DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES
un mauvais procédé), en a retiré 10,3 de morphine. Le résultat le plus singulier de l'analyse faite par Pelletier, c’est qu'il n’a pas trouvé de narcotine dans l’opium d'Eyrés (Journ. pharm.,t. XXI, p. 571). :
Je ne puis passer sous silence les tentatives faites de 1843 à 1848 , par M. Hardy et par M. Simon, pour récolter de Popium en Algérie, tentatives qui ont été l’objet de plusieurs rapports faits par M. Payen à l Académie des sciences ( Comptes rendus, t. XVIE, XVII, XX et XXIT). L’opium récolté en 4843 par M. Hardy, directeur de la pépinière d'Alger, paraissait être de bonne qualité; mais il n’a rendu que 5 de morphine pour 100, ce qui n’est que la moitié de la quantité fournie par les opiums moyens du commerce et le tiers de ce que produisent les qualités supérieures. :
M. Simon, directeur du Jardin des Plantes de Metz , a eu l’idée de renfermer lopium recueilli par lui à Alger dans des capsules de pavot vides, ce qui donne au produit une forme spéciale qu’il serait facile de faire admettre dans le commerce. Cet opium , analysé par M. Herpin, pharmacien en chef de la Pharmacie centrale, à Alger, a fourni 12 pour 100 de morphine, qui s’est réduite à 10,75 par la purification que M. Payen lui a fait subir. Mais cette bonne qualité ne s’est pas soutenue en 1845, où l’opium récolté par M. Simon n’a offert que 3,74 à 3,8% de morphine, et celui de M. Hardy 4,84 à 4,94. On ne voit pas la raison, cependant, pourquoi on n’obtiendrait pas en Algérie un opium aussi bon que celui récolté en France, à moins que la chaleur du climat ne soit nuisible à sa qualité.
Enfin, on trouve publié dans les Comptes rendus de l'Académie PR ee t. XXII, p. 838, l'extrait d’un mémoire de M. Aubergier sur la récolte de lopium, qui mérite une sérieuse attention, à part les faits que l’auteur a crus nouveaux et qui étaient connus depuis longtemps. Ainsi son couteau à quatre lames, pour abréger l'opération de l’incision des payots, est surpassé par celui à cinq lames décrit‘ par Kæmpfer et rappelé par Geoffroy et par moimême dans l’ Histoire des drogues simples. Pareillement Kæmpfer et Geoffroy, d’après lui, ont fait connaitre que « la larme que l’on recueille la première, nommée gobaar, est d’un jaune pâle et la plus calmante ; que la seconde, qui est le plus souvent d’un roux noirâtre, n’a pas autant de vertu et n’est pas aussi chère ; enfin que quelques uns font une troisième opération , de laquelle on retire une larme très noire et de peu de vertu. » Il n’en est pas moins intéressant de voir ce fait confirmé par l’analyse chimique. Ainsi le pavot blanc à capsule ronde (var: depressa) ayant été exclusivement cultivé par M. Aubergier en 1845, le premier opium qu'il én a obtenu a donné 6,63 de morphine, le deuxième 5,53, le troisième 3,27. Un autre fait important à mentionner et à vérifier, consiste en ce que le-premier opium récolté en 1844, ayant fourni 8,75 de morphine, au lieu de 6,63 donné par le premier opium de 1845, M. Aubergier attribue cette différence à ce que l’opium de 4844 provenait d’un mélange de pavots à têtes longues et à têtes rondes, tandis que celui de 1845 avait été fourni exclusivement par cette dernière variété; d’où il résulterait que la variété à tête longue, quoique donnant moins de suc, devrait être préférée, en raison de la supériorité du produit.
M. Aubergier mentionne également un pavot pourpre qui a fourni, en 1844 et 1845, un opium variant de 10,5 à 11,2 de morphine; et un pavot blanc à graine noire, très productif pour la semence, mais à coque tellement mince, qu'on ne peut linciser sans pénétrer dans l'intérieur. Celui-ci a fourni un
NYMPHÉACGÉES. 661 opium de première récolte, produisant 17,83 pour 100 de morphine très pure, et un opium de seconde récolte produisant 14,78. Nous retrouvons encore là la richesse des opiums de Smyrne de la première qualité.
Opium falsifié, Selon plusieurs auteurs, Popium du Levant, quand il arrive à Marseille, y est ramolli, incorporé avec des substances étrangères et remis ensuite dans le commerce. Je n’ai vu, quant à moi, que quelques morceaux d’opium qu'on pouvait supposer avoir subj une semblable falsification , reconnaissable à leur cassure qui n'offrait pas la netteté et la pureté des bons opiums de la Natolie, et qui présentait, au contraire, des aspérités dues au mélange d'une substance étrangère. Mais j'ai été à même d'examiner deux opiums falsifiés d'une nature différente , et dont voici la description.
Le premier, qui n'aurait pu être vendu seul, en raison‘de sa dureté-et de sa densité comparables à celles d’une pierre, a été 'ouvé mélangé dans de l’opium de Smyrne dont il représente exactement Paspéect extérieur ; mais à l'intérieur il était composé d'une matière siliceuse pulvérisée et de marc d’opium épuisé par l’eau , le tout incorporé au moyen d'un mucilage,
Le second opium faux parait avoir été fabriqué à Londres en 1836 ou 1837, sur une grande échelle , avec le résidu glutineux de Fopium qui avait servi à extraction de la morphine. Cet opium faux présentait si bien, à l'extérieur, l'apparence de lopium de Smyrne ou de celui de Constantinople en gros pains , et, à l’intérieur, l'aspect de petites larmes brunes , agglutinées , mais non entièrement confondues, ainsi que les offrent les bons opiums, qu’il était très difficile de l’en distinguer ; mais il avait , sous la pression des doigts, une consistance élastique qui appelait sur. lui Pattention ; alors voici ce qu’on découvrit.
Cet opium n’offrait qu’une faible odeur vireuse et une saveur mucilagineuse dépourvue d’amertume et d’âcreté; il blanchissait par le contact de l’eau ou de la salive , comme le fait la scammonée ; traité par l’eau froide ou chaude, il s'y F3 RE facilement et formait une sorte d’émulsion mucilagineuse , qui filtrait très difficilement, Le liquide évaporé fournissait un peu plus de la moitié du poids de la substance employée, de même que cela a lieu avec le bon opium ; mais cet extrait, redissous dans l’eau, ne rougissait pas le tournesol, précipitait fortement par l'alcool et ne se troublait pas par l’ammoniaque, toutes propriétés contraires à celles du véritable opium. Enfin, le résidu insoluble dans l'eau était gras au toucher et tachait comme une huile le papier sur lequel on le faisait sécher, Tous ces essais m'ont convaincu que ce prétendu opium était un mélange de marc d’opium, d’un extrait végétal quelconque, de gomme, et d’une petite quantité d’huile qu’on y avait ajoutée trés habilement pour rompre la continuité de Pextrait et lui donner l'apparence de petites larmes à moitié agglutinées. Par suite du rapport qui fut fait sur ce faux opium , des quantités considérables en ont été saisies chez plusieurs commerçants de Paris et dans la maison entrepositaire du Havre qui-le leur
expédiait. Par suite d’une condamnation prononcée , toute la quantité saisie a été détruite par le feu,
FAMILLE DES NYMPHÉACÉES.
Grandes et belles plantes qui nagent à la surface des eaux et dont la üge forme une souche souterraine de forme variée, Leurs feuilles sont
662 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
alternes, entières, orbiculées, portées sur de très longs pétioles. Leurs fleurs sont grandes, solitaires, portées également sur de longs pédoncules qui les élèvent jusqu’à la surface de l’eau. Leur périanthe est composé d’un grand nombre de parties disposées sur plusieurs rangs ; les plus extérieures, au nombre de 4 ou 6, sont de la nature des sépales, vertes au dehors et consistantes: les intérieures sont pétaloïdes et diversement colorées. Les étamines sont très nombreuses, insérées sur plusieurs rangs au-dessous de l'ovaire, ou même sur le contour de l'ovaire, de même que les pétales les plus intérieurs, qui ne sont sans doute que des étamines transformées. L’ovaire est libre et sessile au fond de la fleur, ou soudé avec le calice ; il est surmonté d’un disque sessile à stigmates rayonnants , et divisé intérieurement en autant de loges qu’il y a de stigmates sur le disque. Le fruit est charnu, indéhiscent, à plusieurs loges polvspermes. Les graines sont formées d’un tégument épais, contenant un gros endosperme farineux, surmonté d’un deuxième endosperme beaucoup plus petit, qui renferme un embryon à deux cotylédons.
La nature, en formant les êtres organisés, paraît n’avoir eu qu’un but, celui deles pourvoir d'organes propres à les faire vivre; ou plutôt, peutêtre, parmi le nombre infini d'êtres qu’elle a pu créer, ceux-là seuls
ont vécu dont les parties se sont prêtées à la permanence de la vie. Or
que sont nos classifications auprès de l’innombrable variété des combinaisons nées de la fécondité de la nature?
Les nymphéacées sont un des nombreux exemples de l'impuissance de nos méthodes. Les botanistes ne peuvent s’accorder sur la place qu’elles doivent occuper dans la méthode dite naturelle. Les uns , se fondant sur les deux cotylédons de l’embryon, les rangent dans les dicotylédones, et alors leur place doit être auprès des papavéracées; les autres, considérant la structure endogène du rhizome et le port général des plantes, les mettent dans les monocotylédones, auprès des hydrocharidées. Le fait est qu’elles participent des caractères de ces deux grandes divisions du règne végétal, et qu’elles ne peuvent appartenir exclusivement ni à l’une ni à l’autre.
