‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 111 sur 121 · RESTE · texte numérisé non relu

RESTE

ATOME 2 eme - :

Ligncux.

Humidité .

GUTTIFÈRES. 561

… Cake gamhboge. Course gambhuge, RAS TS (moyenne). 1. I.

Gomme-gutte du garcinia cambogia. Je ne puis passer complétement sous silence cet arbre qui a été regardé pendant si longtemps comme la source de la gomme-gutte du commerce. Cet arbre est le mangostana cambogia de Gærtner, le cambogia qutta de Linné, le coddam pulli de Rheede, le carcapulli d’Acosta. Son véritable nom indien paraît être ghorka ou corca-pulli etson nom chingalais ghoraka, quoique, suivant

Roxburgh , le ghoraka de de l'Inde; celuici avant les fleurs terminales et s0litaires, et celui de Ceylan les ayant axillaires, les fleurs mâles sous — ternées et pédonculées , et les fleurs femelles sous-sessiles.

Le corca-pulli de l'Inde (fig.

393) est un grand et bel arbre dont le tronc peut avoir 3 et 4 mètres de circonférence ; les feuilles sont lancéolées ; les fleurs terminales, sous - sessiles et solitaires , peu

Ceylan ne doive pas être confondu avec celui

Fig. 393.

nombreuses ; l’ovaire est arrondi, à 8 côtes et couronné par 1 stigmate à 8 lobes. Le fruit est une baie arrondie, de la grosseur d’une orange,

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jaune à maturité, à huit côtes obtuses, et partagée intérieurement en S loges membraneuses, renfermant chacune une semence brune , oblongue, contenue dans une double enveloppe et enfoncée dans une substance pulpeuse. La chair de ce fruit est un peu acide et se mange. L'écorce du tronc, étant incisée, laisse découler un suc laiteux qui reste longtemps visqueux à l'air, mais qui se présente enfin sous forme de larmes d’un jaune de citron clair, presque sans odeur ni saveur, d’une nature résineuse très apparente, et non susceptible de former une émulsion sous le doigt mouillé. Cette substance ne pent donc pas être confondue avec la gomme-gutte du commerce. Suivant l'analyse qu’en a faite M. Christison, elle est composée de :

RÉSIAENE M: APE OS NU, se dr Sr dée CADET 9e DRM EEE, POMPES Al OS WO Rate ee AUS, Dean sg DOPANE e 12 RIDE NonICA Ier QE LION DRE MTS < Pertes Ie QUE AT se À a : 3

Cette substance diffère de la vraie gomme-gutte par la présence de l'huile volatile et par la nature de sa résine qui est moins soluble dans l'éther, et d’une couleur jaune plus pâle et non rouge ni orangée. Enfin, d’après les expérimentations de M. Christison, elle ne paraît pas être purgative à la dose de 15 grains, quantité trois fois plus forte que celle à laquelle la résine de gomme-gutte peut être utilement employée.

Gomme-résine du zonthochymus pictorius. Roxburgh et M. Royle ayant exprimé l'opinion que cet arbre produisait une espèce de gomme-guite, M. Christison a été désireux de vérifier celte assertion sur un échantillon dù à lobligeance de Me Walker. Le suc concret de cet arbre diffère encore plus de la vraie gomme-gutte que celui du corca-pulli, X forme de petites larmes d’un vert grisâtre ou d’un vert jaunâtre pâle, transparentes comme de la résine, ct ne pouvant se réduire en émulsion par le frottement du doigt mouillé. Elle est assez dure, se ramollit à la chaleur et ne peut être pulvérisée que par un temps froid. Un essai d'analyse, fait avec une très petite quantité de matière, a donné environ 0,765 de résine; 0,176 de gomme soluble et 0,059 de fibres ligneuses.

Résine de mani, Celle résine est produite par le mant (moronobea coccinea Aubl. }, grand arbre de la Guyane; elle en découle sous forme d’un suc jaune très abondant, qui noircit et se solidifie à l'air. Les créoles l’emploient pour goudronner les barques et les cordages, et pour faire des flambeaux. Elle varie de forme suivant la manière dont elle a été obtenue : celle qui a découlé naturellement de l'arbre

GUTTIFÈRES, 563 est en morceaux très irréguliers, secs ct cassants, grisätres à lextérieur, noirs et brillants à l’intérieur, insipide et d’une odeur faiblement aromatique; celle qui a été obtenue par incisions et qui a été renfermée , avant son entière solidification , par masse de 500 à 1000 grammes, dans des feuilles de palmier, est d’un noir un peu jaunâtre, moins sèche, plus fusible, plus aromatique que la première. Elle brûle avec une flamme très blanche et très éclairante , sans répandre ni beaucoup d’odeur ni beaucoup de fumée. Cette résine existe chez quelques droguistes qui la vendent comme résine caragne.

Calaba Où galba des Antilles, colophyllum calaba Jacq. Cet arbre, nommé aussi bois Marie à Saint-Domingue, et ocuje à Cuba, s'élève à une hauteur de 7 à 40 mètres, Ses feuilles sont avales-obtuses, très entières, lisses, douces au toucher, remarquables par leurs innombrables nervures latérales, très fines, très serrées, droites et parallèles, presque perpendiculaires à la nervure médiane. C’est pour exprimer l'aspect agréable de ces feuilles que Linné a formé le nom calophyllum (de xov €t w9))), qui veut dire belle feuille. Les fleurs sont disposées en petites grappes opposées et axillaires, sur les jeunes rameaux ; elles sont très petites, odorantes, hermaphrodites et mâles sur le même individu. Le calice a 2 sépales et la corolle 4 pétales ; les étamines sont nombreuses, libres ou polyadelÿhes par le bas. Le fruit est un drupe sphérique , du volume d’une grosse cerise. Il est formé d’une première enveloppe charnue, peu épaisse, se ridant par la dessiccation ; facile à détruire par le temps, et laissant à nu un noyau sphérique, obscurément trigone à la partie supérieure, jaunâtre, ligneux, mais très mince. Dessous cette enveloppe ligneuse s’en trouve une seconde d’un tissu beaucoup plus lâche et rougeûtre , lisse et lustrée à l’intérieur. Au centre se trouve une amande jaune ou rougeâtre, arrondie , formée de deux cotylédons droits, épais et olécgineux, pouvant fournir une grande quantité l'huile par expression.

