‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 110 sur 121 · ACÉRÉES · texte numérisé non relu

ACÉRÉES

Érable sycomore (1), acer pseudc-platanus L., nommé vulgairement sycomore et faux platane, Il croît naturellement en France, daus les bois des montagnes, er s'élève à la hauteur de 10 à 20 mètres. Ses feuilles sont larges, portées sur un pétiole creusé en gouttière, découpées en 5 lobes pointus et dentés, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous ; ses fleurs sont petites, d’une couleur herbacée , disposées en grappes longues, très garnies et pendantes. Son bois est estimé pour faire des planches, pour les ouvrages de tour et pour les montures d’armes à feu. Il est excellent pour brûler et donne plus de chaleur que la plupart des autres bois indigènes. Son tronc renferme une sève sucrée dont on peut retirer par évaporation une quantité assez considérable de sucre cristallisé , ainsi qu’on le fait en Amérique, avec la sève de l’érable à sucre.

Érable plane, acer platanoides L. Cette espèce, connue sous les noms de plane et de faux sycomore, est un arbre élevé dont les feuilles sont glabres, d’un vert jaunâtre , portées sur des pétioles cylindriques, et découpées en 5 lobes pointus, bordés de dents longues et “étroites ; ses fleurs sont jaunes, terminales et disposées en corymbe. Quelquefois les feuilles se couvrent, pendant les chaleurs , de petits grumeaux blancs et sucrés, dont les abeilles font une ample récolte. Cet arbre contient donc du sucre, comme plusieurs de ses congénères.

Érable champêtre , acer campestre L. Arbre peu élevé, très rameux, dont l’écorce est rude ou crevassée ; ses feuilles sont pubescentes en dessous, à 3 ou 5 lobes obtus ; ses fleurs sont petites, d’un vert jaunâtre, disposées en grappes courtes et paniculées;, ses fruits sont pubescents, à ailes très divergentes ; son bois est dur et propre pour les ouvrages du tour et pour ceux des arquebusiers.

Érable à sucre, acer saccharinum L. Arbre très élevé, originaire du nord des États-Unis d'Amérique ; ses feuilles sont longuement pétiolées, larges de 14 centimètres, partagées en 5 lobes entiers et aigus, lisses et d’un vert clair en dessus, blanchâtres en dessous ; ses fleurs sont petites, jaunâtres, disposées en corvmbes peu garnis; ses fruits sont munis de deux ailes courtes, redressées et rapprochées.

Le bois de l’érable à sucre est blanc, très serré , et prend, quand il est poli, une apparence lustrée et soyeuse. Il est souvent parsemé d’une infinité de petits nœuds qui le font rechercher pour la confection des meubles de prix. Dans ce cas, on l’emplouie en placage très mince, à la manière de l’acajou.

(4) Il ne faut pas confondre cet arbre, non plus que le suivant, avec le sycomore des anciens, ficus sycomorus L., dont il a été question tome IT, page 303.

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Le sucre qu'on fabrique avec la sève de cet érable est d’une assez grande importance dans les parties centrales des États de l’Union américaine, elil est d’une grande ressource pour les habitants qui vivent à une grande distance des ports de mer, dans des contrées où cet arbre abonde.

‘Le procédé qu’on suit pour obtenir ce sucre est très simple : dans les premiers jours de mars, on fait aux arbres, à l’aide d’une tarière de 2 centimètres de diamètre et à un demi-mètre de terre, deux trous parallèles, obliques de bas en haut et à 12 ou 14 centimètres de distance l’un de l’autre. I faut avoir l'attention que la tarière ne pénètre que de 15 millimètres dans l’aubier. Le suc qui coule-par ces deux ouvertures est conduit, au moyen de tuyaux en sureau, dans des augets placés au pied de l'arbre, d’où on le transporte directement dans les chaudières où se fait l’évaporation. Celle-ci se fait sur un feu très actif ; on écume avec soin la liqueur, et, lorsqu'elle est arrivée en consistance sirupeuse, on la passe à travers une étoffe de laine ; on verse le sirop dans une autre chaudière , où on le concentre au point nécessaire pour le faire cristalliser.