Les nymphéacées ne comptent qu’un petit nombre de genres partagés en trois tribus. Dans la première, composée des genres euryala et victoria, l'ovaire est adhérent au calice et les pétales sont distincts. Dans la seconde tribu, formée des genres nymphœæa et nuphar, le calice est libre et les pétales distincts. Dans la troisième, ne contenant que le seul genre barclaya , ie calice est libre et la corolle est gamopétale, portée sur le sommet d’un torus.
Le genre victoria, dédié par M. Lindley à la reine d'Angleterre, ne comprend que deux espèces, dont une nommée victoria regina, est
NYMPHÉACGÉES. 663 une plante magnifique et tout à fait extraordinaire par l'énorine grandeur de ses feuilles et de sa fleur, qui viennent s’étaler sur les bords du fleuve des Amazones et de la rivière Berbice, dans la Guyane anglaise, Les genres nymphæa et nuphar, autrefois réunis et formant aujourd’hui la tribu des nymphées, comprennent ensemble une trentaine d'espèces dont deux croissent naturellement en Europe et deux autres en Égypte, où elles ont été l’objet d’une sorte de culte religieux, comme tout ce qui tenait au Nil, à titre de produit ou d’attribut.
Nénuphar blanc (fg. 424).
Nymphœa alba L. — Car. gén. : Calice coloré à 4 folioles ; corolle à 16-28 pétales , insérés surtout autour de l'ovaire et sur plusieurs rangs ; étamines nombreuses insérées sur l'ovaire au-dessus des pétales ; ovaire oyvoïde, couronné par un stigmate large, orbiculaire, étoilé ; capsule sphérique, couverte de cicatrices, charnue, divisée en 16 à 20 loges, contenant chacune plusieurs graines attachées aux cloisons. — Car. spéc. : Feuilles en cœur , arrondies , très entières; stigmate à 16 rayons ascendants.
Le nénuphar blanc croît dans les étangs et dans les eaux tranquilles. Son rhizome est cylindrique, un peu comprimé, charnu , jaune à l’intérieur, moins gros que le bras, couché horizontalement au fond de l’eau; il est muni de radicules fibreuses qui s’enfoncent dans le sol, et est presque complétement recouvert par des écussons de couleur noire. Ses feuilles sont flottantes à la surface de l’eau, très grandes, cordiformes-arrondies, ou mieux peltées-orbiculaires, mais échancrées d’un côté jusqu’au pétiole. Lesfleurs, qui viennent aussi s’épanouir sur l’eau, sont larges de 8 à 11 centimètres, très belles, d’un blanc éclatant, et lui ont mérité
664 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
le nom de lis d'eau ou de lis des étangs. Ces fleurs sont usitées pour faire un sirop que l’on croit être calmant et réfrigérant. Le rhizome passe pour avoir la même propriété; mais il n’est pas usité, parce que l'idée qu'on se fait de sa blancheur prétendue est cause qu’on emploie à sa place le rhizome du nénuphar jaune (#uphar lutea), qui est blanc, tandis que celui du nénuphar blanc est jaune à l'intérieur et rendu presque noir à l'extérieur , par la grande quantité de tubercules foliacés ou radicaux qui le recouvrent.
Ces deux plantes étaient connues des anciens, et Dioscoride les a bien décrites. Mais elles n'ont pas égalé en réputation les deux nymphæas du Nil, dont l’un, nommé lofos, à la racine tubéreuse, oblongue, grosse comme un œuf de poule, noirâtre extérieurement, jaune en dedans, d'une saveur douce. Scs feuilles sont cordiformes, ovales, dentées sur le bord, Ses fleurs sont blanches, roses sur le bord, à 16 ou 20 pétales. Ses fruits sont arrondis, de la grosseur d’une petite pomme, entourés à la base par les divisions du calice, un peu allongés en pointe à l’extrémité. Les Égyptiens mangent encore aujourd'hui la racine de cette plante, après l'avoir fait cuire dans l'eau ou autrement, et font une sorte de pain avec ses graines, ainsi que l'usage en existait déjà , au temps d'Hérodote et de Théophraste. Cette plante est le nymplua lotus L.
L'autre nymphæa du Nil (nymphæa cærulea Sax.) à la racine tubéreuse , piriforme; les feuilles arrondies, échancrées à la base, et les fleurs d’une belle couleur bleue. On la cultive en France en la tenant toute l’année dans la serre chaude, placée dans une terrine , au milieu d’un grand baquet d’eau. Elle y fleurit très bien. Cette plante porte en arabe le nom de /énoufar ou niloufar, d'où nous avons fait nénuphar,
Nénuphar iaune.
Nuphar lutea DC., nymphæa lutea XL. Cette plante croît dans les mêmes licux que le nénuphar blanc et dans les eaux courantes. Elle se distingue du nénuphar blanc par son rhizome blanc à l'intérieur, jaunâtre à l'extérieur, portant à sa surface, sous forme d'écussons, des écailles trapézoïdales brunâtres, assez régulièrement espacées et disposées en spirale. Ses feuilles sont oblongues ,
Fig. 425.
NYMPHÉACÉES. C65 échancrées du côté interne jusqu’au pétiole, qui est triangulaire, Ses fleurs sont formées d’un calice à 5 sépales et de 10 à 18 pétales, beaucoup plus petits que les sépales, jaunes, tous insérés sur le réceptacle, ainsi que les étamines, de sorte que l'ovaire est complétement libre, et que le fruit (représenté figure 425 ) est lisse à sa surface et dépourvu de cicatrices. Il est aminci en pointe à la partie supérieure et terminé par le disque qui porte les stigmates; il est divisé intérieurement en loges rayonnantes remplies par une pulpe au milieu de laquelle sont nichées les semences. Ainsi que je l'ai dit plus haut, c’est cette plante qui fournit la racine de nénuphar employée en pharmacie; de sorte que les parties connues en médecine sous les noms de fleur et de racine de nénuphar appartiennent à deux plantes différentes : la fleur apparticngau »ymphœæa alba, la racine au nuphar lulea.
M. Morin, de Rouen, qui a fait l’analyse de cette racine, en a retiré beaucoup d’amidon , du muqueux, du tannin, du sucre incristallisable, de la résine, une matière azotéce, différents sels, etc. (Journ. de pharm., t. NE, p. 450). La quantité de tannin est assez grande pour que la racine puisse servir à la teinture en noir.
NÉLUMBIAGÉES. On a établi cette famille pour un genre de plantes , très peu nombreux en espèces, dont le type a été fourni par une plante qui croissait autrefois dans le Nil, d’où elle a complétement disparu aujourd'hui; mais elle a été retrouvée dans l'Inde par Rheede, et dans les îles Moluques par Rumphius, ce qui a permis de vérifier l'exactitude des descriptions que les anciens , et principalement Théophraste, nous en ont laissées.
Cette plante est la fève d'Égypte (xdauos aœiyorruws Théoph. ; nelumbium speciosum Willd. ; nelumbo nucifera Gærtn. ; nymphæa nelumbo L.). C’est autrement le lofos sacré qui surmonte la tête d’Isis et d'Osiris, et le famarara de la mythologie indienne, qui sert de conque flottante à Vichnou et de siége à Brama.
Pour les modernes, c’est toujours une des plus belles plantes qui ornent la surface des eaux. Sa racine est longue, charnue, rampante, munie de distance en distance de nodosités d’où s'élèvent les longs pétioles des feuilles ou les pédoncules des fleurs , les uns et les autres couverts d’épines courtes. Ses feuilles sont peltées ou en forme de bouclier, creustes au centre, larges de 60 à 70 centimètres. Les fleurs sont deux fois grandes comme celles d’un pavot, formées d’un calice à k ou 5 sépales et d'une corolle à 16 28 pétales roses. Les étamines sont très nombreuses, multisériées, insérées sur le réceptacle, à filament prolongé en appendice au-dessus de l’anthère. Au centre de la fleur se trouve un torus charnu, turbiné, tronqué supéricurement et creusé, à la face supérieure, de 20 à 20 alvéoles dans chacun desquels
666 DICOTYLÉDOUNES THALAMIFLORES.
est placé un ovaire uni-ovulé , surmonté d’un style court et d’un stigmate, Les fruits sont des askoses ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette, dont le sommet excède un peu la surface du torus accru et présentant la forme conique d’un guêpier ou d’une pomme d’arrosoir
(fig. 426). Chaque askose contient, sous un double tégument, un
embryon sans endosperme , épais, charnu, renversé, entier par la
Fig. 426.
partie supérieure, divisé en deux parties inférieurement, contenant, sous une membrane mince, une plumule descendante , diphylle, germant dans l’intérieur du fruit. Les anciens mangeaient ce fruit récent ou desséché et réduit en farine ; ils mangeaient aussi la racine cuite.
FAMILLE DES BERBÉPRIDÉES.
Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes, accompagnées de stipules souvent persistantes et épineuses. Fleurs ordinairement jaunes, en épis ou en grappes; calice à 4 ou 6 sépales, accompagné extérieurement de plusieurs écailles; pétales en nombre égal et opposés aux sépales ; étamines en même nombre , également opposées aux pétales ; anthères sessiles ou portées sur un filet, mais offrant toujours deux loges dont chacune s’ouvre de bas en haut par une sorte de panneau. Ovaire uniloculaire renfermant plusieurs ovules. Fruit sec ou charnu, uniloculaire, indéhiscent. Semences contenant un embrvon droit au milieu d’un endosperme charnu. Cette famille, composée d'un petit nombre de genres, ne fournit à la pharmacie que le berbéris ou épine-vinette , dont nous employons les fruits ou les semences. La racine sert à la teinture.
BERBÉRIDÉES. 667 Berbéris + ou Épine-Vinette.
