I. Quinquina de Loxa gris compacte
Quinquine rouge de La Condamine, cascarilla colorada (Laubert, Journ. pharm., LUOW, p. 294). Je prends pour exemples de ce quinquina :
4° L'échantillon de quinquina rapporté par Joseph de Jussieu , collègue de La Condamine, comme étant l'écorce de l'arbre décrit par cet académicien ; cet échantillon est aujourd’hui possédé par M. Adrien de Jussieu ;
2° Un échantillon de quinquina exactement semblable, qui m'a été donné par Laubert, sous le nom de qguinquina de Loxa ;
9" Un autre échantillon, encore exactement semblable, formant le reste de la quinzième espèce de quinquina examinée par Vauquelin (1), sous le nom de guinquina ordinaire du Pérou (Ann. de chimie, t. LIX, p. 139);
h° Le quinquina de Loxa tiré des branches de deux à quatre ans, du cinchona condaminea, rapporté par M. de Humboldt, et formant la douzième espèce examinée par Vauquelin (page 137). Ce dernier quinquina est très fin, peu rugueux à sa surface, ayant une cassure nette et brune vers l'extérieur, avec un commencement de fibres igneuses à l’intérieur. Il est trop jeune pour servir à établir les caractères de l'écorce du cénchona condaminea bien développée; mais voici ceux fournis par les trois premiers échantillons.
Écorces de la grosseur du petit doigt , très rugueuses et d’une couleur grise assez uniforme à l'extérieur, avec des fissures transversales très marquées, placées à des distances assez rapprochées. Liber mince, très compacte, d’une couleur de rouille foncée et gorgé de suc desséché; cassure nette vers l’extéricur et comme formée de couches concentriques très serrées; le côté interne présente des fibres ligneuses assez grosses ; la saveur en est amère, très astringente et accompagnée d'un goût aromatique particulier aux bons quinquinas gris. Cette écorce doit être rare, car je ne l'ai jamais vuc constitucr une sorte commerciale. Suivant ce que je pense, le Musée britannique de Londres en possède deux échantillons dans la précieuse collection des quinquinas de Pavon, dont Avmer Bourk Lambert l'a gratifié. Elle v porte le nom de cascarélla crespilla de Jaen (bois n° 4 et 2).
(4) J'ai exposé dans le Journal de pharmacie , L X VF, p. 227, la maniere dont je suis devenu possesseur du reste des quinqüinas analysés par Vauquelin,
Cette synonymie semblerait indiquer que cette sorte de quinquina peut être produite également par le cinchona lanceolata, si d’ailleurs les caractères donnés par les atfteurs de la Flore du Pérou à l'écorce du
cinchona lanceolata ne la rapprochaient davantage des quinquinas de Lima,
HI, Quinquina de Loxa brun compacte.
Cascarilla peruviana (Laubert, Journ. pharm., & 1, p. 295) Cette écorce varie en grosseur depuis celle d’une petite plume à écrire jusqu’à celle du petit doigt. Les plus jeunes écorces (A) sont très fines, d’un gris noirâtre et peu rugueuses à l’extérieur; d’une cassure tout à fait nette et d’aspect résineux , sans aucune apparence de fibre ligneuse. Elles sont à l’intérieur d’une couleur de rouille très vive et rougeûtre.
Les écorces moyennes (B) sont à l'extérieur d’un gris foncé, varié par des taches noires ou blanches, dues à des agames parasites; on y trouve également des lichens à thallus foliacé , qui se détachent facilement de l'écorce, et des filets blancs, ramifiés, presque capillaires, appartenant à l’usnea barbata (1). Ces écorces sont très rugueuses à l'extérieur, mais d’une rugosité plus uniforme que dans l'espèce précédente et sans fissures transversales aussi marquées ; le liber en est mince et d’une couleur de rouille ou rougeûtre foncée; la cassure en est nette, non fibreuse, formée de couches serrées et comme agglutinées par un extrait gommo-résineux.
Ces deux variétés d’écorces se distinguent de celles qui leur correspondent dans la première espèce par une couleur plus foncée et comme noirâtre à l’extérieur, par une couleur interne plus vive et plus foncée également, par une cassure encore plus nette et plus privée de fibres ligneuses. Elles ont la même saveur amère-astringente et une odeur semblable très développée, analogue à celle que l’on respire dans les forêts humides.
Ce quinquina, autrefois abondant dans le commerce, en a presque disparu aujourd’hui.