Le sucre d'érable est employé le plus souvent à l’état brut; mais on peut le purifier et l’amener à l’état de sucre en pains aussi blanc et aussi bon que celui qui sort des raffineries de l’Europe. Lorsque le temps est beau et sec, un arbre donne facilement de 8 à 12 litres de sève sucrée en vingt-quatre heures, et le temps de son écoulement dure environ six semaines. On estime que trois personnes suffisent à l’exploitation de 250 pieds d'arbres, qui donnent environ 500 kilogrammes de sucre. Les mêmes arbres peuvent être travaillés pendant trente années de suite, et donner des récoltes annuelles semblables, sans diminuer de vigueur ; parce que, comme on évite de perforer le tronc aux mêmes endroits, il se forme un nouvel aubier aux places qui ont été entamées, et les couches ligneuses qu’ils acquièrent successivement mettent les arbres dans le même état que ceux qui n’ont pas encore été soumis à cette opération.

On exploite aussi l’érable noir, acer nigrum Mich., qui n’est peutêtre qu’une variété du précédent, appartenant à une latitude un peu plus méridionale. On exploite également l’érable blane , acer eriocarpum Mich., ct l’érable rouge Ou érable de Virginie, acer rubrum L. ; mais il faut le double de sève de ces deux derniers arbres pour produire la même quantité de sucre.

FAMILLE DES GUTTIFÈRES (Jussieu ).

Arbres ou arbrisseaux quelquefois parasites, à rameaux opposés, souvent tétragones et articulés. Les feuilles sont opposées en croix,

GUTIIFÈRES. 553 pétiolées, articulées sur les rameaux, dépourvues de stipules ; elles sont simples, très entières, coriaces, brillantes, penninervées, à nervures secondaires transversales, rapprochées. Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles par avortement , munies d'un calice coloré à 2, h ou 6 sépales imbriqués , quelquefois à 5 ou 6 parties. La corolle est insérée sur un torus charnu , formée de pétales en nombre égal ou plus rarement supérieur aux divisions du calice, alternes ou opposés avec elles, non persistants. Les étamines sont nombreuses, libres ou réunies en anneaux ou en phalanges, plus rarement en tube. L’ovaire est libre, sessile, à 4, 2, 5 ou un plus grand nombre de loges. Les ovules sont solitaires ou géminés dans chaque loge, quelquefois au nombre de quatre das l'ovaire uniloculaire et dressés sur sa base, ou attachés en grand nombre à l’axe central des loges. Le style est simple, souvent presque nul, portant un stigmate pelté et radié, ou à plusieurs lobes, Le fruit est tantôt capsulaire , tantôt charnu ou drupacé, s’ouvrant quelquefois en plusieurs valves dont les bords rentrants sont fixés à un placenta unique ou à plusieurs placentas épais. Les semences sont souvent pourvues d’un arille charnu ; l'embryon est droit, formé de 2 cotylédons épais, soudés en un corps charnu; la radicule est très petite. Les arbres guttifères habitent les contrécs intertropicales de l'Asie et de l’'Amérique ; ils sont presque tous pourvus d’un suc résineux ou gommorésineux, jaune ou vert, noircissant souvent à l’air, et qui sert à divers usages dans les pays qui les produisent. Plusieurs portent des fruits très recherchés pour la table.

Mammei d'Amérique OU abricotier de Saint-Domingue, 714mea Americana L. Grand et bel arbre des Antilles, dont les fleurs sont blanches, odorantes, de 4 centimètres de diamètre; le calice est à 2 folioles caduques; les pétales sont au nombre de quatre, arrondis, concaves ; les étamines sont nombreuses, très courtes, à anthères petites et oblongues; l’ovaire est libre, arrondi, surmonté d’un style court et d’un stigmate en tête. Le fruit est un gros drupe charnu, tétragone, couvert d’une première enveloppe coriace et astringente, d’une seconde pellicule amère, et contenant un noyau cartilagineux, à 4 loges monospermes, souvent réduites à 3, 2 ou 1 loge, par avortement. Ce fruit a une saveur particulière, douce et très agréable, moyennant Ja précaution qu’il faut avoir d'enlever soigneusement la seconde enveloppe amère. Les fleurs, distillées avec de l’alcool, fournissent une liqueur très vantée dans les Antilles sous le nom d’eau des créoles.