Berberis vulgaris L. (fig. 427). Arbrisseau hant de 2 à 3 mètres, divisé en branches rameuses, armées d’épines simples ou tripartites. Ses feuilles sont assez petites, ovales - oblongues, rétrécies en pétiole à la base, glabres, bordées de dents très aiguës et presque épineuses. Elles sont pourvues d’une saveur acide agréable. Les fleurs sont petites, jaunâtres, pédonculées, disposées en grappes simples et pendantes, quisont entourées à leur base d’une roselle de 8 à 10 feuilles d'inégale grandeur. Elles ont une odeur désagréable et comme spermatique. Elles sont à 6 pétales et à 6 étamines insérées entre deux glandes à la base de chaque pétale. Lors de la fécondation, les étamines, qui sont cachées dans la concavité des pétales, se redressent l’une après l’autre pour venir répandre leur pollen sur le stigmate. Ces étamines présentent d’ailleurs une irritabilité analogue à celle de la sensitive ; lorsqu'on irrite le filament par le contact d’une aiguille, elles se rejettent sur le pistil ; l'électricité et la chaleur d’un verre ardent produisent le même phénomène, d’après Kæklrenter. Les insectes qui vont puiser le miel sécrété par les glandes situécs à Ja base des pétales le produisent également et favorisent ainsi l’éjaculation. du
Fig. 427.
pollen. Les fruits ont Ja forme d'une baie allongée, d’un rouge de corail (1),
d’une acidité forte, mais agréable, due à l’acide malique. On en fait un sirop et une confiture qui sont très agréables. Les semences entrent dans l’électuaire diascordium. Elles sont petites, longues, rougeûtres , inodores, d’une saveur astringente et comme vineuse.
(1) Il y a des variétés dont les fruits sont jaunes, violets, pourpres, noirâtres ou blancs ; une autre n’a pas de semences.
668 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
La racine de berbéris est ligneuse, d'un jaune pur, à structure rayonnée, comme celle des ménispermées. Elle est usitée pour la tcinture en jaune , ainsi que son écorce, qui est quelquefois substituée à celle de grenadier. J'ai fait connaître précédemment (p. 259) les moyens de les distinguer. Le principe colorant de la racine de berbéris a Cté obtenu à l'état de pureté par MM. Buchner père et fils, qui lui ont donné le nom de Lerbérine { Journ. pharm., | XXT, p. 408 ).
FAMILLE DES MÉNISPERMACÉES.
Plantes ligneuses , sarmenteuses et grimpantes des pays chauds, dont les feuilles sont alternes, privées de stipules, et les fleurs le plus souvent dioïques. Le calice se compose de plusieurs sépales disposés par séries de 3 ou 4; il en est de même de la corolle, qui manque quelquefois. Les étamines sont libres ou monadelphes, en nombre égal, double eu triple de celui des pétales, ou indéterminé. Les carpelles sont peu nombreux, libres ou soudés, contenant un seul ovule amphitrope ; d'autres fois uniques mais excentriques, d’abord dressés, puis recourbés de manière à rapprocher le sommet de la base. Le fruit est une baic ou un drupe droit ou réniforme , contenant une semence inverse, droite ou courbée en fer à cheval, pourvue ou dépourvue d'endosperme, contenant un embryon homotrope , à radicule courte, éloignée du hile.
La famille des ménispermacées, quoique peu nombreuse, renferme beaucoup de plantes actives, usitées dans les contrées qui les produisent. Il y en à trois surtout dont les produits viennent jusqu'à nous. Ces
produits sont la racine de Colombo, celle de pareira-brava et la coque du Levant.
Racine de Colomb.
Cocculus palmatus DG. — Car. gén. : Fleurs dioïques; calice à 6 sépales, rarement à 9, disposés par séries ternaires; 6 pétales disposés sur deux séries : fleurs mâles à 6 étamines opposées aux pétales ; fleurs femelles offrant de 3 à 6 ovaires libres, uniloculaires , surmontés d’un stigmate sessile, simple ou bifide au sommet. Fruits composts de drupes presque secs, à noyau réniforme renfermant une semence conforme , dont l'embryon présente deux cotylédons séparés ct parallèles, iuterposés dans un endosperme huileux {voir la figure 428 qui représente la coque du Levant, dont la semence est conformée de la même ianière). — Car. spéc. : Feuilles cordées à la base, à 5 lobes palmés, profondément divisés, acuminés, très entiers, velus.
MÉNISPERMACÉES. 669
La plante qui fournit la racine de colombo à passé pendant longtemps pour croître dans l’île de Ceylan, et surtout dans les environs de la ville de Colombo, d’où la racine a d'abord été transportée en Europe, ct qui lui a donné son nom; mais des renseignements plus certains ont appris que le cocculus palmatus, qui la produit, était commun à Madagascar et sur la côte orientale de l'Afrique, d’où la racine était portée sèche à Ceylan. Maintenant que ce fait est bien connu, on tire directement la racine de colombo de l'Afrique australe. La plante qui la fournit est vivace et à Lige grimpante, comme toutes les ménispermées.
La racine de colombo, telle que le commerce la présente, est en rouclies de 3 à 8 centimètres de diamètre, ou en tronçons de 5 à 8 centimètres de long. Elle est recouverte d’un épiderme d’un gris jaunâtre ou brunâtre, quelquefois presque uni, le plus souvent profondément rugueux ; les rugosités sont irrégulières et n’offrent aucune apparence de stries circulaires parallèles.
Les surfaces transversales sont rugueuses, déprimées au centre de la racine par suite de la dessiccation, ou offrent plusieurs dépressions concentriques comme la bryone desséchée. Dans quelques morceaux dont la végétation paraît avoir souffert et qui sont presque entièrement ligneux , les fibres ligneuses offrent d’une manière frappante la disposition rayonnée des racines de pareira-brava. On observe la même disposition, mais plus difficilement, dans les morceaux mieux nourris et plus amylacés.
La racine de colombo à une teinte générale jaune-verdätre ; cette couleur, observée dans la coupe transversale, va en s’affaiblissant de la circonférence au centre, à l'exception d’un cercle plus foncé qui se trouve à la limite des couches ligneuses et des couches corticales. Elle a une saveur très amère et une odeur désagréable, mais qui ne devient sensible que lorsque la racine est rassemblée en masse. Sa poudre est d’un gris verdâtre.
La racine de colombo ne colore pas l'éther, et forme avec l'alcool une teinture jaune-verdâtre foncée ; humectée et touchée avec la teinture d’iode, elle prend tout de suite une couleur noirâtre due à la présence de l’amidon ; elle forme avec l’eau un macéré brun qui n’exerce aucune action sur le tournesol, la gélatine et le sulfate de fer. Elle a été analysée par Planche, qui en a retiré : 1° le tiers de son poids d’amidon : 2° une matière azotée très abondante; 3° une matière jaune amère, non précipitable par les sels métalliques ; 4° des traces d'huile volatile ; 5° du ligneux ; 6° des sels de chaux et de potasse , de l’oxide de fer et de ia silice. ( Bulletin de pharmacie , &. VIT, p. 289.)
M. Witistok a retiré en outre de la racine de colombo une substance particulière cristallisable, à laquelle il a donné Je nom de co/ombine.
670 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Pour l'obtenir, on épuise la racine par l’éther et l’on abandonne la dissolution à l’évaporation spontanée; ou bien on évapore aux trois quarts la teinture alcoolique et on la laisse’ cristalliser. 100 grammes de racine de colombo ne fournissent que 15':,56 de colombine, Cette substance est inodore , fortement amère , non acide ni alcaline , non azotée.
La racine de colombo a été vantée contre les indigestions, Jes coliques, les dyssenteries et les vomissements opinitres. Elle paraît douée en effet de propriétés très actives. On l'emploie surtout en poudre, en extrait aqueux ou en teinture alcoolique.
Racine de faux colombo., Vers les années 1820 à 18% , la racine de colombo avait entièrement disparu da commerce français, et on lui substituait presque partout, sans la moindre contradiction , une racine toute différente , mais d’un prix bien inférieur.
Cette fausse racine de colombo est en roueélles ou en tronçons comme la précédente, mais elle est bien moins régulière dans sa forme. Elle a une teinte générale jaune fauve, une saveur faiblement amère et sucrée, une faible odeur de racine de gentiane.
Elle offre un épiderme gris fauve, très souvent marqué de stries circulaires, parallèles et serrées. Les surfaces transversales sont irrégulièrement déprimées, comme veloutées, d’un fauve sale ou d’un jaune pâle et blanchâtre. La couleur intérieure est d’un jaune orangé avec un cercle plus foncé vers la limite des couches ligneuses ; la racine de gentiane offre exactement le même caractère. La poudre est d’un jaune pâle tirant sur le fauve.
La fausse racine de colombo n’éprouve aucune coloration par le contact de l'iode, ce qui indique qu’elle ne contient pas d’amidon ; elle communique à l’éther une couleur peu foncée d’un jaune pur; en faisant évaporer la teinture éthérée et reprenant le produit par l'alcoo!, il reste une matière jaune, solide, qui se lustre par le frottement comme de la cire. Cette racine colore l'alcool en jaune fauve, et l’eau en jaune orangé. Le macéré aqueux rougit la teinture de tournesol, se colore en vert noirâtre par le sulfate de fer, et se trouble légèrement par la colle de poisson ; de plus, la potasse caustique en dégage de l’ammoniaque sensible à lodorat, et par l'approche d'un bouchon mouillé d'acide acétique. Rien de semblable n’a lieu avec le vrai colombo.
J'ai signalé Ja substitution du faux colombo au véritable dans Île Journal de chimie médicale , 1. I, p. 334; mais sur une fausse indication qui m'avait été donnée, je supposai alors qu'il venait d'Afrique, par la voie de Marseille, Il y a longtemps que j'ai rectifié cette erreur en faisant connaître que celte racine provenait des États-Unis d’Amérique , où elle porte effectivement le nom de colombo, et où elle est produite par le frasera Walteri Mich. , plante de la famille des gentia-
MÉNISPERMACÉES. 671 nées. Au moins avais-je signalé sa ressemblance avec la racine de grande gentiance, et avais-je conclu qu’elle devait appartenir à une plante voisine, mais différente.
