieur, rugueuse à sa surface et couverte d’un épiderme mince, noir, couvert de taches grises et blanches. Le bois est blanchâtre, fibreux, léger, à peu près semblable à celui du quassia de la Jamaïque. Les feuilles sont ailées, formées de 2 à 9 rangs de folioles alternes, presque sessiles, oblongues, terminées à chaque extrémité par une pointe courte. Les fleurs sont monviques, disposées en panicules rameuses et éparses. Elles sont fort petites, formées d’un calice à 5 divisions, de 5 pétales un peu plus grands que le calice. Les fleurs mâles ont 10 étamines accompagnées à la base d’une écaille velue, et un ovaire stérile, à 5 lobes, entouré par les écailles staminales. Les fleurs femelles ne diffèrent des fleurs mâles que par l'absence des étamines et parce que l'ovaire est surmonté d’un style à 5 cannelures , terminé par un stigmate à 5 divisions disposées en étoile, Le fruit est composé de 5 capsules drupacées, écartées les unes des autres, ayant à peu près la forme et le volume d’une olive.

Le simarouba croît dans les lieux humides et sablonneux de l’île de Cayenne et de la Guyanc. Ses racines sont fort grosses , et s'étendent au loin, près de la surface de la terre, qui les laisse souvent à moitié découvertes. C’est l'écorce de ces racines que l’on enlève pour la faire sécher et la livrer au commerce. Elle est en morceaux longs de plus de 1 mètre, repliés sur eux-mêmes ; elle est d’un gris blanchâtre , très fibreuse, légère , sans consistance , facile à déchirer dans le sens de sa longueur, mais très difficile à rompre transversalement et à pulvériser. Elle est très amère, fébrifuge et antidyssentérique. Son principe amer paraît être le même que celui du quassia.

Fig. 388.

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FAMILLE DES OXALIDÉES.

Petit groupe de 1égétaux à feuilles très variées, dont les fleurs sont régulières, hermaphrodites, pourvues d’un calice à 5 sépales un peu soudés par la base. La corolle est à 5 pétales alternes , contournés dans le bouton, un peu réunis par la base ; les étamines sont monadelphes par la base des filets, au nombre de 40, dont 5 alternes plus petites. Le pistil est composé de 5 carpelles unis entre eux dans toute leur longueur, portant chacun un style terminé par un stigmate simple. Le fruit est tantôt une capsule pentagone, à 5 valves, tantôt une baie oblongue , à 5 sillons et à 5 loges; les semences, en nombre variable, sont insérées à l'axe du fruit; elles sont pendantes, souvent pourvues d’un arille charnu, s’ouvrant avec élasticité par le sommet. Elles contiennent un embryon axile et homotrope, dans un endosperme charnu.

Cette petite famille, qui était comprise autrefois dans celle des géraniacées, ne renferme que les deux genres oxalis et averrhoa. Celui-ci ne contient que deux arbres de l’Inde ( averrhoa carambola et averrhoa bilimbi) dont les fruits, très acides, servent à l’assaisonnement des mets ; l’autre (oxalis) comprend environ 150 espèces, dont 3 seulement crojssent naturellement en France (oxalis acetosella, corniculata, stricta). La plupart des autres appartiennent à l’Amérique ou au cap de Bonne-Espérance.

Surelle, Alléluia ou Pain de Coucou.

Oxalis acetosella X. (fig. 389). Racine écailleuse, comme articulée, rampante; tige nulle. Feuilles longuement pétiolées, composées de 3 folioles en cœur renversé, d’un vert pâle ; plusieurs hampes longues de 8 à 11 centimètres, garnies vers leur partie moyenne de deux petites bractées opposées, et terminées par une seule fleur blanche veinée de violet. Le fruit est une capsule pentagone , à 5 valves qui s'ouvrent longitudinalement sur les angles, avec élasticité; les semences sont ovales, couvertes par un arille qui s'ouvre par le soinmet.

Les feuilles de cette espèce ont une saveur acide et assez agréable. On en faisait autrefois usage en médecine, comme rafraîchissantes et antiscorbutiques. En Suisse et en Allemagne, où la plante est assez commune, elle concourt, avec les rumex acetosa et acetosella, à la préparation du sel d’oseille (suroxalate de potasse).

Parmi les espèces exotiques, il faut citer l’oxalide erénelée (ozalis

GÉRANIACÉES. 519 crenata Jacq.), originaire du Pérou , que l'on peut cultiver en pleine terre, avec quelques précautions pour la garantir du froid de l'hiver. Ses racines fibreuses donnent naissance à des tubercules amylacés, jaunes, translucides , ovoïdes , et de la grosseur d’une noix, qui ont quelque ressemblance de forme avec ceux de la pomme de terre. Ces tubercules paraissent doués d’une acidité faible qui les rend un mets sain et assez agréable ; mais ceux récoltés en France ne m'ontprésenté qu’une saveur fade et assez insignifiante. Il est douteux qu ‘ils soient pourvus d’une propriété nutritive bien marquée.

Fig. 389.

FAMILLES DES GÉRANIACÉES , DES BALSAMINÉES ET DES TROPÉOLÉES.

Les GÉRANIACÉES sont formées de plantes herbacées ou sous-frutescentes, à feuilles simples ou composées, opposées ou alternes, munies de Stipules. Les fleurs sont complètes, régulières ou irrégulières , formées d’un calice libre, à 5 sépales souvent soudés par leur base. Les pétales sont au nombre de 5, égaux ou inégaux, insérés à la base du gynophore , libres ou légèrement soudés à la base , alternes avec les divisions du calice. Les étamines sont insérées avec les pétales, ordinairement en nombre double. plus ou moins réunies par la base des filets, portant des anthères versatiles, à 2 loges; l’ovaire est composé de 5 carpelles verticillés , attachés par leur suture ventrale à la base d’un gynophore allongé en colonne; les ovules sont au nombre de 2, superposés et fixés à la suture ventrale ; les styles sont continus aux carpelles, distincts à la base, mais bientôt agglutinés à la colonne centrale qu'ils dépassent , et terminés chacun par un stigmate simple. Le fruit se compose de à capsules uniloculaires, monospermes par avortement, se séparant à maturité de la base au sommet de la colonne centrale, et supportées chacune par leur style qui se relève en spirale et reste adhé-

520 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

rent à l'axe par son sommet, Les graines contiennent un embryon sans endosperme , à cotylédons grands , foliacés , plissés et s’emboîtant mutuellement ; la radicule est allongée, renfermée dans une gaîne vaginale et dirigée vers le bas de la loge.

La famille des géraniacées se composait presque uniquement d’abord du genre geranium L., qui est devenu tellement nombreux en espèces que, pour en faciliter l'étude, on s’est décidé à le partager en trois, formant les genres erodium, geranium et pelargonium. Le genre geranium est caractérisé par ses fleurs régulières, à 5 sépales égaux, 5 pétales réguliers, et 10 étamines, dont 5 alternativement plus grandes, toutes fertiles ; une glande nectarifère à la base des grandes étamines. Les arêtes ou les styles des capsules son glabres en dedans. Ce genre comprend plus de 60 espèces, dont la moitié croît naturellement en Europe. Plusieurs de ces dernières ont été usitées autrefois en médecine comme astringentes, vulnéraires et diurétiques.

Herbe à Robert, bec-de-grue, herbe à l’esquinaneie , geranium robertianum L. (Blackw., t. 480). Plante annuelle, à pédoncules biflores, herbacée, haute de 22 à 32 centimètres; à tiges rameuses, pubescentes , redressées, souvent rougeûtres, garnies de feuilles opposées, à 3 ou à lobes pinnatifides. Les pétales sont entiers , d’un rouge incarnat , deux fois plus longs que le calice, qui est anguleux et terminé en pointes dures ; les carpelles sont glabres, et les semences lisses.

Géranium des prés, geranium pratense L. Plante vivace, à pédoncules biflores. La tige s’élève à la hauteur de 65 à 100 centimètres ; elle est ronde, velue , ramifiée, garnie de feuilles opposées , assez grandes, hérissées de poils, profondément partagées en 5 ou 7 lobes pinnatifides ; les pétales sont entiers, arrondis, assez grands et d’une couleur bleue. Cette plante croît naturellement dans les lieux humides, en France ct en Allemagne , et est cultivée pour l’ornement des jardins.

Géranium sanguin, geranium sanquineum L. (Clus. ar. CIX). Plante vivace, à pédoncules uniflores. Tige ramifiée dès la base. Feuilles opposées, pétiolées, arrondies, partagées en 5 divisions trifides, à lobes linéaires. Les fleurs sont grandes, d’un rouge pourpre , portées sur de longs pédoncules axillaires, bi-bractéolés au milieu, de leur longueur.