Mangoustan cultivé, garcinia mangostana L. Car. gén, : Calice persistant, tétraphylle , à folioles imbriquées; corolle à 4 pétales hypogynes, alternes avec les sépales. Fleurs mâles : étamines nombreuses, insérées sur un réceptacle charnu cet quadrangulaire, libres ou réunies

554 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

à la base ; filaments filiformes, courts ; anthères introrses, biloculaires, dressées, à loges longitudinalement déhiscentes ; un rudiment d'ovaire. Fleurs femelles : étamines stériles, de 8 à 30, à filaments distincts, movadelphes ou tétradelphes ; ovaire libre, offrant de 4 à 8 loges; ovules solitaires, dressés, anatropes ; style terminal très court ou nul; stigmate largement pelté, sous-lobé. Drupe charnu , portant à la base le calice persistant, couronné par le stigmate , enfermé dans une enveloppe solide, à 4-8 loges ; semences solitaires, dressées, entourées d’une pulpe charnue , à test coriace.

Le mwangoustan cultivé est un arbre originaire des îles Moluques, d’un très beau port, pourvu de feuilles opposées , pétiolées , épaisses , fermes et lisses, ovales-aiguës et très entières. Les fleurs sont terminales, solitaires , pédonculées, rouges et d’une grandeur médiocre. Les fruits, représentés par Gærtner (tab. 105), forment une baie sphérique , de la grosseur d’une orange, d’un vert jaunâtre au dehors, à épicarpe épais et fongueux, divisé intérieurement en 6 loges ou plus, remplies d'une pulpe blanche , succulente , à demi transparente-et d’une saveur délicieuse. Ce fruit est un des meilleurs de l'Inde.

Le mangoustan du Malabar, garcinia malabarica Lam., est un arbre de l’Inde qui s'élève à plus de 27 mètres, sur un tronc de 5 mètres de circonférence ; ses fruits sont assez semblables aux précédents, mais moins estimés. Son bois est blanc et très dur.

Le qürnicia cornea des îles Moluques produit un bois d’une dureté considérable, d’une couleur rousseâtre et ayant la demi-transparence de la corne.

Gomme-Gutte,

La gomme-gutte est un suc gommo-résineux qui forme avec l’eau une émulsion d’une magnifique couleur jaune, et dont le principal usage, en raison de cette propriété, est de servir à Ja peinture à l’eau. Elle est aussi employée en médecine comme purgative et fait partie des pilules hydragogues de Bontius.

La gomme-gutte a été mentionnée pour la première fois par Charles de l'Écluse, dit Clusius, qui la reçut en 1603 , alors qu’elle venait d’être apportée de Chine par l’amiral hollandais Van Neck. « C’est un suc très pur, dit-il (Zxotic., p. 82), plutôt qu’une résine, qui, pour peu qu’on le touche avec de l’eau ou de la salive , se colore fortement en jaune. Il est privé de toute amertumeÿ mais il laisse, après quelques instants, une forte âcreté à la gorge. Ce suc se nomme ghitta jemou. Les naturels s’en servent, à la dose de 15 à 20 grains, pour évacuer l’eau des hydropiques , et sans aucun accident. »

Suivant Murray, la gomme-gutte fut bientôt connue dans la pein-

GUTTIFÈRES. 555 ture; mais elle fut longtemps négligée dans la pratique médicale et n’obtint une place dans les pharmacopées européennes qu'après le commencement du siècle suivant. Ce fait n’est pas exact, car je trouve le ghitta jemou où quitta gamba mis au nombre des médicaments simples dans la petite Pharmacopée d'Amsterdam de 1639 ; dans celle de Zwelfer, publiée en 1653, et dans celle de Toulouse , de 1695. Il est vrai cependant que beaucoup de médecins voyaient alors dans la gommegutte un médicament très dangereux, ce qui en restreignait beaucoup l'emploi. Aujourd’hui, quoiqu’on la regarde toujours comme une substance très active et irritante, on reconnaît généralement qu’elle peut être , dans plusieurs cas, un purgatif salataire.