En iacisant l'écorce du tronc et des branches du calaba, on en obtient un suc résineux verdâtre, d’une odeur forte, non désagréable, qui s'épaissit à l'air en acquérant une couleur verte foncée, mais qui y reste très longtemps gluant et tenace. Ce suc résineux est employé comme vulnéraire aux Antilles, sous ie nom de baume de Marie.

Je possède quelques autres fruits de calaba qu’il est difficile de rapporter aux espèces admises par les botanistes, la description des fruits manquant à ces espèces. Le premier fruit est celui figuré par Gærtner (tab. XLHII), sous le nom de calophyllum inophyllum , avec la seule différence que le noyau ligneux jaunâtre est plus épais que dans la figure, quoique toujours moins épais que l’endocarpe intérieur, spongieux et rougeâtre. L’amande est turbinée, avec un petit tubercule radiculaire à

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la base. Le noyau est ovoïde, un peu pointu aux deux extrémités, non trigonc et non sphérique comme dans le calophyllum calaba; chacune des deux parties de l'endocarpe est beaucoup plus épaisse que dans ce dernier. Le fruit est aussi plus volumineux.

Le second fruit me paraît appartenir au bitangor maritèma de Rumphius (Amb. IT, tab. 71). 11 consiste en une capsule ligneuse, jaunâtre, sphérique et de la grosseur d'une petite pomme, n’offrant à l'extérieur que quelques débris d’une pellicule blanchâtre, assez mince, représentant la partie charnue des fruits précédents. La coque ligneuse est très mince; l’endocarpe spongieux et rougeâtre est très épais à l’une des extrémités du fruit et sur les côtés ; mais il est très mince vers l’autre extrémité, de manière que la loge séminifère, au lieu d’être centrale, touche à cette extrémité. La semence manque.

Le troisième fruit présente , à l’état sec , le volume d’un petit œuf de poule ; il contient, sous un épiderme grisâtre , une pulpe épaisse, jaunâtre et mélangée de fortes fibres ligneuses , longitudinales et anastomosées, qui persistent après la destruction du parenchyme. La coque ligneuse que l’on trouve dessous est blanchâtre, compacte, assez épaisse. L'endocarpe intérieur est grossièrement fibreux et d’une épaisseur égale à la coque ligneuse. La surface interne de la loge est unie. L'amande a la grosseur et la forme d’une olive récente, avec un petit tubercule radiculaire à la base. Ce fruit, au contraire des précédents qui sont inodores , est pourvu d’une odeur analogue à celle du vétiver, mais qui lui a peut-être été communiquée. Il porte, dans le droguier de l’École de pharmacie, le nom de facamahaca de Bourbon. Je possède un quatrième fruit conformé comme le précédent, mais noir, de la grosseur d’une petite prune et inodore.

Résine tacamaque de Bourbon, Cette résine, nommée aussi baume vert et baume Marie, découle par des incisions du calophyllum tacamahaca Wild. , grand arbre de l’île de la Réunion (Bourbon), auquel appartient sans doute le troisième fruit décrit ci-dessus. Suivant un ancien échantillon que j'en ai, cette substance forme une petite masse cylindrique, portant à sa surface l'impression des feuilles de l'arbre ; vue en masse, elle paraît d’un vert noirâtre et opaque; mais elle est d'un vert jaunâtre et translucide dans les lames minces; son odeur, qui se trouve affaiblie par le temps , est analogue à celle du tacamahaca des Antilles et présente quelque chose de celle de la conserve d’ache. Elle ne se dissout qu’en partie dans l’alcool rectifié et laisse un résidu grumelé, blanc, assez considérable, de nature gommeuse et soluble dans l'eau, Le dernier résidu, qui est encore très marqué, est formé de débris ligneux. J'ai décrit anciennement, comme facamaque de Bourbon, une substance que je tiens de M. Boutron-Charlard, mais qui est plutôt

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une sorte d’onguent préparé avec la résine que la résine elle-même, Cette substance, qui a été coulée, à l’état de fusion, dans un bocal de verre, est molle, gluante, se solidifiant lentement à l'air, d’une couleur vertbouteille foncée, d’une odeur très forte, onguentacée, qui, affaiblie à l'air, devient assez agréable et semblable à celui du fenu-grec. Elle ne se dissout que très imparfaitement dans l'alcool froid, davantage dans l’alcool bouillant, sur lequel surnage alors une substance grasse, fondue, qui est étrangère à la résine découlée de l'arbre. Elle ne se dissout pas entièrement dans l’éther et laisse un peu d’une substance floconneuse que je n’ai pas examinée.

On trouve à Madagascar, un arbre nommé fouraha , qui paraît être un calophyllum et qui pourrait bien être la source de la taeamaque angélique et du baume focot, décrits pages 485 et 486. Les débris d’une prétendue écorce très mince, à fibres parallèles , trouvés dans le baume focot, ne sont en effet que des débris de feuille de calophyllum.

Cannelle blanche,

Canella alba Murr. (fig. 394). La cannelle blanche vient des Antilles et surtout de la Jamaïque ; elle a longtemps été confondue avec l'écorce de Winter, ainsi que les arbres qui les produisent, et cette confusion a été commise par Linné lui-même, lorsqu'il a nommé l’arbre à la cannelle blanche winterania canella, et qu'il luï a donné pour synonyme le cortex winteranus de Clusius.