Le genre erodium ne diffère du précédent que par ses étamines, dont 5 opposées aux pétales sont stériles, et 5 alternes fertiles, et par les arêtes des capsules qui sont barbues en dedans. Ce genre comprend une quarantaine d'espèces qui avoisinent presque toutes le bassin de la Méditerranée. Une espèce répandue dans les lieux sablonneux du midi de la France exhale une odeur de musc très prononcée : c’est l’ercdium moschatum Wild.

BALSAMINÉES. 5 El

Le genre pelargonium, qui est le plus nombreux des trois, comprend près de 400 espèces, la plupart originaires du cap de Bonnc-Espérance et cultivées dans les jardins, à cause de l’élégance et de la beauté de leurs fleurs. Ce genre ne diffère pas des précédents par le nombre et la disposition des ovaires , non plus que par la déhiscence du fruit; mais il s’en distingue par l’irrégularité de toutes les parties de la fleur. Le calice est à 5 divisions, dont la supérieure se termine inférieurement en un éperon tubuleux soudé avec le pédoncule ; les pétales sont au nombre de 5, rarement de 4, plus ou moins irréguliers; il y a 10 étamines monadelphes , inégales, dont 4 à 7 seulement sont fertiles ; les styles, persistants et roulés en dehors, sont barbus du côté intérieur, comme dans le genre erodèium.

La plupart des pelargontum sont pourvus d’une odeur aromatique que son intensité rend quelquefois fatigante ou désagréable, mais dans laquelle domine souvent les odeurs du musc, de la térébenthine , du citron et de la rose. Les espèces les plus aromatiques sont les pelargonum zonale, odoratissimum, fragrans , pellatum, cucullatum , capitatum, graveolens, radula, roseum Willd., balsameum , suaveolens. Trois de ce; espèces fournissent à la distillation une essence dont l'odeur se rapproche beaucoup de celle de la rose et qui sert à falsifier l’essence de roses : ce sont les pelargonium capitatum Aït., roseum Willd. (variété du pelargonium radula), et odoratissimum W. (Voyez précédemment p. 277.)

Les BALSAMINÉES sont décrites différemment par les botanistes : les uns, leur donnant un calice diphylle caduc, et 4 pétales disposés en croix, irréguliers et dont l’inférieur se prolonge en éperon, leur trouvent de l’analogie avec les famariacées et les papavéracées; mais les autres, se fondant sur leurs rapports beaucoup plus marqués avec les géraniacées , leur accordent un calice à 5 sépales inégaux , dont un se prolonge en éperon à la base ; une corolle à 5 pétales inégaux , dont un plus grand, concave et quelquefois bilobé, embrasse tous les autres dans la préfloraison. Les étamines sont au nombre de 5, alternes avec les pétales , ordinairement soudées par leurs anthères, qui sont biloculaires et introrses. Ovaire libre, oblong, cylindrique ou prismatique, à 5 loges, contenant un grand nombre d’ovules redressés , attachés aux angles internes, et terminé par un stigmate sessile, conique, entier ou à 5 lobes. Le fruit est une capsule à 5 loges, s’ouvrant avec élasticité en 5 valves qui se détachent par la partie inférieure et se roulent de la base au sommet, en abandonnant l'axe central et une partie des cloisons. Les semences se composent d’un gros embryon homotrope, sans endosperme , à cotylédons planes et charnus, à radicule très courte, obtuse et supère.

522 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

La famille des BALSAMINÉES est presque uniquement formée du genre 2mpaliens L., que plusieurs botanistes divisent en deux genres balsamina et impatiens, le premier comprenant des plantes asiatiques annuelles, dont les fleurs se doublent facilement par la culture et qui sont cultivées pour l’ornement des jardins. Dans ces plantes, les 5 anthères sont biloculaires, les 5 stigmates sont distincts et les cotylédons sont épais. Dans le genre impatiens, 3 des anthères seulement sont biloculaires et les 2 antres, placées devant le pétale supérieur, sont uniloculaires; les stigmates sont soudés et les cotylédons sont planiuscules. Une espèce très commune dans nos bois est l’impafiens noli-tangere X,., dont les fruits mûrs ne peuvent être touchés sans s'ouvrir avec élasticité et sans lancer au loin leurs semences. Cette plante passe pour être fortement diurétique.

Les TROPÉOLÉES forment encore une annexe très peu nombreuse de la famille des géraniacées, dont le type se trouve dans la grande capucine, {ropæolum majus L. Cette plante, originaire du Pérou, est d’une culture très facile et devenue populaire en Europe. Elle est annuelle et pousse de sa racine fibreuse des tiges nombreuses, déliées , cylindriques, succulentes , vertes et lisses, qui s'élèvent, au moyen de supports, à la hauteur de plus de 2 mètres. Ses feuilles sont alternes , dépourvues de stipules, longuement pétiolées, ombiliquées , arrondies et entières , larges de 6 à 8 centimètres, lisses et un peu glauques. Ses fleurs sont axillaires, très longuement pédonculées, solitaires, mais très nombreuses et se développant successivement , grandes , d’une forme élégante et d’un jaune ponceau très éclatant. Elles sont pourvues d’un calice coloré profondément divisé en cinq parties, dont la supérieure se prolonge à la base en un cornet creux, qui s'ouvre au fond de la fleur. Les pétales, au nombre de 5, paraissent attachés au calice et sont alternes avec ses divisions. Les deux supérieurs sont sessiles et éloignés du pistil, à cause de l'ouverture de l’éperon qui les en sépare. Les trois inférieurs, portés sur des onglets, de l’autre côté du pistil, sont plus rapprochés de lui et presque hypogynes ; leur limbe est cilié inférieurement. Les étamines, au nombre de 8, à filets distincts, à anthères allongées , entourent l'ovaire et sont insérées sur le disque qui le supporte. L'ovaire est trigone, libre, surmonté d’un style persistant, terminé par 3 stigmates aigus. Le fruit se compose de 3 coques soudées, charnues, fongueuses , toruleuses à leur surface, se séparant à maturité, mais indébiscentes et renfermant une seule semence pendante , volumineuse , dont le test est presque soudé avec l’endocarpe. L’emkryon est dépourvu d’endosperme ; les cotylédons sont droits, soudés en une masse charnue, et pourvus à leur base de deux oreillettes qui cachent la tigelle ; la radicule est supère.

AMPÉLIDÉES. 523

Les fleurs de la grande capucine ont un goût piquant et agréable qui,

joint à leur belle couleur orangée , les fait rechercher pour mêler dans

les salades. Toute la plante participe du même goût, qui approche de

celui du cresson , et la fait regarder comme antiscorbutique et diuré-

tique. Ses fruits , confits dans le vinaigre , sont employés comme assaisonnement.

FAMILLE DES AMPÉLIDEES.

Arbres ou arbrisseaux souvent grimpants , à feuilles inférieures opposées, simples ou composées, accompagnées de stipules; les feuilles supérieures sont alternes , très souvent opposées à des pédoncules convertis en vrilles rameuses. Les fleurs sont disposées en grappes opposées aux feuilles ; le calice est très court, libre, à 4 ou 5 dents peu marquées, revêtu intérieurement d’un disque hypogyne, annulaire, lobé sur son contour. La corolle est formée de 4 ou 5 pétales valvaires, libres ou adhérents entre eux par la partie supérieure; les étamines sont au nombre de 4 ou 5, opposées aux pétales ; l'ovaire est appliqué sur le disque, le plus souvent à 2 loges, contenant chacune 2 ovules dressés, anatropes; le style est simple, court, terminé par un stigmate en tête. Le fruit est une baie à 2 loges, lorsque l'ovaire n’en a que 2, ordinairement monospermes. Les semetices Sont dressées, couvertes d’un épiderme membraneux , d’un test osseux , et, à l’intérieur, d’un troisième tégument rugueux; l'embryon ést droit, placé à Ja base d’un endosperme cartilagineux ; la radicule est infère.