Le faux colombo ne pourrait pas wême remplacer notre racine de gentiane, dont il n’est que la pâle copie. On l'en distinguera facilement à sa faible saveur amère , à son odeur peu marquée, et par son collet arrondi supérieurement et terminé par un bourgeon central écailleux; tandis que la gentiane possède une saveur et une odeur des plus caractérisées, et offre un large bourgeon qui occupe tout le disque de la racine. Enfin, la racine de gentiane contient une matière analogue à la glu et une grande quantité de principe gélatineux (grossuline ou pectine ), dont le faux colombo paraît être dépourvu.
Racine de Butua ou de Pareira-Brava.
La racine connue dans les officines sous le nom de pareira - brava est produite par une /iane ou plante sarmenteuse du Brésil, dont les tiges, en se tordant autour du tronc et des branches des arbres voisins, finissent par en atteindre le sommet, quelque élevé qu'il soit. Son nom pareira-brava veut dire vigne sauvage. Sa racine est ligneuse, très fibreuse, dure , tortueuse, quelquefois de la grosseur du bras. Elle est brunâtre à l'extérieur et d’un jaure fauve et grisâtre à l’intérieur, Elle présente, sur sa coupe transversale, plusieurs cercles concentriques d’une couleur brunâtre , dont les intervalles sont traversés par une infinité de lignes radiaires très apparentes. Gette racine , bien nourrie, est gorgée de suc desséché, compacte et pesante ; mais dans des circonstances moins favorables, les faisceaux ligneux dont elle se compose se séparent facilement les uns des autres , suivant les lignes concentriques et radiaires ci-dessus, et la racine étant légère, presque ligneuse et de qualité moindre , doit être rejetée.
On trouve souvent mêlée à la racine de pareira la tige de la plante qui, étant moins active , doit être également rejetée. Elle est couverte d’un épiderme grisâtre, ridé longitudinalement par la dessiccation. Elle est ordinairement ronde, mais marquée d’un angle obtus très près duquel se trouve situé le canal médullaire , lequel est ainsi tout à fait excentrique, les couches ligneuses ne S’étant développées que du côté extérieur de la tige volubile,
La racine de pareira=brava cest inodore et pourvue d’une amertume très marquée, mêlée d’un goût un peu semblable à celui de la réglisse, Elle paraît être fortement diurétique et a été recommandée contre la colique néphrétique, la suppression d’urine, l'empoisonnement par la morsure des animaux venimeux. On l’a même conseillée, mais avec
672 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
peu de succès sans doute, pour dissoudre les calculs des reins ou de la vessie, Elle a Cté analysée par M. Feneulle, qui y a reconnu la présence de l’azotate de potasse, sel que l’on trouve dans la plupart des substances ligneuses qui ont vieilli dans les droguiers. La quantité de ce sel est d'ailleurs trop petite pour expliquer la qualité diurétique de la racine, qui doit être attribuée plutôt à quelque principe organique particulier.
La racine de pareïra-brava est communément attribuée au crssampelos pareira L. (4), qui croit principalement dans les bois montueux des Antilles; mais elle est plutôt produite par le cocculus platiphylla St.-Hil., croissant au Brésil, ou par l’abuta rufescens d’Aublet {cocculus rufescens Endl.), dont la racine, au dire d’Aublet, est transportée cn Europe sous le nom de pareira-brava. 11 paraît d’ailleurs que plusieurs espèces de céssampelos ou de cocculus produisent des racines presque semblables et de propriétés très analogues. Tels sont :
1° Le cissampelos glaberrima St.-Hil., qui est le caapeba de Pison et de Marcgraff, que Linné a eu tort de confondre dans son cissampelos pareira.
2° Les cissampelos chracteata St.-Hil., et ovalifolia DC., qui portent €galement au Brésil le nom de orelha de onça.
3" Le cissampelos caapeba L., croissant dans les Antilles, et le cissampelos mauritiana Petit-Thouars, dont les racines sont beaucoup plus grêles que le pareira-brava du Brésil, mais d'organisation et de propriétés semblables.
Coque du Levant (fig. 428 \,
Anamirta cocculus Arnott ; cocculus suberosus DC. ; menispermum cocculus L., Gærtn., Roxb. La coque du Levant est connue depuis très longtemps sous le nom de cocculi indi ; mais l'arbre qui la produit n'est peut-être pas encore parfaitement déterminé. Gærtner, qui à figuré et décrit le fruit avec une grande exactitude , n’a connu l'arbre que par la description de Linné. Roxburgh est le premier qui ait vu cet arbre vivant, davs le
(4) Cissampelos pareira L. — Car. gén. : Fleurs dioïques : fleurs mâles à % sépales ouverts et cruciformes ; corolle nulle ; disque sous-charnu ; élamines
MÉNISPERMACÉES. 673
jardin de Calcutta, provenant de semences reçues du Malabar en 1807; mais à la fin de 4812, quoique la plante surpassät en hauteur des arbres élevés, elle n'avait pas encore fleuri. Je ne sais si cet arbre est celui qui, ayant fleuri plus tard , a été figuré dans les plantes médicinales de M. Nees d'Esenbeck, sous le nom de #enispermum cocculus Wallich, et dont l'individu femelle scul se trouve représenté ; mais il est probable que c’est lui dont l'individu mâle se trouve décrit, d'après M. Walker-Arnott, dans les Annales des sciences naturelles de 1834, t. II, p. 65; de sorte qu’il faudrait réunir les deux descriptions pour avoir une connaissance complète de l'espèce. M. Walker-Arnott admet comme synonymes l'anamirta racemosa Colebr. et le menispermum heleroclitum de Roxburgh.
Voici les caractères du genre anamirta : Fleurs diviques. Fleurs mâles offrant un calice court, tripartite ; une corolle à 6 pétales bisériés, réfléchis ; des étamines nombreuses réunies en un tube central, cylindrique, dilaté et arrondi au sommet, lequel se trouve couvert d’anthères sessiles , adnées, quadriloculaires. Fleurs femelles à calice triphylle, très caduc; corolle nulle ; 3 ovaires libres et sessiles au sommet d'un gynophore cylindrique ; styles très courts, stigmates arrondis sur le côté. Le fruit est formé de 3 drupes charnus, dont un seul persiste le plus souvent; ce drupe persistant et un peu recourbé en forme de rein, renferme un noyau incomplétement séparé en deux loges par un repli de la suture ; la semence est inverse et contient un embryon droit, au milieu d’un endosperme charnu.
La coque du Levant, telle que le commerce la fournit, est plus grosse qu’un pois, arrondie et légèrement réniforme; elle est formée d’un brou desséché, mince, noirâtre, rugueux, d’une saveur faiblement âcre el amère , et d’une coque blanche, ligneuse, à 2 valves, au milieu de laquelle s'élève un placenta central rétréci par le bas, élargi par le haut et divisé intérieurement en deux petites loges. Tout l'espace compris entre ce placenta central et la coque est rempli par une amande creuse à l’intérieur et ouverte sur le côté pour recevoir le placenta. L'embryon cst formé d’une radicule cylindrique , supère , et de deux cotylédons foliacés , écartés et recourbés comme les branches d’un forceps , et plongeant, de chaque côté du placenta, dans une
réunies en une colonne monadelphe à 4 anthères uniloculaires. Fleurs femelles à un seul sépale unilatéral; corolle à un seul pétale opposé au sépale ; ovaire ové surmonté de 3 stigmales ; drupe monosperme, réniforme, les stigmates s'étant rapprochés de la base. Endosperme nul; embryon long, cylindrique, périphérique — Car. spéc. : Feuilles peltées, sous-cordées, soyeuses en dessous ; grappes femelles plus longues que les feuilles. Fruits hispides.
RER h5
67h DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
loge plate et longitudinale , pratiquée dans lendosperme (voir la figure 429).
L'amande de la coque du Levant est grasse el très amère. M. Boullay en à extrait un principe vénéneux cristallisable, qu’il a nommé picrotoæine. Cette amande se détruit avec le temps, de même que cela a lieu pour les ricins et les grains de Tilly, et il n’est pas rare de voir les vieilles coques du Levant presque entièrement vides. Il faut donc les choisir récentes, si l’on veut obtenir quelque résultat de leur analyse chimique.
La coque du Levant est usitée dans l’Inde pour la pêche du poisson, qui, après avoir avalé l’appât contenant cette substance, vient tournoyer et mourir à la surface de l’eau. D’après les expériences du docteur Goupil, cet emploi peut être suivi de graves inconvénients lorsqu'on n’a pas le soin de prendre et de vider le poisson aussitôt qu’il paraît sur l’eau; car alors la chair devient vénéneuse et agit sur l’homme et les animaux comme la coque du Levant même (Bulletin de pharmacie, t. Il, p. 509). d
Cette action vénéneuse réside dans l’amande du fruit, et l’enveloppe ligneuse est purement vomitive. M. Boullay n’en à retiré, en effet, qu'une matière jaune extractive, sans picrotoxine. Cependant MM. Pelletier et Couerbe , qui l'ont soumise à un examen plus approfondi, y ont découvert une base alcaline cristallisable nommée ménispermine ; mais cette base est insipide et sans action marquée sur l’économie animale.