La confusion n’a véritablement Fig. 394.

cessé que lorsque Forster eut nommé l’arbre à l’écorce de Winter drymis Winteri, et queMurray eut rendu à celui de la cannelle blanche son premier nom de canella alba.

Le cannellier blanc a d’abord été rangé dans la famille des guttifères; mais il s’en distingue par des caractères assez tranchés pour qu’on puisse en former une petite famille distincte, sous le nom de canellacées. Ce petit groupe comprend quelques arbres d’Amérique, à feuilles alternes, très entières, privées de stipules.

Le cannellier blanc, en particulier, a les fleurs disposées en corymbe terminal et pourvues des parties suivantes : calice persistant, à 3 folioles

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imbriquées, concaves ; corolle à 5 pétales hypogynes, oblongs, concaves: étamines soudées en un tube renflé à la partie supérieure et portant 24 anthères linéaires, parallèles, bivalves, fixées extérieurement, au-dessous du sommet; ovaire libre, enfermé dans le tube staminal, triloculaire ; plusieurs ovules dans chaque loge, insérés à l'axe central; style cylindrique ; stigmate exserte , à 2 lobes courts et.obtus. Le fruit est une baie globuleuse, charnue, réduite à une ou deux loges par avortement; les semences sont noires, brillantes, globuleuses , avec un-petit bec recourbé , superposées au nombre de 2 ou 3 dans chaque loge ; l'embryon est renfermé dans le bec de la semence, petit, cylindrique, recourbé, pourvu de 2 cotylédons linéaires et accompagné d'un albumen charnu.

La cannelle blanche est en morceaux roulés de 1/2 mètre à 1 mètre de longueur, de 1 5 à 40 millimètres de diamètre et de 2 à 5 millimètres d'épaisseur. Quelquefois aussi on en trouve des morceaux provenant du tronc, qui sont plus larges, plus épais et recouverts d’un épiderme fongueux , rougeûtre , crevassé, souvent d’un blanc de craie à l'extérieur.

L'écorce ordinaire est ràclée, d’un jaune - orangé pâle et comme cendré à l'extérieur; sa cassure est grenue, blanchâtre , comme marbrée ; sa surface intérieure paraît revêtue d’une pellicule beaucoup plus blanche que tout le reste; elle a une saveur amère, aromatique et piquante ; une odeur très agréable, approchant de celle du girofle mêlé de muscade; sa poudre est blanche; elle donne une huile volatile à la distillation.

La cannelle blanche est souvent substituée dans le commerce à l'écorce de Winter. Aussi quelques auteurs Jui ont-ils donné le nom de fausse écorce de Winter. Elles sont faciles à distinguer, comme on le verra à l’article de cette dernière. On peut consulter aussi le Journal de pharmacie (t. V, p. 482 et suiv.), où l'on trouve une analyse comparée de ces deux écorces , faite par E. Henry.

Écorce à odeur de museade, de Cayenne, Je trouve dans mon droguier, sous le nom d’écorce de‘giroflier de Cayenne, une écorce qui présente une grande analogie avec la cannelle blanche et qui doit être produite par un arbre très voisin. Cette écorce est épaisse de 5 millimètres et formée de deux couches distinctes. La couche extérieure (périderme), qui est plus mince que l’autre, est assez dense, d’un gris rougeâtre, et parsemée de nombreux tubercules ronds et aplatis ; la partie intérieure est encore plus dense, d’un gris blanchâtre , offrant une surface interne unie et d’une couleur plus blanche que le reste. Cette écorce est pourvue d’une odeur de muscade mélangée d’acore, aussi forte que celle de la noix muscade et très agréable. Elle présente une saveur très aromatique semblable , jointe à une grande âcreté.

GUTTIFÈRES. 567 Ecorce de Paratudo aromatique.

Ainsi que je l’ai dit précédemment (t. IL, p. 523}, le nom paratudo, qui signifie propre à tout, a été donné au Brésil à plusieurs substances auxquelles on attribue de grandes propriétés médicales : telles sont la racine du gomphrena officinalis, plante de la famille des amarantacées , et deux écorces très amères, dont une, au moins, paraît appartenir à la faille des apocynacées. Quant à l'écorce de paratudo aromatique , dont il est ici question, elle est due au canella axillaris de M. Martius, dont Endlicher a formé un nouveau genre cénnamodendron, caractérisé par sa corolle à 5 pétales, accompagnée d’un nombre égal d’écailles obovées et ciliées ; par son tube staminal court et portant 10 anthères sessiles, dressées, contiguës, ovées et biloculaires. Les pédoncules floraux sont axillaires et triflores.

L'écorce de paratudo aromatique , telle que je lai reçue anciennement de Rodolphe Brandes, est épaisse de 5 à 7 millimètres, formée d’un périderme gris foncé, profondément crevassé, et d’un liber jaupâtre, très uni intérieurement, très compacte, et à cassure grenue. Il est un peu huileux sous la scie, et peut acquérir le poli et l'apparence d’un bois dense et d’un tissu très fin. Cette écorce possède une odeur grasse, un peu analogue à celle du poivre , et une saveur amère tellement âcre et brûlante que le poivre et la pyrètre n’en approchent pas.

Ecorce âe Malambo.

Cette écorce vient des provinces de Choco, d’Antioquia et de Popayan, dans la Colombie. C’est M. Bonpland qui l’a fait connaître le premier, mais il n’a pu que former des conjectures sur l'arbre qui la produit. Il pensait qu’elle pouvait provenir d’un arbre voisin des cusparia , tandis que Zéa conjecturait qu'elle était due à un drymis; ensuite plusieurs personnes ont pensé qu'elle était produite par le drymis granatensis des plantes équinoxiales (1. I, p. 205); mais cette opinion ne peut être vraie, puisque c’est M. Bonpland qui nous à fait connaître le drymis granatensis et l'écorce de Malambo ; puisqu'il n’établit aucun rapport entre eux, et qu’il a émis, au contraire, l'opinion que l'écorce était due à un végétal différent. Je trouve, quant à moi, que l'écorce de Malambo a plus de rapport avec la cannelle blanche et surtout avec celle de paratudo aromatique qu'avec l'écorce de Winter, et c’est la raison pour laquelle je la place ici. Pour aider dans les recherches qui pourront être faites, afin d'en connaître la véritable origine, je dirai que l'écorce de Malambo est arrivée de Maracaïbo, sous le nom d’écorce de palo

T6 DICOTYLÉDONES TIHALAMIFLORES.

uutras, et qu'en 1843, le docteur Mackci l’a présentée à l'Association britannique sous le nom de matias bark.