En mettant à part le genre /eea, qui se distingue des’autres ampélidées par ses pétales soudés à la base, par ses étamines monadelphes et par son ovaire à 3-6 loges, cette famille se trouve presque réduite aux trois genres CiSsus , ampelopsis et vitis. Le premier est caractérisé par ses fleurs à 4 pétales s’ouvrant de-haut en bas, à la manière ordinaire, par ses étamines au nombre de 4, et par son ovaire à 4 loges (de Candolle). Le genre wifis, le plus important des trois , puisque c’est lui qui comprend la vigne, présente 5 dents au calice, 5 pétales à la corolle, 5 étamines, un ovaire et un fruit à 2 loges ; mais ce qui le distingue particulièrement, ce sont ses pétales qui sont soudés par le haut et qui se séparent du calice par le bas, formant une sorte de coiffe qui recouvre pendant quelque temps le pistil et les étamines. Enfin , le genre ampelopsis ent le milieu entre les deux précédents, étant pourvu de 5 pétales et de 5 étamines comme les vignes ; mais ses pétales s’ouvrant du sommet à la base , comme dans les «issus. C’est à ce genre qu’appartient la vigne vierge (ampelopsis quinquefolia Mich.), arbrisseau à

52h DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

tiges sarmenteuses et radicantes de l'Amérique septentrionale, cultivé depuis longtemps en Europe, où on l’emploie pour former des berceaux et cacher la nudité de murs élevés, exposés au nord.

Vigne cultivée et Raisin.

Le raisin est le fruit de la vigne, vifis vinifera L, (fig. 390), arbrisseau sarmenteux, originaire de l'Asie, mais cultivé de temps immémorial dans le midi de l'Europe, et formant depuis longtemps une des

principales richesses de

. Fig. 390. la France. Ses caractères génériques sont d’avoir un calice très petit, une corolle à 5 pétales caducs, rapprochés en voûte et s’ouvrant de la base au sominet ; pas de style; un stigmate; une baie polysperme. Son caractère spécifique est

a Sp d’avoir les feuilles lobées, sinuées - dentées, nues ou cotonneuses ; de plus, le port en est très facile à reconnaître : la tige est noueuse, tortueuse et recouverte d’une écorce très fibreuse et crevassée ; il en sort tous les ans, au printemps , des rameaux ou sarments très vigoureux, qui bientôt surpasseraient la hauteur des plus grands arbres si on les laissait croître ; mais on a le soin d'arrêter cette force d’ascension en taillant ces rameaux à des époques déterminées par la culture, et cela dans la vue de forcer la séve à se porter vers les bourgeons que l’on suppose devoir donner du fruit. Ces rameaux sont garnis de nœuds d’espace en espace, et de vrilles à l’aide desquelles ils s’attachent aux arbres voisins ou aux supports qu'on leur présente. Les fruits sont des baies pédicellées et disposées en grappe sur un pédoncule commun ; ils sont d’abord verts et acerbes, mais ils deviennent acidules et plus ou moins doux et sucrés. Ces fruits sont ronds ou ovales, plus ou moins gros, plus

AMPÉLIDÉES, 525 ou moins savoureux, vercâtres, dorés, rouge pourpre ou presque noirs, selon les pays, les procédés de culture, et les variétés qui sont extrêmement nombreuses. Je ne citerai qu'une seule de ces variétés, en raison du produit particulier qu’elle donne à la pharmacie : c’est le verjus, ainsi nommé parce que son fruit mûrit difficilement dans nos climats ou mürit fort tard : aussi l'emploie-t-on vert, ct lorsque ce fruit, ayant cessé d’être acerbe, mais n'étant pas encore sucré , a acquis une acidité franche. Le suc qu'on en retire porte également le nom de verjus ; on en fait un sirop, et on l’emploie comme assaisonnement dans les cuisines.

Tout le monde connaît les usages du raisin et les produits qu'il fournit à la vie domestique , aux arts et à la chimie : il nous donne le vin, le vinaigre , l’alcool et le tartre, dont je traiterai séparément ; en outre, on le fait sécher dans beaucoup de pays, soit pour l’usage de la table, soit pour la pharmacie.

Raisins de Damas, Ces raisins étaient autrefois la principale sorte officinale ; ils sont rares aujourd’hui dans le commerce. Suivant la description qu’en fait Pomet, ils sont très grands, aplatis, de la grosseur et de la longueur du bout du pouce, secs , fermes, d’un goût fade et peu agréable, et ne contiennent ordinairement que deux pepins. Ils viennent dans des boîtes demi-rondes, nommées bustes, On leur substitue souvent les raisins de Calabre, qui sont gras, mollasses et d'un goût sucré, aussi bien que les jubis.

Raisins de Malaga, Ces raisins sont employés aujourd’hui, dans les pharmacies, sous le nom de raisins de Damas et sont aussi très usités pour les desserts. Ils viennent en caisses du poids de 7 à 30 kilogrammes. Ils sont en grappes entières , dont la rafle est anguleuse et d’un jaune rougeûtre; les plus gros grains sont longs de 24 à 27 millimètres, larges de 15 à 17 ; ils ont une teinte violacée et sont glauques à leur surface , excepté sur les points proéminents, qui sont rougeâtres et luisants. Ils sont presque transparents à la lumière , qui permet d'y distinguer deux semences rapprochées du centre. Ils ont une saveur de muscat fort agréable et sucrée.

Raisins au soleil, Ces raisins viennent également d’Espagne. Ils sont plus petits que les précédents, les plus volumineux n'ayant que 15 à 48 millimètres de longueur sur 8 à 10 d'épaisseur. Ils sont privés de leur rafle, mais sont munis chacun de leur pédoncule propre. Ils sont assez généralement terminés en pointe du côté du pédoncule , et sont profondément ridés et sillonnés en tous sens; ils ont une couleur rouge assez prononcée sur toutes les parties saillantes et polies par le frottement ; tandis que les sillons sont d’une couleur bleuâtre et glauque : les pepins manquent très souvent. Tels que je les ai vus, et un peu

526 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

anciens déjà, ils sont presque opaques et ont un léger goût de fermenté, qui est en outre sucré et un peu aigrelet.

Raisins de Provence, raisins de caisse. raisins aux jubis. D’après Pomet, ces raisins viennent surtout de Roquevaire et d’Ouriol. Lorsqu'ils sont mûrs, on les cueille en grappes, on les trempe dans une lessive chaude de carbonate de soude, et on les fait sécher au soleil , sur des claies. Quand ils sont secs, on les renferme dans des caisses de bois blanc, plus longues que larges, ct du poids de 9 à 20 kilogrammes. Ces raisins sont en partie pourvus de leurs rafles et en partie égrenés. Ils sont arrondis, un peu aplatis, d’un jaune blond, presque transparents à la lumière, lorsqu'ils sont récents ; mais ils deviennent promptement opaques, par la cristallisation du glucose qu’ils contiennent, et qui souvent vient s’eflleurir à leur surface. Ils ont une saveur sucrée et acidule , et contiennent de deux à quatre semences volumineuses.

Raisins de Samos, Ces raisins, que je n’ai vus que très altérés, ont beaucoup de ressemblance avec ceux de Provence. Ils sont comme eux en grappes ou égrenés , arrondis et d’une couleur jaunâtre ; mais ils sont plus petits et plus serrés sur la grappe et sont pourvus de deux semences. Ils ont une saveur très sucrée et musquée. Le vin que ces raisins produisent , dans l’île de Samos, est célèbre sous le nom de malvoiste.

Raisins de Smyrne, Pomet ne parle pas de ces raisins qui paraissent être assez nouveaux dans le commerce. Ils sont extrêmement propres et réguliers, pourvus de leur petit pédoncule, mais privés de rafles. Ils sont généralement ovales ou elliptiques, el un peu aplatis ; ils sont longs de 12 à 14 millimètres, larges de 7 à 10, d’un blond pâle, presque transparents à la lumière et complétement privés de semences, ce qui les rend très agréables à manger et très appropriés pour les pâtisseries, Ils sont très sucrés et ont un goût de raisin muscat.

Raisins de Corinthe. Ces raisins sont très anciennement connus. Ils doivent leur nom, moins à ce qu'ils proviennent véritablement de Corinthe qui en produit peu, qu'a leur provenance d’Anatolico , de Missolonghi, de Lépante, de Patras et de l’île Céphalonie, qui entourent l'ouverture de l’ancien golfe de Corinthe. Depuis longtemps ils viennent principalement de l'ile de Zante, dont ils portent aujourd’hui le nom dans le commerce. Ils sont égrenés avec soin , d’un brun noirâtre, arrondis, fort petits, et incomplétement privés de semences, qui sont d’ailleurs peu perceptibles, en raison de leur petit volume. Ils ont un goût sucré et un peu astringent. Ils viennent entassés et pressés en une seule masse , dans des tonneaux d’un poids considérable. Les Anglais en cousomment une grande quantité pour en composer différents mets et des pâtisseries dont l’usage s’est également répandu en France.