L'origine de la gomme-gutte a longtemps été un sujet de doute et de controverse. Clusius, d’après son odeur et son âcreté, soupconnait que ce pouvait être le suc d’une euphorbe. Bontius , qui exercait la médecine à Batavia, au commencement du xviT' siècle, supposait aussi qu’elle était produite par une plante semblable à l’esula indica dont il a donné la figure et la description. Mais en 1677, Paul Hermann , dans une lettre à Syen, insérée dans l'A/ortus malabaricus, annonça que a gomme-gutte était produite par deux arbres appelés carcapulli, qui ont été nommés par les botanistes modernes garcinia cambogia et qarcinia morella, et faisait l’observation que la gomme produite par ce dernier était plus estimée (1) ; de sorte que Hermann doit être reconnu pour le premier qui ait indiqué la véritable source de la gomme-gutte.

(1) Voici la note de Syen ajoutée à l’article coddam-pulli de Rheede (1. I, p.43) :

« Cet arbre (le coddam-pulli) est le même que le fructus malo aureo æmulus de G. Bauhin, ou carcapulli d'Acosta; mais Bauhin confond à tort ce carcapulli d’Acosta avec celui de Lynschoten, ce qui deviendra manifeste pour quiconque examinera la description de chacun; car Acosta dit que le fruit de son arbre ressemble à une orange, et Lynschoten décrit le sien comme ayant la grosseur d’une cerise. Afin que cette distinction devienne encore plus évidente, je transcrirai ici les propres paroles d'Hermann, qui, dans une lettre envoyée l’année dernière , de Colombo , me dit : « [ei sont » les feuilles et les fleurs de larbor indica que gummi gottæ fundit, fructu » acido , sulcato, aureo, mali magnitudine, carcapulli Acostæ, ghoraka » Cingalensibus dicta. Je joins à ces objets les feuilles et les fleurs de l’autre »espèce , qui est l’arbor indica quæ qummi gottæ fundit, fructu duler, ro- » tundo, cerasi magniludine, carcapulli Linschotii. Bauhin , dans son Pinax, » confond à tort ces deux arbres en une seule espèce , à savoir le carcapulli » d’Acosta et le carcapulli de Lynschoten, Ils diffèrent entre eux par la fleur » et le fruit, mais se ressemblent dans le reste. Le dernier est nommé par les » Chingalais kanna ghoraka, c’est-à-dire ghoraka doux. Le tronc de ces » deux arbres, étant incisé , laisse découler de la gomme-gutte ; mais celle » du kanna ghoraka l'emporte sur l’autre. »

556 DICOLYLÉDONES THALAMIFLORES,

À partir de ce moment, il semble que presque chaque essai qui ait été fait pour rendre, sur ce sujet, notre instruction plus correcte et plus précise, ait eu ur résultat contraire. Ainsi Linné, publiant en 1747, sous le titre de }lora zeylanica, une liste des plantes de Ceylan, commit l'étrange erreur de confondre sous le même nom spécifique { cambogia qutta) les deux arbres si bien distingués par le botaniste hollandais; et cette confusion a duré jusqu'à Gærtner, qui, d'un côté, réunissant en un seul genre #7angostana les deux genres garcinia et cambogia de Linné, et distinguant, de l’autre, comme Hermann, les deux carcapulli d’Acosta et de Lynschoten, nomma le premier mangostana cambogia et le second #angostana morella ( Fruct., tab. 105). Enfin Desrousseaux , préférant le nom générique garcinia, nomma le carcapulli d’Acosta garcinia cambogia et le carcapulli de Lynschoten garcinia morella ; telle est la synonymie de ces deux végétaux.