L’écorce de Malambo, telle que je l'ai connue d’abord, par un échantillon que j'ai dû à l’obligeance de M. Morin, pharmacien de Paris, est en morceaux longs de 50 à 65 centimètres, larges de 8 centimètres, presque plate, ayant appartenu à un tronc d’un diamètre considérable. Elle est épaisse de 14 à 15 millimètres, d’un gris un peu rougeûtre , fi- Jandreuse et cependant pesante, compacte et grasse sous la scie, en raison de la grande quantité d'huile et de résine dont elle est imprégnée. Elle à une odeur analogue à celle de l’acore vrai, mais beancoup plus forte, et une saveur très amère, âcre et aromatique. Le périderme est mince, foliacé, peu adhérent au liber, généralement blanc, avec des taches rosées et d’autres noirâtres de nature byssoïde ; il est en outre parsemé d’un grand nombre de petits tubercules non proéminents.

L'écorce de Malambo du commerce, venue sous le nom de palo matras, provient de troncs plus jeunes ou des gros rameaux de l'arbre. Elle est cintrée ou demi-roulée , épaisse de 9 à 10 millimètres dans le premicr cas, et de 5 à 6 dans le second. Le périderme est très mince , adhérent au liber, plus ou moins tuberculeux, presque blanc, parsemé de petits opégraphes noirs, semblables à l’opegrapha heterocarpa de Fée. Le liber est dur’, pesant, ligneux, non huileux, d’un gris un peu rougeâtre, semblable à un bois dur et compacte , lorsqu'il est poli. Cette écorce est toujours très amère, mais moins aromatique et moins âcre que la première ; elle est évidemment de qualité inférieure.

FAMILLE DES HYPÉRICINÉES.

Arbres, arbrisseaux ou plantes herbacées, souvent résineux, à feuilles opposées, entières, très souvent parsemées de glandes transparentes, immergées dans l'épaisseur du limbe ; privées de stipules. Fleurs complètes, régulières, souvent terminales et disposées en cymes nues ou bractéolées ; le plus souvent jaunes, rarement rouges ou blanches. Calice libre, persistant, à 5 divisions profondes et inégales, rarement à L parties. Corolle à 5 ou 4 pétales contournés en spirale avant leur évolution. Etamines très nombreuses, réunies en 3 ou 5 faisceaux par la base des filets , très rarement libres ou monadelphes. Ovaire libre, surmonté de plusieurs styles quelquefois plus ou moins soudés. Il offre autant de loges polyspermes que de styles ; très rarement les loges ne contiennent qu’un ovule. Le fruit est une capsule on une baie à plusieurs loges polyspermes, très rarement monospermes ; les graines contiennent un embryon homotrope, sans endosperme.

HYPÉRICINÉES. 569

Cette petite famille diffère de celle des guttifères, dont elle se rapproche beaucoup , par ses fleurs presque toujours pentamères , par ses styles séparés, par ses semences très souvent indéfinies ct privées d’arille, et par ses feuilles qui sont comme percées à jour par des points transparents, Plusieurs espèces arborescentes des pays chauds, fournissent, par incision de l'écorce , un suc résineux jaune , analogue à celui des guttifères ; tel est surtout le caopia de Pison et Marcgraff (vrsmia quianensis Pers., hypericum quianense Aubl., hypericum bacciferum 1, f.), dont le suc desséché, jaune rougeûtre, assez semblable à la gomme-gutte, purge à la dose de 7 à 8 grains. En Europe, on employait autrefois comme vulnéraire , résolutive et vermifuge , une plante nommée androsème Ou toute-saine (/ypericum androsæmum L., androsæmu officinale AM.), qui diffère des millepertuis par son fruit en forme de baie arrondie, noirâtre et uniloculaire. La seule plante qui soit encore aujourd’hui usitée en médecine est le millepertuis vulgaire dont voici la figure et la description.

Millepertuis vulgaire, /ypericum perforatum L. (fig. 395). Cette plante, haute de 50 à 60 centimètres, est commune dans les lieux découverts des bois ; sa tige est droite , très rameuse , légèrement anguleuse et marquée de petits points noirs, glanduleux, que l’on retrouve sur toutes ses parties vertes.

Les feuilles sont sessiles , ellip- Fig. 395. tiques-oblongues, obtuses, parsemées sur le disque d’une infinité de petites glandes transparentes, qui ont valu à la plante le nom de millepertuis, et sur le bord d’une rangée de points noirs, également glanduleux. Les fleurs sont très nombreuses , d’un jaune éclatant, rapprochées en corymbe au sommet de la tige et des rameaux. Elles présentent un calice persistant, à 5 divisions profondes ct lancéolées ; une corolle à 5 pétales étalés, plus grands que le calice; des étamines nombreuses, dont les anthères sont noirâtres et dont les filets capillaires sont réunis en 3 faisceaux. L'ovaire est supère, surmonté de 3 styles, d’un rouge foncé, divergents, terminés par un petit stigmate globuleux. Le fruit est une capsule

y DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

ovale, empreinte d’un suc rouge, à 3 lobes arrondis et à 3 valves: les bords rentrants des valves, prolongés jusqu’au centre, divisent la capsule en 3 loges et portent de nombreuses semences brunes , très menues, d’une odeur et d’une saveur résineuses. La racine est dure, ligneuse et vivace.