AMPÉL.IDÉES. 527

Raisins de Maroc, Pomet fait aussi mention de ces raisins qui sont

égrenés , noirs, arrondis, de la grosseur de nos raisins noirs ordinaires

qui seraient desséchés. Ils sont bien sucrés et contiennent de une à trois semences qui les rendent peu agréables pour la bouche.

Vin.

Le vin se retire du raisin. Lorsque ce fruit est mûr, on le cueille et on le réunit dans de grandes cuves, où on le foule avec les pieds. Le suc qui en sort se nomme #704/. On l’abandonne sur son marc pendant trois ou quatre jours, durant lesquels la fermentation s'établit. On reconnaît qu’elle commence lorsqu'on voit se former à la surface de la liqueur des bulles qui vont rapidement-en augmentant. Ces bulles, qui sont de l'acide carbonique, soulèvent les débris solides du fruit, et une écume épaisse composée surtout de ferment altéré. Cette écume et ces débris soulevés au-dessus du liquide en forment ce qu’on nomme /e chapeau.

Peu à peu l’effervescence se calme et le chapeau s’affaisse. Alors on soutire le liquide dans des tonneaux. 11 porte déjà le nom de vin.

Le vin continue de fermenter dans les tonneaux, mais lentement, parce que la plus grande partie des agents de la fermentation est déjà détruite, La combinaison des autres principes devient aussi plus intime; la quantité d'alcool auginente , et cet alcool opère la précipitation d’une partie du fartre contenue dans le vin, et celle de la /2e qui se compose encore de débris atténués de fruits et de ferment, combinés avec de la matière colorante du vin. Telle est la manière générale dont on obtient les vins rouges.

Les vins blancs se font avec les raisins blancs. On peut cependant aussi en faire avec les raisins rouges; mais alors, au lieu de laisser fermenter le moût sur son marc, au moyen de quoi il se colore en rouge en dissolvant la matière colorante de l’épiderme du raisin , on le soutire dès que le grain est écrasé , et on le laisse fermenter dans les tonneaux.

Pour obtenir les vins blancs mousseux , on les met en bouteilles peu de temps après qu'ils sont dans les tonneaux , et bien avant que la fermentation lente dont on vient de parler soit achevée. Par ce moyen, lacide carbonique est forcé de se dissoudre dans le vin, et s’y dissout d'autant plus que la résistance qu’on oppose à son échappement est plus forte. Lorsque la pression qu’il exerce sur le liquide est parvenue à un certain terme , la fermentation s'arrête , et le vin forme un dépôt qui se rassemble dans le cou des bouteilles qu’on a l'attention de tenir renversées. On débouche un peu la bouteille pour soutirer ce dépôt, et on l'abandonne de nouveau à elle-même. On la débouche de même plusieurs

fois, et tant qu'il se rassemble de la lie dans le cou ; enfin on assujettit fortement le bouchon : un reste de fermentation ramène bientôt le vin à une complète saturation d’acide carbonique, et alors il en contient une si grande quantité en dissolution , qu’on ne peut le verser dans un verre sans le remplir aussitôt de cette mousse petillante qui plaît tant aux buveurs.

On fait encore des vins de liqueur ou vins sucrés. On les prépare en Espagne, en Italie, dans le midi de la France et dans tous les pays chauds, où le suc de raisin reçoit une plus grande élaboration et se charge d’une très grande quantité de sucre : alors une partie de ce principe résiste à la fermentation, et le vin reste sucré. Pour augmenter encore la quantité proportionnelle du sucre dans le raisin, on a soin, lorsqu'il est mûr, de tordre la grappe et de la laisser quelqué temps sur pied dans cet état, ce qui agit surtout en concentrant le suc par l’action du soleil; on peut encore faire évaporer le moût sur le feu, mais ce procédé est bien inférieur au premier.

Le pharmacien emploie trois sortes de vin : le rouge , le blanc, et le sucré, qui est ordinairement celui d’Alicante ou de Malaga, ou-ces mêmes vins simulés que l’on fabrique dans le midi de la France. II est assez difficile de leur assigner des caractères de choix , qui dépendent beaucoup du goût particulier de chacun ; il est plus facile d'indiquer les moyens de reconnaître quelques unes des falsifications auxquelles ils sont sujets.

Le vin rouge contient neuf substances principales qui sont : de l'eau, de l'alcool, de l'acide acétique, des surtartrates de potasse et de chaux, du sulfate de potasse, une matière dite extractive, un principe colorant rouge soluble dans l'alcool, du sucre et du ferment. Le vin blanc ne diffère guère du précédent que par l’absence de Ja matière colorante rouge. De là nous voyons déjà que les vins doivent donner de l'alcool à la distillation , laisser cristalliser du tartre par l’évaporation , rougir le tournesol, précipiter le nitrate de baryte, l’oxalate d’'ammoniaque et les dissolutions métalliques. Mais il faut observer :

4° Que l'acide acétique du vin étant hors de sa nature, quoiqu'il y existe toujours, moins un vin en contiendra, et par suite moins il rougira le tournesol, meilleur il sera.

2 Que, bien que le vin précipite l’oxalate d’ammoniaque en raison du tartrate de chaux qu'il contient, cependant le précipité est peu abondant, et un vin dont on aurait saturé l’acide avec de la chaux ou son carbonate , se reconnaîtra toujours facilement, en comparant la quantité de précipité qu'y forme l’oxalate avec la quantité formée dans un vin

naturel.

3 Que si, par une mesure coupable, un marchand de vin avait saturé

AMPÉLIDÉES,. 529

cet excès d’acide acétique avec de la litharge, le meilleur moyen à employer pour le reconnaître, ne sera pas l'acide sulfhydrique ou les sulfhydrates, qui forment des précipités plus ou moins abondants et diversement colorés avec les vins : il faudra user de préférence d’une dissolution de carbonate ou de sulfate de soude; on formera ainsi un précipité blanchâtre de carbonate ou de sulfate de plomb , qu’on laissera bien déposer, qu’on lavera et qu’on traitera par l'hydrogène sulfuré : alors la moindre. quantité de plomb existante dans ce précipité sera décelée par la couleur noire qu’il prendra.

L° Que le sucre n’existe qu’en très petite quantité dans le vin rouge de France, et en quantité d'autant moindre que la fermentation a été plus parfaite. Si donc, après avoir fait évaporer un vin rouge à siccité, et avoir traité à froid le produit par de l’alcool très rectifié pour dissoudre la matière colorante, on s’aperçoit qu'il reste, outre le tartre, une matière molle , visqueuse et sucrée , on en conclura que le vin examiné a été altéré par l'addition d’une certaine quantité de sucre, de mélasse, ou même de sirop de raisin , et, quel qu'’ait été le but de cette addition, un vin qui n’en offrira pas le caractère sera préférable,

5° Quant à la coloration des vins blancs ou peu foncés en rouge, à l'aide de baies de sureau ou d’autres matières analogues, il y a peu de moyens de la reconnaître. Mais il paraît certain que cette falsification est bien moins commune qu’on ne l’a supposé, et que la coloration des vins blancs ou peu colorés de Champagne et de la Basse-Bourgogne, est opérée principalement au moyen de vins du Midi très foncés.

Les vins ont une valeur commerciale bien différente et qui dépend souvent moins de la proportion de leurs principaux éléments que d’un arome particulier ou bouguet , dont la nature est peu connue; car il ne paraît pas que cet arome doive être confondu avec l’huile essentielle découverte par M. Deleschamps, que MM. Liebig et Pelouze ont reconnue être un éther (éther œænanthique) composé d’éther hydratique et d’un acide gras nommé acide œnanthique. Malgré cette valeur commerciale si différente, on ne peut se dissimuler que l'alcool ne soit l'élément principal du vin, et celui qui servira tôt ou tard de base à la perception de l'impôt. 11 n’est donc pas hors de propos d'indiquer les movens qui sont employés pour déterminer la richesse des vins en alcool.

Le moyen le plus direct est la distillation, pour laquelle M. Gay-Lussac a proposé un petit appareil que l’on trouve chez tous les fabricants d’appareils et de produits chimiques, et qui peut être d’ailleurs facilement remplacé par un très pelit alambic ordinaire, muni de son serpentin. On introduit dans la cucurbite de l’alambic trois mesures quelconques de vin, soit trois demi-décilitres ou 300 demi-centimèires cubes, eton distille jusqu’à ce qu’on ait obtenu exactement le tiers du volume du

5650 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

vin, où un demi-décilitre. On amène ce prodait à la température de 15 degrés centigrades, et on y plonge un alcoomètre centésimal. Supposons que ce produit marque 36 degrés à l’alcoomètre ; comme il est évident qu'il est trois fois plus alcoolique que le vin, on prend le tiers de 36, et on en tire la conclusion que le vin contient 12 centièmes de son volume d'alcool pur ou anhydre.