L'âge auquel on récolte le quiaquina brun de Loxa apporte de très grandes variations dans ses propriétés. En choisissant les écorces les plus jeunes et les plus minces, je les ai constamment trouvées d’une saveur très astringente et mucilaginense , formant avec l’eau froide une liqueur jaune foncée, qui précipitait très abondamment la gélatine, et ne précipitait ni l’émétique ni le macéré de tan; tandis que les écorces les plus grosses, qu’on reconnaissait pour appartenir à la même
(4) Fée, Essai sur les Cryptogames des écorces exotiques officinales , Paris, 1824, in-4, PI. 32, fig. 4.
RUBIACÉES. 103 sorte, à cause de ieurs caractères physiques semblables, étaient bien moins astringentes, plus amères , et donnaient une liqueur moins foncée, qui se troublait fortement par la gélatine sans former de précipité, se troublait fortement par la solution d’émétique et précipitait le macéré de tan. Les essais chimiques ne peuvent donc pas toujours servir à la distinction certaine des espèces de quinquina.
Quinquina de Loxa inférieur, Pendant longtemps on a regardé l'existence des lichens sur le quinquina comme une preuve de sa bonté, et on l’estimait d’autant plus qu’il en offrait davantage. Le quinquina ne diffère cependant pas à cet égard des autres arbres, qu’une trop grande quantité de cryptogames épuise ou détériore ; et en supposant même que l'arbre entier n’en souffrit pas, l'écorce doit être altérée par l'humidité entretenue à sa surface. Ainsi, à une certaine époque, on à recu dans le commerce une quantité considérable d’un pareil quinquina (C), à épiderme très brun , très rugueux et couvert d’une grande abondance des lichens foliacés et filamenteux. Ce quinquina, vendu fort cher, était cependant d’une qualité très inférieure : il était contourné ct comme tourmenté par suite de Ja dessiccation , de même que le serait une substance qui aurait été trop gorgée d'humidité ; il était épais, ligneux, fibreux , peu roulé sur lui-même, toutes qualités contraires au bon quinquina de Loxa , qui doit être en longues écorces bien cylindriques, bien roulées, mince et peu ligneux. Il n’avait qu’une saveur astringente, peu amère et peu aromatique. Enfin il ne fournissail qu'une très petite quantité d'extrait par l’eau.
Ce quinquina (C) était donc d’une mauvaise qualité ; néanmoins je le regarde comme appartenant à la même espèce que le Zoxa brun compacte, et n’en différant que pour avoir crû dans un lieu trop humide. Bergen (1) a été d’un avis différent , et a formé de ce quinquina de Loxa inférieur une sorte particulière qu’il a nommée china pseudo- Loxa ou dunkele ten china, c'est-à-dire quinquina ten foncé.
Quant à l'origine botanique du quinquina de Loxa brun compacte, il est difficile de la fixer complétement , en raison du peu de développement des écorces qui le composent, et parce que, ainsi que j'en ai
(1) Henri de Bergen est un droguiste de Hambourg qui a publié, en 1826, un-ouvrage fort remarquable, intitulé : Versuch einer monographie der china , où Essai d'une monographie des quinquinas. KW y a rassemblé tout ce qu'il a pu trouver ou acquérir de notions commerciales et scientifiques sur les quinquinas, et son livre fait loi dans toute l'Allemagne et en Angleterre. J'aurai donc soin de joindre sa nomenclature à la nôtre. Bergen a décrit seulement 1 euf espèces de quinquinas, qui sont les quinquinas rouge, huanuco, royal, jaune dur, jaune fibreux, huamalies, loæa, ten pâle et ten foncé.
10/ DICOTYLEDONES CALICIFLORES.
déjà fait la remarque, les jeunes écorces de plusieurs cénchona peuvent avoir des caractères physiques assez rapprochés pour qu'on les réunisse en une même sorte commerciale. 1} peut même arriver que l'écorce de ces mêmes espèces , récollée à un âge beaucoup plus avancé, constitue des sortes très différentes du commerce, de sorte qu'il ne faudra pas trop s'étonner si, après avoir indiqué une espèce de cénchona pour la source d’un quinquina gris fin roulé, on me voit citer plus tard la même espèce comme la source également probable d’une autre sorte commerciale, Cet avertissement donné de nouveau, voici ce que je puis dire de l’origine du quinquiria de Loxa brun compacte.
Je pense toujours que ce quinquina est celui que Laubert a décrit sous le nom de peruviana (Journ. pharm., t. I, p. 295). Le cénchone nitidu qui le produit, d'après Laubert, est un des premiers qui aient été découverts dans la province de Loxa; son écorce, qui est très estimée, y porte le nom de cascarilla fina, et Ruiz la regarde comme la principale sorte officinale. Enfin on trouve au Musée britannique un échantillon de fines écorces (A) du quinquina de Loxa brun compacte, étiqueté cascarilla fina (w° 3 des écorces), et ce nom paraît encore indiquer que l'écorce est produite par le cinchona nitidu.