Mais dans l'intervalle de Linné à Gærtner, un fait assez singulier s'était passé. Des deux végétaux confondus par Linné, un seul ayant été figuré par Rhecde, sous le nom de coddam- pulli, ce fut lui seul, bientôt, qui fut cité comme synonyme du cambogia qutta, et l’autre fut complétement oublié. De sorte que Kænig crut faire une découverte, en écrivant à Retz, le 16 octobre 1782 : « La vraie gommegutte ne provient pas du cambogia qutta; elle est produite par un autre arbre polygame, à fruit cérasiforme , mangeable, que je décrirai une autre fois. »

La description promise fut envoyée à Banks et se trouve rapportée par Murray, dans son Apparatus medicaminum, 1. IV, p. 654. L'arbre avait recu de Kœænig le nom de quftæfera vera; Murray lui imposa plus tard celui de stalagmilis cambogioides ( Comun. Soc. Gotting., 1788, vol. IX, p. 169), et les botanistes en ont fait une espèce et un genre séparés du garcinia morella ; mais les propres paroles de Kænig, si semblables à celles d'Hermann, et la patrie semblable, ne permettent pas de douter que le stalagmitis gambogioides et le garcinia morella ne forment qu’une seule et même espèce.

IL est vrai de dire, cependant, que la description du sfalagmaitis cambogioides , insérée dans les Commentaires de Gottinque, paraissant avoir été faite sur des échantillons de parties provenant de plusieurs plantes , quelques uns des caractères donnés par Murray au sfalagmitis cambogioides ne semblent pas lui appartenir, et que la similitude des deux espèces résulte plutôt de la propre description de Kænig, insérée dans l’Apparatus medicaminum.

Enfin, un caractère déjà faiblement indiqué par Kœuig (séamina clavata, subquadrangularia), mais bien déterminé per M. R. Graham, professeur de botanique à l'Université d'Édimbourg, a conduit ce

GUTTIFÈRES. 557 savant à former de cet arbre un genre particulier auquel il donne le nom d’Aebradendron , fondé sur ce que les anthères sont terminales, operculées , et s'ouvrent par une fissure circulaire que l'auteur compare à une sorte de circoncision. Voici donc, en définitive , la synonvmie et la description de cette espèce.

Hebradendron cambogioides Grah. (Comp. to the Botan. mag., n° 49, p. 193 ).

Stalagmitis cambogioides Murr., App. med., t. IV, p. 654 ; Moon’s Cat. of plants in Ceyl., part. 1, p. 73.

Garcinia morella Desrousseaux, Dicf eneycl., 1. TI, p. 701.

Mangostana morella Gærtn., t. 105. Guttæfera vera Kænig Mss. Kanna ghoraka Herm. Carcapulli de Eynschoten , etc.

Arbre de médiocre grandeur, à feuilles opposées, pétiolées, obovéeselliptiques, coriaces, lisses, brillantes. Fleurs unisexuelles, monoïques ou polygames. Fleurs mâles (fig. 392), ramassées dans les aisselles des feuilles et portées sur de courts pédoncules uniflores ; calice à 4 sépales, dont les deux extérieurs un peu plus petits. Corolle à 4 pétales coriaces, deux fois plus longs que le calice, caducs. Étamines réunies en colonne par le bas, divisées plus haut en 4 faisceaux ; libres par Fig. 392.

la partie supérieure. Filets courts, claviformes ; anthère terminale en forme de tête arrondie, s’ouvrant par la circoncision d’un couvercle plat et ombiliqué (a). Pollen elliptique ; ovaire nul. Fleurs femelles (Kænig), hermaphrodites (Murray), ramassées dans l’aisselle des feuilles :

calice, corolle et étamines semblables. Ovaire globuleux ; style court ; stigmate à 4 lobes ouverts et persistants. Baie globuleuse , glabre, deux fois grosse comme une cerise, couronnée par les lobes du stigmate ; 4 loges monospermes ; semences réniformes-elliptiques, comprimées latéralement, couvertes d’un tégument brunâtre, aisément séparable en deux parties ; cotylédons épais ; radicule centrale, filiforme, légèrement courbée.