Il est utile, en faisant l'opération précédente , de prendre pour récipient un tube cylindrique de verre contenant de 120 à 150 demi-centimètres cubes, et gradué par demi-centimètres; parce que si, par mégarde, on avait recueilli une quantité de produit supérieure à 400 divisions, on ne serait pas obligé de recommencer l'opération ; il suffirait, au lieu de

prendre le tiers ou les a du degré alcoométrique du produit, de mul-

pie use ADMET D og done ses Liplier ce degré par hong: bi Supposé, par exemple, qu’en distillant le même vin que ci-dessus, on ait retiré 110 mesures de produit, qui

ne marquera plus que 32°,75 ; pour trouver le degré alcoométrique du Lines Wet 410 vin, il faudra multiplier 32,75 par 300” et l’on trouvera encore le

nombre 42, pour le degré alcoométrique cherché.

On a proposé d’autres procédés fondés, soit sur la dilatabilité de l'alcool , plus grande que celle de l’eau . par action de la chaleur, soit sur le point d’ébullition du liquide. On concoit, en effet, que l’eau se dilatant, en passant de zéro à 100 degrés, de 0,0466 de son volume primitif, tandis que l'alcool, dans les mêmes circonstances, se dilate de 0,1254 , les divers mélanges de ces deux liquides se dilateront d’autant plus qu'ils contiendront plus d'alcool, et d'autant moins qu'ils contiendront plus d’eau. C’est sur ce principe qu'est fondé le dilatomètre alcoométrique de Silbermann, décrit dans le Journal de pharmacie et de chimie, &. XV, p. 100.

Pareillement, l’eau bouillant à 100 degrés et l'alcool pur à 78 degrés, sous une pression barométrique de 76 centimètres, on conçoit qu’un mélange d’eau et d’alcool entrera en ébullition à une température d’autant plus rapprochée de 100 degrés, qu'il contiendra plus d’eau , et d'autant plus rapprochée de 76 degrés qu'il renfermera plus d'alcool, et qu'il est facile de déterminer, par expérience, à quelle température doit bouillir un mélange quelconque d’eau et d'alcool. C’est après avoir déterminé ces températures, auxquelles les principes fixes du vin n’apportent pas de variation appréciable, que M. Conati a proposé l'emploi d’un ébullioscope qui fait connaître immédiatement , d’après la température d’ébullition du vin, la quantité réelle d'alcool qu'il contient, (Voir le Journ. de pharm. et chim., & XV, p. 95.)

AMPÉLIDÉES, Voici, d’après M. Gay-Lussac, la quantité d'alcool pur, en volume, contenue dans 100 parties d’un assez grand nombre de vins :

PER. + 1 in eue RARE IE Madère très vieux. . . . .. 16,0 MT rene nu 15,1 Jurançon blanc ( Basses-P y- DÉRÉBS) STE. Le SEM : ..4B;2 Jurançon rouge . . . .,... 13,7 . Banyuls-sur-Mer (P yrénées- OUneñtales. 2 . 18,03

Collioure (Id.). ......, Rivesaltes (1d.)........

Pyrénées-Orientales (1). . .

redhat! 2808 ru D.

Saint-Georges (Hérault). . .

Frontignan (1d.). . ... + Bagnols (Gard). . . . .. “e ECTS ONE CS NE Ermitage rouge . .....

Côte-Rôtie Rhône). . . ..

Vins de poids du Midi. . . .

— communs du Midi. ...

Sauterne blanc (Gironde). .

Bomme blanc (1d.)......

Saint-Pierre-du-Mont (Id.).

Barsac blanc, premier cru.

— -- deuxième cru. . . ..

— — troisième Cru, . . . .

Poudensac blanc, prem. cru.

-— — deuxième cru. . . ..

— — troisième ru. . . . « Château-Laffitie .

Château-Margaux Château-Latour Château-Haut-Brion. . . . .

Château-Destournel. . . ., Brannes-Mouton. . . ....

Léoville Grave-Larose-Kirwan. . . .

DAMTAC. es ee ee erthé Giscours Lalagane! 7, 9, 09

Therme-Cantenac

Tronquoy-Lalande. . . . . . . .

Samt-Estéphe,!: . . . , . ....

Phelan(2). . : 2...

Tokai (Hongrie). . ..

Bons vins de Bourgogne. . . .

Volnay { Côte-d'Or) . . . . . ..

Mâcon

Champagne mousseux . . . . . .

Vins'du Cher. ..... Ed 6 Côteaux d'Angers . .......

Sadmor -721%1 .1: À Vins de l'Ouest. . ..

-- blancs de la Vendée, . . . ..

Wachenheim (Rhin).......

RSR dun sé ciel à Ur Scherwiller (Bas-Rhin)

CR EC a

Westhoffen ( Westphalie). . . .

Molsheintius er, vu. us

Éreershelme ss 240 12 à

Chäullon (près de Paris) . . ..

Verrières ( Seine-et-Oise ). .

Vin de la Société œnophyle . . .

Id. en bouteilles

Vin au détail (à Paris). . . . .

— de lies pressées ( Paris) . .

Cidre le plus spiritueux — le moins spiritueux. . . ..

Poiré Ale de Burton — d'Edimbourg Porter de Londres. .

syst on en vie ce

Petite bière de Londres , . . ..

Bière vieille de Strasbourg. , . .

— nouvelle. . , rouge de Lille. . . .. Eggs

EDS MU ee ee sn e VE

de Paris. : . . -

(4) Les quatre résultats relalifs aux vins des Pyrénées-Orientales sont empruntés à M. Bouis fils, de Perpignan. Le premier nombre appartient à un vin de 1816, d'une alcoolicité exceptionnelle ; les deux suivants sont des moyennes de plusieurs années ; le dernier nombre est la

moyenne de 86 vins de toutes localités, analysés par M. Bouis. (2) Les résultats relatifs aux vins de la Gironde sont empruntés à M, Fauré,

532 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Le CIDRE est une liqueur vineuse que l’on fait surtout en Normandie et en Picardie, avec le suc de petites pommes agrestes (#nalus acerba) qui y sont fort communes (voir précédemment, page 269). On récolte ces pommes depuis septembre jusqu’en novembre. On les laisse en tas pendant quelque temps pour achever de les faire mürir et y développer plus de principe sucré. On les écrase, on y mêle ordinairement une certaine quantité d’eau, et on les exprime. On recoit le suc dans une grande cuve, d’où il est ensuite versé dans des tonneaux où il fermente lentement; ce n’est guère que vers le mois de mars qu’il est bon à mettre en bouteilles et à boire.

La BIÈRE se prépare avec de l'orge, à l’aide de plusieurs opérations indispensables pour en déterminer et en régler la fermentation.

On commence par faire tremper le grain d’orge dans l’eau , afin de le ramollir et de le disposer à la germination ; on l’étend ensuite sur un plancher en une couche uniforme d’environ 50 centimètres, et on le remue de temps en temps pour empêcher qu’il ne s’échauffe trop. Au bout de quelques jours on voit le germe paraître. Lorsqu'il a acquis de 3 à » millimètres de longueur, on arrête l’opération en desséchant l'orge dans une étuve chauffée à 60 degrés. La germination a pour but de développer dans l’orge une plus grande abondance de principe sucré : mais il faut l’arrêter à temps par la dessiccation, car autrement le sucre se détruirait, L’orge germé, séché et privé de ses germes, se nomme dréche ou malt.

On moud la drèche grossièrement, et on la met dans une grande cuve à double fond, dont on laisse l’intervalle des deux fonds vide. On y fait arriver de l’eau presque bouillante par le bas, de manière à couvrir la drèche, et on brasse fortement le tout; deux ou trois heures après on soutire l’eau , et on la remplace par de nouvelle, afin de mieux épuiser la drèche. On réunit les liqueurs qui contiennent tous les agents de la fermentation, et on les fait évaporer pour les concentrer. Sur la fin on y ajoute de la fleur de houblon, dont le principe amer et astringent doit déterminer la fermentation qui va suivre à être alcoolique plutôt que acéteuse; car on a remarqué que le moût d’orge, mis à fer menter sans houblon, ne donnait guère que du vinaigre. Après que celte plante a bouilli pendant un instant dans la liqueur, on passe celle-ci et on la reçoit dans une grande cuve, où l’on ajoute assez de levure délayée pour y établir une prompte fermentation. Cette fermentation est des plus tumultueuses, et donne naissance à une écume abondante, très riche en ferment. C’est cette écume qui forme la levure dont je viens d'indiquer l'emploi, et qui, en outre, étant lavée à grande eaü pour Jui enlever son amertume, est employée par les boulangers pour faire lever le pain.