D'après M. Boullay, l'amande de la coque du Levant contient moitié de son poids d’une huile concrète, formée d’élaïne et de stéarine ; de l’albumine, une matière colorante particulière, 0,02 de picrotoxine, des surmalates de chaux et de potasse, du sulfate de potasse, etc. Suivant MM. Lecanu et Casaceca, le corps gras se trouve dans la coque du Levant en partie à l’état d'acides margarique et oléique ; mais il est probable que la présence de ces acides tient à l’état de détérioration dans lequel se trouve ordinairement le fruit. Quant à la picrotoxine, qui a passé quelque temps pour une base alcaline , elle paraît douée plutôt d’un faible caractère d’acidité ; on l’obtient d’ailleurs facilement, d’après MM. Couerbe et Pelletier, en traitant la coque du Levant concassée par de l'alcool à 36 degrés bouillant ; filtrant, distillant , et traitant l'extrait par l’eau bouillante, afin de dissoudre la picrotoxine , qui cristallise par le refroidissement de la liqueur préalablement et faiblement acidulée.
La picrotoxine est blanche, brillante, inodore, d’une amertume insupportable ; elle cristallise en prismes quadrangulaires très fins ; elle demande pour se dissoudre 150 parties d’eau froide et 25 parties seule-
ANONACÉESe 675
ment d’eau bouillante; elle est soluble dans 3 parties d'alcool rectifié el dans 2 parties 1/2 d’éther sulfurique. Projetée sur les charbons ardents, elle brûle sans se fondre ni s’enflammer, en répandant une fumée blanche et une odeur de résine. Elle ne contient pas d’azote, et n'est pas alcaline , ainsi que je l'ai déjà dit : exception remarquable aux autres principes vénéneux Lirés des végélaux, qui, jusqu’à présent, sont tous rangés dans la classe des bases alcaloïdes azotées.
FAMILLE DES ANONACÉES.
Les anonacées} sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sont simples, entières, alternes, dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont hermaphrodites, munies d’un calice persistant à 3 sépales, et d’une corolle à 6 pétales disposés sur deux rangs ; les étamines sont libres, quelquefois en nombre égal ou double de celui des pétales; mais le plus ordinairement elles sont indéfinies , insérées en séries nombreuses, sur un torus; les filaments sont très courts ei les anthères presque sessiles. Les ovaires sont plus ou moins nombreux, libres ou en partie soudés, sessiles sur le sommet du torus ; ils deviennent autant de fruits tantôt distincts, et offrant une seule loge qui contient un ou plusieurs ovules attachés à leur suture interne ; d’autres fois les fruits se soudent tous entre eux et forment une sorte de cône charnu et écailleux. Les graines sont ordinairement accompagnées d’un arille et contiennent , sous un double tégument, un endosperme corné et profondément sillonné. L’embryon est très petit, placé vers le point d'attache de la graine.
Les anonacées habitent presque exclusivement Ja zone torride ; elles sont pourvues d’écorces plus ou moins aromatiques et stimulantes, de fleurs odorantes et de fruits très aromatiques et poivrés lorsqu'ils sont formés de baies séparées (sarcochorizes), ou seulement savoureux et comestibles lorsque les baies sont soudées en syncarpide. L'uvaria odorata Lamk. (cananga Rumpb. ), eroissant aux îles Moluques, est renommé par l'odeur suave de ses fleurs, semblable à celle du narcisse. On en fabrique avec de l'huile coco, en y joignant des fleurs de maichelia champacca, et du curcuma, une pommade dei - liquide nommée borri-borri ou borbori, dont on se frictionne le corps dans la saison froide et pluvieuse pour se mettre à l'abri des fièvres, et dont les femmes aiment à inonder leur chevelure noire et pendante, au sortir du bain. C’est cette huile, sans aucun doute , qui est connue ou initée en Europe, et vendue sous le nom d'huile de Macassar.
L'unona æthiopica produit un fruit dont le premier est connu depuis très longtemps sous le nom de poivre d'Éthiopie. Les zylopia d’Amé-
676 DiCOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
rique jouissent des mêmes propriétés. Les corossoliers ou anones, répandus dans toutes les contrées chaudes du globe, mais originaires peut-être d'Amérique, sont recherchés pour leurs fruits formés par la soudure d’un grand nombre de baies monospermes , dont les sommets seuls paraissent souvent à l'extérieur, sous forme de lobes imbriqués, d'écailles, d’aiguillons ou de réseaux. Les plus connus sont l'anone écailleuse (anona squamosa Gærln., t. 138), dont le fruit a reçu les différents noms de ate, quanabane, pomme-cannelle, etc. ; lanone hérissée ou cachiman (anona muricata), l'anone réticulée (anona reticulata), le cherimolia du Pérou (anona cherimolia Mill.) , etc.
Poivre d'Éthiopie.
Unona æthiopica Dunal, habzelia æthiopica À. DC. Atbre élégant , à feuilles alternes, épaisses et luisantes, qui habite les contrées les plus chaudes de l’Afrique, depuis Sierra-Leone jusqu’à l’'Abyssinie. Ses fleurs présentent un calice à 3 divisions, une corolle à 6 pétales , disposés sur deux rangs ; des étamines très nombreuses insérées sur les côtés d’un torus convexe ; une vinglaine d’ovaires grêles, cylindriques, pressés les uns contre les autres, terminés chacun par un sligmate aigu et portés sur le torus. Ces ovaires deviennent autant de baies charnues, Courtement stipitées sur le torus, grosses comme une plume à écrire, | longues de 27 à 55 millimètres, devenant un peu moniliformes par la dessiccation (fig. 429).
Ces baies contiennent de 4 à 10 semences lisses, noirâtres, pourvues d’un arille formé de deux membranes blanches, obcordées , inégales. Ces semences sont disposées obliquement en une seule série longitudinale , et sont fortement attachées à la pulpe fibreuse, desséchée , qui les entoure. Je trouve à la baie une saveur ct une faible odeur de curcuma
Fig. 429.
MAGNOLIACÉES, 677 ou de gingembre, Les semences ont une saveur beaucoup moins piquante el rance.
Le poivre d’Éthiopie paraît avoir été mentionné pour la première fois par Sérapion, tant sous ce nom que sous celui de abzeli ou de grana zelim.
Aublet a trouvé dans la Guyane une espèce de canang aromatique, dont les nègres se servent en place de poivre , et qui diffère peu du précédent : c’est l’unona aromatica Dunal (habzelia aromatica A. DC.). Le fruit de l’unona musaria représenté dans Rumphius , t. V, p. 42, s’en rapproche aussi beaucoup.
PACOVA. M. Théodore Martius n’a fait parvenir sous ce nom un fruit aromatique , usité comme épice au Brésil, et qui ressemble pour la forme aux anciens sébestes (cordia mixa L.). Comme eux il est oblong, aminci en pointe aux deux extrémités, obscurément quadrangulaire, mais souvent déformé cet ridé par la dessiccation. Ce fruit se distingue des sébestes par sa petitesse, n'ayant guère que de 40 à 15 millimètres de long; par sa surface lisse et rougcâtre, par son odeur et sa forte saveur de poivre, enfin par la disposition de ses parties intéricures , étant formé d’une baie capsulaire desséchée , à une seule loge, renfermant deux semences ovales, noires , lisses, pourvucs d’un arille très court. Souvent la capsule est ouverte par la partie supérieure , et séparée en deux parties dont les bords se roulent en dedans. Tous ces caractères appartiennent au fruit du zylopia fruftescens d’Aublet, qui sert d'épice à la Guyane, et qui d’ailleurs paraît être le même que l'embira ou le pindaiba de Pison (zylopia grandiflora À. St-Hil.). On cite comme une autre espèce moins active le zylopia sericea A. St-Hil.
FAMILLE DES MAGNOLIACÉES.
Arbres ou arbrisseaux élégants, dont les feuilles alternes, souvent coriaces et persistantes, sont accompagnées de stipules tombantes. Fleurs grandes, d'une odeur suave, pourvues d’un calice caduc à 3 ou 6 sépales, et d’une corolle à 6 ou 27 pétales disposés par verticilles ternaires et imbriqués. Étamines fort nombreuses et libres, disposées en spirale sur le même réceptacle qui porte les pétales. Pistils nombreux, verticillés sur une seule rangée, ou disposés en capitules allongés; ovaires uniloculaires à 2 ovules , surmontés d'un style peu distinct et d’un stigmate simple. Fruit multiple {carpochorize), c'est-à-dire composé de carpelles distincts, provenant d'ovaires distincts contenus dans une même fleur ; carpelles indéhiscents ou s’ouvrant par une suture longitudinale ; graine assez souvent portée sur un trophosperme filiforme qui s’allonge au dehors. Embryon droit placé à la base d’un endosperme charnu.
678 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
La famille des magnoliacées se divise en deux tribus, de la manière suivante :
I MAGNOLIÉES. Carpelles disposés en épi ou en capitule sur un torus allongé ; feuilles non ponctuées, Genres : falauma, aromadendron, magnolia , michelia, liriodendron, etc.
IT. ILLICIÉES. Carpelles verticillés sur une seule série ; feuilles ponctuées. Genres : fasmania, drimys, illicium, etc.
Les magnoliacées se rapprochent beaucoup des anonacées par la disposition de leurs fleurs et de leurs fruits, ainsi que par leurs qualités anères et aromatiques, qui s’y trouvent même généralement plus développées.
J'ai déjà mentionné le michelia champacca L. (tsjampacca } dont les fleurs récentes répandent une odeur des plus suaves et dont les Malais des deux sexes aiment à parfumer leurs maisons, leurs bains, leur corps et leurs vêtements. L'écorce est douée d’une saveur amère et d’une âcreté aromatique qui la rend excitante , fébrifuge, emménagogue, utile contre les rhumatismes, etc. Le michelia montana et l'aromadendron elegans de Java, le magnolia gracilis du Japon, jouissent des mêmes propriétés. Les magnolia de l'Amérique septen trionale font l’ornement des forêts par leur beau feuillage, leurs superbes fleurs, et ne sont pas moins remarquables par leurs semences pendantes hors des capsules, à l'extrémité d’un long funicule. On en cultive un grand nombre d'espèces dans les jardins, principalement les magnolia grandiflora, glauca, acuminata , macrophylla , etc. Le liriodendron tulipifera (tulipier de Virginie), arbre de 30 mètres d’élévation dans son pays natal, se fait aussi remarquer dans nos jardins par sa tige droite , ses rameaux largement étalés, ses feuilles longuement pétiolées, tronquées au sommet, à 4 lobes aigus ; ses fleurs grandes, terminales, en forme de tulipe, et d’un jaune verdâtre. L’écorce de tulipier est jaunâtre, fibreuse, peu compacte, d’une saveur amère et faiblement aromatique. Elle a obtenu en Amérique une grande réputation comme fébrifuge et comme succédanée du quinquina. On en a retiré une substance cristalline, non azotée, non alcaline, amère, cristallisable , nommée /iriodendrine, qui paraît avoir quelques rapports avec la salicine.