L’hebradendron cambogioides croît abondamment dans l'île de Ceylan

558 DICOTYLÉDONES ‘TNALAMIFLORES.

et fournit par incision un suc jaune qui jouit de presque toutes les propriétés de la gomme-gutte. Cependant cemme ce suc n’est arrivé jusqu’ici en Europe que comme objet de recherche ou de curiosité; que toute la gomme-gutte du commerce paraît provenir de Camboge et de Siam, par la voie de Chine et de Singapore, et que la contrée qui la produit n'a pas encore été explorée par les botanistes, on voit que, en réalité, personne ne peut affirmer que nous connaissions l'arbre qui produit cette substance, quoique tout porte à croire qu’il doive peu différer de celui cultivé à Ceylan.

La gomme-gutte de Ceylan, suivant la description qu'en a donnée M. Christison (Companion to the Bot. mag., n° 20, p. 233), paraît avoir été mise sous la forme d’une masse arrondie et aplatie , du poids de 400 grammes environ, non homogène et formée de larmes très irrégulières et celluleuses , laissant entre elles des intervalles où la surface des larmes est couverte d’une matière pulvérulente, obscure et d'apparence terreuse. Cette substance n’a d’ailleurs été soumise à aucune purification ni préparation, analogues à celles subies par la gommegutte de Siam, et elle pourrait difficilement être appliquée à la peinture, dans- l’état où elle se présente. Elle est d’un jaune orangé foncé , assez semblable à celui de la gomme-gutte de Siam ; mais, ainsi que l'a remarqué Duncan, elle ne forme pas aussi facilement une émulsion avec l’eau, et cette émulsion me paraît être d’un jaune moins pur, moins brillant et tirant un peu sur la couleur orangée, Suivant l’analyse faite par M. Christison, cette substance est composée de :

Résine jaune, obtenue par l’éther et desséchée. 68,8 71,5 72,9

Gomme soluble ou arabine . . . . . . . . . 20,711 41880 - 490 Far rase etc." Sn - © 0 6,8 5,7 L,3 JE USSR RS h,6 ind, ind.

Composition peu différente de celle de la gomme-gutte de Siam.

Gomme-gutte du commerce en canons OU en bâtons (pipe camboge Engl.). Ainsi qu'il a été dit tout à l'heure, cette substance paraît tirée des royaumes de Siam et de Camboge, et elle est importée de Chine en Angleterre par la voie de Singapore; mais d’après les renseignements fournis à M. Christison, par M. J.-B. Allan, il paraît qu'il en vient aussi de Bornéo, qui est envoyée par les Malais à Singapore , où les Chinois la purifient et la faconnent pour les marclés européens. La plus belle sorte de gomine-gutte se trouve sous la forme de rouleaux de 3 à 6 centimètres de diamètre, dont les uns ont été roulés à la main, pendant que la matière était encore ductile , tandis que les autres ont

GUTTIFÈRES. 559 emprunté leur forme cylindrique à des tiges de bambou dans lesquelles la substance gommo -résineuse a été coulée, ainsi que l'indique l'impression de fibres longitudinales et parallèles dont est marquée sa surface (1). Elle est d’un jaune orangé, tirant un peu sur le fauve, quelquefois pâle et laiteux, le plus souvent assez foncé ; mais par suite du frottement des morceaux, elle est souvent recouverte à sa surface d’une poussière d’un jaune verdâtre, ou d’un jaune doré , ce qui est aussi la couleur de sa poudre. Elle à une cassure conchoïdale , très fine , unie, subluisante, et une demi-opacité uniforme. Enfin tout indique que c’est une substance d’une grande homogénéité , qui n’a pu être amenée à cet état que par une préparation très soignée. Elle est complétement inodore ct d’une saveur presque nulle d’abord , suivie d’une légère âcreté dans l’arrière-bouche. 11 suffit de la toucher avec de l’eau ou de la salive, pour en former aussitôt une émulsion homogène, d’un jaune magnifique.

D’après M. Braconnot , la gomme-gutte traitée par l’alcooi lui cède 0,80 de résine, et laisse 0,20 d’une gomme presque entièrement soluble dans l’eau. La résine fondue est rouge, transparente, insipide, et donne une belle poudre jaune. Elle est soluble dans les alcalis qu'elle neutralise; elle est décolorée par le chlore, qui s’y combine et forme un composé dans lequel la présence du chlore ou de l'acide chlorhydrique ne devient sensible que par la destruction du composé au feu ( Ann. chim., t LXVIIE, p. 33).