Les sommités d’hypéricum entrent dans la thériaque , le baume du commandeur, l'huile d'hypéricum, etc. Elles contiennent deux principes colorants: l’un qui est jaune , soluble dans l’eau, et dont le siége est dans les pétales; l’autre qui est rouge, de nature résincuse, soluble dans l'alcool et dans l'huile, qui réside surtout dans les stigmates et dans le fruit.

FAMILLE DES AURANTIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux assez souvent épineux , à feuilles alternes , ordivairement pinnées avec impaire, mais souvent reduites à la foliole terminale, qui est alors articulée directement sur un pétiole souvent pourvu de deux ailes foliacées. Les feuilles sont fermes, très glabres, longtemps persistantes, et pourvues de glandes vésiculeuses transparentes, remplies d'huile volatile. Ces vésicules se retrouvent sur toutes les parties du végétal, et principalement sur le calice , les pétales, les stigmates et le derme du fruit.

Les fleurs sont régulières et présentent un calice court, à 4 ou 5 divisions ; une corolle à 4 ou 5 pétales libres ou légèrement adhérents par le bas, insérés à la base d’un disque ou torus qui supporte l'ovaire, Les étamines sont insérées sous le disque, en nombre double ou multiple de celui des pétales ; elles sont libres ou polyadelphes. L’ovaire est libre, à plusieurs loges , contenant un ou plusieurs ovules fixés à l’angle interne. Le style est simple, terminé par un stigmate en tête , indivis ou lobé. Le fruit est une baie sèche ou-le plus souvent charnue, pluriloculaire, dont les loges renferment une ou plusieurs semences pendantes, à tégument cartilagineux, parcouru par un raphé saillant. L’embryon est droit, privé d'endosperme, formé de deux cotylédons charnus, souvent inégaux et auriculés à la base; la radicule est très courte et supère, placée près du hile ; la plumule est manifeste.

Tous les arbres de la famille des aurantiacées sont originaires des contrées intertropicales de l’Asie; mais leur port élégant, l’arome agréable dont leurs différentes parties sont pourvues, et le suc acide ou sucré de leurs fruits, en ont fait propager un certain nombre dans toutes les contrées chaudes du globe. Ceux du genre cifrus, particulièrement, sont depuis longtemps cultivés en Europe et jusque sous le climat de Paris, moyennant le soin qu’il faut avoir de les rentrer dans une serre,

AURANTIACÉES. 571 aussilôt que la température s’abaisse à 6 ou 7 degrés centigrades. Ce sont les seuls arbres de cette famille dont nous neus occuperons.

Les citres sont caractérisés par un calice persistant, urcéolé, à 3 ou 5 divisions (fig. 396) ; une corolle ayant de 5 à 8 pétales elliptiques, concaves , ouverts ; 20 à 60 étamines à filets élargis, réunis à Ja base en plusieurs faisceaux et : , disposés circulairement Fig. 396.

en cylindre; un ovaire supère , arrondi, surmonté d’un style simple et d’un stigmate hémisphérique ; une baie pluri - loculaire contenue dans une enveloppe celluleuse, plus où moins épaisse, dont ja substance intérieure est généralement blanche, charnue et peu sapide, tandis que la couche extérieure est d'une belle couleur jaune ct toute parsemée de vésicules pleines d’une essence dont l’odeur est très agréable.

Au-dessous de cette enveloppe celluleuse se trouve la baie proprement dite, qui est formée de plusieurs carpelles ou de plusieurs loges verticillées (de 7 à 12), pourvues chacune d’une enveloppe propre, très mince, séparable sans déchirement. L'intérieur de chaque loge est rempli de vésicules pulpeuses et très succulentes, disposées perpendiculairement à l'axe; enfin, vers le milieu de l'angle interne de chaque loge, se trouvent fixées un petit nombre de semences horizontales, munies d’un test membraneux.

Lés citres sont des arbres peu élevés ou des arbrisseaux armés d’épines axillaires, et dont les feuilles sont réduites à la foliole terminale, articulée sur le pétiole, qui est souvent ailé. Ceux qui sont cultivés en Europe avaient été partagés, par Linné, en deux espèces seulement, sous les noms de citrus medica et de citrus aurantium ; mais Gallesio, de Savone, ayant scindé chacune de ces espèces en deux, en a formé quatre espèces, sous les noms de cifrongier, limonier , oranger e bigaradier ( Traité du citrus, Paris, 4811). Je suivrai cette division ,

572 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

moyennant que je donnerai à la première espèce le nom plus significatif de cédratier. M. Risso, dans un mémoire imprimé deux années plus tard (1), a formé, sous le nom de /#mettier, une cinquième espèce qui n’est pas généralement admise. ,

I. CÉDRATIER, citrus cedra Gall. (Ferrari, Æesperides tab. 59, 61, 63). Arbre de 4 à 5 mètres, à branches courtes et raides, dont les jeunes rameaux sont anguleux et violéts, avant de devenir arrondis et verdâtres. Les feuilles sont ovales-oblongues, trois fois plus longues que larges, et, d’après Gallesio, continues avec le pétiole, qui est court et non ailé, Les fleurs sont blanches en dedans, violettes en dehors, portées sur de courts pédicelles, réunis plusieurs ensemble sur un pédoncule quelquefois axillaire, mais le plus souvent terminal. Les étamines sont au nombre de 30 à 40; le pistil manque souvent, de sorte que l'espèce est polygame. Les fruits sont volumineux, oblongs, mamelonnés à l'extrémité, à surface raboteuse et souvent tuberculeuse, d’un rouge violet dans leur jeunesse, d’un beau jaune à maturité. La partie jaune extérieure, qui porte le nom de zeste, fournit par expression, ou par distillation, une essence d’une odeur très suave ; l’écorce intérieure est très épaisse, blanche, tendre, charnue et forme la partie la plus considérable du fruit. On en fait une confiture qui est délicieuse. La baie est très petite, à 9 ou 10 loges, contenant un suc acide, non usité ; les semences sont oblongues , à pellicule rougeûtre.