La tribu des illiciées nous fournit un fruit connu depuis longtemps sous le nom de badiane ou d’anis étoilé, et une écorce aromatique nommée écorce de Winter, mais dont l’origine me paraît encore très obscure.
MAGNOLIACÉES. 679 Badiane , ou Anis étoilé.
Illicium anisatum L. (fig. 430). Arbrisseau toujours vert, haut de h mètres environ, dont les feuilles sont lancéolées, éparses sur les rameaux ou rapprochées en rosette vers leur sommet. Les fleurs sont jaunâtres, présentant un calice à 6 folioles caduques, dont 3 extérieures ovales et concaves, et 3 intérieures plus étroites et pétaliformes.
16 à 20 pétales disposés sur trois rangs ; 10 à 20 étamines plus courtes que les pétales ; 10 à 20 ovaires supères, redressés et ramassés en un faisceau conique, et se Lerminant chacun par un style très court, au sommet duquel est un stigmate oblong et latéral.
Le fruit présente, sous la forme d’une étoile, la réunion de 6 à 12 capsules épaisses, dures, ligneuses, brunâtres, renfermant chacune une semence ovale, rougeûtre, lisse et fragile, qui contient elle-même une amande blanchâtre et huileuse. Tout le fruit a une odeur très analogue à celle de l’anis, mais plus douce et plus suave. Il est stimulant et stomachique. Les liquoristes en font un grand usage. On en retire aussi par la distillation une huile volatile liquide , un peu plus légère que l’eau et d’une odeur très agréable.
Le bois de l’éllicium anisatum paraît participer de l'odeur du fruit, et beaucoup d’auteurs ont pensé qu’il produisait le bois d’anis du commerce ; mais celui-ci vient d'Amérique, où il est tiré très probablement de l’ocotea pichurim H. B. (voir t. II, p. 364).
On trouve à la Floride deux autres espèces d’il//icium (illicium floridanum et illicium parviflorum) , dont les fruits aromatiques peuvent être substitués à l’anis étoilé de la Chine.
Fig. 430.
Écorce de Winter.
Cette écorce a pris son nom de celui de Jobn Winter, commandant de vaisseau, parti avec Drake , en 1577, pour faire le tour du monde,
6S0 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
et qui, obligé par la tempête de séjourner au détroit de Magellan, abandonna le chef de l'expédition, et revint en Angleterre en 1579, apportant avec lui cette écorce, dont il fit usage , comme d'épice, durant la traversée. Il crut pouvoir attribuer à son emploi la guérison du scorbut dont son équipage fut attaqué, et lui donna par là une sorte de célébrité.
C’est Charles de l’Écluse, généralement connu sous le nom de Clusius, qui a décrit le premier cette écorce et qui lui a donné le nom qu'elle porte. C'est donc à sa description qu'il faut recourir pour éclaircir les doutes que l'on peut élever sur l'origine de la substance qui porte aujourd'hui le nom d'écorce de Winter. D'après la description de Clusius ( £xofic., p. 75), l'écorce de Winter est assez semblable à de la cannelle commune, tant pour la substance que pour la couleur; mais elle est plus épaisse que la cannelle, d'une couleur cendrée ou brune à l'extérieur, rude au toucher comme l'écorce d'orme, quelquefois comme disséquée à l'intérieur et entr'ouverte par des gercures nombreuses , à la manière de l'écorce de tilleul ; quelquefois aussi elle est très solide et dure, d'une odeur non désagréable, mais d'une saveur très âcre, qui brûle la langue et le palais non moins que le poivre. A cette description se trouve jointe la figure d’une écorce très épaisse et compacte , reçue de Londres en 1605, qui se rapporte évidemment à la dernière partie de la description et à notre écorce de Winter actuelle.
D'après un capitaine de navire, nommé Sebalde de Wert, dont Clusius rapporte une lettre écrite en 1601, l'arbre qui produit cette écorce croit sur toute l'étendue des terres qui bordent le détroit de Magellan. Il est toujours vert et pourvu de feuilles aromatiques ; il est très élevé, et son tronc, acquérant quelquefois deux ou trois fois la grosseur du corps de l'homme, peut fournir plusicurs fortes planches de 2 pieds 1/2 de largeur. Solander lui donne également 50 pieds d'élévation ; mais d'après Georges Forster, cet arbre est d’une grandeur très variable, sa bauteur variant de 6 à 40 pieds, suivant les lieux et Je sol où il croît. Cet arbre a été nommé par Solander #nterana aromatica, par Murray wintera aromatica ; mais le nom drimys Winteri qui lui a été donné par Forster est le seul admis aujourd'hui. I! présente des feuilles simples, oblongues, obtuses, épaisses, persistantes , très glauques en dessous ; des pédoncules axillaires ou presque terminaux, simples, uniflores, réunis en faisceau : un calice à 2 ou 3 sépales; une corolle à 6 pétales oblongs ; des étamines nombreuses, très courtes, épaissies au sommet, portant chacune deux anthères adnées , à loges latérales écartées et presque séparées; le pistil se compose de 4 à 8 ovaires dressés, terminés chacun par un stigmate sous forme de
MAGNOLIACÉES. 681 point. Le fruit se compose de 4 à 6 baies uniloculaires renfermant plusieurs semences.
Maintenant il me reste à dire que les échantillons d'écorces de différents drimys que je possède sont tellement différents de l'écorce de Winter du commerce, qu’il en résulte pour moi un doute très grand que cette écorce appartienne au drimys Winteri.
Le premier échantillon m’a été donné par M. Robert Brown : il porte écrit sur le bois même, Port -Famine, capitaine P. King. Drimys Winteri. I consiste en un tronçon de tronc ou de branche large de 8 à 9 centimètres, formé d’un bois un peu rougeâtre et peu compacte, et d'une écorce épaisse de 3 millimètres, couverte par un épiderme gris blanchâtre très mince et assez uni. Cette écorce est d’un rouge brun foncé à l’intérieur et d'apparence spongieuse , surtout dans la partie qui touche au bois, laquelle paraît formée de lames ligneuses Jongitudinales et rayonnantes , isolées les unes des autres. Cette écorce possède une odeur forte, un peu analogue à celle de la cannelle et un peu camphrée, et une saveur également très aromatique, accompagnée d’une âcreté assez grande, mais non comparable à celle de l'écorce du commerce.
Le second échantillon faisait partie de celui qui a été rapporté de la terre de Magellan, en 1840 , par M. Le Guillou (Voyage de l’'Uranie). Les feuilles qui l’accompagnent sont très remarquables, et répondent bien à la figure du drimys punctata de Lamarck (//lusf., t. 494, fig. 1). Elles sont longues de 8 centimètres environ, larges de 3,5, presque noires et luisantes à la face supérieure, d’un gris bleuâtre à la face inférieure , avec une seule nervure médiane noire. Examinée à la loupe, la face supérieure présente un réseau noir d’une extrême finesse, et la face inférieure une infinité de petits points glanduleux , blanchâtres et très serrés, sur un fond bleuâtre. Ces feuilles ont une consistance solide et leur cassure présente l'apparence d’une pâte brune, desséchée. L’écorce est roulée, de la grosseur du petit doigt, épaisse de 2 millimètres, formée d’un épiderme mince ct uni, dont Ja couleur blanche tranche beaucoup avec la couleur brune rougeâtre de l’intérieur. Dessous l’épiderme se trouvent un certain nombre de couches concentriques très serrées ; mais la plus grande partie de l'épaisseur de l'écorce cst formée de lames ligneuses rayonnantes ct distinctes, tout à fait semblables à celles de l'échantillon précédent , et répondant bien à la première description de Clusius. Cette écorce possède, comme la première, une odeur et une saveur de cannelle camphrée, et son âcreté est très inférieure à celle de l'écorce du commerce.
Écorcc de palo piquanté du Mexique, En 1849, il a été apporté du Mexique , sous le nom d’écorce de chachaca où de palo piquante ,
682 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
une écorce tellement analogue à la précédente, qu’il n’est pas douteux
qu'elle n’appartienne à un drimys, que je suppose être le drimys mezicana DG. Cette écorce est en fragments de la grosseur du petit doigt, formée d’un périderme blanchâtre, un peu fongueux, et d’un liber rougeâtre , peu serré, grossièrement fibreux , offrant à l’intérieur des rides on des replis proéminents. Elle possède une odeur douce, indéfinissable, et une saveur très aromatique et un peu astringente, accompagnée d’une âcreté véritablement brûlante.
Écorce du drimys granatensis. J'ai dit précédemment (page 567) que plusieurs personnes avaient regardé le drimys granatensis comme la source de l'écorce de Malambo; mais j'ai montré combien cette opinion était peu fondée. J'ajoute à présent que l'écorce du drimys granatensis que j'ai reçue de Goudot est tout à fait différente de celle de Malambo, et qu’elle présente au contraire de grands rapports avec les trois précédentes. Elle est grosse comme le doigt, épaisse de {4 à 5 millimètres, couverte d’un périderme rougeûtre, très rugueux à l'extérieur. Le liber est peu dense et présente de larges fibres ligneuses blanches et rayonnantes , sur un fond rougeâtre. Ces fibres ligneuses forment à l’intérieur de l'écorce des côtes ou des-arêtes longitudinales proéminentes. L'écorce possède une odeur aromatique un peu analogue à celle de la cannelle, et une saveur aromatique semblable, accompa= gnée d’une grande âcreté.