AMPÉLIDÉES. 58

Lorsque la fermentation est apaisée, on distribue la bière dans de petits tonneaux , où elle continue de fermenter et de jeter de l’écume pendant plusieurs jours; alors on ferme le tonneau et on la livre au commerce.

La bière demande à être bue promptement, à cause de sa facilité à s’aigrir. Elle contient moins d’alcool que le cidre, et à plus forte raison que le vin. :

La bière est quelquefois employée à composer une bière antiscorbutique, pour laquelle on suit la même formule que pour le vin. Il faut seulement y ajouter une certaine quantité d'alcool, en même temps que les plantes, afin d'empêcher qu’elle ne s’aigrisse. C’est au surplus ce que l’on fait, même en employant le vin blanc qui sert à la préparation du vin antiscorbutique.

Alcool.

L'alcool est un des produits de la fermentation vineuse ou alcoolique (1) : ainsi, tous les liquides qui ont subi cette fermentation en contiennent plus ou moins et peuvent en donner par la distillation. Le vin est celui de tous qui en contient le plus et qui donne l’alcoo! de meilleure qualité : le cidre en contient plus que la bière; en en retire en outre des marcs de raisin, des graines céréales fermentées, de la pomme de terre et de sa fécule préalablement convertie en glucose ; de différents fruits, et notamment des cerises écrasées et fermentées avec leur noyau; de la mélasse, du vesou, du riz, etc. Tous ces alcools portent différents noms, comme ceux d’eaux-de-vie ou d’esprits-de-vin, de marc, de grains, de pommes de terre, de fécule, et ceux de kirchwasser, taffia, rhum, rack, etc. Tous ont un goût particulier ou bouquet qui les fait reconnaître et différemment estimer des connaisseurs. Le rhum est quelquefois prescrit au pharmacien en place d’eau-de-vie de vin.

On retire l'alcool du vin par la distillation : le plus ancien procédé

- consiste simplement à mettre du vin dans la cucurbite d’un très grand alambic muni d’un serpentin, et à le soumettre à l’action immédiate du feu. On obtient par ce moyen un liquide alcoolique qui marque de L6 à 56 degrés à l’alcoomètre centésimal ; on le nomme communément eau-de-vie. Ce liquide est incolore et peu agréable lorsqu'il vient d’être distillé; mais en le laissant vieillir dans des tonneaux de chêne, il acquiert une couleur ambrée et un goût plus parfait. Lorsqu'on veut convertir l’eau-de-vie en esprit plus fort, on la distille de nouveau , et

(4) Je renvoie aux traités de chimie et à ma Pharmacopée raisonnée, p. 73. pour la théorie de la fermentation alcoolique.

534 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

on obtient un liquide marquant environ 75 degrés à l'alcoomètre, nommé eau-de-vie double. Enfin, cette eau-de-vie double, distillée de nouveau, acquiert de 82 à 85 degrés et prend le nom d’esprit-de-vin. Dans le commerce, on y ajoute le terme technique frois-six , qui se marque comme la fraction ?, et qui indique que cet alcool , coupé avec moitié de son volume d’eau, reforme de leau-de-vie à 56 degrés. Les autres degrés ont également d’autres fractions qui les désignent , comme ?, fr, et d’autres.

Depuis longtemps déjà, le procédé qui vient d’être indiqué à été remplacé par des appareils plus compliqués , dont la première exécution est due à Édouard Adam , et qui se trouvent décrits dans un mémoire de M. Duportal sur la distillation des vins (Annales de chimie, t. LXXVII, p. 178). Dans ces appareils, la vapeur alcoolique qui se dégage de la cucurbite est reçue successivement dans deux vases contenant du vin qu’elle échauffe et fait entrer en ébullition; toute la vapeur qui part du dernier de ces vases est reçue dans d’autres vases vides qu’on laisse échauffer à différents degrés , suivant la force que l’on veut donner au produit, et est enfin reçue dans un grand serpentin rafraîchi avec du vin, Comme on le pense bien , ce vin échauffé est porté , soit dans les deux premiers récipients , soit dans la cucurbite , où il exige moins de temps et de combustible pour entrer en ébullition pour la première fois. ë Outre cet avantage, qui est déjà considérable, outre la meilleure qualité et la plus grande quantité du produit, on peut encore, comme je viens de le dire , en laissant plus ou moins échauffer les vases intermédiaires (ce qui y condense d'autant moins ou d’autant plus d’alcool faible}, obtenir celui qui coule du serpentin à un degré différent , et jusqu’à 90 degrés, point que l’on ne pouvait atteindre par le moyen de l'ancien alambic , qu'après trois ou quatre distillations successives. Ces résultats, qui sont immenses et qui ont donné une si grande extension au commerce des esprits, auraient dû mériter à leur auteur une récompense nationale : il est mort dans le dégoût.

L'alcool doit avoir un goût franc et être peu coloré. Anciennement on reconnaissait facilement celui retiré du vin, dit esprit de Montpellier, de celui qui était extrait des marcs de raisin ou des grains. Ces derniers, mêlés à partie égale d’acide sulfurique, brunissaient fortement en raison de la carbonisation d’une matière huileuse qu’ils contenaient, et qui résultait du mauvais procédé suivi pour leur préparation , tandis que l'alcool du vin restait presque incolore ; mais depuis qu’on a appliqué aux esprits de marcs et de grains les procédés d'Édouard Adam , cette différence n'existe plus, et il n’y a qu’un odorat et un goût exercés qui puissent les faire distinguer.

AMPÉLIDÉES. | 595 L'alcool, à ses différents degrés, est très employé par les pharma ciens, comme excipient des teintures et des esprits aromatiques, et pour préparer les éthers. Il sert aussi au chimiste dans ses analyses, ayant la propriété de dissoudre certains corps à l'exclusion d’autres; tels sont, parmi les minéraux, les sels déliquescents, et, parmi les végétaux, les huiles volatiles, les résines, quelques huiles fixes, et différents acides et prince pes colorants.

Vinaigre.

Le vinaigre, comme l'indique son nom, est du vin aigri ou acidifié. La fermentation qui le produit $e nomme fermentation acétique ; elle peut s'exercer sur tous les corps qui ont d’abord subi la fermentation alcoolique ; ainsi; le cidre et la bière peuvent également donner une sorte de vinaigre, qui est bien moins agréable que celui du vin.

Pour changer le vin en vinaigre , on construit une longue étuve dont on entretient la température entre 20 et 25 degrés; on dispose dans cette étuve plusieurs rangées de tonneaux dont on laisse la bonde ouverte, et qu’on a percés d’un autre trou, latéralement et à la partie supérieure, afin d’y augmenter le renouvellement de l’air ; on remplit ces tonneaux aux deux tiers de vin rouge ou blanc, mais plus ordinairement de vin blanc : tous les huit ou dix jours on change le vin de tonneau , et au bout de trente jours environ , l’opération est terminée. C’est l'habitude qui apprend à connaître, en le goûtant , quand le vin est autant aigri que possible ; il ne faut pas dépasser ce terme , car l’air continuant d’agir sur le vinaigre le détruirait, (Voir, dans ma Pharmacopée raisonnée, p. 75, la théorie de la transformation de l’alcool en acide acétique.)

Le vinaigre est blanc ou rouge selon le vin employé. Il diffère du vin surtout parce qu'il contient beaucoup d’acide et peu d’alcool : on y trouve , du reste, le principe colorant de vin, une matière muqueuse et des surtartrates de potasse et de chaux. Le meilleur vinaigre blanc nous vient d'Orléans ; mais on en fabrique de très grandes quantités à Paris avec de l’orge ou de la bière, de la mélasse, du glucose et d’autres substances susceptibles d’éprouver les fermentations alcoolique et acétique ; de plus, l'acidité de ces différents vinaigres est souvent rehaussée par une addition d'acide acétique retiré du bois, et quelquefois au moyen d’une petite quantité d’acide sulfurique ou chlorhydrique.