Le cédratier est originaire de Perse et de Médie et a été connu en Europe après les guerres d'Alexandre. Théophraste, le premier auteur qui en ait parlé, nomme le cédrat pomme de Perse ou de Médie, et Virgile, pomme de Médie, ce qui donne l’origine du nom linnéen citrus medica, que quelques personnes traduisent à tort par céfronnier médicinal, Le cédratier a été nommé aussi citronnier des Juifs, parce que, dès que les Juifs ont connu et jusqu’à nos jours, ils l'ont consacré à la fête des tabernacles, afin de se conformer à la loi de Moïse, qui leur prescrit de présenter au Seigneur, le premier jour de cette solennité, leur plus beau fruit, des feuilles de palmier et des rameaux de myrte et de saule,

Les cédrats acquièrent souvent un poids considérable. Suivant Ferrari, ceux de Calabre pèsent de 6 à 9 livres et vont quelquefois jusqu’à 30 livres, ce qui est le poids connu du cédrat de Gênes. Le cédrat de Salo pèse de 4 à 16 livres, et, s’il faut en croire quelques uns, jusqu’à 40 livres. Ceux de Rome pèsent ordinairement 20 livres (2).

(4) Annales du Museum d'histoire naturelle. Paris, 1813, t. XX, p. 169.

(2) Je présume qu'il s’agit ici de la livre romaine de 3218r,24, suivant laquelle 6 livres — 1kil,927 gram. ; 9 livres — 2kil,891 gram. ; 30 livres — 9kil,637 gram. ; 40 livres — 12kil,849 gram.

AURANTIACÉES. 573

IT. LIMONIER, cétrus limon Gall. (Ferrari, tab. 189, 193). Arbre plus élevé que le cédratier, à branches longues et flexibles, qui se prêtent de préférence à l’espalier. Ses jeuves pousses sont anguleuses et violettes ; ses feuilles sont ovales, deux fois plus longues que larges, pointues , articulées sur un pétiole nu ou très faiblement ailé. Ses fleurs sont un peu moins grandes que celles du cédratier, et un peu plus grandes que celles de l’oranger. Elles sont en partie hermaphrodites et en partie privées de pistil, rouges en dehors, blanches en dedans, à 30 ou A0 étamines polyadelphes.

Le fruit est ovoïde et terminé par un mamelon ; l'écorce extérieure ou le zeste, est mince, ct pourvue d’un arome pénétrant ; l'écorce intérieure est mince, blanche, coriace et très adhérente à la baie, qui est volumineuse, à 9, 10 ou 11 loges remplies d’un suc abondant, fortcment acide ; les semences sont jaunâtres et très amères.

Le limonier paraît être originaire de l’Inde, ainsi que le bigaradier. Les croisés les ont trouvés cultivés en Palestine et les ont fait connaître à l'Europe; mais déjà les Arabes les avaient naturalisés en Afrique et dans le midi de l'Espagne, d’où ils ont pu également se répandre dans le midi de la France et en Italie.

L'espèce du limonier est riche en variétés et plus encore en hybrides. Elle à pour type un fruit oblong , à écorce très odorante , mince et très adhérente à la baie, et on en trouve des variétés qui renchérissent encore sur le type par la finesse et l’odeur de l'écorce, et l'abondance du jus acide, jointes à la forme arrondie du fruit : telles sont le /usfrato de Riome, le bugnetta de Gênes et le balotin d'Espagne ; mais on en connaît beaucoup d'autres dans lesquelles l'écorce s’épaissit et rapproche le fruit du cédrat. Gallesio n’admet pas cependant que ces variétés soient des hybrides du cédrat ; tel est principalement le /imonier ordinaire de Gênes (Gallesio n° 8; Ferrari, tab. 199) qui: est cultivé presque sur toute la côte de la Ligurie , depuis la Spezzia jusqu’à Hières. C’est la variété qui fournit le plus de fruits au commerce, parce que l'écorce étant plus épaisse et plus charnue, ils résistent davantage dans les envois qu’on en fait pour le Nord. Ce sont ces fruits qui sont connus à Paris sous le nom de citrons. Quant aux variétés qui sont des hybrides du cédrat et qui sont nommées communément poncires où poncines , on en trouve un grand nombre figurées dans Ferrari (tab. 219, 249, 255, 301, 303, 307, 337, etc.).

Le suc acide des citrons sert à faire le sirop de limons. Ce même suc, saturé par de la craie, sur les lieux mêmes de sa production, donne naissance à du citrate de chaux, d’où on extrait l’acide citrique par l’intermède de Pacide sulfurique. Le zeste jaune des citrons, récent , fait partie de l’alcoolat de mélisse composé et de l’alcoolat ammoniacal aromatique de Sylvius, Ce même

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zeste fournit par expression ou disüllation , l'huile volatile ou-essence de citrons. Celle par expression est jaune, fluide, d’une pesanteur spécifique de 0,85, d’une odeur très suave ; mais elle est légèrement louche, à cause d’un peu d’eau et de mucilage qu’elle contient , et elle s’altère plus promptement que l’autre. L’essence obtenue par distillation est incolore , très fluide, d’une odeur moins suaye et moins estimée pour la parfumerie ; mais elle est préférable pour détacher les étoffes. Ces deux huiles sont sujettes à être falsifiées avec de l'alcool. On peut reconnaitre la fraude, soit en les agitant avec de petits morceaux de chlorure de calcium sec, qui s’unit à l’alcool et forme une couche liquide que surnage l’essence ; soit en les agitant avec de l'eau qui devient et reste laiteuse , dans le cas de la présence de l'alcool , et diminue le volume de l'essence ; tandis qu'elle redevient limpide en très peu de temps, lorsque l’essence est pure , et sans en diminuer le volume. A cet effet, l'essai doit en être fait dans un tube gradué.