Écorce de Winter du commerce, Cette écorce est en morceaux roulés, durs, compactes et pesants, longs de 30 à 60 centimètres, ayant de 20 à 55 millimètres de diamètre et de 2 à 7 millimètres d'épaisseur. Quelques morceaux présentent un reste de périderme blanchâtre, peu épais, spongieux, crevassé, tendre et facile à détruire; de sorte que, soit que celte partie ait disparu par le frottement réciproque des écorces, soit qu’elle ait été enlevée à dessein , la presque totalité des morceaux en est privée. Alors l'écorce présente une surface presque unie, grise ou d’un gris rougeâtre sale; de plus , elle offre çà et là de petites taches rouges elliptiques, qui sont ou un vestige de l’insertion des pétioles, ou celui de tubercules qui, dans l’état naturel , s’élevaient au-dessus de l’épiderme. La surface interne de l'écorce est très unie dans les jeunes écorces, un peu moins unie et marquée de quelques arêtes proémiuentes dans les grosses ; d’une couleur rougeûtre comme l'écorce, ou d’une teinte noirâtre développée pendant la dessiccation. La cassure transversale présente , à la simple vue, deux couches concentriques différemment colorées : la couche extérieure est très mince et blanchâtre; la couche intérieure est rougeâtre. Cette même cassure est grenue , ou présente de petites lignes proéminentes, concentriques et très serrées. La coupe transversale polie présente , au con-
RENONCULACÉES. 683
traire, à la loupe, de petites lignes rayonnantes ondulées et blanchâtres, sur un fond brun.
L'écorce possède une odeur très forte et très agréable de basilic et dé poivre mélés. Sa saveur est âcre et brûlante ; sa poudre a la couleur de celle de quinquina gris.
Cette écorce diffère beaucoup, comme on le voit , par sa compacité et par son odeur, de toutes celles qui ont précédé. I en résulte d’abord qu’elle ne me paraît pas due au drimys Winteri ; secondement, qu'elle est peut-être produite par un arbre d’un genre différent. Je pense cependant que cette écorce est celle qui a été figurée par Clusius; je pense également que c’est elle sa Lemery a décrite sous le nom d’’écorce caryocostine.
L'écorce de Winter entre dans le vin diurétique amer de la Charité. Elle est rare dans le commerce, et on lui substitue souvent la cannelle blanche. Celle-ci s’en distingue par sa couleur extérieure jaune cendré, sa cassure grenue et marbrée, sa surface intérieure très blanche , son odeur d’æillet, sa saveur piquante et amère.
Écorce dite eanello. M. Marchand , droguiste, m'a remis anciennement, sous ce nom, une écorce qui, par ce nom même et par sa qualité aromatique, me paraît être celle du drimys chilensis DC. Cette écorce est en longs morceaux aplatis, larges de 25 millimètres environ, cintrés, épais de 2 à 3 millimètres seulement ; elle est formée d’un périderme gris, marquée à sa surface de nombreux tubercules blanchâtres, arrondis et aplatis; le liber est léger, très fibreux, d’un gris rougeâtre , formé de longues fibres aplaties, qui se séparent facilement sous forme de lames difficiles à rompre transversalement. Sous ce rapport , cette écorce diffère beaucoup de toutes les précédentes. Elle est pourvue d’une odeur de cannelle camphrée faible, et d’un goût semblable accompagné d’âcreté. Cette écorce paraissait avoir été détériorée par l'humidité.
Je possède encore trois autres écorces aromatiques, dont deux rouges et pourvues d’une âcreté brûlante, qui ne peuvent se confondre avec aucune de celles que j'ai décrites jusqu'ici. Je crois inutile de les décrire.
FAMILLE DES RENONCULACÉES.
Plantes généralement herbacées, portant des feuilles embrassantes à la base, le plus souvent divisées en un grand nombre de segments ; opposécs dans le seul genre clematis, alternes dans tous les autres. Fleurs très variables, régulières ou irrégulières, quelquefois privées de corolle. Étamines nombreuses, libres, hypogynes , à anthères terminales, biloculaires. Ovaires plus ou moins nombreux, surmontés cha-
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cun d'un style et d’un stigmate simple ; ils sont quelquefois soudés en un seul, le plus souvent isolés, ne contenant qu’un seul ovule ou en renfermant plusieurs. Dans le premier cas, les ovaires sont réunis en tête et deviennent un fruit multiple, composé d’askoses disposés en tête ou en épi (xérochorize askosaire). Dans le second, les ovaires deviennent des follicules rapprochés ( xérochorize folliculaire ), distincts ou partiellement soudés. Les graines renferment un embryon très petit, placé à la base d’un endosperme corné.
La famille des renonculacées, quoique formant un greupe très naturel , peut cependant être divisée en cinq tribus faciles à distinguer par le port et les caractères. En voici le tableau comprenant, comme exemples, un grand nombre de plantes, ou très communes dans notre pays, ou cultivées pour l'ornement des jardins, ou renommées par leurs propriétés médicales ou vénéneuses.
Ie tribu, CLÉMATIDÉES. Calice coloré; corolle nulle ou formée de pétales plus courts que le calice et planes. Fruits libres, monospermes, indéhiscents (askoses), surmontés par le style barbu coudé à la base ; semence inverse. Herbes ou arbrisseaux grimpants, à feuilles opposées, toutes caulinaires. |
Clématite droite. . . .., ....,. Clematis erecta DC.
— odorante. ............ — flammula I].
—des/haies. 1... 2008... a — val.
="bletes 22. A re RS ee -—oihcelir IS
IT° tribu, ANÉMONÉES. Calice très souvent coloré ; corolle nulle ou à pétales planes. Askoses surmontés d’un style barbu et coudé ; semence inverse. Herbes droites , à feuilles toutes radicales, ou alternes sur la tige. Fleurs souvent accompagnées d’un involucre.
Pigamon jaune, ou rue des prés. . . Thalictrum flavum L. Anémone pulsatille , ou coque -
lourde. ... ….. oc detare Sheet ANeMgne pulsatilla L. Anémone des prés. . . . . . .... — pratensis L. — des fleuristes. . . . . . . .... — coronaria I. -— des bois, ou sylvie . . . . . . . — nemorosa L. Hépatique des jardins. . . . . . . . Hepatica triloba Chaix. Adonis printanier. . . ....... Adonis vernalis L. — d'automne. ........... — autumnalis L.
Queue de souris. . . ........ Myosurus minimus L.
ILE tribu, RENONCULÉES. Calice et corolle ; pétales à onglet tubuleux , pourvus à la base d’une petite lèvre intérieure squamiforme, on pulle ; askoses secs; semence droite. Plantes herbacées, à feuilles radi
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cales ou alternes sur la tige; à fleurs solitaires à l’extrémité de la tige ou des rameaux , non accompagnées d’involucre.
Renoncule des jardins. . . . . . . . Ranunculus asiaticus F.
Don srl crue Syrie 25 thon.
Grande douve. . ....4. .... — linguaL.
Petite douxye. . . . . . . ...... — flammula L. Renoncule scélérate. . . . . . . .. — sceleratus L. — àcre', ou bouton d’or.. . . . .. — acris L. — bulbeuse. .,........... — bulbosus L.
— des champs. . . ...... ... — arvensis L.
Ficaire , ou petite chélidoine . . . . Ficaria ranunculoides Mœnch.
IV° tribu, HELLÉBORÉES. Calice corolloïde ; corolle nulle ou formée de pétales irréguliers, souvent bilabiés ; capsules folliculeuses , polyspermes , libres ou plus ou moins cohérentes, déhiscentes par une suture longitudinale ventrale. Plantes herbacées, à feuilles toutes radicales ou caulinaires et alternes.
Populage, ou souci des marais . . . Caltha palustris L,
Ellébore d'hiver. . . . .. ..... Eranthis hyemalis Salisb. OR Len ee sneie state M EllebOnS: niGOfiE.:
— d'Oriént . : . . .. . se se x OreGUNE.
Te DA a ee qe à see se .. — viridis L.
—— fétide , ou pied-de-griffon, . . . — fœtidus L. Nigelle des champs. . . . ..... Nigella arvensis 1.
FACE radar chine © © à + etais Li.
— — à semences jaunes . . . . . . — — cilrina. de Pindess.. .. .. .: …... — — indica.
AnGohé ee le... . . « «et. sdquilegiamvulgaris Pied-d’alouette des jardins . . . . . Delphinium Ajacis.
des ‘champs . 0, .«..h, —.consolida.
Staphisaigre . . . . ..,.....,. — staphisagria. Aconit anthore., . ... :..... Aconitum anthora L, = tue loup... SRE = ycbctonum:L,
— paniculé .4,.,.,..,,...,... — paniculatum.
— de Stoerk..,,...,....., — — stærkianum.
= ‘napel: OU QUE napellus.
= féroce: 4 UN 50, 4600 ji, 27700 Wall.
V° tribu, PÆONIÉES. Calice très souvent corolloïde, rarement coriace et foliacé: corclle nulle ou à pétales planes; ovaires multiovulés; capsules déhiscentes ou charnues, souvent monospermes par avortement. Herbes ou arbrisseaux.
Actée en épi, ou herbe de Saint:
Ghristophe.: "4 res +... Actœa spicata L.
Chasse-punaise. . . . ., +... Cimicifuga fœtida L.
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à Zanthorhiza apüfolia.