A part l'addition de ces deux derniers acides, qui constitue une fraude très répréhensible, je ne crois pas qu’il faille condamner, sans examen, les autres mélanges; je regarde, au contraire, comme un progrès utile, lorsque la chimie est parvenue à produire des corps tels que l'acide acétique retiré du bois, la

dextrine et le sucre de dextrine, l'application de ces corps à quelque grande fabrication, et la concurrence qu’ils viennent faire à d’autres matières premières d’un prix plus élevé. Il faut y mettre deux conditions cependant : la première est que le produit fabriqué ne contiendra rien de nuisible à la santé ; la seconde est qu'il ne sera pas vendu sous le nom, ou comme provenant d’une autre fabrication. Cette dernière condition est d'autant plus équitable dans le cas présent , que le vinaigre de vin conserve une grande prééminence de qualité sur les autres, et qu'il y aurait perte pour l’acheteur à prendre comme vinaigre de vin du vinaigre de bois ou de glucose. Je n’entrerai pas ici dans le détail de toutes les expériences à faire pour arriver à la distinction de ces différents vinaigres. Je renvoie, à cet égard, aux différents Mémoires de M. Chevallier, ainsi qu’à celui que j'ai publié dans le Journal de pharmacie et de chimie, t. X, p.407, et je me bornerai à donner les caractères principaux d’un bon vinaigre de vin.

Ce vinaigre, provenant du vin blanc, est limpide, d’un jaune un peu fauve et assez foncé ; d’une densité de 1018 à 1020 (2°,50 à 2°,75 au pèse-liqueur de Baumé ). Il possède une saveur très acide, mais dépourvue d’âcreté, et ne rend pas les dents rugueuses au toucher de la langue ; il se trouble un peu par le nitrate de baryte et l'oxalate d'ammoniaque , et très faiblement par le nitrate d'argent. Il sature de 6 à 8 cenlièmes de son poids de carbonate de soude pur et desséché, et doit être d’autant plus estimé que son acidité est plus forte, entre ces deux limites. Il prend , par la saturation, une couleur de vin de Malaga et acquiert une légère odeur vineuse, sans mélange d’odeur empyreumalique. H contient environ 2sr.,5 de bitartrate de potasse par litre et ne renferme ni matière gommeuse, ni dextrine , ni glucose. Il ne contient également aucune substance métallique qui puisse prendre une couleur brune noirâtre par un sulfhydrate alcalin , ou rouge-brique par le cyanure ferrosopotassique.

Tout vinaigre qui s'écartera beaucoup des caractères précédents, c’est-àdire qui sera trouble , d’un jaune très pâle, d’une densité inférieure à 1016, d’une faible acidité et qui saturera moins de 6 centièmes de carbonate de soude ({) ;

Ou qui sera acide au point de corroder les dents et qui précipitera instantanément et abondamment par le nitrate de baryte ou le nitrate d'argent ;

Ou qui aura une saveur âcre qu une odeur désagréable ;

Ou qui se colorera en brun-noirätre par le sulfhydrate de potasse, ou en rouge par le cyanure ferroso-potassique ;

Ce vinaigre devra être regardé comme suspect et soumis à un examen ultérieur qui permette de statuer définitivement sur sa qualité.

Tartre brut et Crème de Tartre.

Le tartre est une croûte saline qui se forme contre la paroi interne des tonneaux dans lesquels on conserve le vin; il est composé d’un peu de lie, de matière colorante, et surtout de bitartrate de potasse

(1) Pour opérer la saturation par le carbonale de soude, consultez spécialement le

Journal de pharmacie et de chimies t.X, p. 415.

MÉLIACÉES. 537 mêlé ou combiné à une certaine quantité de tartrate de chaux ; il est rouge ou blanc, selon le vin qui l’a fourni ; il a une saveur aigrelette et vineuse, et brûle sur les charbons en répandant une odeur qui lui est propre. Il est employé en pharmacie pour préparer les boules de Mars ou de Nancy.

On purifie le tartre en grand à Montpellier. Pour cela on le fait fondre dans l’eau bouillante , on y délaie quatre ou cinq pour cent d’une argile pure, qui ne tarde pas à s'emparer de la matière colorante et à la précipiter ; on passe, on évapore à pellicule et on laisse cristalliser ; les cristaux séchés portent le nom de crème de tartre. C’est du bitartrate de potasse assez pur, à cela près du tartrate de chaux qu'il contient. 11 est cristallisé en prismes obliques:à base rhombe ; mais on y trouve aussi une assez grande quantité de petits tétraèdres isolés.

On doit choisir la crème de tartre en cristaux bien prononcés, blanes, et d’une saveur acide assez marquée. Il faut la conserver dans un endroit sec, car elle s’altère à l'humidité : elle acquiert alors une forte odeur d’acide acétique.

La crème de tartre sert à préparer tous les autres tartrates et l’acide tartrique. On peut la considérer soit comme un tartrate double d’eau et de potasse — C#H205,H0 + C#H205,KO ; soit comme un tartrate simple bibasique, dont une des bases est l’eau et l’autre la potasse ; on le représente alors par la formule CSH#01° (HO, KO), qui est plus simple que la première.

FAMILLES DES MÉLIACÉES ET DES CÉDRÉLACÉES,

La famille des MÉLIACÉES comprend des arbres et des arbrisseaux à feuilles alternes, non stipulées, simples ou composées. Les fleurs ont un calice gamosépale , à 4 ou 5 divisions ; une corolle à 4 ou 5 pétales valvaires ; des étamines en nombre double des pétales, rarement en même nombre ou en nombre supérieur au double ; les étamines sont toujours monadelphes et forment, au moyen de leurs filets soudés, un tube qui porte les anthères. L’ovaire est placé sur un disque annulaire, et présente 4 ou 5 loges contenant le plus souvent 2 ovules coilatéraux ou superposés. Le style est simple et terminé par un süigmate plus ou moins divisé en 4 ou 5 lobes. Le fruit est tantôt sec, capsulaire , s’ouvrant en 4 ou 5 valves septifères ; tantôt drupacé et parfois uniloculaire par avortement. Les graines sont dépourvues d’ailes, mais souvent accompagnées d’un arille charnu. L'embrvon est pourvu d’endosperme dans la tribu des méliées, et privé d’endosperme dans celle des trichiliées.

Les. méliacées, malgré leurs propriétés très actives, sont à peine

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connues des médecins, en Europe. L’azédarae bipinné (meliu azederach L.) est un grand arbrisseau de Perse et de Syrie, depuis longtemps naturalisé dans le midi de l'Europe, dont toutes les parties sont amères , fortement purgatives et anthelmintiques ; mais il peut devenir vénéneux à une dose trop élevée, En Amérique, les quarea trichilioides L., Swartzii DC., purgans Saint-Hilaire, cathartica Mart. ; de même que les frichilia cathartica Mart. et havanensis Jacq., sont remarquables par leur forte qualité purgative et émétique.

L'écorce de earapa de la Guyane esi vantée comme fébrifuge. Suivant la description qu’en ont donnée MM. Pétroz et Robinet (Journ. pharm., t VII, p. 351), elle est épaisse de 5 millimètres, couverte d’un épiderme gris et rugueux, d’un rouge brun foncé à l’intérieur et d’une saveur amère. Sa cassure est assez nette et présente des couches concentriques de couleur alternativement plus claire et plus foncée ; sa surface interne est moins foncée en couleur que la masse même de l'écorce, et présente plusieurs couches de fibres. L'examen chimique de cette écorce, fait par MM. Petroz et Robinet, permet de croire qu'elle contient un alcaloïde amer et fébrifuge qu'il serait très intéressant d’y rechercher de nouveau.

Le fruit du carapa de la Guyane est une capsule ligneuse , ovoïde, longue. de 8 à 10 centimètres, marquée de 4 côtes arrondies et de A sillons, s’ouvrant en 4 valves et contenant de 7 à 8 semences assez volumineuses, pressées les unes contre les autres, fixées à l’axe da fruit et diversement anguleuses , suivant la place qu’eiles occupent dans amas globuleux formé par leur réunion. Ces semences sont pourvues d’un test rougeâtre et coriace; l’amande est formée de 2 cotylédons épais dont on retire par expression une huile jaunâtre, en partie liquide et en partie solide, dans les pays chauds, mais entièrement figée à la température moyenne de nos climats.

Cette huile est très amère et sert à un grand nombre d’usages , en Amérique. Non seulement elle est généralement appliquée à l'éclairage, mais les Indiens la mêlaient autrefois au rocou et s’en peignaient le corps, le visage et les cheveux, dans un but de parure et pour se mettre à l'abri de la piqûre des insectes; les Nègres chasseurs s’en frottent encore les pieds, dans le même dernier but, et on en frotte également les meubles que lon veut préserver des insectes. Gette huile est aujourd’hui apportée à Marseille , avec beaucoup d’autres , pour la fabrication du savon.