En extrayant la résine par le moyen de l’éther, M. Christison est arrivé à des proportions un peu différentes de résine et de gomme , ct qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours les mêmes. Deux analyses lui ont donné :

ï. [LA Résine séchée à 204 degrés centigrades. . . . . . . 74,9 11,6 Gomme soluble ou arabine , séchée à 100 degrés. . 21,8 24,0 Humidité chassée par une chaleur de 132 degrés. . h,8 h,8

Gomme-gutte du commerce, en masses OU en gâteaux (cake camboge Eng].). Il ne faut pas confondre cette sorte inféricure de

(1) Quelquefois les cylindres sont creux ou repliés sur eux-mêmes et adhérents. Plusieurs de ces tubes ou cylindres peuvent aussi être soudés ensemble et former des pains ou gâteaux irréguliers, de 1000 à 1500 grammes, dans lesquels on peut encore voir le reste des cavités très aplaties. Il paraît que , dans ce cas, la masse est habituellement enveloppée dans de grandes feuilles qui paraissent appartenir à une plante bombacée ou malvacée ; mais je n'ai pas été à même de voir ces feuilles.

560 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

gomme-gulte avec les masses formées par l’agglutination des cylindres de la première sorte, quoiqu'on les trouve souvent réunies dans une même caisse. La gomine-gutte en gâteaux est en masses informes , du poids de 4000 à 1500 grammes, et qui paraissent très variables en qualité, de sorte qu'il est difficile d’en donner une description générale ; mais voici les caractères de celle que je possède. Elle est en masse informe, non celluleuse, et d’une teinte brunâtre très marquée. Les parties voisines de la surface ont une cassure assez brillante, plutôt esquilleuse que conchoïdale, et une transparence plus marquée que dans la première sorte de Camboge ; tandis que, au contraire, les parties centrales ont une cassure tout à fait terne et cireuse. Elle renferme quelques débris de branches et de pétioles, qui ne me paraissent pas tous appartenir au végétal qui la produit ; mais l’action de l’eau iodée ne m'y a pas fait découvrir d'amidon. Elle forme avec l’eau une émulsion jaune très gluante, et qui me paraît être plus gommeuse que celle provenant de la première sorte.

Cetic gomme-gutte me paraît différer de celle que M. Christison a analysée sous le nom de cake Camboge, et encore plus d’une autre sorte tout à fait inférieure que les Anglais nomment coarse Camboge (1). Voici le résultat de ces analyses :

‘4) En dehors de toutes les sortes plus ou moins impures de gomme-gutte, j'ai trouvé une fois, dans une caisse de gomme-gutte , une bien singulière substance que je désignerai sous le nom de résine rouge de gomme-gutte. Cette substance forme un pain aplati du poids de 130 grammes, enveloppé dans une feuille de plante monocotylédone. Elle est opaque , d’un rouge assez vif, vue en masse, et d’une odeur forte, peu agréable, A l'intérieur, elle est marbrée et présente trois sortes de matières : 1° la matière résineuse rouge el opaque, qui communique sa couleur à la masse ; elle a une cassure luisante, donne une poudre rouge-orangée, et exhale, quand on la pulvérise, une vdeur de citron, bien différente, par conséquent, de celle présentée par la masse entière ; 2° une matière ayant l'apparence de petites taches noires disséminées, mais formée d’une résine vitreuse et d’une couleur brune foncée ; 3° une troisiéme matière mélangée à la premiére, sous forme de larmes ou de fragments bacciformes. Cette dernière a une cassure terne et cireuse et une couleur blanchätre ou quelquefois jaunätre. Lorsqu'on mouille la surface cassée, avec de l’eau ou de la salive, la dernière substance est la seule qui prenne l'aspect d’un lait jaune et opaque, comme la gomme-gutte. II me semble possible que celte matière soit une résine séparée de la gommegutte, pendant la purification que je suppose qu’on lui fait subir, et qu’elle se trouve en excès de celle qui peut rester émulsionnée dans le suc purifié.

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