Pivoine mâle. . .......,.... Pæonia corallina Retz. — femelle. . ............ Pœonia officinalis Retz. 2, CN. Arbre, fente cts énlasséirentt— Mmoutan Sims,
Les renonculacées sont des plantes généralement dangereuses, dont un certain nombre même sont des poisons très actifs, mais qui n’en ont pas moins été préconisées contre les maladies les plus rebelles, Je ne décrirai toujours que les principales, soit à cause de l’usage que l’on en fait encore en médecine, soit pour que l'on reconnaisse en elles des poisons dont il est nécessaire de se garantir.
Clématite des haies , ou Vigne blanche.
Clematis vitalba L. (fig. 431). — Car. gén. : Calice à 4 ou 5 sépales ; corolle nulle; étamines nombreuses ; ovaires plus ou moins nombreux, chargés d’un Fig. 431. style persistant, ordinairement soyeux ou plumeux. Feuilles opposées. — Car. spéc. :
Tige grimpante ; feuilles pinnées, composées de 5 folioles un peu en cœur, pointues, plus ou moins dentées ; pétioles grimpants.
Cette plante, très commune dans les haies, pousse des sarments
\ nombreux , anguleux , grimpants, longs de 2 mètres et plus. Ses fleurs sont d’un blanc sale, petites et disposées en une pauicule forinée par dés pédoncules plusieurs fois trifides. Ses fruits sont composés d’un grand nombre d’askoses ramassés, qui forment, par leurs aigrettes, des plumets blancs, soyeux, très élégants. Toutes les parties de la plante ont une saveur âcre et brûlante ; ses feuilles vertes, écrasées et appliquées sur la peau, la rougissent , l'enflamment, et y produisent des ulcères superficiels et peu dangereux, dont les mendiants se couvrent quelquefois les membres pour exciter la commisération publique : de là lui est venu le nom d'Aerbe aux queux. On à, dit-on, fabriqué d'assez beau papier avec les aigrettes plumeuses de ses fruits. Du reste, elle n’est pas employée,
Autres espèces : |
Clématite droite, clematis recta L. ; clematis erecta DC. Gette
RENONCULACÉES. 687 espèce diffère de la précédente par ses tiges cylindriques, droites, non grimpantes, hautes de 4 à 2 mètres tout au plus. Ses feuilles sont formées de 5 à 9 folioles longuement pétiolulées, glabres, glaucescentes, ovales-lancéolées , très entières. Les fleurs sont blanches , disposées en panicule terminale, à 4 ou 5 sépales. Les fruits sont orbiculaires, comprimés, glabres, surmontés d’un long style plumeux.
Ciématite oderante , clematis flammula L. Sa tige est grimpante, longue de 4 à 7 mètres. Ses feuilles sont une ou deux fois ailées , à folioles ovales-lancéolées. Ses fleurs sont blanches, plus petites que dans la première espèce et d’une odeur très agréable ; elles sont disposées sur des pédoncules rameux, de manière à former une petite panicule. Les styles deviennent des aigrettes plumeuses. Cette plante croît naturellement dans le midi de la France, et on la cultive dans les jardins pour en couvrir des berceaux, des murs, etc.
Clématite bleue, clematis viticella L. Ses tiges sont des sarments anguleux, longs de 3 à 4 mètres ou plus. Feuilles composées de 5 pinnules, divisées elles-mêmes en 3 folioles ou 3 lobes ovales ou lancéolés, glabres; les pétioles s’entortillent comme des vrilles autour des objets environnants. Fleurs bleues, longuement pétiolées , solitaires à l'extrémité des rameaux ou dans leur bifurcation ; les pétales sont élargis au sommet et les pistils sont glabres.
J'ai distillé autrefois, sur l'invitation de Chaussier, une certaine quantité de fleurs de clématite odorante, et j'en ai obtenu une eau distillée limpide et incolore, qui, en quelques jours, a formé un dépôt blanc, pulvérulent, très abondant. Ce dépôt avait une saveur d’abord amylacée, puis âcre. Il était insoluble dans l’eau , l'alcool et l’éther. En redistillant dessus l’eau qui l'avait laissé précipiter, l’eau passait seule et la matière restait dans la cornue , ayant acquis par l’ébullition une couleur jaune sale, et s'étant rassemblée en une masse , comme l’albu mine ou le gluten. Mais cette matière diffère essentiellement de ces deux corps en ce qu’elle redevient pnlvérulente par la dessiccation. Elle est un peu soluble dans l’animoniaque et dans la potasse caustique bouillante ; enfin elle brûle à une chaleur inférieure à la chaleur rouge, sans se fondre ni se contracter, el en scintillant comme le ferait de l’amadou imprégné d’une très petite quantité de nitre. Cette singulière substance m'a paru azotée. Je n'ai pas eu lieu de m'en occuper depuis.
Anémones, Car. gén. : Involucre distant de la fleur, à 3 feuilles diversement
incisées ; calice à 5-15 sépales pétaloïdes; corolle nulle ; étamines nombreuses ; carpelles nombreux, monospermes, tantôt surmontés d’une
longue queue barbue , tantôt nus. Plantes vivaces herbactes , à souche tubéreuse à la manière des cylamen , tantôt horizontale et rampante , d'autres fois fibreuse. Feuilles radicales , pétiolées, simples, plus ou moins divisées. Tige destituée de vraies feuilles, portant l'involucre foliacé au-dessous du sommet.
Toutes les anémones sont âcres et rubéfantes à l’état récent ; mais elles perdent leur qualité dangereuse par la dessiccation ; ce qui permet de croire qu'elles doivent cette qualité à un principe qui se volatilise pendant la préparation de leur extrait, ou passe à la distillation avec l'eau. Les principales espèces sont :
L'anémone des fleuristes, anemone coronaria L. Feuilles à trois divisions multifides et à lobes linéaires et mucronés; celles de l’involucre sont sessiles, mulufides ; les sépales sont au nombre de six, ovales, rapprochés, souvent multipliés par la culture. Les fruits sont dépourvus de plumet. Cette plante fait l'ornement des parterres , mais elle est inusitée en médecine.
La pulsatille, ou coque-
Fig. 432,
lourde , anemone pulsatilla L. (fig. 432). Feuilles pinnées-divisées, à segments multipartites. Fleur penchée, à 6 sépales ouverts ; fruits munis d’une queue plumeuse. Cette plante fleurit au printemps, dans les terrains secs et montagneux.
L'anémone des prés, : anemone pratensis L. Cette plante diffère de la précédente, par sa fleur plus petite, foncée en couleur et penchée ; par ses sépales plus aigus , connivents à la base et réfléchis au sommet. Toutes deux, distillées avec de l’eau, donnent une eau limpide ou laiteuse qui laisse déposer, après quelque temps de préparation , une substance blanche, cristalline, volatile et inflammable, pourvue d’une assez grande âcreté, ni acide ni alcaline { Journ. de pharm., t. NE, p. 229). L'anémone des bois, ou sylvie (anemone nemorosa L.), donne un produit semblable, auquel on a cru reconnaître une
RENONCULACÉES. 6389 propriété acide, et qui a été nommé acine anémonique (ibid., XAT, p. 222).
Renoncules,
Car, gén. : Calice à 5 sépales herbacés, tombants; corolle à 5 pétales, rarement à 40, arrondis, portant une petite écaille à la base de l'onglet. Étamines ct ovaires très nombreux. Fruits comprimés , secs, indéhiscents, monospermes (askoses) , disposés en capitule globuleux ou cylindrique, terminés chacun par une corne à peine plus longue que l'askose.
Les renoncules sont des plantes herbacées , vivaces ou annuelles, à racines fibreuses, fasciculées ou grumeuses. Leurs tiges sont cylindriques, dressées ou couchées, ou quelquefois radicantes. Leurs feuilles sont entières, dentées ou multifides, la plupart radicales, les autres situées sur la lige, à l’origine des rameaux ou des pédoncules. Les fleurs sont jaunes ou blanches, très rarement pourpres , presque toutes inodores. Les plantes fraîches sont presque toutes âcres et rubéfiantes à l’extérieur et plus ou moins vénéneuses à l’intérieur ; mais elles perdent la plus grande partie de leurs propriétés dangereuses par la dessiccation. Les principales espèces sont :
La renoncule des jardins, ronunculus asrtaticus L.— Car. spée. : Feuilles découpées-ternées ou biternées ; segments dentés ou inciséstrifides. Tige droite, simple ou rameuse par le bas. Calice ouvert et ensuite réfléchi. Les fruits sont disposés en épi cylindrique. Originaire d'Orient ; cultivée dans les jardins.
La grande douve, ranunculus lingua XL. — Car. spée. : Feuilles indivises , lancéolées, sous-dentées , sessiles, demi-amplexicaules. Tige droite et glabre. Fleurs jaunes ; racine fibreuse et vivace. Cette plante croît sur le bord des étangs et des fossés aquatiques, parmi les roseaux.
La renoneule=flamme, OU petite douve, 7anunculus flammula 1. — Car. spéc. : Feuilles glabres, linéaires-lancéolées , les inférieures pétiolées. Tige déclinée un peu radicante; pédoncules opposés aux feuilles. Fleurs jaunes. Fruits lisses. Croît dans les prés humides.
La renonenle scélérate , ranuneulus sceleratus L. — Car. spéc. : Feuilles découpées, glabres : les radicules tripartites, à lobes trilobés, sous-incisés ; les supérieures tripartites, à lobes oblongs - linéaires entiers; les florales chlongues. Fleurs jaunes. Fruits très petits, disposés en épis oblongs. ©. Croît dans les marais, par toute l’Europe ; très vénéneuse.
La renonenle âcre, Où bouton d’or, ranunculus acris L. — Car. spée. : Feuilles un peu pubescentes, à divisions palmées, à lobes incisés-dentés, aigus ; celles du sommet lintaires, Tige droite, sous-