Le bois de carapa est fibreux, assez léger, rougeâtre , inattaquable par les insectes.

Semences de touloucouna; Carapa touloucouna Guill, , carapa quineensis Sweet. Le touloucouna est un grand arbre de la Sénégambic

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qui diffère de celui de la Guyane par ses fleurs pentamères et par ses fruits pentagones et s’ouvrant en 5 valves. Les semences forment au

milieu du fruit un amas globuleux, et sont composées d’un test rougeâtre, dur, presque ligneux, tuberculeux à sa surface, et d’une amande un peu rosée, dure, très grasse, fournissant par expression une huile amère , d’un jaune pâle et ayant la consistance de l’huile d’olives figée. Ces semences sont souvent très aplaties, ayant été superposées les unes aux autres suivant la hauteur du fruit ; mais on en trouve aussi qui ont la forme d’un cinquième de sphère et qui ont dû être disposées circulairement autour de l'axe, et quelques autres, arrondies, qui paraissent avoir été isolées au milieu du fruit. Ces semences et leur huile sont importées à Marseille pour la fabrication du savon.

La famille des CÉDRÉLACÉES se distingue de celle des méliacées , de laquelle elle a été distraite par M. R. Brown, par ses ovales plus nombreux , insérés en double série, dans chaque loge de l'ovaire, sur des trophospermes soudés à l'axe, et par ses graines ailées, ordinairement pourvues d’endosperme. Elle comprend des arbres exotiques, la plupart très élevés, dont les écorces sont employées comme fébrifuges, et dont les bois, très estimés pour l'ébénisterie, forment un objet de commerce considérable. Parmi les écorces fébrifuges , je citerai celles du soymida febrifuga de l'Inde, du cedrela febrifuga de Java, du swietenia Mahogoni des Antilles et celle du Æhaya senegalensis de la Sénégambie , de laquelle M. Eugène Caventou a retiré un principe amer, résinoïde, neutre aux réactifs, qui paraît jouir de la propriété fébrifnge de l'écorce. Celle-ci, telle que M. E. Caventon l’a eue , paraît ressembler beancoup à celle da carapa de la Guyane. Elle est large, cintrée, épaisse de 7 à 8 millimètres, couverte d’un épiderme gris-blanchâtre, à surface peu rugueuse. Dessous l’épiderme, l'écorce est d’une couleur rouge qui diminue d'intensité en allant de l'extérieur à l’intérieur ; la cassure est grenue vers l'extérieur, ensuite nn peu lamelleuse et se termine, sur le bord interne, par une série simple de fibres ligneuses aplaties. La coupe transversale rendue nette, à l’aide d’un bon instrument tranchant, et vue à la loupe, donne l'explication des caractères précédents. On trouve, en effet, que cette écorce est formée d’une matière rougeâtre presque pulvérulente , entremêlée de grosses fibres blanches, rangées comme par cercles concentriques , et dont les cercles sont beaucoup plus ntinus et plus rapprochés du côté intérieur de l'écorce. La surface interne est formée par l’agglutination des fibres ligneuses dont il a été parlé plus haut et assez unie. La saveur de l'écorce est très amère.

Le bois du zÆhaya senegalensis est connu dans le commerce sous les noms d’acajou du Sénégal ct de eaïleedra. Il ressemble beaucoup à l’acajou Mahogoni, mais il est d’une texture plus grossière, garde

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plus difficilement le poli et présente souvent une teinte vineuse peu agréable. 11 est beaucoup moins estimé.

Acajou Mahogoni, swietenia Mahogoni L. Cet arbre est très abondant dans les Antilles et principalement à Saint-Domingue, à Cuba, et dans la province de Honduras au Mexique. Il a une croissance rapide et parvient à des dimensions considérables. Son bois est compacte , d’une texture fine et serrée, d’une couleur rougeâtre claire qui devient à l'air d’un rouge plus foncé nuancé de brun. Il est facile à travailler et sus-

ceptible d’un beau poli satiné, On en fait une consommation considérable pour la fabrication des meubles, quoiqu’on ne l’emploie le plus souvent que plaqué sur chêne cu bois blanc, après l'avoir réduit en feuilles d’une grande minceur, "à l’aide d’une scierie mécanique.

Le bois d'acajou dont on fait le plus d’usage en France est celui de Haïti Ou Saint-Domingue ; il provient surtout de la partie espagnole de l’île; il est d’une couleur vive, d’une fibre fine et serrée, pesant de 28 à 34 kilogrammes le pied cube. Il vient en poutres équarries, nommées billes, qui ont le plus communément de 40 à 68 centimètres d’équarrissage et de 2",3 à 3,3 de longueur ; mais on en trouve aussi de petites billes de 32 à 49 centimètres d’équarrissage et 65 à 130 centimètres de longueur, proverñant de rameaux fourchus dont le bois est recherché sous le nom d’acajou ronceux.

L'acajou de Cuba est un peu plus lourd que celui de Haïti et d’une couleur moins brillante; les billes ont de 32 à 54 centimètres d'équarrissage sur 4 à 6 mètres de longueur, avec une des extrémités taillée en pointe et percée d’un trou.

L'acajou de Honduras paraît être d’une espèce différente ; il a la fibre plus grosse et moins serrée et ne pèse que 20 à 25 kilogrammes par pied cube. Il parvient à une grosseur telle qu’on en fait des billes de 13 à 16 décimètres d’équarrissage sur 3 à 5 mètres de longueur ; il a une couleur plus pâle et tirant quelquefois sur le jaune, On trouve pourtant un acajou de Honduras dont le grain est fin, et dont la couleur rosée ne brunit pas avec le temps, ce qui lui donne du prix.

Acajou femelle, acajou à planches, Où cedrel odorant (cedrela odorata X.). Grand et bel arbre de l'Amérique quise distingue des swietenia par ses étamines qui sont libres et au nombre de cinq seulement (1). Le fruit, de même que celui de Mahogoni, est une capsule ligneuse , pentagone , à 5 valves, contenant un placenta ligneux ,,libre, central, chargé de semences imbriquées , comprimées et munies à leur bord d’une aile membraneuse. Seulement ce fruit est bien plus petit

(4) Les swietenia ont 10 étamines réunies en un tube denté au sommet, et portant les anthères du côté interne.

CÉDRÉLACÉES. 5h1

que celui du Mahogoni, et pourvu d’une odeur fétide et alliacée , qui passe dans la chair des perroquets qui s'en nourrissent. L'écorce de l’arbre est aussi imprégnée d’une odeur fétide insupportable. Quant au bois, il est très léger, poreux, rougeâtre, amer, inattaquable par les insectes, et pourvu, quand il est sec, d’une odeur aromatique agréable, analogue à celle du genévrier de Virginie. Il sert avec avantage à faire des charpentes de maisons, des meubles communs, ou des intérieurs de meubles d'ornement, des barques très légères et pouvant soutenir de lourdes charges sur l’eau. On en fait aussi des caisses pour le sucre et des boîtes pour les cigarres.

Bois d’Amboine, Bois fort rare et fort cher provenant des loupes d'un arbre des Moluques. Ces loupes et les portions de bois qui les accompagnent ressemblent beaucoup au bois d’acajou de Honduras, de sorte qu’il ne me paraît pas douteux que ce bois ne soit produit par un arbre voisin des swretenia. Peut-être est-ce par la flindersia amboinensis de Poiret, arbor radulifera de Rumphius, quoique ce dernier ne parle aucunement de l'utilité de son bois.

Bois satiné de l'Inde, eus{ indian satin-100d du commerce anglais. Ce bois est comparable pour la forme, le volume, la couleur et le poli satiné au bois d’hispanille décrit page 490 ; mais il est inodore et sa coupe perpendiculaire à l’axe présente, à la loupe, des lignes radiaires continues, très serrées , ne contenant généralement entre clles qu'une rangée de petits points blanchâtres, disposés par petits groupes interrompus. Je ne sais si c’est par suite d’une erreur d’origine, mais on m'a donné comme venant du Brésil, sous le nom de satiné jaune de Para, une bûche cylindrique de 41 centimètres de diamètre, dont le bois ne diffère pas du safin-wood de l'Inde que j'ai acheté à Londres en 1843.

Endlicher cite encore, comme bois de cédrélacées connus dans le commerce anglais, un bois rouge de l'Inde (7ed-wo0d) fourni par le soymida febrifuga, et un bois jaune de PAustralasie ( Aus/ralia yellow-wood), dû à l'oxleya xanthozyla.

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