Cependant, je dois dire aujourd’hui qu’une jeune écorce de c/nchona nitida, que j'ai due anciennement à Laubert, ressemble peu au quinquina loxa brun compacte , et qu’elle se rapproche bien davantage des quinquinas rouges. De plus, le cinchona nitida n’est pas la seule espèce qui porte au Pérou le nom de cascarilla fina. D'après M. de Humboldt, « le cinchona scroliculata forme aussi d'immenses forêts dans la province de Jaen; son écorce, qui est très estimée, y est nommée guina fina, et l'on en fait un grand commerce. Les jeunes écorces ressemblent tellement à celles du cinchona condaminea qu'il est difficile de les distinguer. » 11 est plus probable, d’après cela , que le cinchona scrobiculata est la vraie source du quinquina de Loxa brun compacte.
Quinquina de Loxa rouge-marron. Ce quinquina se trouve dans le droguier de la chambre des courtiers, au palais de la Bourse, à Paris, sous le nom de calisaya léger; mais il présente l'aspect sénéral des quinquinas de Loxa, et a beaucoup d’analogie avec le précédent. Il est cependant beaucoup moins uniforme dans son en-. semble, offrant tantôt des tubes simples, cylindriques, de la grosseur d’une plume; tantôt des écorces beaucoup plus larges, mais toujours minces , dont les deux bords rapprochés se sont séparément roulés en volute ; tantôt des écorces semblables, affectant les formes les plus irrégulières. Ce quinquina est pourvu d'une croûte extérieure plus où moins rugucuse, avec de nombreuses fissures transversales ,
RUBIACEES. 105 chargée de plus d'un grand nombre de lichens et offrant les teintes les plus variées, depuis le blanc de craie jusqu’au gris presque noir. Cette croûte est souvent détachée, par places, du liber, dont la surface dénudée présente alors une couleur rouge brune plus ou moins foncée ; le liber est à l’intérieur d’un rouge plus clair (1); il est assez compacte et casse assez net; cependant sa cassure ne présente pas l’aspect uni et résineux du quinquina précédent ; elle à toujours quelque chose d'inégal ét semble formée de fibres agglutinées. La saveur de l'écorce est très astringente, amère et un peu pâteuse.
Il y a longtemps déjà que la couleur rouge assez vive de ce quinquina m'avait fait penser qu’il pouvait être dû au cinchona scrobiculata H. B., soupconné par de Candolle de produire un des quinquinas rouges du commerce; je n'en ai plus douté après avoir vu les jeunes écorces de cet arbre rapportées par M. Wedell. Nous verrons plus tard les écorces plus âgées et plates du même cenchona former une autre sorte commerciale que l’on substitue souvent au quinquina calisaya.
HI, Quinquina de Loxa rouge fibreux du roi d’Espagne.
Je nomme ainsi un quinquina que j'ai dû à l’obligeance de Lodibert ; il provenait de la pharmacie du roi d'Espagne à Madrid , et en avait été rapporté par M. Bertrand. Il consiste en un faisceau long de 35 centimètres, composé d’écorces roulées isolément et tontes semblables ; 11 est finement rugueux à l'extérieur et d’un gris foncé ; il n'offre pas de fissures transversales profondes , et présente souvent des stries longitudivales causées par la dessiccation. 11 est érès léger, très fibreux , d’une couleur de rouille vive et foncée, où même presque rouge , à l'intérieur, 11 est aride sous la dent, peu astringent , mais finit par développer une amertume assez marquée. Ce quinquina est semblable à celui dont parle Bergen (p. 310, note 41), qui fut pris par les Anglais sur un galion espagnol , et qui était renfermé dans une caisse doublée en ferblanc, portant cette suscription : Pour la famille royale. Y'en ai depuis trouvé chez un droguiste à Paris, mais il est fort rare, Ce qui le distingue du loxa ordinaire, c’est sa texture éminemment fibreuse et son peu d’astringence au goût. Peut-être a-t-il été plus amer; mais il est
4) Ilest même très pâle ou presque blanc lorsque l'écorce est récente ; mais elle devient toujours à l'air d'un rouge très prononcé. Cette coloration n'est pas particulière à ce quinquina ; toutes les autres espèces à liber rouge la présentent plus ou moins. On remarque d'ailleurs le même phénomene sur les bois de teinture ; et on peut dire , en général, que la coloration des bois et des écorces est due à l'action de l'air sur un principe primitivement incolore quis y trouyail contenu,
106 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
facile de concevoir qu’une écorce aussi légère puisse perdre ses propriétés à la longue. Maintenant ce quinquina est plus remarquable par le choix et l’uniformité des écorces que par sa qualité ; je ne puis rien dire de son origine. Il existe au Musée britannique sous le nom de quina estoposa (filandreux) de Lozxa.