L’essence de citrons ou de limons, et celle de cédrat, sont composées de carbone et d'hydrogène, sans oxygène, et leur formule est C'°H$ pour 4 volumes. Cette composition est la même que celle de lessence de térébenthine, mais avec une condensalion moilié moindre des éléments. Ces huiles exercent d’ailleurs une action bien différente sur la lumière polarisée ; car tandis qu l'essence de térébenthine fait éprouver au rayon lumineux une déviation à gauche de 43 degrés, l'essence de citron détermine une déviation à droite de 80 degrés. Ces mêmes huiles en se combinant au chloride hydrique , volume à volume , donnent naissance à un camphre artificiel, qui diffère , par conséquent, de celui de lessence de térébenthine , parce qu’il contient moitié moins d'hydrogène et de carbone. Ces mêmes essences, exposées à Pair, en absorbent l'oxygène, s’épaississent et forment différents produits, tels que de l’eau, de l'acide acétique, une résine cristallisable, etc.

Jai fait connaitre précédemment ( page 268 ) les raisons qui portent aujourd’hui les savants à penser que les célèbres pommes d’or des Hespérides n’étaient ni des oranges , ni même des citrons ou des cédrats , fruits inconnus en Europe aux temps d'Hercule.

Je ferai l'observation pareillement, que les bois de citrus d'Afrique , dont on faisait, du temps de Cicéron à Pline, des tables d’un prix si considérable, n'étaient pas du bois de citronnier, comme beaucoup de traducteurs l'ont pensé. Ces tables étaient si follément recherchées que le prix en dépassait

- souvent 100000 francs de notre monnaie; et cependant, la plus grande de toutes, qui appartenait à Tibère, n'avait que 4 pieds 2 pouces de diamètre (4,226). Mais cette dimension est considérable, si l’on fait attention que la table était ordinairement formée d’une seule racine ou d'un seul nœud de racine. Cette grande dimension, jointe à une couleur de vin miellé, montre bien que l'arbre ne pouvait être un citronnier. D’ailleurs le nom même citrus qui est peut-être employé ici par erreur, en place de cedrus , sa correspondance avec le nom grec thya ou thyon, la grande ressemblance de Parbre avec le cyprès mentionnée par Pline, etc., tout indique que le citrus d’Afrique était un arbre conifère du genre des genèvriers, des (huyas ou des cypres.

Donnons, pour terminer, les caractères des bois de nos citres acluels : je ne connais pas le bois du cédratier, mais je le suppose peu différent de celui du citronnier-limonier. Celui-ci est inodore , très dense, d’un jaune serin,

AURANTIACÉES. 515

veiné, susceplible d’un beau poli, et peut être employé sur le (our, aux mêmes usages que le buis ; mais il est moins beau. Le bois de bigaradier est dur, d’un blanc grisätre fort peu agréable ; enfin, le bois d'oranger est blanc, quelquefois lavé de rouge au centre, sans veines apparentes , sans rien qui le rende utile ou remarquable. Tous ces bois sont inodorcs.

IT, J'ai dit que Risso a établi sous le nom de LIMETTIER (citrus limetta ) une espèce de citre dont le type paraît être le /imonter à fruit doux où la lime douce de Gallesio (p. 112), qui se trouvait assez embarrassé sur sa classification, cet arbre se rapprochant des hybrides de l'oranger, dont il n’offre cependant aucune trace dans sa feuille, dans sa fleur (sauf la couleur), ni dans son fruit. Risso lui donne, comme caractères distinctifs, des pétioles ailés, une corolle très blanche, 30 étamines réunies 3 par 3, un fruit globuleux, d’un jaune pâle et verdâtre, couronné d’un mamelon obtus; une écorce de fruit ferme, assez épaisse , insipide ; une baie à 9 loges, à suc doux et fade. Il y comprend comme variétés : le /imettier limoniforme (Ferrari, tab. 230); le limettier à fruit étoilé (Ferrari, 315), que Gallesio met au nombre des hybrides de bigaradier , et le lemettier bergamottier que Gallesio regarde aussi comme un hybride, mais qui offre les caractères propres aux Hmettiers. Le bergamottier a les rameaux épineux, et les feuilles grandes, ovales-arrondies, portées sur de longs pétioles ailés. Les fleurs sont blanches, pourvues de 20 à 26 étamines; les fruits sont petits, arrondis, pyriformes, un peu mamelonnés au sommet ; l'écorce en est mince, d’un jaune doré, unie, remplie d’une essence suave et piquante, dont l'odeur particulière fait tout le mérite ; car sa pulpe aigre et amère n'est d'aucun usage. L'écorce était très usitée autrefois pour faire de jolies bonbonnières qui portaient aussi le nom de bergamottes.

L’essence de bergamotte n’est guère obtenue que par l'expression des zestes ; elle est jaune et d’une densité plus considérable que celle de citrons , car elle pèse 0,880. Elle s’altère aussi beaucoup plus vite dans les flacons où on la conserve, et y forme un dépôt plus où moins marqué. D'après les expériences de M. Olme et celles de MM. Soubciran et Capitaine, elle aurait une composition différente et contiendrait une certaine quantité d'oxygène; ou, tout au moins, elle serait le résultat d'une hydratation de l'essence C'H$ (Journ. pharm., & XXVI, p. 509).

IV. BIGARADIER (citrus bigaradia Nouv. Duham. ; citrus vulgaris Risso; aurantium vulqare acre Ferrari, tab. 377, f. 1). Cet arbre (fig. 396) s'élève jusqu'à 8 mètres et porte une tête arrondie et touffue. Ses jeunes pousses sont anguleuscs , épineuses, et d’un vert très clair ; ses feuilles sont ovales-lancéolées, une fois plus longues que larges, articulées sur un pétiolé fortement ailé. Les fleurs sont entièrement

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blanches, très odorantes, à 20 étamines. Les fruits sont globuleux, recouverts d’un zeste jaune rougeätre, raboteux et pourvu d’un arome très pénétrant; l’écorce interne est peu épaisse, blanche et très amère ; la baie est composée de 8 à 12 loges contenant chacune deux graines ou plus, et remplies d'un suc acide et très amer. Cette espèce, de même que les précédentes, a formé un assez grand nombre de variétés et d’hybrides. Parmi les premières, je citerai le bigaradier à fleurs semidoubles (Kerr., 391), le #ultiflore, dit aussi bouquettier ou riche. dépouille (Ferr., 389), l'oranger nain ou petit chinois (Ferr., 433), le bigaradier à feuilles de myrte, le bigaradier cornu (Kerr., 409, A5); parmi les hybrides, il faut distinguer ceux qui participent du limon ou du cédrat, tels que ceux représentés par Ferrari, tab. 311, 313, 315, 321, 423, dont plusieurs portent les noms de lumue , de ponune d'Adam, de pompoleon, et ceux qui participent de l’oranger, qui sont le bigaradier à fruit doux (Ferr., 374) et le bigaradier à écorce douce ( Ferr., fig. 433, 435 ).

Le bigaradier est une des espèces les plus utiles du geure et celle dont la médecine fait le plus d'usage. Il est vrai que l’amertume de sa baie empêche qu’on ne la mange comme fruit d'agrément; mais on s’en sert comme d’assaisonnement sur les tables et on en fait des confitures très estimées; enfin c’est cet arbre, et non l’oranger vrai, qui fournit à la pharmacie les fuilles d'oranger, les fleurs d'oranger qui servent à faire l'eau de fleur d'oranger et l'essence de néroli, les orangettes et l'écorce d'orange amère ; parce que toutes ces parties sont , chez lui, plus sapides et pourvues d’une odeur plus vive et plus pénétrante que dans l’oranger vrai. C’est pour cette raison que le bigaradier est presque le seul cultivé dans les serres des climats froids ou tempérés , sous le nom d'oranger.

Feuilles d'oranger. Il faut les choisir entières, d’une belle couleur verte, fermes, très aromatiques et d’une saveur amère.

Petit grain OU orangettes, On nomme petit grain, tes petits fruits tombés de l'arbre, peu après la floraison. On en retire par la distillation une huile volatile qui porte le même nom. Il est vrai que, suivant M. Risso et d’autres, l'essence de petit grain est obtenue , en tout ou en partie, par la distillation des feuilles du bigaradier ; mais c'est par une substitution semblable à celle qui fait remplacer souvent les fleurs par les feuilles, dans la préparation de l’eau de fleur d'oranger du commerce, Le nom d'essence de petit grain suffit d’ailleurs pour indiquer que cette essence doit être préparée avec le jeune fruit. On donne le nom d’orangettes aux fruits recueillis avant qu'ils n'aient atteint le volume d’une cerise. On en prépare une teinture amère qui est très stomachique : mais leur plus grand usage est pour la fabrication

AURANTIACÉES. 577 des pois d’oranges pour les cautères. Car ces pois, qui sont bruns et aromatiques, sont faits avec les orangeltes dont on retrouve la structure dans leur intérieur, et non avec le bois de l'arbre, qui est fort dur, blanc et inodore.

Écorce d’orange amère, L'écorce d'orange amère la plus estimée vient de la Barbade et de Curaçao, et porte le nom de curacao des îles ou de Hollande. Le premier, provenant de fruits non mûrs, est en petits quartiers verts à l’extérieur, épais, durs, compactes, d’une odeur forte ct persistante, d’une saveur amère très parfumée ; le second, provenant de fruits mûrs ct ayant été mondé en Hollande de sa pulpe blanche interne, est sous forme d’écorces très minces, presque réduites à leur zeste d’un jaune rougeâtre, chagriné à l'extérieur et très aromatique.

On apporte d'Italie et de Provence des écorces semblables , ou petites et verdâtres, ou plus âgées ct jaunâtres, mais non mondées de leur partie blanche interne. Les unes et les autres, mais principalement le curaçao de Hollande mondé, servent à faire une liqueur de table très estimée , une teinture alcoolique et un sirop, qui sont d’excellents stomachiques et vermifuges.

Essence de hbigarade, Cette essence est d’une odeur vive et pénétrante, et pèse 0,855. Elle a la même composition moléculaire que les essences de citron et de cédrat; mais elle agit beaucoup plus fortement sur la lumière polarisée, qu’elle fait dévier de 120 degrés vers la droite.

Essence de néroli, Cette essence est moins fluide que les précédentes, d’une couleur jaune qui brunit à l'air, et d’une pesanteur spécifique de 0,888. D’après MM. Soubeiran et Capitaine, elle se compose de deux huiles dont l’une est d’une odeur très agréable et se dissout en grande quantité dans l’eau de fleur d'oranger, tandis que l’autre est presque insoluble dans l’eau et ne se rencontre que dans l'essence. La première rougit par l'acide sulfurique et communique cette propriété à l’eau distillée,

V. ORANGER VRAI, cérus aurantium Risso. L'oranger de Portugal s'élève à la hauteur de 6 à 7 mètres et porte une large tête ronde sur un tronc droit et cylindrique. Ses feuilles sont ovales-oblongues, aiguës, lisses, luisantes, légèrement crénelées, d’un vert foncé, portées sur un pétiole moyennement ailé. Les fleurs sont axillaires, d’un beau blanc, à pédicule court, et réunies deux à six ensemble, sur un pédoncule commun ; elles ont de 20 à 22 étamines et sont toutes hermaphrodites et fertiles.

Les fruits sont globuleux , quelquefois un peu déprimés, revêtus d'un zeste lisse ou peu rugueux, d’un jaune safrané , recouvrant une pulpe mince, blanche, filamenteuse , d'un goût fade, peu adhérente à

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